Dans le retro, avec l'INA

Palestine : d'Arafat à Abbas, 50 ans de combats du Fatah

Dans le rétro avec l'INA

Vingt ans après le précédent, à Tunis en 1989, le sixième congrès du Fatah s'est ouvert ce mardi à Bethléem, en présence de ses 2200 délégués réunis pour la première fois en Palestine. Mahmoud Abbas, qui entend rajeunir le mouvement et surtout restaurer son autorité, a fait son mea culpa :

« En raison du blocage du processus de paix, mais aussi à cause de nos erreurs, certains de nos comportements rejetés par le public, notre faible performance, notre éloignement du pouls de la rue et notre manque de discipline, nous avons perdu les élections législatives [en 2006] et ensuite avons perdu Gaza. »

Il faut dire que la principale composante de l'OLP est en piteux état depuis la mort de son fondateur, Yasser Arafat. A tel point que 400 délégués, retenus par le Hamas à Gaza, n'ont pu assister au Congrès. Quant au processus de paix, il est au point mort. Et si Mahmoud Abbas n'a pas exclu le recours à la lutte armée, il a également tenu à préciser : « Nous ne sommes pas des terroristes. » Retour sur cinquante ans de lutte pour l'indépendance de la Palestine.

Un mouvement d'étudiants nationalistes

Fondé au Koweït dans les années 1950 par des étudiants qui pensaient que seul un mouvement autonome des régimes arabes serait à même de défendre la cause palestinienne, le Fatah est la principale composante de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

En 1969, quatre ans après le déclenchement de la lutte armée par le Fatah, l'Israélien Shimon Pérès, interrogé par la télévision française, estime que le mouvement de Yasser Arafat ne représente que 2000 à 3000 personnes et que « la population de Cisjordanie est contre le Fatah ». De fait, le soulèvement populaire est alors un échec. (Voir la vidéo)

En 1982, l'armée israélienne entre au Liban pour en chasser les partisans d'Arafat. A l'occasion de l'arrivée des combattants palestiniens en Tunisie après leur évacuation de Beyrouth, Antenne 2 présente une rétrospective de leur itinéraire. (Voir la vidéo)

En 1990, le Fatah se bat à Saïda, au Liban, contre les dissidents de l'Organisation Abou Nidal, pour reprendre le contrôle du plus grand camp palestinien, Aïn Héloué, où vivent 150 000 réfugiés. Symboliques de la lutte fratricide qui a marqué le mouvement palestinien, les combats font près de 80 morts. (Voir la vidéo)

Si le Fatah monopolise le pouvoir au sein de l'Autorité palestinienne dès sa création en 1993, la disparition de Yasser Arafat en Novembre 2004 change la donne : le Hamas devient un adversaire sérieux. Le malaise profond du Fatah, accusé de ne pas lutter efficacement contre la corruption et l'insécurité, se traduit par sa défaite aux élections législatives palestiniennes de 2006. (Voir la vidéo)

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H12 | 04/08/2009 | Permalien

Autant publier un avis d'inhumation ! Le problème historique du Fatah est qu'il ne s'est jamais perçu comme un parti de gouvernement, à l'image de son chef Arafat, que ses interlocuteurs israéliens d'Oslo accusaient (plutôt amicalement : voir les déclarations du négociateur israélien Ben Ami) de ne pas être un chef d'Etat, mais de se contenter de son aura de chef de guerre. Arafat, quasiment incontesté, aurait eu les moyens de mettre de l'ordre dans les rangs, mais il n'était pas à la hauteur. En fait, le Fatah, épine dorsale de l'OLP, n'ayant jamais accepté DANS LE FOND le principe d'un Etat palestinien confiné dans les frontières de la Cisjordanie (+ Gaza, + certaines autres concessions territoriales qu'Israël était prêt à négocier sous Rabin), n'a jamais pu s'élever au niveau d'un « gestionnaire » des territoires qu'il avait en charge, préférant toujours la rhétorique révolutionnaire au fardeau de la construction d'un éventuel Etat, quelle qu'ait été la difficulté de cette proposition.

Ceci n'excuse en rien la politique hypocrite, voire franchement abominable, menée par Israël depuis 20 ans, mais l'incapacité du Fatah paraîtra évidente aux historiens dans l'avenir. Le Hamas n'a pu « s'émanciper » que grâce aux tares profondes du Fatah. Ce n'est pas pour rien que le Hamas a pu s'imposer comme leader indiscutable à Gaza : lui, au moins, n'a jamais rechigné à s'intéresser au quotidien des Palestiniens, à l'image de ce que font les Frères Musulmans en Egypte. Pas plus qu'en Egypte la population palestinienne n'est fondamentalement intégriste, c'est la moins sensible aux sirènes de la charia'a de toutes les populations arabes, par exemple, mais le désespoir a fait son oeuvre au fil du temps… avec l'aide précieuse d'Israël.

Je ne vois pas comment il serait possible d'envisager le futur du Fatah sans un profond pessimisme. Une, ou plutôt des occasions historiques ont été manquées. On n'en retrouvera sans doute jamais d'équivalentes, sachant que les efforts actuels de l'administration Obama (et ceux, qui comptent pour beaucoup moins, de l'UE) viennent après une bataille qui est déjà arrivée à son terme : des Palestiniens plus déchirés que jamais et un Israël à la politique désormais ouvertement déshumanisée.

Portrait de Arkoudaki

De Arkoudaki

Ours à éclipses | 17H40 | 04/08/2009 | Permalien

Bonsoir, Jaycib,
Votre analyse me semble tout à fait pertinente, mais jusqu'à un certain point : Arafat n'était peut-être pas à la hauteur, soit (mais c'est le lot d'un certain nombre de chefs d'État en exercice, je ne vise personne), et il n'était peut-être pas à l'abri de la corruption (comme tant d'autres dirigeants), mais je ne pense pas qu'il ait réellement préféré la rhétorique révolutionnaire à la gestion concrète, ne fût-ce que parce que ce n'est pas une position éminemment confortable, et je ne pense pas non plus qu'il ait été « incontesté » dans les rangs palestiniens. Je crois en revanche qu'il lui a manqué une véritable reconnaissance de la part de la communauté internationale (aurait-elle accepté, cette communauté, qu'un autre chef d'État — au hasard, Netanyahou — soit assiégé comme l'a été Arafat dans la Mouqataa ? ), qu'il a dû se contenter jusqu'au bout d'un statut de demi-chef d'État, d'un strapontin, même doré, au banquet des « grands de ce monde » et que, sur le terrain, les difficultés pratiques et les entraves multipliées par Israël l'ont beaucoup gêné. Comme vous le dites vous-même, il n'y a qu'à l'époque de Rabin que de véritables concessions territoriales ont été envisageables, soit pendant trois ou quatre ans sur quarante-cinq…

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