Le blog de Paul Jorion 31/07/2009 à 12h43

La banque, le consultant naïf et le régulateur

Paul Jorion | Anthropologue

La revue d’anthropologie Terrain m’a demandé un témoignage sur la crise pour son prochain numéro consacré aux catastrophes. Je rédige du coup en ce moment le compte rendu de mon « travail de terrain » dans le monde de la finance. Je me suis souvenu à ce propos d’une anecdote éclairante quant au rapport de force existant entre les banques et leurs autorités de tutelle : le régulateur qui supervise, en principe du moins, leur activité.

Je faisais partie à l’époque d’une équipe de consultants introduisant dans une banque (la plus importante du pays) le protocole de gestion du risque « VaR », Value at Risk. Les autorités de tutelle avaient imposé que les banques produisent dorénavant journellement ce chiffre de Value at Risk exprimant, pour dire les choses en deux mots, sa perte maximale probable au cours d’une période donnée, vu son exposition au risque sur les marchés.

Mon rôle consistait à tester le logiciel que nous installions. J’avais pour cela créé un portefeuille fictif de l’ensemble des instruments de dette que possédait la banque, dont je calculais le prix « à la main », c’est-à-dire à l’aide d’un tableur, puis je comparais les valeurs obtenues à celles que le logiciel générait pour les mêmes configurations.

Or ça ne collait pas : on trouvait des erreurs de l’ordre - si je me souviens bien - du pourcent, ce qui sur des portefeuilles de la taille des portefeuilles bancaires était tout à fait inacceptable.

Je demandai à examiner le code (C++), ce qu’on m’accorda, bien qu’en me maudissant silencieusement. Le code était correct et il ne s’agissait donc pas d’un bug, d’une erreur de programmation. La méthodologie VaR était codée à l’intérieur d’un module inséré lui au sein d’un logiciel beaucoup plus vaste.

Je me mis à examiner les chiffres en entrée dans le module VaR en provenance du logiciel général. La source des erreurs était là. Or ce logiciel était d’usage courant depuis plusieurs années, installé dans des centaines de banques de par le monde, le vendeur bénéficiant d’une part considérable du marché.

Nos services étaient coûteux pour la banque hôte et l’équipe à laquelle j’appartenais était restée bloquée depuis plusieurs jours, attendant le résultat de mes investigations. La nouvelle que j’annonçais : que le problème était en amont et beaucoup plus général que nul n’avait envisagé, jeta la consternation.

Quelques jours plus tard, la banque organisait un cocktail dans un excellent restaurant de la ville. J’étais là, mon verre à la main, quand un vieux monsieur m’aborda : « Vous savez qui je suis ? » Non, je ne le savais pas. Il me dit son nom qui m’était familier : c’était celui du numéro deux ou trois de cette grosse banque dont tout le monde connaît le nom.

« Et moi je sais qui vous êtes : vous êtes l’emmerdeur qui bloquez tout. Il y a une chose que vous n’avez pas l’air de comprendre mon petit Monsieur : le régulateur, ce n’est pas lui qui me dira ce que je dois faire. Non, ce n’est pas comme ça que les choses se passent : c’est moi qui lui dirai quels sont les chiffres, il ne mouftera pas et les choses en resteront là. Un point c’est tout ! »

Et il tourna les talons, me plantant là, moi et mon verre.

On s’interroge aujourd’hui pourquoi, dans la période qui s’acheva en 2007, les régulateurs de la finance étaient assoupis aux commandes. Mon expérience m’avait offert la réponse : le rapport de force réel entre banques et régulateurs.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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  • ysengrimus
    • Posté à 13h11 le 31/07/2009
    • Internaute 12674

    Et pourtant en renfloue les enfoirés

    Lien

    à nos frais,
    Paul Laurendeau

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 13h02 le 31/07/2009
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    Une coquille, sans doute : « on trouvait des erreurs de l’ordre - si je me souviens bien - du pourcent, ce qui sur des portefeuilles de la taille des portefeuilles bancaires était tout à fait inacceptable. »

    D’accord, mais quel « pourcent » ?

    • zaichonok
      zaichonok répond à Le Yéti
      bobo bio
      • Posté à 14h57 le 31/07/2009
      • Internaute 61156
        bobo bio

      du pourcent = de l’ordre de 1%...

    • Jaycib
      Jaycib répond à Le Yéti
      Désagrégé de l'Université
      • Posté à 14h58 le 31/07/2009
      • Internaute 37053
        Désagrégé de l'Université

      Yéti, j’ai noté la même erreur sur le blog de Paul. Je crois qu’il veut dire « point de pourcentage », soit 1% (ou moins). C’est un anglicisme de sa part, qu’on lui pardonne aisément vu qu’il passe son temps à marauder sur des tas de sites anglophones.

      Sur le fond, tu conviendras avec moi qu’on est toujours dans le rapport de force, et que, pour l’instant, nous sommes plutôt mal barrés !

      A plus, J.

      • Pas lolo
        Pas lolo répond à Jaycib
        fasciné
        • Posté à 19h53 le 31/07/2009
        • Internaute 29635
          fasciné

        Négatif. Rien d’un anglicisme. Et rien de spécifique à la finance.
        L’expression me paraît classique dans le milieu de l’ingénierie mais n’a pas forcément la même signification en fonction de la teneur de la quantité considérée.
        S’il s’agit d’une erreur de 1% sur la mesure d’un capteur de température de sécurité, ça veut dire pouillième.
        S’il s’agit de 1% sur un rendement d’installation ou d’une consommation garantie, ça peut vouloir dire un max de pognon, calculé sur 20 ans.

        La VaR estime le cash à garder en liquide en fonction des positions prises (ex : Kerviel avait pris des positions estimées à 50 Milliards € et a paumé 5 milliards. M’étonnerait que la VaR annoncée par la SG correspondait à 10% des positions).
        Si le log. calcule la VaR à 0,5% des positions d’une banque et qu’en fait elle est (suivant le modèle, et pour simplifier Jorion n’a pas discuté de sa validité) de 0,5 + 1%, cela revient à dire que la Banque doit prévoir un coussin de cash trois fois plus important, réglementairement.
        Et le cash, ça coute cher et grève au final la valeur ajoutée.

        Ce que je comprends pas dans cet article de Jorion, c’est qu’il ne propose pas d’explication à la regulatory capture.
        Je pense qu’il présuppose que tout le monde a compris que le régulateur aux US (et pas que) n’est pas un genre d’hydre impersonnelle, mais une administration composée de personnes qui espèrent pantoufler avec des salaires stellaires dans les entités régulées.

    • Fenrir
      Fenrir répond à Le Yéti
      Ingénieur en informatique
      • Posté à 15h14 le 31/07/2009
      • Internaute 54922
        Ingénieur en informatique

      Tel que je le comprend, un seul pourcent. Si ton portefeuille fait 200 milliards (valeur au hasard), un seul pourcent d’incertitude doit amener à ne pas avoir de vision clair de l’état d’une banque de la part du régulateur si cette dernière se trouve à la limite, dans une « zone grise » qui ne serait ni signe d’une gestion ni d’une bonne gestion (enfin j’espère qu’il n’y a pas un chiffre précis en dessous duquel tout le monde il est beau et gère bien et au-dessus duquel il faut absolument sévir, mais bien déjà une « zone d’alerte » qui entraîne une surveillance rapprochée voire des débuts de restrictions envers l’institution bancaire concernée ; ça me semblerait logique).

      C’est vrai que le mécanisme dans lequel s’inscrit le VaR et le sens exact de cet indicateur pourrait faire un bon article annexe à celui-ci.

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Fenrir
        yetiblog.org
        • Posté à 15h17 le 31/07/2009
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        « Si ton portefeuille fait 200 milliards (valeur au hasard) »

        Euh... oui, ça serait un sacré « hasard » [rires] !

        Mais pour le reste, j’ai bien compris le sens des réponses et l’importance de ce « pourcent » (le texte étant en français, je n’avais pas perçu l’anglicisme, oups !) Merci à tous.

    • Pas lolo
      Pas lolo répond à Le Yéti
      fasciné
      • Posté à 20h29 le 31/07/2009
      • Internaute 29635
        fasciné

      Dis nous tout. T’es vaguement au courant des évolutions récentes sur les CMBS ?
      Non, je dis ça parce que t’as l’air de causer économie, je m’interroge sur ta maitrise de la langue de Guillaume.

      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Pas lolo
        yetiblog.org
        • Posté à 08h37 le 01/08/2009
        • Internaute 6095
          yetiblog.org

        Oh là là, qu’est-ce que c’est que ce zozo prétentiard là au-dessus ? Il est toujours comme ça, cet Audiard de supermarché, avec son laïus financier à la Diafoirus pour faire éclairé ? (Je viens de jeter un œil sur la teneur générale de Lien, il semble que oui !)

        Votre ton à l’égard de vos interlocuteurs, monsieur pas lolo, me paraît non seulement déplaisant à l’excès, mais pour tout vous dire carrément ridicule et un brin pathétique (Lien pour ceux qui veulent rire).

         
        • Pas lolo
          Pas lolo répond à Le Yéti
          fasciné
          • Posté à 10h10 le 01/08/2009
          • Internaute 29635
            fasciné

          Cher maître de séant,
          Je ne sais comment vous remercier de suggérer que mes modestes contributions en ces augustes lieux puissent faire rire le lecteur. Apporter un peu de bonheur à nos congénères, en ces temps contrariés, serait pour moi un achèvement.
          Par ailleurs, tout le monde n’a pas votre talent pour faire trembler de peur, rien que par vos écrits, ces terribles vilains que sont les chinois, le capitalisme mondial, etc... A part BHL peut-être, pour le talent lyrique et la solidité des sources.

          Et encore merci, de ne pas avoir cru bon de me ridiculiser plus avant, en égrenant mes erreurs factuelles.

          • Le Yéti
            Le Yéti répond à Pas lolo
            yetiblog.org
            • Posté à 11h04 le 01/08/2009
            • Internaute 6095
              yetiblog.org

            Bon, bon, j’y suis peut-être allé un peu fort. Excuses.

            Mais faites gaffe tout de même avec certaines expressions genre : « Bon, je vais pas trop perdre mon temps à répondre... Z’êtes vraiment un as vous ! ...Ton prof est un con. Rassures toi, tu n’es pas une exception... » Ça incite à la réaction épidermique.

            Notre chamaille est close, en ce qui me concerne.

            • Pas lolo
              Pas lolo répond à Le Yéti
              fasciné
              • Posté à 11h10 le 02/08/2009
              • Internaute 29635
                fasciné

              Idem, la vie est trop courte.

        3 autres commentaires
  • Columbine
    Columbine
    Voyageuse
    • Posté à 13h31 le 31/07/2009
    • Internaute 78955
      Voyageuse

    La banque, le consultant naïf et le régulateur

    La Trinité capitaliste

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h44 le 31/07/2009
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    La crise pour tout le monde :

    Les boulangers ont des problèmes croissants.
    Chez Renault la direction fait marche arrière, les salariés débrayent.
    A EDF les syndicats sont sous tension.
    Les bouchers se battent pour défendre leur bifteck.
    Les éleveurs de volaille sont les dindons de la farce, ils en ont assez de se faire plumer.
    Pour les couvreurs c’est une tuile.
    Les menuisiers sont payé avec des chèques en bois
    Les kinés se massent devant les grilles de l’hopital en revendiquant
    L’on raconte des salades aux épiciers
    Le salaire des coiffeurs frisent le ridicule
    Les cyclistes sont mis au régime sans sel
    Les teinturiers meurent à la tâche et sont payé au rabais
    Les faiënciers en ont raz le bol.
    Les éleveurs de chiens sont aux abois.
    Les brasseurs sont sous pression.
    Les cheminots menacent d’occuper les loco, ils veulent conserver leur train de vie.
    Les veilleurs de nuit en ont assez de vivre au jour le jour.
    Les pédicures travaillent d’arrache-pied pour de faibles revenus.
    Les ambulanciers ruent dans les brancards.
    Les pêcheurs haussent le ton.
    Les prostituées sont dans une mauvaise passe.
    Sans oublier les imprimeurs qui sont déprimés et font mauvaise impression
    et les cafetiers qui trinquent !

    Bref ! C’est la crise....rions même si c’est un rire jaune...

    • DBL8
      DBL8 répond à pablico
      Retraité
      • Posté à 09h59 le 02/08/2009
      • Internaute 19562
        Retraité

      Le rire « jaune »... c’est chez « ricard » ?

  • zorbeck
    • Posté à 14h02 le 31/07/2009
    • Internaute 9110

    « le rapport de force réel entre banques et régulateurs »

    Un peu simpliste quand meme. Que tout soit un rapport de force, je veux bien, mais il ne se limite pas aux 2 parties citées. Exemple concret : sur quoi s’appuie, à votre avis, le concept de « too big to fail », ce superbe chantage qui permet aux plus rapaces d’empocher des sommes faramineuses via l’argent prèté aux banques (par l’état) ? En gros sur ceci : si la banque n’est pas aidée par l’état et fait faillite, il y aura x% de chomeurs en plus. Alors comme on veut éviter le désordre, on plume un peu plus le contribuable, on augmente encore un peu plus le deficit au détriment du futur et tout le monde est content.

    En réalité, et pour dire les choses froideemnt, on a pas été assez libéral et beaucoup trop socialo : TOUTES les banques pourries auraient du faire faillite, quitte à saisir TOUTES les propriétés (privées) de leurs dirigeants qui sont les vrais responsables. Ca aurait été finalement beaucoup plus juste et équitable. Ou encore, quitte à augmenter le deficit : pourquoi ne pas avoir renfloué, non pas les banques, mais les menages surendettés, au lieu de recompenser in fine les dirigeants de Goldman Sachs, Morgan Stanley ou autre SocGen avec les milliards du contribuable ?

    Mais non, ici comme ailleurs les élites dirigeantes préfèrent se faire mousser à présenter un Kyrviel comme Responsable (pour mieux ignorer le reste, notamment ceux qui l’ont employé si longtemps), voire ici (et pas ailleurs) dénoncer le capitalisme anglo-saxon comme Sarko a eu le culot de le faire (comme s’il n’existait pas de banques françaises dans le monde, seulement des banques anglo-saxonnes, et surtout comme si le mal était d’alleurs, mais l’argument est tellement porteur en France qu’un dirigeant français serait fou de ne pas l’user jusqu’à la corde, et le Petit ne s’en prive pas). Pendant ce temps là, le populot gobe le tout car c’est trop compliqué à comprendre (le français de base est d’une ignorance crasse en matière économique), et si ça va vraiment mal on peut toujours se defouler sur des boucs émissaires comme exutoire aux problèmes que nous avons créés. Avez vous vu cette incroyable attaque contre la démocratie en France envahie par 367 burqas ? Que fait la police ? Ou est l’armée ? Vite, les fondements de la République sont incroyablement menacés ! Voire carrément la moitié (féminine) de la population mondiale ! Aux armes citoyens ! L’ennemi intérieur pousse la sournoiserie à se cacher le visage, ici, chez nous, dans nos banlieues, nos écoles, sur notre terroir. Allons Enfants de la Patrie etc...Et ca marche. Non, c’est plutot courrir dans ce cas-ci.

    • Pas lolo
      Pas lolo répond à zorbeck
      fasciné
      • Posté à 20h08 le 31/07/2009
      • Internaute 29635
        fasciné

      Le problème d’un « too big too fail » qui fait faillite n’est pas x piont de chômeurs en plus.
      Il s’agit d’un risque de contrepartie. Si Machin disparait, bidule truc et schmilblick coulent en même temps. Et si M, B et S coulent etc...
      Une solution aurait été de nationaliser M. Et éventuellement B et S.
      Mais ça, c’est du socialisme (pas comme le PS, un truc vraiment effrayant, pas un épouvantail), et ça on n’en veut pas.
      Personne ne veut (enfin parmi les gens raisonnables, qui votent oui et tout) que l’état nationalise, même provisoirement, le secteur bancaire.
      Des mauvais esprits (genre supporter des systèmes nord-coréen ou de l’islamo-fascisme altermondialiste) pourraient se servir des données économiques pour prouver que ça fonctionnait mieux avant la reprivatisation dans un avenir pas forcément lointain.

      • zorbeck
        zorbeck répond à Pas lolo
        • Posté à 21h47 le 31/07/2009
        • Internaute 9110

        Je comprends bien qu’il existe un probleme de contrepartie (doux euphémisme) mais personne n’obligeait des grosses banques à placer de l’argent chez Madoff & Co ou à investir dans des sub-primes : pour moi, celles qui l’ont fait méritent bien de couler, et ce monsieur cité dans l’article qui se permet de donner des leçons de conduite à l’adresse du législateur mérite un beau coup de pied au cul vers la porte de sortie, et si possible une saisie de tous ses avoirs si ses décisions ont contribués à la faillite de sa banque. De toute façon, tout le monde ne coulerait pas, il y en a forcément qui ont pris moins de risques que les autres et qui auraient pu racheter à bas prix ce que ceux qui font faillite auraient été obligés de revendre. Ca permettrait un bon nettoyage et tout ne s’écroulerait pas pour autant...

        Ce qu’il y a en réalité de scandaleux dans ces propositions un peu provocantes que je fais, c’est d’appliquer aux « decision-takers » ce qu’ils font régulièrement subir à d’autres : qu’est-ce qui en effet empècherait l’Etat de saisir les comptes et les biens des dirigeants des banques en faillite qui ont pris des décisions foireuses ? Je trouve scandaleux qu’une partie des financiers de la planète s’abrite derrière la menace de récession économique agravée, tout simplement pour sauver leurs peaux en profitant de la crédulité du contribuable.

        Personnellement, je suis pro-eurpéen à 100%, je crois à l’efficacité de l’économie de marché, et ce que l’on fait ici est exactement son contraire : on récompense des arnaqueurs patentés ou des apprentis sorciers avec de l’argent public. Un peu comme la nomenklatura de la belle époque, mais à plus grande échelle. C’est inacceptable.

         
        • Pas lolo
          Pas lolo répond à zorbeck
          fasciné
          • Posté à 09h01 le 01/08/2009
          • Internaute 29635
            fasciné

          Ce n’est pas le législateur qui est mis en cause mais le régulateur indirectement.

          Il y a, amha, deux points importants à prendre en compte.
          D’une part, les obligations découlant des lois et réglementations applicables au secteur financier ont été considérablement allégées depuis une trentaine d’années sous l’impulsion des politiciens de tous bords.
          Lien

          On notera que les réglementations « assouplies » sont celles mises en place après la crise de 29, mais surtout suite aux travaux et audiences de la commission Pecora quatre ans plus tard.
          Lien

          Où l’on apprend que le désastre en cours n’est pas le fait de la faute à pas de chance ( ou à toute le monde : les consommateurs qui se sont trop endettés, les chinois, les gouvernements etc...Un peu comme aujourd’hui) mais à une caste de rapaces incriminables pénalement.

          De fait et logiquement, alors qu’on dérèglemente on va également limiter les pouvoirs et moyens d’action des régulateurs. Suffit de limiter le financement de la SEC ou d’interdire à la CFTC de prétendre superviser les CDS.
          Lien

          Certains des principaux acteurs de cette sympathique farce n’ont pas quitté la scène. Summers, Rubin, on ne change pas une équipe qui gagne.

          Donc on allège les règles, on crée des zones de non droit et on coupe dans les effectifs des méchants régulateurs (zont qu’à être plus efficaces, dégraissons le mammouth).

          Conséquences, un age d’or de la finance. Suffit de regarder l’évolution des salaires dans le secteur financier par rapport au salaire moyen pour bien s’en convaincre. Raconté par Paul Krugman :

          Lien

          En fait, ce dont Jorion parle, c’est du phénomène de « regulatory capture ». Le régulateur n’exerce pas son autorité pour plusieurs raisons dont les deux principales sont :
          -Ne pas gêner une industrie stratégique. Extension de la « light touch » britannique. Une certaine modération dans l’application de règles déjà light.
          -Bosser à la SEC ou la CFTC, c’est une étape. Donc emmerdons pas trop nos futurs employeurs, et évitons de limiter leur potentiel de « création de valeur » qui nous assurera un salaire « décent » dans un avenir proche.

          On parle souvent de revolving doors entre les agences de régulation ou le gouvernement et Wall street.

          Les sénateurs et les représentants sont, en toute indépendance, sponsorisés massivement par l’industrie financière. C’est cher une campagne législative, aux US.

          Pour Madoff. Un joli leurre. On estime les pertes sur investissement de l’ordre de 15 milliards de dollars. Le reste de la facture provient des non gains (à 10-12% par an sur 20 ans, ça chiffre). AIG, par contre, c’est déjà 135 milliards de dollars, merci pour Goldman Sachs, BNP, DB etc...

          Et là, je suis d’accord avec vous, mais on en revient au risque systémique.
          N’oublions pas que la norme du secteur financier, ce n’est pas de thésauriser les bénéfices. Ainsi, si les profits faits ces deux ou trois dernières années s’avèrent bidons, on ne peut pas se contenter de s’attrister. En général, les profits sont distribués à 50% sous forme de bonus aux employés en cash. Si jamais le CDO qui a doublé de valeur s’évapore, ça laisse tout de suite un trou dans la caisse.

          Le problème du risque de contrepartie, c’est que même les plus prudentes ont pu ne pas considérer comme risque significatif des institutions réputées solides. Une réaction en chaîne est donc probable et cela entrainera la nationalisation de quasiment toutes les banques de tailles significatives, et ce mondialement.

          En ce qui concerne votre croyance en l’économie de marché libre et non faussée chère à nos héros de bruxelles, je dirais que les croyances c’est comme les goûts et les couleurs.
          La fin de votre § laisse tout de même entrevoir une certaine dissonance cognitive. Les habits du roi...

          • zorbeck
            zorbeck répond à Pas lolo
            • Posté à 13h10 le 01/08/2009
            • Internaute 9110

            Merci pour votre contribution très bien documentée, ca change un peu des diatribes monocordes et sans intérêt sur le thème de l’antilibéralisme. En ce qui concerne mes croyances, n’allez pas trop vite dans vos conclusions. Il est évident que « le marché libre et non faussé » ne peut fonctionner que dans le cadre d’un état de droit, et donc règlementé, ce qui ne veut pas dire nationaliser les banques. Mais ca veut dire attaquer de front les conflits d’intérêts les plus flagrants : pourquoi les agences de cotation par exemple - qui ont une responsabilité énorme dans l’inflation de la bulle des sub-primes - s’en sont-elles tirées aussi facilement ? Pourquoi ne pas reconnaitre un conflit d’intérêt évident entre leurs cotations et les banques qui les achètent ? Je trouve ca extrèmement préoccupant qu’on ait saisi des emails internes (lu sur Bloomberg) montrant qu’elles savaient parfaitement ce qu’elles faisaient, et que ca ne prête à aucune conséquence. Pourquoi assouplir les règles comptables (genre accepter les produits dérivés hors bilan) et distribuer l’argent du contribuable pour sauver ceux qui ont pris le plus de risque, pour leur seul profit personnel, sur base de bilans complètement truqués ? Je trouve personnellement qu’on met la charrue avant les bœufs : pourquoi autant distribuer l’argent du contribuable sans resserrer préalablement le cadre légal et mettre en place des contrôles plus stricts comme suite a la crise de 1929 ? L’effet domino dont vous parlez, sans en nier le danger, est à mes yeux un peu vite brandi quand il s’agit de resserrer les boulons. C’est dans ce sens là que je suis pro-européen, car seule une Europe unie, qui représente quand même la première économie au monde, pourrait se permettre de le faire. Sans pour autant entrer dans les affres d’une économie planifiée.

            • Pas lolo
              Pas lolo répond à zorbeck
              fasciné
              • Posté à 12h07 le 02/08/2009
              • Internaute 29635
                fasciné

              On est en désaccord sur un point. La possibilité d’obtenir un marché libre et non faussé. C’est et ça restera un axiome de base pour développer des théories économiques tout comme le déplacement sans frottements et le choc parfaitement élastique peuvent servir de points de départ à des développements en cinétique.
              A ceci près que, autant on peut introduire relativement facilement les forces de frottement ou intégrer empiriquement les résultats d’expérience, facilement reproductibles en mécanique. Autant ce ne l’est pas en économie.
              La concurrence libre et non faussée ne peut exister (aussi puissante ou omnisciente que puissent être les autorités de contrôle) ne serait ce que par l’asymétrie d’information des acteurs, la collusion entre les acteurs (politiques, industriels, autorités de contrôle, etc...) Ce n’est ni plus ni moins que la nature humaine.
              En gros, il y a 30 ans on nous disait que le système soviétique ne pouvait fonctionner parce qu’il était basé sur la supposition que l’homme était bon et honnête, et qu’il travaillerait en conséquence, au lieu de glander pour gagner comme tout le monde.
              Aujourd’hui, on nous dit que l’homme est foncièrement honnête et qu’il ne chercherait pas à tricher et que tout ça s’autorégulera gentiment.

              Donc pour que ça fonctionne suivant la théorie, il faudrait un « Etat de droit » qui soit lui même parfait, impartial et parfaitement informé. Ce genre de postulat de départ ne permet pas de développer, a mon très humble avis, quoi que ce soit d’utilisable pratiquement.
              Pour vous donner un exemple inverse, la mécanique newtonienne, formellement démentie par la suite, n’en reste pas moins extrêmement utile dans les applications de tous les jours.

              Pour illustrer le propos, je reviens sur les agences de notation. Vous citez les e-mails. Je pense que vous faîtes référence aux échanges de deux analystes d’une agence qui discutaient d’un deal où ils étaient censé « mettre du rouge à lévre à un cochon » ou une expression du même style.
              Alors, pourquoi ne se passe-t-il pas grand chose concernant la réforme des agences de notation ? Je vois deux possibilités, pas exclusives.
              Primo : On a retrouvé les échanges de deux analystes entre eux. Pas leur rapports à leurs supérieurs, ni les échanges de ceux-ci avec le Top management de leurs clients, voire avec la Fed ou la SEC. Eventuel, bien entendu. Mais l’usage du parapluie n’étant pas répandu qu’aux étages inférieurs, on peut supposer que personne n’a intérêt à faire dans la chasse aux sorcières.
              Deuxio : Les gens qui n’ont pas forcément intérêt à ce que les agences soient contrôlées de trop près et éventuellement soumises à une législation pénale plus stricte, sont également les plus influents politiquement. Et la crise n’en est pas encore rendu à un point de gravité telle qu’il faille couper des têtes, cf la commission Pecora qui n’a pas démarré ses travaux facilement. Tentatives avortées entre 29 et 33.

              Enfin, je ne sais s’il s’agit de votre propos, mais ne vous méprenez pas. Je ne suis pas antilibéral. Au contraire, je suis pour une liberté maximale laissée aux individus dans le cadre économique et sociale.
              Par contre, si cette liberté est une licence laissée aux sociopathes pour mettre en danger mes intérêts ou ceux de ma famille (pour l’avenir je veux dire), je suis pour une limitation stricte dans certains domaines des capacités d’agir de ces « créateurs de richesse ».
              Encore une fois, quand je parle de moi ou de ma famille, je ne suis pas suffisamment fortuné pour faire abstraction de la société qui m’entoure. Un impact négatif sur mes concitoyens se répercutera sur moi.
              Et en cela, je doute des effets bienheureux de la mondialisation, même si elle m’offre des opportunités. Je connais les statistiques de revenus et suis conscient d’appartenir à une minorité. Manque de bol, celle qui risque de se faire rattraper assez vite.

              Dernier point. Je ne doute personnellement pas de l’effet domino. A toute fins utiles, je précise que je suis d’accord avec vous. Nationalisation des banques importantes, liquidations des autres sauf celles, bien entendu, qui n’ont pas de problème. Les banques privées qui ne prennent pas en otage la communauté ne me gêne pas. Et pas de guillemets à otage.

        3 autres commentaires
  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h43 le 31/07/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Je faisais partie à l’époque d’une équipe de consultants introduisant dans une banque (la plus importante du pays) le protocole de gestion du risque « VaR », Value at Risk.

    Je demandai à examiner le code (C++), ce qu’on m’accorda

    Par Paul Jorion | Anthropologue

    Forcément, si on demande à des anthropologues de faire le boulot de comptables et de programmeurs, je ne suis pas surpris qu’il y ait des crises financières tous les dix ans...

    Et résoudre ce problème est très simple, il suffit de signer une décharge indiquant qu’on a trouvé le problème, que le client en est averti, et qu’on est pas responsable en cas de catastrophe.
    Après, si on s’y connait, on place ses billes pour profiter d’un éventuel crash.

    • Pas lolo
      Pas lolo répond à Keldan
      fasciné
      • Posté à 20h23 le 31/07/2009
      • Internaute 29635
        fasciné

      Vous suggérez que les mathématiciens payés avec des bonus cosmiques par les banques viennent vous expliquer que personne ne pouvait prévoir ?
      Qu’un psychologue vienne m’expliquer comment éviter qu’une bande d’escrocs bardés de diplômes d’économie ou de maths ne puissent se faire des couilles en or pendant une demi-décennie en laissant par la suite l’économie mondiale en ruine et le globe à feu et à sang, why not, j’écoute.
      « Après, si on s’y connait, on place ses billes pour profiter d’un éventuel crash. »
      On en revient au problème de l’effet de levier. Faut avoir, à la base, un bon paquet de monnaie pour profiter d’une telle situation.

  • Mohamed.K
    Mohamed.K
    Magasinier
    • Posté à 23h00 le 31/07/2009
    • Internaute 48916
      Magasinier

    C’est l’application de la théorie développée par Markowitz.
    C’est d’énormes matrices qui recherchent par paires les titres corrélés négativement . Les gains des uns compensent les pertes des autres ( en thèorie) .
    L’erreur n’est certainement pas dans le programme mais dans le niveau excessif du risque que se fixent la banque . La paire Rendement/Risque est indissociable .

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 07h48 le 01/08/2009
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    l’tout, c’est que l’client de la banque ne s’aperçoit de rien

  • Vince75010
    Vince75010
    Consultant
    • Posté à 13h09 le 01/08/2009
    • Internaute 71315
      Consultant

    Comment ? RiskMetrics abuserait d’une position dominante sur son marché ? Les efforts qu’ils déploient pour mettre en place des méthodologies performantes et complexes seraient rendus caduques du simple fait d’un problème de « qualité de données » ?

    Information à vérifier : je n’ose croire qu’une société de services déployant son offre de mesure d’exposition au risque auprès de la grande majorité des banques et autres institutions financières puisse se permettre ce genre d’« erreurs ».

    Vous aurez réussi à me rendre perplexe.