Décryptage 05/08/2009 à 12h41

Pourquoi les patrons anglais portent plainte contre la France

François Krug | Journaliste Rue89

L'information est passée inaperçue de ce côté-ci de la Manche. La fédération britannique des petites entreprises a porté plainte contre la France devant la Commission européenne. En cause : le blocus des ports au début de l'année. Selon ces petits patrons, le gouvernement les a ruinés en refusant d'employer la manière forte avec les pêcheurs. La jurisprudence européenne pourrait bien leur donner raison.


Le port de Calais bloqué par les pêcheurs le 15 avril (Pascal Rossignol/Reuters)

La Federation of Small Businesses (FSB) a déposé sa plainte le 22 juillet. Elle s'appuie sur une des règles fondamentales de l'Union européenne : la libre circulation des marchandises. La FSB dénonce en particulier le blocus des ports de Calais, Dunkerque, Dieppe et Boulogne du 14 au 18 avril derniers.

Une perte de sept millions d'euros

Voir le document

(Fichier PDF)

Selon le calcul de la FSB, ces quatre jours auraient fait perdre six millions de livres à l'économie britannique, soit plus de sept millions d'euros. Cette évaluation est le résultat d'un calcul un peu bancal.

Une journée de blocus à Calais coûterait aux transporteurs britanniques un million de livres, soit 1,17 million d'euros, en prenant en compte le chiffre d'affaires perdu et les salaires des chauffeurs immobilisés. En quatre jours, donc, 4,7 millions d'euros.

La FSB y ajoute le coût du plan appliqué dans la région de Douvres à chaque blocus. Un plan baptisé « Opération Stack », consistant notamment à transformer une partie des autoroutes en parking pour poids lourds. Impact sur l'économie, selon la FSB : 2 millions de livres en quatre jours (2,3 millions d'euros).

La FSB, qui compte dans ses membres de nombreux transporteurs indépendants, a donc décidé d'exprimer son ras-le-bol. Et si la justice européenne lui donne raison, le gouvernement français devra se montrer un peu plus énergique lors des prochains blocus.

L'affaire des fraises espagnoles

Cette affaire en rappelle une autre : celle des fraises espagnoles. En 1997, comme le rappelle le site Euractiv, la France avait déjà été condamnée pour n'avoir pas garanti la libre circulation des marchandises. Et, notamment, celle des fraises espagnoles.

« L'arrêt fraises » est même devenu une référence pour les juristes. Dans cet arrêt, les juges européens reconnaissaient :

« La passivité des autorités françaises face à des actes de violence commis par des particuliers et par des mouvements revendicatifs d'agriculteurs français à l'encontre de produits agricoles en provenance d'autres Etats membres. »

L'affaire des fraises ne s'était pas arrêtée là. Un an plus tard, les Etats membres s'engageaient à agir rapidement en cas de blocage des marchandises, en prenant « toutes les mesures nécessaires et proportionnées ».

Mais devant des pêcheurs en colère, qu'est-ce qu'une mesure « proportionnée » ? Visiblement, le gouvernement français et les transporteurs britanniques n'en ont pas la même définition.

  • 14279 visites
  • 72 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • lrbabe
    • Posté à 13h02 le 05/08/2009

    D'ailleurs les espagnoles en parlent encore de cette histoire de fraises jetées par les agriculteurs français.

    Faire respecter la libre circulation des marchandises oblige à ne pas respecter le droit de grève, dans ce cas... Ou à assigner à résidence tous les grèvistes de peur qu'il n'entreprennent une action de bloquage, c'est à dire à empêcher la libre circulation des grèvistes : )

  • Chuck Norris
    • Posté à 13h20 le 05/08/2009

    Légère précision : le « conflit des fraises » a duré trois mois, le blocage des ports quatre jours ; de plus dans « l'arrêt fraises », la Commission rappelait que ce type de blocage était habituel et récurrent depuis quatre ans...
    Donc à mon sens la situation est suffisamment différente pour que ne soit pas garanti le résultat de l'action de la FSB.

    A voir, mais à mon sens, même si la Commission donne raison à la FSB, un recours ne me semble pas impromptu...

  • asozial
    asozial
    bobo aus Berlin
    • Posté à 15h37 le 05/08/2009
    • Internaute
      bobo aus Berlin

    le réglement d'un blocage pourrait aussi se faire par la négociation (je sais que le concept est lointain pour les plus jeunes d'entre vous).

    avant d'être le pays de la grève et de la protestation, la France est d'abord celui du manque de concertation et de dialoque, du diktat et de l'arbitraire patronal et étatique... mais il sera bientôt surtout celui de la brutalité policière et de la répression politique.

    « en France, quand il y a une grève, plus personne ne s'en rend compte. » dixit un petit homme.

  • Keldan
    Keldan répond à jpouille
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h52 le 05/08/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Je suis bien d'accord, c'est totalement abusif de bloquer les infrastructures de transport et de s'en prendre aux personnes innocentes.
    Même si pour la SNCF c'est assez particulier, puisqu'ils ne bloquent pas les voies de chemin de fer, mais qu'ils refusent de rouler. Bon vu qu'ils ont le monopole, ça revient au même mais ce n'est pas tout à fait la même chose...

    Et ça me fait rigoler d'entendre parler de solidarité et autres trucs du genre. Si je fais grève parce que mon patron m'emmerde, et que je me mets à bloquer les trains, les ports ou les autoroutes, j'imagine très bien que les flics auront pas le temps de me virer vu que les cheminots, les pécheurs et les routiers m'auront vite jeté de là à coup de pied dans le cul.

    Le droit de grève c'est le droit de refuser de travailler parce qu'on est mécontent de ses conditions de travail. Mais ce n'est pas le droit de faire chier le monde entier.

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 23h35 le 05/08/2009

    Le droit de grève, ce n'est pas le droit de bloquer. On peut tout à fait ; on doit même ; empêcher les blocages sans porter atteinte au droit de grève.