En France, 166 femmes ont trouvé, dans l'indifférence quasi-générale, la mort sous les coups de leur compagnon en 2007.
En France toujours, 6 % des femmes ayant entre 18 et 59 ans ont été l'objet d'injures sexistes en 2005 ou 2006, 2,5 % ont été agressées physiquement et 1,5 % a déclaré avoir subi un viol ou une tentative de viol.
En France en 2009, à en croire la Direction centrale du renseignement intérieur, 367 femmes porteraient la burqa ou une autre forme de voile intégrale. De son côté, la Sous-direction des renseignements intérieurs aurait, une semaine plus tôt, rendu sur le même sujet une note non chiffrée parlant d'un phénomène « ultra-minoritaire ».
C'est pourtant là que semble se situer aujourd'hui l'impérieuse priorité nationale. Ainsi, si chaque jour, des femmes se voient fermer les portes de commissariats où l'on refuse de prendre leur plainte contre leur conjoint, les plus fins limiers de la République ont été mobilisés afin de compter une à une les burqas.
Bien obligé, se défendent les intéressés, sinon comment les députés pourront-ils se prononcer sur la question ? Mais est-on bien sûr qu'il soit si nécessaire que la représentation nationale se saisisse de cette question ?
C'est en tous cas l'avis du communiste André Gérin, qui a demandé le 8 juin la création d'une « commission d'enquête sur le port de la burqa ». Objectif à peine caché : la faire interdire. Au nom de la République laïque. L'ancien maire de Vénissieux n'héritera finalement que d'une mission d'information, qui mobilisera tout de même une soixante de parlementaires pendant six mois.
« Ultra-minoritaire », le sujet est porteur. Et ce n'est pas le président de la République qui dira le contraire lui, qui, il y a six ans, s'était constitué un petit cheptel électoral en ressortant comme un épouvantail la question du voile en plein congrès de l'UOIF.
Qui aurait fait fuiter l'enquête ? Et pour quoi ?
Pour justifier de l'importance de son cheval de bataille, André Gérin, comme notre confrère de Marianne Philippe Cohen, visiblement bouillant partisan de la loi, conteste les résultats de l'enquête. C'est bien légitime. Il faut douter de tout. Voilà donc notre si laïque confrère qui s'interroge :
« Qui a décidé de faire “ fuiter ” le résultat de “ l'enquête ” des RG ? Brice Hortefeux ? Le Conseil français du Culte musulman ? La Halde ? Ou un peu tout le monde ? »
Pas la moindre idée effectivement, reste qu'au-delà du messager, cible facile, les ex-RG ne sont pas vraiment connus pour leur sympathie islamiste et leur sous-évaluation du phénomène. Il suffit d'être origine maghrébine et de se promener tard dans les rues pour se rendre compte que la curiosité policière pour l'orientalisme se finit très vite en garde à vue.
A bien y réfléchir, on imagine donc mal pourquoi les policiers se seraient évertués à torpiller une si louable initiative. Et même en imaginant que les fins limiers de la République aient une marge d'erreur de 100% pour cette enquête, nous voilà à la tête d'un cheptel de 700 « toiles à matelas », comme les décrit Cohen ! La belle affaire.
Protéger les « victimes » malgré elles
Et quand bien même il y en aurait 5000, que cherche-t-on en voulant légiférer sur cette question ?
A protéger ces 367 femmes, partant du principe qu'elles ne sont pas assez fortes pour leur faire elles-mêmes ? C'est charitable, mais toujours selon l'enquête des pouvoirs publics, la majorité d'entre elles porteraient ce voile volontairement, voire par « provocation ». Considérant cela, les burqas ne risquent-elles pas de fleurir de plus belle une fois la loi votée ?
Et concrètement, devrons-nous demain leur infliger une amende pour avoir osé se montrer en public dans leur volontaire prison de toile ?
Et si l'on considère qu'elles sont des victimes, est-on bien sûr que leur sort en sera meilleur ? Combien d'entre-elles ne sortiront plus de leur foyer pour ne pas avoir à croiser le regard des hommes impurs ? Croit-on vraiment qu'en les forçant à lever le voile en public, leur destin domestique s'en trouvera comme par miracle amélioré ? Une chose est sûre, l'honnête citoyen n'aura plus à subir ce dégradant spectacle. Mais pour être moins visible, le problème en sera-t-il réglé ?
Loin de moi l'idée de défendre cette pratique que je juge volontiers dégradante, mais se soucie-t-on ici vraiment du sort de ces femmes ? Car si tel est le cas, le dialogue n'aurait-il pas d'autres vertus que la contrainte ? Ne pourrait-on les écouter, afin de les guider sur le chemin de l'émancipation, plutôt que de les déclarer unilatéralement au ban de la société textile ?
A vouloir protéger, à leur corps défendant, des victimes qui n'en sont pas toujours, on risque d'en faire des martyrs.



















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De nestor38
inséré ? | 14H28 | 03/08/2009 |
Le problème avec ce genre de sujet, c'est que le fait de dire que tout ça c'est de la connerie (la commission, le danger de la burka en France, le débat autour, etc.) c'est déjà participer à ce débat à la con, imposer par le haut (député, médias, etc.). Et de poster un commentaire sur Rue89 pour dire que cette article est bien mais que c'est un débat à la con, c'est y participer… Donc je me tais…
Trop tard ?
De ElTitouBolivar
Rêveur | 14H33 | 03/08/2009 |
Il serait effectivement plus intelligent d'entamer un dialogue avec les porteuses de burqa, que d'interdire et de verbaliser. D'après une enquête dont j'ai entendu les résultats, ces femmes portent la burqa de leur plein gré, et sont plutôt jeunes (moins de 30 ans pour la grande majorité). La première à se faire arrêter serait aussitôt élevées au rang de martyr, et je n'ose pas imaginer le nombre de femmes qui par solidarité et/ou révolte enfilerait « instantanément » leur « toile à matelas », pour reprendre le terme plutôt malheureux cité dans l'article, et qui montre bien déjà que toute tentative d'ouverture au dialogue n'est pas gagnée…
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 14H46 | 03/08/2009 |
Que la femme se voile volontairement ou pas, lui interdire de se voiler en public revient à lui interdire de sortir dans la rue, donc à l'exclure totalement de la société.
Est-ce de l'« intégration », surtout vis-à-vis de femmes qui, pour beaucoup, sont françaises ?
De Atalante
Illusionnée | 14H48 | 03/08/2009 |
Complétement d´accord avec vous. La burqa ne pose probléme á la société que dans des situations nécessitant une identification : embarquement à l´aéroport, mariage civil, démarches administratives ou bancaires.
Là, la loi doit être intraitable, mais rien n´empèche des aménagements, surtout vu le nombre ridiculement faible de personnes concernées en France, ca ne tuera personne de faire un effort. A l´aéroport de Londres Stansted où j´ai pris l´avion il y a dix jours, une femme en burqa a embarqué après avoir dévoilé son visage dans une salle à part à une hôtesse d´embarquement, le tout sans heurt, scandale ou regards excédés des autres passagers. Si tout le monde y met du sien et que celles qui la portent se soumettent à une identification lorsque c´est nécessaire, sans qu´il y ait une stigmatisation inutile de la part du reste de la population, le choix de la burqa reléve à mon sens de la vie privée.
De Koji
Profétudiante | 15H13 | 03/08/2009 |
Je tiens à rappeler un petit détail, pendant la polémique du voile quelques années plus tôt, laïcité blabla, cartes d'identités, blabla, les gentilles-religieuses-qui-font-de-mal-à-personne-parce-que-dans-la-religion-catholique-on-n'est-pas-des-barbares, ont obtenu une dérogation leur permettant de garder le voile sur les photos officielles…
Evidemment quand on y pense, comme ça vite fait, ça n'est pas choquant. Tout est une question de traditions dans lesquelles on évolue.
En réfléchissant au voile, à la burqa, aux bonnes soeurs, je crois que la question de la tradition prime sur la question de la religion. Une tradition certes pas vraiment profitable pour la femme, mais le but de cette enquête n'est-il pas justement de mettre sur le même plan des éléments culturels et des éléments religieux ?
Allez une polémique de plus, une peur de plus, et puis les femmes dans tout ça, qu'elles se taisent et se mettent à poil,ou au moins en mini-jupes et qu'elles se fassent liposucer, gonfler les seins c'est moins dégradant. Allez vous faire interculturer mes filles…
De flowerpower
15H32 | 03/08/2009 |
Je pense qu'il faut séparer 2 aspects dans cette histoire de burqa :
- le fait de devoir oui ou non légiférer sur le problème.
- le nombre « délirant » annoncé.
Etant donné que le titre de l'article fait référence à ce nombre de 367 ; je voudrai réagir la dessus.
En effet, c'est inquiétant que dans notre société ; on puisse faire preuve d'une telle désinformation.
Et si ce n'est pas de la désinformation, c'est encore pire ; si les RG croient vraiment à ce chiffre, on peut se poser des questions sur leur incompétence.
J'irai même plus loin, il ne faut pas être surpris de voir des caillassage de policier ; lorsque pour beaucoup de jeune policier, gendarme, bac ; c'est tous les mêmes. Des services de sécurité complètement coupé des réalités du terrain.
En fait à ce niveau, ce n'est même plus être coupé des réalités du terrain, c'est ne pas le connaître du tout ; le mec qui a pondu ce chiffre, il devrait emprunté le métro une fois dans sa vie pour se rendre dans n'importe quel station de banlieue.
De Lechat
esprit critique | 15H38 | 03/08/2009 |
Je partage l'avis d'
Elisabeth Badinter
Le Nouvel Observateur
Chaque semaine une personnalité nous ecrit
Adresse à celles qui portent volontairement la burqa
Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui couvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas du commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l'un, pachtoune (Afghanistan/Pakistan) pour l'autre, allez-vous continuer à cacher l'intégralité de votre visage ? Ainsi dissimulée au regard d'au- trui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscitez la défiance et la peur, des enfants comme des adultes. Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu'à la connivence d'un sourire ? Dans une démocratie moderne, où l'on tente d'instaurer transparence et égalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n'est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres. Alors je m'interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous de mandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble, ce qui fait tant souffrir nombre de femmes là- bas ? En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie. Sub version, provocation ou ignorance, le scandale est moins l'offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos soeurs opprimées qui, elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez. C'est aujourd'hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuses de pouvoir en changer. Elles ne le peuvent pas… Pensez-y.
Elisabeth Badinter
De Docteur Albert
parasite ingénieur d'étude | 15H50 | 03/08/2009 |
La burqa, pourquoi pas ? Ce ne sera pas la première fois que l'on oblige quelqu'un à porter un signe distinctif contre sa volonté. Le costume cravate en entreprise pour être « corporate » est aussi une atteinte à la liberté. Et puis au nom de quoi cette démarche qui consiste à mettre une burqa ne serait pas personnelle et volontaire ? D'ailleurs l'enquête semble aller dans ce sens puisque l'on y parle de provocation. La véritable raison de ce débat n'a rien à voir avec les bons sentiments que certains font semblant d'avoir à l'égard de ces femmes « emprisonnées'. Non, c'est malheureusement beaucoup plus simple que cela : c'est de l'islamophobie primaire. En effet de nombreux français (et donc élus) ne supportent pas l'idée que la religion musulmane puisse se développer en France (comme ailleurs en Europe d'où la montée des nationalistes) comme la religion catholique a pu le faire. Ils parlent d'islamisation de la France et voient des voiles partout, des barbus partout, des boucheries hallal partout, des mosquées partout, etc…
En quoi cela est-ce un problème ? Personnellement j'ai la même réaction allergique quand je vois un iman, un curé ou un rabbin. Comme s'il fallait un voile pour être enfermé ! Des femmes persécutées et enfermées, il y a en aussi chez les intégristes catholiques. Elles ne portent pourtant pas de voiles. Donc cela ne pose pas de problème…
Pour légiférer sur ce genre de questions, il faut vraiment être con… Ce n'est pas un voile qu'il faudrait pour ce genre d'homme politique mais un bâillon.
De Machiavel
voisin oisif | 16H12 | 03/08/2009 |
Les réactions de dénis face aux conclusions des services de renseignement français rappellent furieusement cet adage néolibéral : « La doctrine est bonne, c'est la réalité qui refuse de s'y conformer »
De clausius
16H15 | 03/08/2009 |
« malheureusement beaucoup plus simple que cela : c'est de l'islamophobie primaire. En effet de nombreux français (et donc élus) ne supportent pas l'idée que la religion musulmane puisse se développer en France comme la religion catholique a pu le faire »
Pour vous, la burqa est donc un signe d'apartenace à l'Islam ? Pour moi non, c'est un signe d'appartenance à un Islam radical et fondamentaliste.
De plus, vous semblez oublier qu'à la fin du XIXème début du XXème, on a « bouffé du curé » à tout va. Oui, c'était de la christianophobie, et cela a abouti à la laïcisation de notre société, et je m'en réjouis. On a le droit d'être contre une religion, comme on a le droit d'être contre le communisme ou le libéralisme. Ce n'est pas du racisme, c'est être contre un mode de pensée.
Ici aussi, je pense qu'il est nécessaire de « bouffer de l'Imam », et ne pas oublier de continuer à bouffer du curé et du rabbin. Désacralisons toutes ces religions stupides.
De Nau Kofi
en instance de désinscription... | 21H25 | 03/08/2009 |
C'est pas la question d'adhérer.
La question, ce que la limitation d'une liberté, c'est grave.
Moi, je préfère que les gens soient libres, même de faire des conneries, parce que je crois que c'est une manière de préserver ma propre liberté.
Et cette manière de vouloir le bonheur des gens à leur place, genre leur apporter la démocratie avec des fusils en Irak ou en Afghanistan, ou leur interdire de s'habiller comme ils l'entendent ici, ben pour moi ça pue.
Ça pue parce que ça a quand même de vieux relents de colonialisme ou de racisme - parce que, quand même, la lutte contre le terrorisme, la lutte contre le voile ou la burqa, la lutte contre les sans-papiers, qui sont les grands thèmes du moment, stigmatisent en gros systématiquement la même population.
Ça pue, parce que si on commence à laisser normaliser ce genre de chose, au nom du droit des femmes ou de la laïcité, quand est-ce qu'on s'arrêtera ? Est-ce que vous êtes sûr que ça s'arrêtera avant d'impacter votre propre mode de vie ou vos propres convictions ?
Ça pue, enfin, parce qu'encore une fois on met la même population au centre d'un débat débile, qui ne concerne qu'une infime portion de la population, question d'éviter de parler d'autre chose.
Si vous êtes soucieux du bien-être des femmes françaises, posez vous donc la question de ces milliers de salariées qui vont se retrouver contraintes de travailler le dimanche, au prix de leur vie sociale, au lieu d'aller faire chier 400 personnes qui, grossièrement, ne vous ont rien demandé.