revue de web 25/07/2009 à 18h11

Julien Dray diffamé et insulté sur son propre blog

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Face aux nouvelles révélations, l'élu se défend en attaquant les médias. Son blog accueille pourtant les accusations les plus graves.


Julien Dray au Conseil national du PS le 25 mars 2008 (Gonzalo Fuentes/Reuters)

Vendredi à 17h49, Julien Dray a répondu sur son blog aux articles du Monde et de Médiapart qui ont révélé le même jour de nouveaux extraits du rapport d'enquête le concernant. Le député socialiste, objet depuis décembre 2008 d'une enquête préliminaire après un signalement de Tracfin sur le financement de son très luxueux train de vie, se montre très offensif vis-à-vis des journaux.

Il aurait pu titrer son post « La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe », mais il a opté pour « Les chiens aboient, la caravane passe » :

« J'affirme aujourd'hui que tout ce qui a été écrit depuis ce matin, et qui concerne le rapport d'enquête de la brigade financière, est faux, que les chiffres avancés sont inventés, et que je poursuivrai en justice, dans les heures qui viennent, tous les organes de presse qui les ont relayés.

Dans un baroud d'honneur, ceux qui ont, depuis des mois, utilisé continuellement des méthodes dignes des barbouzes, et indignes de leur statut, pour me salir, essaient à présent d'emporter la conviction de l'opinion par une mise en scène médiatique faite de mensonges et de calomnies.

Il y a un rapport d'enquête de police, au contenu inverse de ce que l'on en raconte depuis ce matin, et qui établit même qu'il n'y a rien derrière l'essentiel des accusations initiales. Il y a une procédure. Certains essaient d'instrumentaliser l'un et l'autre pour régler des comptes ; je ne me prêterai pas à ce jeu-là. »

Depuis les premières révélations, dès la fin de l'année dernière, le député de l'Essonne a déjà poursuivi plusieurs médias : Libération et Le Monde ont vu leurs procès reportés à l'automne, alors que L'Est Républicain a été condamné en avril à un euro de dommages et intérêts, après avoir publié en janvier un rapport de Tracfin.

Julien Dray va-t-il aussi poursuivre les auteurs des nombreux commentaires insultants et diffamatoires publiés sur son blog ? Il semblerait que non, si l'on se réfère à la fin de son post :

« Pour ma part, je continuerai à m'exprimer sur mon blog, sans perdre de temps dans des commentaires ou réponses de commentaires sur des mensonges. »

Samedi en début d'après-midi, le dernier post de Dray était suivi de 80 commentaires publiés, positifs (voire outrageusement flagorneurs) ou négatifs. Certains mesurés, posés, et constructifs. D'autres non.

Les termes d'escroc, de menteur, de corrompu, de magouilleur, de pourri ou de pourriture reviennent souvent, et certaines réactions sont particulièrement ordurières. Un seul exemple :

« Suicidez-vous s'il vous reste une main qui ne soit pas pourrie jusqu'à l'os. »

Curieusement, de nombreux commentateurs évoquent une modération, qu'ils qualifient de « censure » :

  • « Je répète mon commentaire précédemment supprimé : Au trou ! ! ! »
  • « Ce blog sent le parfum de la censure à plein nez. »

Défaillance provisoire de la modération ? Toujours est-il que ces commentaires incluaient des exemples apparemment manifestes de diffamation et d'insultes.

Le cas Dray semble assez inédit : responsable du contenu de son blog, il est en même temps l'objet des propos délictueux qui y sont publiés... Impossible pour lui d'intenter une action en justice, puisqu'il serait probablement condamné !

Dans un post consacré à l'affaire Monputeaux.com, l'avocat blogueur Eolas rappelait les quatre caractéristiques pouvant conduire à une condamnation, en précisant qu'elles « s'appliquent aussi aux commentaires » :

« Le blogueur qui relaie des éléments portant atteinte à l'honneur et à la réputation d'une personne est à l'abri des sanctions s'il peut démontrer qu'il poursuivait, en diffusant les propos incriminés :

  • un but légitime
  • exclusif de toute animosité personnelle,
  • qu'il a conservé dans l'expression une suffisante prudence et
  • qu'il avait en sa possession des éléments lui permettant de s'exprimer comme il l'a fait. »

A 17h00, Julien Dray, lassé de ce lynchage, a fini par « perdre du temps » à lire ces commentaires, et à les modérer. Au passage, les ciseaux numériques de Dray, ou d'un collaborateur, ont censuré des commentaires beaucoup plus innocents, mais peu flatteurs pour lui, comme celui-ci :

« Mais vous avez combien de Rolex au juste ? Plus que Sarko ? »

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 19h53 le 25/07/2009
    • Internaute
      non connue

    Pour parler vraiment du sujet :
    Jusque là, lorsqu'une personnalité était prise dans la tourmente d'une affaire judiciaire, elle recevait du courrier et des témoignages très hostiles. Ce n'est pas nouveau.
    Ce qui l'est, c'est le principe du blog, avec des posts instantanés, et lisibles par tous. C'est bien une foule virtuelle qu'on a sous les yeux, et les foules se prêtent tellement bien à la lapidation...
    Le plus sage pour lui serait de fermer son blog, et d'afficher un message ad hoc (un peu plus fin que : « circulez, y'a rien à voir »).

  • comptebloqué 27 juillet 2009
    • Posté à 21h02 le 25/07/2009

    Julien Dray a tout intérêt à laisser les commentaires insultants de l'opinion public, pour prouver son préjudice, » sa posture de victime « lynchée par la vindicte populaire, suite aux articles de presse diffusés, si ceux-ci s'avèrent être erronés.

    Si Mediapart et le Monde ont divulgué des informations fausses et non vérifiées portant atteinte à son honneur, si Julien Dray est sûr de son innocence et de invention du rapport d'enquête sur lequel s'appuie Mediapart et le Monde, il a tout intérêt à mettre en ligne des éléments contradictoires ,un droit de réponse, et d'assigner le média très rapidement.

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 21h37 le 25/07/2009
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • The_Reaper
    • Posté à 23h41 le 25/07/2009

    De toutes façons, coupable ou pas des faits qui lui sont reprochés, Julien Dray subira toute sa vie l'opprobre et le déshonneur de ceux qu'on soupçonnera à chaque fois. L'ombre de la magouille le suivra à chaque pas.

    C'est ce qu'on appelle communément un lynchage médiatique. On n'attend pas un procès pour savoir si les faits sont vrais ou faux, la présomption d'innocence est bafouée dès le départ par des journalistes avides de scoops scabreux, et qui sucent le sang des soupçonneux jusqu'à la lie.

    Et dire que beaucoup d'internautes se réjouissent quand le Conseil Constitutionnel rejette (à raison) la première loi HADOPI parce qu'elle instaure une présomption de culpabilité, mais que ça ne choque personne qu'un homme politique soit trainé dans la boue sans aucune autre forme de procès juste et équitable. Mais il est vrai que dans notre pays, homme politique = magouilleur. Ce n'est pas ça qui va arranger les affaires de la démocratie...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 00h19 le 26/07/2009
    • Internaute
      non connue

    Plus dure sera la chute...
    Dray passait jusque là pour un socialiste modeste, loyal envers le parti, et sans ambition affichée (et donc sans trop d'ennemis au PS).
    La déception est d'autant plus cuisante.
    Si il s'était agit de Fabius, catalogué depuis le début comme un « grand bourgeois », ou encore de DSK, bourgeois itou et dont certaines conférences (fortement) rémunérées ont déjà fait jaser, on demanderait simplement leur départ du PS.
    Avec Dray, le symbole est fort, ce qui a deux conséquences :
    - ça démolit mieux la gauche
    - c'est un sujet journalistique qui vend bien
    Il arrive même souvent que certains se réjouissent des deux à la fois.