Les Inrocks 24/07/2009 à 11h48

Jay-Z nouveau symbole de la puissance américaine ?

Diane Lisarelli | LesInrocks.com

Le Death Of Auto-Tune lancé par Jay-Z le mois dernier a fait couler beaucoup d’encre. Après avoir été la cible de certains rappeurs jaloux, Shawn Carter est devenu une source d’inspiration pour les profs de science politique.


Le rappeur Jay-Z (DR)


Quelque peu échaudé par l’intro de Blueprint 3 (le très attendu nouvel album de Jay-Z à sortir le 11 septembre prochain), The Game, rappeur de son état, a récemment décidé d’insulter personnellement Shawn Carter (le vrai nom de Jay-Z) lors de tous ses concerts européens.

La raison ? Une punchline associant The Game à Damon Dash, ancien partenaire de Jay-Z avec qui les relations se sont dégradées.

Résultat, des gros « Fuck Jay-Z », « Old Ass Nigga » balancés au micro et des attaques pas très réglo du style :

« Jay-Z me clashe dans un de ses morceaux. Mais maintenant il est temps de lui péter son fauteuil roulant et de le reconduire à la maison de retraite ! »

Soft power

Rien de très nouveau dans le monde du hip hop U.S. où les clashs sont monnaie courante. Pourtant, un professeur de géopolitique américain a trouvé le moyen de rattacher cet épiphénomène à une pensée plus globale sur le concept de puissance dans les relations internationales modernes. Il publiait ainsi sur son blog un article remarqué intitulé « Jay-Z vs the Game : Lessons for the American Primacy Debate ».

Le propos ? Jay-Z exerçant une certaine suprématie sur le rap U.S (Forbes l’institue comme le rappeur le plus puissant financièrement, il est réputé pour être le meilleur rappeur vivant, il est marié à Beyonce et même Obama dit l’admirer), il se retrouve dans une situation similaire à celle des Etats-Unis aujourd’hui dans le monde : il est le plus puissant mais le moins enclin à pouvoir exercer sa puissance.

Soft power oblige, la violence étant désormais exclue du fait des dommages irréparables des conflits précédents (en l’occurrence, les morts respectifs de Tupac et Biggie), en devenant le plus puissant Jay-Z n’a peu à peu plus pu prendre part aux beefs qui régulent pourtant la vie du hip hop américain - un conflit n’étant plus clairement profitable pour lui qui était déjà au sommet.

Comme les Etats-Unis, Jay-Z a pourtant été la cible d’attaques de plus en plus nombreuses... auxquelles il était de plus en plus difficile de répondre à mesure que la liste de ses ennemis grossissait.

Une puissance vieillissante et fragilisée

L’histoire nous apprend que quand une puissance domine, elle devient le symbole du pouvoir contre lequel il faut lutter. C’est ce qui est arrivé à la Grande Bretagne au XIXe siècle et c’est ce qui arrive aux Etats-Unis aujourd’hui.

En s’attaquant il y a quelques semaines à l’Auto-Tune et toute la génération de rappeurs qui en a fait ses choux-gras, Jay-Z a ouvert une brèche, permettant à ses adversaires de le qualifier de vieil has-been.

C’est ce que s’est empressé de faire The Game, pas seulement parce que Jay-Z, à quelques semaines de la sortie de son nouvel album, est sous les projecteurs, mais aussi parce qu’il apparaît, en raison de son âge et de ses prises de position, comme une puissance vieillissante et fragilisée.

Ainsi, si Jay-Z peut être comparé aux Etats-Unis, The Game est lui une petite puissance :

« Il est la Corée du Nord ou l’Iran, affirme Lynch. Il ne gagnera pas mais il pourra affaiblir son adversaire lors d’un conflit prolongé ».

Aujourd’hui,« Jay Z, comme les Etats-Unis après la guerre en Irak, a une décision importante à prendre ». Ignorer ces provocations au risque qu’elles se multiplient et que les autres présument de sa propre faiblesse. Ou frapper un grand coup, détruire The Game, au risque de s’épuiser durant le conflit.

La suite dans les livres d’Histoire ?

En partenariat avec :

  • 25027 visites
  • 104 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Lurker
    Lurker
    Neant
    • Posté à 12h19 le 24/07/2009
    • Internaute 43564
      Neant

    Excusez moi de ne pas être très au fait de tout ça, mais on parle de quoi ? La « puissance » d’un rappeur c’est quoi ? Pourquoi s’insultent ils ? Pourquoi s’assassinent-ils ?

    On est effectivement dans la politique, la. Un rapport de puissance basé sur rien, juste « c’est moi le plus fort » « nan c’est moi », et des journalistes qui trouvent ça amusant a raconter. Mais quel est leur programme ? On en sait rien. Juste que c’est amusant, des gens qui se tirent dessus. Il faut croire que ce qui interesse les gens, c’est la guerre, pas la finalité de la guerre. Et ça, ça fait flipper pour le QI moyen.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 12h39 le 24/07/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    Règle de base en hip hop :

    Tu te fais photographier en contre-plongée, et surtout, SURTOUT ! , tu fais la gueule puissant, genre kestapov’merde.

    Lien

    Lien

    Lien

  • sunra7
    • Posté à 13h06 le 24/07/2009
    • Internaute 30836

    pffff, le morceau Death of Autotune est sans couilles justement, il ne s’attauqe pas aux plus gros utilisateurs d’autotune qui sont justement ses potes Lil Wayne et Kanye West.

    La compraison avec la puissance américaine au XXIe siècle tient : Jay-z ne sort plus que des rimes fatiguées depuis son retour, quelque pépites de temps à autre mais rien de transcendant le problème est que la nouvelle génération est tellement naze et sans cohérence, qu’il surnage forcément, surpasse les TI, Jeezy et Cie.
    Pour continuer dans la comparaison, l« équivalent de la Russie serait Nas

  • Vuedechezmoi
    Vuedechezmoi
    utopiste
    • Posté à 13h37 le 24/07/2009
    • Internaute 63037
      utopiste

    Hors mis le fait qu’il est devenu très banal de faire, non plus de la promotion façon publicité classique, mais de crééer un scandale à odeur sulfureuse (le souffre des manips. politico-commerciales....) ce rappeur, dont personnellement, je me contrefous, a surtout compris comment vendre son dernier produit. Car on ne parle plus depuis longemps de création culturelle mais de produit.La création et le vrai génie ne fonctionne pas avec l’avidité du gain.

    Quant au USA, je ne comprends toujours pas pourquoi on continue de les qualifier de « plus grande puissance du monde » et Obama, « l’homme le plus puissant du monde » ( ? ?). Les premiers sont effectivement très vieillies et n’entretiennent plus que l’art du mensonge et de la terreur fabriquée. Ce sont bel et bien les USA qui sont les premiers super terroristes de la planète. Jouant sur les infiltrations (ils viennent de le refaire pour l’Iran), sur l’uniformité des infos (CNN et quelques gros machins de presse), et surtout sur la perennité d’un mythe (USA = liberté et bonheur, c.a.d. « l’american way of life »), ce pays est en voie évidente de décomposition, voire de dillution. Tout comme l’Europe qui eut pu de toute évidence devenir un contre-poids dynamique, pluriels dans de nombreux domaines (recherche, cultures, langues et nouvelles technologies...) mais qui est progressivement dilluée dans un machin obèse, uniformisé, gris et crétinisé, « grâce » aux efforts conjugués de CéSarko + Bush/Obama/et du reste de l’alliance atlantique.

    Obama, qui déclencha une « obamania » assez grotesque en France, n’est, depuis le début de son ascension, qu’une « marque » dont l’Amérique décomposée avait besoin pour relancer son unique moteur d’existence : le mythe de l’american way of life. Le fameux « Yes we can », inventé par une agence spécialisée en création de slogans, tout juste bon à jeter en pâture à des peuples poreux, peureux et infantilisés.

    Cette « marque Obama », n’est qu’un leurre agité, en premier lieu, devant le regard fasciné d’un peuple américain qui ne savait plus comment se penser, puis devant les yeux formatés d’une europe qui a vendu depuis longtemps déjà son ambition européenne originelle aux grands argentiers de l’après guerre.

    Dans tout ça, l’agitation d’un Jay-Z ne fait que quelques ridules à la surface de l’ère post-industrielle où èrent, hagards, quelques milliards d’humains transformés en esclaves consentants.
    Si les rappeurs, aussi talentueux soient-ils, avaient un quelconque effet sur le monde qui les entourent (à part le réflexe pavlovien de consommation), il y a longtemps qu’ils seraient au chômage.

    A méditer :

    « Au delà-d’une centaine de personnes, la démocratie est un système douteux »
    (Auguste Blanqui)