Tribune 04/08/2009 à 10h27

Le chômeur alcoolique « type téléfilm de France 3 »



Au Pole Emploi à Nice le 27 avril (Eric Gaillard/Reuters)


Que disent les économistes ?

J'adorais utiliser l'expression « style téléfilm de France 3 » lorsque je corrigeais des copies de sciences économiques et sociales en terminale. Pour moi, cette image renvoie à diverses caricatures, dont une est celle du « mec qui perd son emploi, donc il se met à boire, donc il se met à battre sa femme, donc il divorce, donc il devient dépressif, donc il finit SDF... », enchaînement dramatique qui fait souvent l'objet des scénarios d'une certaine catégorie de téléfilms français.

On retrouve souvent sous des formes plus ou moins maladroites cette vision du monde dans les copies de terminale. Je prenais alors plaisir à écrire une petite vanne gentille dans la marge.

Plus sérieusement, cinq chercheurs ont essayé de savoir si la perte d'emploi avait des conséquences importantes sur la consommation d'alcool et sur l'indice de masse corporelle (IMC, que les amateurs de Wii Fit connaissent bien). En utilisant des méthodes assez sophistiquées pour distinguer corrélation et causalité, ils montrent que la réalité est plus complexe.

Leur analyse montre qu'il existe à chaque fois deux groupes que nous nommerons groupe 1 et groupe 2. Le groupe 1 représente la grande majorité des individus (81% dans l'étude sur l'IMC et 94% dans l'étude sur la consommation d'alcool). La perte d'emploi n'a pas d'effet mesurable sur les comportements des individus du groupe 1 tels qu'ils sont mesurés par l'IMC et la consommation d'alcool.

En revanche, les individus du groupe 2 adoptent des comportements beaucoup plus néfastes pour leur santé. En particulier, ceux-ci gagnent en moyenne plus d'une unité d'IMC (pour un individu de 1,75 m, cela représente un gain de 3 kilos) et leur consommation d'alcool double presque !

Maintenant, la question intéressante est : comment sont les individus du groupe 2 par rapport aux individus du groupe 1 ? La trouvaille importante est que ce sont des individus qui avaient déjà des comportements peu prudents vis-à-vis de leur santé avant de perdre leur emploi, « ce qui rend cette aggravation des comportements néfastes particulièrement problématique ».

En résumé, il semblerait que les individus attentifs à leur santé ont peu de chance de devenir alcooliques et obèses lorsqu'ils perdent leur emploi. En revanche, les individus « à risques » peuvent facilement adopter des comportements néfastes à leur santé.

Le mythe du chômeur de France 3 n'est donc pas totalement faux (pour ses composantes bouffe et alcool), mais il concerne un nombre restreint de personnes et semble malheureusement s'attaquer à des gens déjà vulnérables.

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  • inuit
    • Posté à 10h55 le 04/08/2009

    s'agit-il d'un comportement lié à l'inactivité professionnelle ou à la perte d'un emploi ?
    je m'explique : si on compare avec les néo-retraités, constate-t-on le même phénomène chez ces derniers ?
    je n'ose imaginer le résultat et la récupération qu'il en découle...
    repoussons l'âge de la retraite, c'est bon pour votre santé

  • spouny_boy
    • Posté à 11h38 le 04/08/2009

    Je trouve que d'entré l'enquête est biaisé. Un chômeur aura plus de temps a lui, moins d'activité physique naturel (se déplacer pour aller au taf ...). Ensuite ayant plus de temps c'est « normal » en France qu'il prenne un apéro à midi, or qui prend un apéro le midi quand on à qu'une heure pour manger ? Qui dis plus de temps dis plus de paresse (ce n'est pas un terme négatif je le rappel) et moins de stress permanent, on n'a le stress de retrouver un emplois mais dans le cas ou on touche un chômage on est plus comme en vacances obligatoire donc je trouve ça normal de prend un peu de poids.
    Après les individus sont différent avec des caractères différents donc on ne peut pas faire de généralité s'appliquant a l'ensemble des gens.
    PEACE

  • tchavolo
    • Posté à 12h20 le 04/08/2009

    Il faudrait aussi voir les effets du travail sur la consommation d'alcool !

  • Yannick Bourquin
    Yannick Bourquin répond à inuit
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 16h22 le 04/08/2009

    Précisément, il s'agit des conséquences d'une perte imprévisible d'un emploi. Pour éviter les effets de sélection, les auteurs ont étudié l'évolution de l'IMC et de la consommation d'alcool après une fermture d'usine ou de magasin (ce qui évite que les chômeurs étudiés ne soient des individus ayant des caractéristiques particulières).

  • Yannick Bourquin
    Yannick Bourquin répond à ramiro
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 16h40 le 04/08/2009

    Si je peux me permettre, je ne cherchais nullement à accabler les chômeurs, ni les étudiants d'ailleurs. Vous déformez mes propos.

    On voit circuler une idée courante, celle selon laquelle le fait de se retrouver au chômage accroît les risques d'adopter des comportements néfastes pour la santé.

    Cette idée, comme beaucoup d'autres, mérite d'être vérifiée via une analyse empirique et objective. Le but de ce travail de recherche est d'établir des données sur les risques pour la santé induits par une perte d'emploi.

    On ne stigmatise nul part les classes populaires. On constate que, malheureusement, les individus les plus affectés sur ce plan par la perte d'emploi sont ceux qui ont déjà un risque important d'être alcoolique ou obèse (c'est en ce sens que les auteurs entendent le terme « vulnérable » pour répondre à Chewie).

    Nul part il n'est dit que les pauvres ne savent pas prendre soin d'eux. Simplement qu'une certaine partie de la population est sur-exposée au risque et qu'il y a peut-être une place pour une politique de santé (à définir).

    Les « classes supérieures » ne sont pas exclues de l'étude. La majorité des études économiques ne discriminent pas en fonction de la classe sociale lors des analyses de données.

    Dans l'étude originale, les auteurs passent beaucoup de temps à décrire les individus des « groupes à risques ». Pour ceux qui veulent plus de détails, les individus du groupe à risque pour l'IMC sont en moyenne : plus jeunes, plus souvent des femmes, ont plus de symptômes dépressifs, mais n'ont pas un niveau d'éducation différent des autres, n'ont pas des capacités cognitives plus faibles, et n'ont pas une aversion pour le risque différente. Le groupe à risque pour l'alcool comprend des individus qui sont plus souvent des hommes, avec un niveau d'études plus élevé, mais pas moins riches.