VOTRE PORTE-MONNAIE AU RAYON X 28/07/2009 à 11h10

Boris, technicien Vélib pour 1357 euros net hors primes

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Boris, technicien Vélib à Paris (Audrey Cerdan/Paris).

Lorsqu'il a été embauché comme technicien chez Cyclocity, filiale de JCDecaux, au moment du lancement des Vélib, il se voyait y faire carrière. Deux ans après, il déchante en mesurant la pénibilité du boulot et la désorganisation générale de la boîte. Eco89 passe ses revenus au rayon X.

Boris a connu les affres du jeune indécis qui, après avoir tergiversé à la fac, a atterri dans l'intérim avec comme seul diplôme son bac STI (électro-technique). Sa plus longue mission, il la passe chez Décathlon, six mois comme préparateur vélos, payé au SMIC. Quand il entend que les vélos en libre-service se lancent à Paris, il tente sa chance et son CV est sélectionné. Mais seulement pour 25 heures. Il aurait préféré un temps plein mais on lui fait savoir qu'il n'y en a plus.

Cela ne lui rapporte alors que 760 euros nets par mois, sans compter tous les bugs qu'il découvre : les heures sup non payées, la formation où il n'apprend pas grand chose, les vélos à assistance électrique défectueux... Et surtout une politique de management « qui date d'il y a trente ans » où toute négociation sur les plannings est laborieuse... Résultat, chez Cyclocity le turn over est très élevé, les absences injustifiées nombreuses et le dialogue social mauvais. Comme l'ont montré les grèves à répétition.

Depuis un an et demi, Boris a pu passer à temps plein en devenant « technicien borne ». Sans qu'il comprenne pourquoi, son salaire est d'abord passé à 1280 euros bruts, 20 euros de moins que ses collègues. Le rattrapage s'est fait avec dix mois de retard, et sous forme de prime et pas de salaire. Entre temps, Boris a pris sa carte au syndicat SUD.

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Revenus : 1522 euros en moyenne avec les primes et l'intéressement

Aujourd'hui, après avoir été augmenté en janvier dernier au titre de l'ancienneté, il touche 1406 euros bruts, soit 1120 euros nets.

Cette somme est une moyenne car les mois où il siège au comité d'entreprise et que cela induit des heures supplémentaires, il peut gagner un peu plus. Il lui arrive, environ une fois tous les deux mois de faire une « absence injustifiée pour motif personnel, parce que les chefs refusent qu'on pose un jour où on veut quand on en a besoin », et dans ce cas il perd un jour de paie.

Il bénéficie d'une mutuelle, à 14 euros par mois pour le plus petit niveau de remboursement prélevés sur son salaire brut.

Il touche aussi 12 euros de prime de repas versés à part pour chaque jour travaillé. « C'est vrai que c'est une belle somme, en mangeant au McDo, je mets de coté environ 6 euros par jour ». Sur 22 jours travaillés en moyenne, cela revient à 237 euros par mois car l'on ne compte pas les cinq semaines de congés payés.

JCDecaux verse aussi à ses salariés une prime trimestrielle dont le montant dépend d'une évaluation multicritères. Boris touche généralement 100 à 130 euros en fonction de la satisfaction qu'il donne à sa hiérarchie. En un an il a touché 460 euros, soit 38 euros par mois en moyenne :

« Bizarrement depuis que je suis syndiqué, je ne touche plus jamais le maximum, 210 euros. »

Cette fiche d'évaluation trimestrielle, qu'Eco89 s'est procurée, inclut par exemple des critères comme le « respect » (où Boris obtient un « B »), la « tenue de travail » (présentation correcte et soignée ») et la « qualité du travail » (notamment « respect des instructions données par les supérieurs hiérarchiques » où il est noté « B » également).

Boris veut garder son emploi pendant deux ans, le temps que sa copine fasse ses études d'infirmière :

« Et puis je vais essayer de passer mon permis, indispensable pour trouver un nouveau boulot. »

La prime de participation et d'intéressement aux bénéfices se cumulent et lui rapportent environ 1200 euros par an, soit 100 euros par mois. Boris gagne trop peu pour être imposable et il a même reçu l'an dernier 300 euros de prime pour l'emploi.

Ultime petit « avantage », il dispose d'une carte Vélib salarié, qui ne lui permet pas d'en emprunter aussi longtemps qu'il veut, seulement pour 45 minutes gratuites au lieu de 30.

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Dépenses fixes : 455 euros par mois

Ce n'est que récemment que Boris a pu quitter le nid familial. Il a emménagé dans le studio de 25 mètres carré que louait déjà sa copine à Aubervilliers. Le loyer est franchement raisonnable (255 euros charges comprises, en général payés par son amie) mais l'appartement « est à la limite de l'insalubrité et le propriétaire ne veut pas faire de travaux ». Du coup, les charges d'électricité sont élevées, en moyenne 80 euros par mois, que paie sa compagne tandis que Boris prend en charge les courses dans les grandes surfaces pour environ 350 euros par mois.

Il paie un abonnement pour son téléphone portable, 40 euros par mois, et un abonnement téléphone et internet pour 30 euros par mois.
Sa carte orange zone 3 (70 euros par mois) est remboursée pour moitié par son employeur.

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Epargne et loisirs : des vacances en famille et le reste à gauche

L'assurance de la voiture (achetée par sa copine) et de la maison s'élève à 500 euros par an. Cette charge comme beaucoup d'autres est assurée par sa compagne afin que Boris épargne le maximum en vue des deux années difficiles qu'ils s'apprêtent à traverser. Il a mis de coté 3000 euros de coté pour l'instant.

Les loisirs sont limités au maximum : vacances chez la famille, et l'essentiel de leurs sorties consiste à aller au cinéma. Ils se sont offert une carte UGC illimité pour 20 euros par mois et l'amortissent à raison d'une séance par semaine. Ils dinent souvent an resto à la sortie, le Flunch où ils commandent le menu à 6,50 euros.

Au final, entre les trois heures quotidiennes dans les transports en commun, les horaires décalés (6h30-14h30 ou 14h-21h30) et l'absence de perspective de progression, il trouve que la grande boite où il est rentré n'est pas à la hauteur des espoirs qu'il y avait mis.

Photo : Boris, réparateur de bornes Vélib à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Fraise des Bois-
    • Posté à 14h12 le 28/07/2009

    Ces articles montrent qu'il y a une nouvelle categorie de pauvres : les « pauvres riches ». Ceux qui touchent un salaire decent, et qui malgre tout ont du mal a s'en sortir, vivent dans des conditions pourries (appart de merde, pas de sorties, pas de vacances etc). Pour moi, le vrai probleme est la. Aujourd'hui, avec 1500 EUR par mois, on n'arrive pas a s'en sortir. Et ca c'est grave. C'est pas normal meme ! Et heureusement qu'il y a les tickets restau et toutes les autres aides !

    Y'a 10ans, 20ans, avec l'equivalent de 1500 EUR, on etait bien. Aujourd'hui, on a du mal a s'acheter a bouffer ! Je ne parle meme pas des prets pour les maisons, des fringues, des meubles...

    Tenez : mon electricien m'a fait la remarque il y a 3 semaines. Il m'a dit : « vous savez, je vais faire des petits travaux chez les jeunes... ben vous savez, ca respire pas l'argent : les jeunes n'ont meme plus de meubles ! ».

  • Vincent_C
    Vincent_C
    Bientôt libre
    • Posté à 15h24 le 28/07/2009
    • Internaute
      Bientôt libre

    On est au 21ème siècle et il y a encore des gens qui pensent qu'on est là pour trimer.

    C'est vrai, il y a pire ailleurs.
    C'est vrai, il a trouvé un appart insalubre mais pas cher.
    C'est vrai, s'il n'allait pas au ciné toutes les semaines, il pourrait jouer au « rapido ».

    C'est ça la société à laquelle aspirent tous les pisse-froids qui ne comprennent pas qu'on puisse espérer mieux ?

    Je suis atterré de voir que dans une période de crise, où les richesses et le pouvoir n'ont jamais été autant accaparés par une pseudo-élite aristocratique, certains continuent à appeler à l'obéissance.

    Il y a eu un général un jour qui a dit que les français étaient des veaux, on ne va quand même pas lui donner raison ?

  • stefz
    stefz répond à feepeter
    • Posté à 16h13 le 28/07/2009
    • Internaute

    Feepeter, tu fais 10 fautes d'orthographe par phrase, mais j'aime bien ce que tu dis. C'est une bonne illustration de la merde dans laquelle on est.

    Quand tu dis « ont sait se que sait de gagner sa vie c'est tout », t'as vraiment tout faux ! Justement, tu ne sais pas ce que c'est : 1400 euros après 5 ans d'ancienneté, en région parisienne, c'est du vol. Ton patron se gave sur ton dos.

    Et d'abord, c'est quoi « gagner sa vie » ? A partir de combien tu estimerais que ton salaire est trop bas ? Pour 1400 euros, tu prendrais ? et pour 1300 ? et pour 1000 ? Et un millions d'euros de prime annuelle pour un trader qui joue avec du pognon qu'il n'a pas, comme au casino, tu crois que c'est trop ? 500.000 ce serait assez ? Oui ? Non ?

    La valeur du travail, c'est le niveau de rémunération que ceux qui bossent acceptent de recevoir ou arrivent à négocier. Point barre.

    Dans le système actuel, on se voit proposer des salaires de misères alors que les boss, les traders et autres vrais profiteurs se gavent à millions (et au passage ont provoqué la crise financière dont on subit TOUS les conséquences aujourd'hui).

    Face à cette situation, 3 solutions :
    - tu refuses de bosser comme un esclave, tu sors du système ou tu l'utilises à fond, tu prends le RMI et/ou tu vas squatter à gauche à droite. Bref, tu galères, mais t'es libre.
    - ou alors tu acceptes, parce que t'as pas le choix, t'as des gosses, ou quelques projets, tu veux vivre dans un minimum de confort, etc. Mais au moins t'es pas dupe du système, tu essaies de te battre comme tu peux, tu prends ta carte SUD, tu participes aux grèves. Ca, c'est la majorité des gens, ceux que t'appelle « les cheminots » ou les « fonctionnaires », sachant que ces derniers ont plus d'armes pour se battre que les salariés du privé, qui feraient pareil s'ils le pouvaient .
    - et puis il y a les gars comme toi, qui se font niquer en silence, ou pire qui accusent les autres d'être des fainéants, alors qu'eux au moins « savent ce que c'est que gagner sa vie ». C'est grâce à ces gens que le système perdure. Et qu'un mec comme Sarko est élu, lui même le meilleur pote de tous les profiteurs dont je parlais avant.

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 16h57 le 28/07/2009
    • Internaute
      Gaucher et contrarié

    Cet article est assez symptomatique de l'état du monde de l'entreprise en France : dialogue social au point mort, activités syndicales honnies par la hiérarchie, perspectives d'évolution quasi-nulles, primes à la tête du client, conventions de formation continue non-respectées, cadres préférant un incompétent soumis à une personne compétente qui n'hésite pas à mettre en lumière un dysfonctionnement quand c'est nécessaire...
    Et encore, pas besoin de chercher bien loin pour trouver des cas ayant davantage de difficultés que celui du jeune homme de l'article.

  • kiku
    kiku
    technicien velib
    • Posté à 17h44 le 28/07/2009
    • Internaute
      technicien velib

    bonjour à tous, je suis boris.
    Tout d'abord je souhaite vous dire que dans mon travail je ne m'occupe pas des vélos mais je répare les stations. C'est assez basique pour la plupart des interventions mais il y a quand même des opérations plus dures (mise en service, changer le transformateur ...) qui nécessitent un minimum de compétences dans le domaine électrique hors mon diplôme BAC STI électrotechnique n'est pas reconnu par ma direction qui : « ne demande pas de compétence pour ce métier » ! ! !
    C'est comme cela qu'un nouveau est arrivé dans la boîte au même poste que moi, avec un DUT comptable payé légèrement plus pour son diplôme qui n'a rien avoir.

    Ensuite merci à tous ceux qui on dit que je ne me plaignait pas ! ! !