enquete 30/07/2009 à 13h09

Pourquoi mange-t-on si mal et cher à Roissy ?

Sarah Masson | Journaliste

« Pourquoi mange-t-on si mal et cher à Roissy ? », s’est récemment demandé un membre de Rue89. Une fois passée la zone de contrôle, les enseignes à bas coût disparaissent pour laisser la place à un quasi monopole. Pourquoi est-il impossible d’y manger un sandwich correct pour moins de 10 euros ? Là où à Madrid, New York, Berlin... on trouve des McDonalds ou autres enseignes. Eco89 s’est attelé à cette enquête de fond.


Le terminal 2E de l’aéroport de Roissy (Charles Platiau/Reuters)

Difficile, en cette période de vacances, d’obtenir la moindre information sur ce qui, au fil de cette enquête, apparaît comme un sujet sensible :

« Pas du tout ! , se défend le service com d’Aéroports de Paris (ADP), il y a une très grande diversité des enseignes, aussi bien dans la zone publique que dans la zone réservée. De toutes façons, comme nous sommes une entreprise où l’Etat est encore actionnaire, tout est transparent. »

Un problème de segmentation

En regardant de près l’architecture des différents terminaux sur le site d’ADP, on comprend que c’est d’abord une question de segmentation. Comme peut s’en vanter ADP, sur l’ensemble de l’aéroport de Roissy il y a beaucoup de « points de vente » différents.

Mais une fois entré dans un terminal et franchi le contrôle de sureté, il ne reste plus qu’une ou deux enseignes, qui vendent généralement les mêmes produits au même prix. C’est notamment le cas des terminaux 2E et 2F, les plus récents et les plus utilisés.

C’est le principal problème : dans la plupart des aéroports internationaux modernes, les passagers en transit ou en attente de leur vol peuvent circuler d’un terminal à l’autre. A Roissy, cinquième aéroport du monde en termes de passagers, les espaces sont verrouillés.

Voilà pourquoi on ne peut pas profiter de la diversité des restaurants « pour tous les budgets ». Sur le terminal 2F , la zone est même séparée en deux ports d’embarquement. Si vous partez de la porte F21 à F36, vous profiterez des enseignes Paul, Illy et Exki. Mais si vous embarquez de la porte F41 à F56, vous ne trouverez qu’un Colombus café. Au terminal 2B également, seulement deux enseignes une fois passés les contrôles (voir le plan des terminaux).

Des loyers deux fois plus chers qu’en centre-ville

Mais au-delà de ce problème d’aménagement, à la différence des autres aéroports internationaux, une fois passée la zone de contrôle, on ne trouve plus de Mac Do, Pizza Hut ou Hippopotamus. Disparus, évacués !

Une porte-parole de la direction de Paul évoque des contrats sur sites concédés avec Elior, spécialiste de la restauration de concession dans les gares, les aéroports, les autoroutes et les lieux touristiques notamment.

Elior est un « assemblier », il exploite un portefeuille de marques (dont Paul, Quick, Exquis, Bert’s...) et établit des contrats de franchise très spécifiques. « On ne peut pas aller voir un aéroport et dire “je veux ouvrir”, cela ne se fait pas aussi simplement. » Elior partage le terrain avec SSP (Select service partner, une filiale du groupe Compass) et Relay en tant qu’exploitants des aéroports de Roissy et d’Orly.

Jacques Suart, directeur de la communication chez Elior vient éclairer notre lanterne :

« Un aéroport aujourd’hui est une entreprise privée (depuis 2005, Aéroports de Paris est passé du statut d’établissement public à celui de société anonyme NDLR). Elle fait donc des appels d’offres auxquels nous essayons de répondre de façon appropriée. Le cahier des charges est très précis (besoins en termes de flux, stratégie d’ADP...) »

La stratégie en effet semble bien rodée. Elle s’établit sur un contrat de concédant dont la redevance s’élève à « deux fois le montant d’un loyer en centre ville. C’est pourquoi les prix des consommations sont élevés », explique Jacques Suart.

Et il faut un certain standing pour faire partie de la « short list » des restaurants autorisés à passer la barrière de sécurité. Jacques Suart cite les enseignes installées dans la zone réservée : Bert’s, Piatto del gusto ou encore Expressamente Illy.

De plus, ce sont des baux de dix ans, donc l’attente peut-être longue.

Pressions et chantage

Ces pratiques sont analysées dans « Le lobbying est-il une imposture ? » d’Eric Eugène, professeur à l’université de Paris Dauphine. Selon son étude, dans ce monde, il y a tout un système de pressions et de chantage derrière tout ce qui est dit. Une responsable communication du secteur nous laisse entendre que la communication d’ADP est bien connue pour être une des plus verrouillées.

Selon Eric Eugène, il y a connivence entre les entreprises de restauration et ADP. L’aéroport ferait en sorte de décourager les restaurants bon marché de s’installer. C’est une question d’image. ADP veut donner l’impression que l’avion reste le moyen de transport de luxe. Donc son environnement est aussi plus « select ».

Un Mac Do serait fâcheux pour l’image d’ADP. De toutes façons, Mac Do ou Quick n’iront pas se plaindre d’être victimes de comportements déloyaux. Cela pourrait se retourner contre eux. Chez « Mac Do France », qui rappelle que deux de ses établissements sont installés dans la zone publique de Roissy, sous contrat avec la société SCP, on précise avec précaution :

« On entre dans des détails de stratégie de développement. On ne peut pas s’exprimer sur ces sujets sans avoir vu avec [ADP] quelle est leur politique dans ce domaine. »

Toujours selon le livre d’Eric Eugène, même si ces opérations sont légales, cela ressemble fort à des accords tacites. Et ADP n’est qu’une infime partie de ce qu’il dénonce comme « un système vérolé dans son ensemble ».

Conclusion du service de presse d’ADP :

« Il y a des points de vente pour tous les budgets dans les zones réservées de nos terminaux. Par exemple, on peut y trouver un supermarché Casino. Les Mac Do sont très appréciés par les passagers mais également par les accompagnants (personnes qui attendent ou accompagnent les passagers) et par le personnel de la plateforme (qui n’a pas forcément accès à la zone réservée). D’où sa localisation en zone publique. »

La haute autorité de la concurrence dit n’avoir « jamais entendu parler » de manque de concurrence dans les services de restauration dans les aéroports parisiens. En revanche, le 15 décembre 1998, ADP s’était vu
infliger une amende de 500 000 francs pour ses pratiques dans le
secteur de l’hôtellerie à la périphérie des aéroports (voir la décision de la haute autorité de la concurrence).

Photo : le terminal 2E de l’aéroport de Roissy (Charles Platiau/Reuters)

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  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur répond à Micou50
    Restaurateur
    • Posté à 19h52 le 31/07/2009
    • Internaute 48550
      Restaurateur

    Lorsque je prends l’avion à CDC, je dois vraisemblablement transiter par un autre aéroport. Pour mon prochain voyage, je vous serais reconnaissant de me donner le nom de ce « restaurant très bon » que je décolle enfin de mon siège sans boucler ma ceinture...
    A propos de votre vision déprimante du journalisme, je ne peux que vous confirmer que si effectivement il traverse une zone de turbulences, il y a pas de quoi en faire une dépression. Je crois même en un new take off défiant les lois gravitationnelles... Par sa pertinence et son indépendance, Rue89 en est le meilleur exemple. Il lui faut juste qu’il assure son décollage financier sans être à la merci d’un groupe de-pression...
    XD restaurateur de crash sans parachute doré

  • ehmanu
    ehmanu
    situation de famille ? (...)
    • Posté à 15h29 le 31/07/2009
    • Internaute 86750
      situation de famille ? (...)

    Mais c’est comme ça partout : il n’y a plus de concurrence ! !
    exemple : la gare de Lyon à Paris.
    Je prends un café au bar à l’entrée, et je dis au barman que je vais prendre un 2ème café mais cette fois à emporter chez « bonne journée », car j’étais sur le point de prendre mon train. « Et je lui dis en souriant : et puis ça sera peut-être moins cher »

    Et là, stupeur : il m’avoue que tous les points de ventes de restauration, c’est à dire son café, « bonne journée », « upper crust » et TOUS les autres, appartiennent en fait à la même société ! ! ! !
    Mais je trouve ça incroyable de berner les gens en mettant des enseignes différentes pour chaque point de vente pour faire croire qu’il y a une concurrence...

    Résultat : on a soif, on a faim, eh bien la moindre bouteille d’eau de plus de 2 gorgée (1l) est à 2 ou 3€, les sandwichs sont minuscules et jamais en dessous de 4€, et tout à l’avenant.

    C’est vraiment triste, malhonnête et ça a lieu en ce moment même !

    Je n’achète plus rien en aéroport ou aux gares.

    • Xavier Denamur
      Xavier Denamur répond à ehmanu
      Restaurateur
      • Posté à 16h26 le 31/07/2009
      • Internaute 48550
        Restaurateur

      N’oubliez pas les autoroutes...

  • skinsaver
    skinsaver
    Directeur de Recherche
    • Posté à 15h55 le 31/07/2009
    • Internaute 86754
      Directeur de Recherche

    C’est le cas chaque fois qu’il y a situation de monople.
    L’exemple du coût des connexions internet confirme la situation de la restauration.
    Et quand vous prenez le RER pour vous y rendre regardez à combien la taxe d’ aéroport reversée à ADP se monte , c’est scandaleux !
    Bref de l’arnaque organisée.
    Et si en échange il y avait un service à la hauteur ! Mais regardez le % de tapis roulants ou d’escalators en panne chaque fois...
    L’argument de regarder ce qui se fait dans les autres aéroports est un bon moyen de leur mettre le nez dans leur problématique.
    Quelle honte !

  • starsss
    • Posté à 17h01 le 31/07/2009
    • Internaute 24513

    Depuis le temps que je voyage... il ne me vient jamais à l’idee de manger dans un aeroport. Un café, un thé ou une p’tite biere, vraiment tout.

    Je voudrais savoir surtout où passent tous les produits saisis avant la porte d,embarquement. Je me suis fait sucré une creme demaquillante (plus de 200ml, la folle)... un ami venant de Roissy, s’est fait sucrer sa bouteille de Glenfidish, sa creme Kenzo (il a fait les duty free avant la porte d’embarquement.... ce fou. Enfin y en a des milliers qui ont dû se faire avoir !

    Roissy l’aeroport le plus mal-cueillant que je connaisse... des agents de bord AF, à la fouille, aux services info... en passant par les barmen.... alors les sandwichs degueux, ça ne me surprend pas. J’evite et lui prefere de loin Amsterdam et ses chocolats.

  • alberte
    alberte
    Sage-femme retraitée
    • Posté à 20h27 le 31/07/2009
    • Internaute 60250
      Sage-femme retraitée

    Emportez votre en cas avant de vous envoler pour la France. Ainsi, vous pourrez vous passer de ce qui est offert à l’ aréoport
    D’ Orly.

  • Aziyadé
    Aziyadé
    typographe-journaliste- (...)
    • Posté à 08h10 le 01/08/2009
    • Journaliste 46132
      typographe-journaliste- (...)

    Et l’on pourrait aussi se poser la question dans un futur article :
    Pourquoi mange t-on si mal dans les avions de nos chères compagnies aériennes ?

    Je me souviens encore d’un « Bolino-twix » sur KLM en juin 2008 ! !
    Lire sur linternaute...
    Ou en tapant mon nom sur Google...
    Elisabeth Guignaud-Le Berre

    Air France c’est un peu mieux...

    Et pour me faire un peu de pub :
    Lien (carte de visite virtuelle)
    En attendant mon futur blog ces jours-ci...
    Une journaliste-historienne-photographe...numérique avant l’heure

    Et vive Rue 89 ! !

  • starsss
    • Posté à 10h47 le 01/08/2009
    • Internaute 24513

    hihi... pour tous ceux qui parle sans savoir... on ne prend pas d,encas et encore moins de boisson et de creme demaquillante (+ de 200ml) dans un vol.
    n’importe quoi !

  • tdrue89
    tdrue89
    justemoi
    • Posté à 11h59 le 01/08/2009
    • Internaute 86801
      justemoi

    manger un sandwich correct pour moins de 10 euros = MACDO ? ?
    Belle culture gastronomique...

    Vivement qu’il n’y ait plus de pétrole !

  • dinlay
    dinlay
    (Mai 68 pas mort)
    • Posté à 17h18 le 01/08/2009
    • Internaute 33286
      (Mai 68 pas mort)

    Essayez donc l’aéroport de Bangkok ! .........
    (avec LE MONDE à 6 dollars US)

  • georges.s
    • Posté à 21h49 le 01/08/2009
    • Internaute 25939

    Effectivement, c’est un problème de concurrence et je trouve intéressant/pertinent que Rue89 se penche sur un tel sujet. On oppose souvent privé et public alors que dans les deux cas, ils cherchent à créer/profiter des zones de non-concurrence... au détriment du consommateur-citoyen.

  • phanou toshi
    phanou toshi
    salarie
    • Posté à 08h21 le 02/08/2009
    • Internaute 86792
      salarie

    Il faudrait aussi mentionner les bureaux de change. Il y a quelques années a Roissy j’avais été scandalise par le fait qu’une seule compagnie avait tous les bureaux de change...avec des taux de change prohibitifs.

    Cdt

    Stephane

  • WrenSO
    WrenSO
    A mon compte
    • Posté à 15h56 le 20/10/2011
    • Internaute 156046
      A mon compte

    Pas mal du tout cet article. Bravo. Bonne enquête.
    « ADP veut donner l’impression que l’avion reste le moyen de transport de luxe. “ Oui, et ADP veut aussi se donner une image ‘luxe’ : ça permet de vendre plus cher les m2, d’attirer des enseignes et des corners ‘chics’ et de faire cramer la carte bleue, pardon Gold ou Platinum.

    Ceci dit, une fois passée la zone de contrôle, avez-vous absolument besoin de manger ? Vous n’êtes pas censés passer des heures avant d’embarquer. Et à bord, on vous nourrit généralement.

    En cas de besoin, un paquet de biscuit et un fruit permettent de patienter. Et les bouteilles d’eau sont autorisées si elles ont été achetées en duty, transportées dans des sacs scellés par le vendeur et présentées séparément aux contrôles. Conserver le ticket de caisse et le présenter à l’embarquement.

  • WrenSO
    WrenSO
    A mon compte
    • Posté à 15h56 le 20/10/2011
    • Internaute 156046
      A mon compte

    Pas mal du tout cet article. Bravo. Bonne enquête.
    « ADP veut donner l’impression que l’avion reste le moyen de transport de luxe. “ Oui, et ADP veut aussi se donner une image ‘luxe’ : ça permet de vendre plus cher les m2, d’attirer des enseignes et des corners ‘chics’ et de faire cramer la carte bleue, pardon Gold ou Platinum.

    Ceci dit, une fois passée la zone de contrôle, avez-vous absolument besoin de manger ? Vous n’êtes pas censés passer des heures avant d’embarquer. Et à bord, on vous nourrit généralement.

    En cas de besoin, un paquet de biscuit et un fruit permettent de patienter. Et les bouteilles d’eau sont autorisées si elles ont été achetées en duty, transportées dans des sacs scellés par le vendeur et présentées séparément aux contrôles. Conserver le ticket de caisse et le présenter à l’embarquement.

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