A la Une 24/07/2009 à 10h22

Un collectif pour faire la lumière sur les suicides en prison

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Le 1er janvier, le corps inanimé d'Olivier V. est découvert à la maison d'arrêt de Laon. Suicide ? Accident ? Personne ne sait. En février, à Laon toujours, c'est Yannick Devoir qui est retrouvé mort par ses codétenus. En mars, le corps de Belkheir, 24 ans, est retrouvé à la prison de Marseille. Sa compagne ne croit pas à la thèse du suicide.

A Lille, Mont-de-Marsan, Châlons-en-Champagne, Paris, Perpignan, Varennes-le-Grand, Agen, Villepinte... des hommes et des femmes sont morts « sans raison » au cours de leur détention. Sur 85 suicides en prison depuis le 1er janvier 2009, on compte 13 morts suspectes, le plus souvent classées comme « suicide ».

Pour lutter contre le silence de la justice sur ces morts suspectes, avocats et familles se sont rassemblés ce jeudi matin devant le tribunal de Créteil.

« Une altercation avec des surveillants »

La famille de Marlon Goodwin, retrouvé pendu à Fresnes le 11 juillet, s'y rendait pour obtenir l'ouverture d'une instruction. Le parquet de Créteil a ouvert une enquête de police. Pour Freddy Brillon, l'avocat de la famille, il s'agit d'un homicide :

« Marlon a été condamné à quatre mois de prison pour des faits bénins et il n'en est pas ressorti vivant. C'est donc à une peine de mort déguisée qu'il a été condamné ! »

Marlon Goodwin, 32 ans, père d'un enfant de 8 ans, aurait eu une altercation avec des surveillants. C'est ce que dénoncaient les tracts que sa famille et ses amis brandissaient ce jeudi matin devant le tribunal de Créteil.

« Nous navons aucune information, rien ! »

Accompagnée de son avocate, Delphine Malapert, Nora est venue apporter son soutien à la famille de Marlon Goodwin. Son frère, Samir, purgeait une peine de quatre ans à la maison d'arrêt de Villepinte. Le 6 janvier 2009 au matin, les surveillants ont retrouvé le jeune homme de 24 ans sans vie. Comme la famille de Marlon, celle de Samir a porté plainte pour « homicide volontaire ou involontaire et non-assistance à personne en danger ».

Six mois plus tard, la famille de Samir ne sait toujours pas pourquoi il est mort. Sa soeur Nora exige des explications de la part de la justice :

« Nous n'avons aucune information, rien ! On sait qu'il a été violent ce soir-là parce qu'il s'énervait de ne pas obtenir plus vite son transfert à la Santé, pour être plus proche de sa famille.

J'ai vu son corps et je n'ai pas reconnu le visage de mon frère. Il avait des bleus. On a retrouvé des traces de médicaments dans son sang alors qu'il ne prenait pas de médicaments. Pas plus qu'il n'était suicidaire. Personne n'est capable de nous donner une explication.

On doit se bagarrer pour avoir des détails. On ne sait même pas à quelle heure il est mort. On doit savoir. Qui lui a donné des médicaments ? Pourquoi son visage était couvert de bleus ? Qu'est-ce qui s'est passé avec les surveillants ? »

« Nous arriverons peut-être à une prise de conscience »

Les deux avocats ont décidé, pour lutter contre cette situation « indigne », de se constituer en collectif. « Seul, il est difficile de faire entendre sa voix. A plusieurs, nous arriverons peut-être à une prise de conscience », explique Delphine Malapert. L'avocate de Samir B. hésite puis déclare : « On n'ose pas le dire mais c'est peut-être un meurtre. » (Voir la vidéo)

En 2008, 115 détenus ont officiellement mis fin à leurs jours en France.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 11h02 le 24/07/2009
    • Internaute
      non connue

    Et pendant ce temps là :

    Lien

  • penabranca
    • Posté à 12h28 le 24/07/2009

    En prison, tu n'as plus de droits.
    Ni à l'humanité, ni à la vie.
    Et cette idée plait à la foule qui en redemande.
    Majoritairement les gens s'en foutent ou approuvent (ils n'avaient qu'à pas, la prison c'est pas un hôtel, bien fait pour eux etc...) le sadisme pénitentiaire.
    La fabrique à exclusion définitive est une guillotine qui se dissimule sous une burqua de respectabilité.
    Bas les masques : notre société est barbare.

  • alberich
    • Posté à 14h16 le 24/07/2009

    Les motivations des suicidés sont largement méconnues, la plupart d'entre eux ne sont pas à priori « suicidaires » et pourtant ...

    En France chaque année 160 000 personnes essaient d'attenter à leurs jours, 12 000 le font avec succès.

    Dans le monde pénitentiaire qui est extraordinairement dur, la proportion est plus importante ce qui n'est pas surprenant quand on sait qu'après quelques années de prison 60 à 70 % des détenus présentent des troubles psychologiques graves parfois à la limite de la psychiatrie.

    Ainsi voit-on des détenus ayant purgé des années de prison se suicider à l'avant veille de leur libération.

    Qu'il y ait des suicides suspects c'est envisageable encore faut-il le prouver, sachant que que cet acte provoque toujours l'incompréhension et l'incrédulité des proches de la victime.

  • calim
    • Posté à 14h37 le 24/07/2009
    • Internaute

    Bonjour, certes ces deces sont dramatiques. Ce qui est etonnant toutefois c'est cette théorie du complot que l'on veut mettre en avant. Evidemment les familles sont persuadées qu'ils s'agit de crimes et pas de suicides c'est bien compréhensible mais savent t elles ce qui a pu se passer dans la tete de leur proche ?
    Dans notre pays il me semble que des enquêtes sont faites à chaque decouverte de personnes decedees dans des circonstances « suspectes », des autopsies et analyses sont pratiquées et celà permet quand même de determiner les causes du deces. Des enquêtes sont menées et les gardiens sont entendus par la police, pensez vous que les magistrats couvriraient ces « petits fonctionnaires » pour des faits si graves,, j'en doute surtout aujourd'hui où c'est haro sur tout ce qui porte un uniforme.
    Les enquêtes judiciaiçres sont longues et pas seulement pour ces cas bien précis des prisons.
    Il faut determiner les causes de ces deces poursuivre les responsables identifiés mais pas affirmer sur de simples presomptions ou sentiment qu'il s'agit des faits volontaires. Qui a determiné ces 13 cas suspects sur quelles bases ?