Le 20 juillet, Rue89 relayait le soulagement de Médecins du monde, qui se félicitait de voir la Préfecture de Seine-Saint-Denis déboutée de sa plainte contre l'ONG qu'elle accusait d'occuper illégalement le domaine public. Trois jours plus tard, Saimir Mile, juriste et universitaire d'origine rom albanaise, nous contactait pour nuancer largement cet « angélisme bon teint ».
Lui qui préside l'association »La voix des Rroms » affirme ne pas vouloir chercher de poux à l'ONG mais juge tout de même qu'ils devraient « se limiter à leur rôle de médecin d'urgence » au lieu de crier victoire dans un dossier dont MDM biaiserait la dimension politique. Rue89 lui a proposé d'écrire cette tribune, et publie ici le jugement controversé.
La demande d'expulsion du terrain où Médecins du monde a installé des tentes pour une centaine de Roms roumains a été rejetée par le Tribunal de grande instance (TGI) de Bobigny car la préfecture, demanderesse, n'avait pas assigné la bonne personne : MDM n'est pas l'occupant du terrain ni le représentant des Roms. Eric Besson, ministre de l'immigration, a déclaré qu'une nouvelle demande d'expulsion serait formulée.
Tout porte à croire que cette fois-ci elle visera les Roms qui occupent ce terrain et que, comme d'habitude, les juges ordonneront leur expulsion. Car, il faut bien le dire, nous ne sommes pas habitués à voir l'autorité judiciaire empiéter sur le pouvoir exécutif, alors que l'inverse est souvent dénoncé. En la matière, il y a bien occupation illégale d'un terrain appartenant à l'Etat et les juges devront appliquer la loi telle qu'elle est. Ils l'auraient déjà fait d'ailleurs, si la préfecture de Bobigny ne s'était pas trompée de cible dans sa première demande.
Interpréter le jugement
Ce n'est pas ce qu'a exprimé Médecins du Monde suite au jugement. Le président de l'ONG a vu dans cette décision un appel des juges à l'exécutif pour s'assoir autour d'une table avec des associations et des acteurs locaux, afin de trouver une « solution pérenne ».
Alors que les juges ont utilisé cette expression dans le strict cadre de leur intervention, c'est-à-dire pour bien notifier que l'ONG n'était là que pour une urgence humanitaire et non pas pour s'y installer définitivement avec ses victimes et encore moins pour les représenter.
Il est vrai, une solution pérenne est tellement nécessaire que l'on aurait tendance à tout interpréter comme un appel à la rechercher. Mais quelle serait cette solution pérenne ? Dans quel cadre devrait-elle être recherchée et comment serait-elle mise en œuvre ? C'est là que les avis divergent.
L'efficacité en question
Pour Dr. Bernard, président de Médecins du Monde, les « villages d'insertion » expérimentés dans le département du 93 sont une « solution efficace ». Or il se trouve qu'il n'en est rien. Ce sont de véritables camps de semi-internement qui en plus risquent de faire monter l'antitsiganisme à l'instar de ce qu'on observe ailleurs en Europe. La problématique est pourtant simple :
Le véritable problème avec ces quelques milliers de Roms, qui ne représentent que 1,5 à 2% de tous les Roms de France, est leur statut hybride : citoyens européens, ils n'ont pas accès au travail en France. De là, découle toute une série de problèmes plus visibles, pour ne pas dire « plus fashion », sur lesquels on met les projecteurs, laissant dans l'obscurité la racine du mal. Non pas que l'accès au travail soit plus simple pour les Roms français (y compris les Gitans et les Manouches), mais le système en place a eu le temps pour bien se roder en ce qui les concerne.
Après l'expulsion certaine de ces Roms, le problème sera déplacé ailleurs. Toute une série d'associations s'indignera alors et appellera pour la énième fois une « table ronde régionale », qui très vraisemblablement ne viendra pas et qui de toute façon ne pourrait rien résoudre, puisque la région ou le département ne peuvent pas dépasser le cadre légal qui empêche les Roumains et les Bulgares de travailler en France.
L'establishment associatif se trompe de cible
Comme la préfecture de Bobigny, l'establishment associatif se trompe de cible : c'est au niveau national qu'il faut lever les restrictions à l'accès au travail, et non pas au niveau local qu'on doit chercher des rustines. D'ailleurs, le sont-elles vraiment ? Le fait est que même les Roms placés dans les « villages d'insertion » n'ont pas plus accès au travail que ceux qui se trouvent aujourd'hui quai de Saint-Ouen.
Mais dans un monde où tout semble business, ces malheureux Roms roumains sont devenus une matière première prisée par les gestionnaires des « villages d'insertion » et leurs réseaux. Les voici rejoindre leurs cousins de citoyenneté française, baptisés « gens du voyage », eux aussi cantonnés dans ce même état de matière première pour les gestionnaires des « aires d'accueil ». Une autre « exception culturelle française » dont la loi Hadopi devrait tenir compte ?





















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De Gotch 15306
ancien ouvrier de la banque | 15H18 | 22/07/2009 |
Mais quel peut bien être ce « cadre légal » ? Européens officiellement, tous les Rroms ont normalement le droit à travailler dans toute l'Union Européenne, sinon il y a deux poids et deux mesures : inconcevable….
à Gotch
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 15H25 | 22/07/2009 |
Il y a je crois un status special de la Bulgarie et de la Roumanie. Ce ne sont pas des pays de l'UE comme les autres.
à Gotch
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 15H44 | 22/07/2009 |
Ça fait depuis… mmh, tout temps que le Rrom, Gitan ou Manouche a droit, en France, à une législation spéciale.
L'auteur le rappelle : leur statut s'appelle « les gens du voyage. » Que ce soit au niveau fiscal ou du point de vue de leurs droits élémentaires, tout a été fait pour qu'ils ne puissent rentrer dans les cases confortables de la société.
Les gens du voyage… que la formule est poétique, ne trouvez-vous pas ?
à Blaise11
De General Subverciòn
réfractaire délocalisé | 21H23 | 22/07/2009 |
ça s'appelle de la ségrégation,voire de l'apartheid ou du racisme ordinaire d'un état qui laisse se développer les comunautarismes religieux ou « ethniques »…diviser pour mieux régner.
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 15H22 | 22/07/2009 |
Merci pour cet eclairage different.
De Liger
liger.amsud.net | 15H44 | 22/07/2009 |
Alors OK, à bas l'establishment associatif et les villages d'insertion.
Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? On va dans votre jardin ?
Vous posez une bonne question : l'accès au travail.
Et si je comprend bien, vous comptez sur l'arrêt des dispositions visant à noyer le poisson en cachant ces populations, pour lancer une vraie campagne permettant un accès au travail à travers une nouvelle législation. C'est louable.
Mais ne croyez-vous pas que remettre ces populations en situation de clandestinité tous azimuts, y compris de résidence, va au contraire durcir l'opinion à leur égard, et donc empêcher le législateur de prendre les bonnes décisions ?
à Liger
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 16H02 | 22/07/2009 |
« Mais ne croyez-vous pas que remettre ces populations en situation de clandestinité tous azimuts »
T'es à côté de la plaque, Liger.
Justement, son idée est de normaliser leur statut, le faire ressembler en tout point au tien, afin de les extirper de la clandestinité dans laquelle tous les gouvernants sans exception les ont poussés à s'y musser.
à Blaise11
De Liger
liger.amsud.net | 16H28 | 22/07/2009 |
Bien sûr qu'il faut normaliser leur statut.
Mais tu crois qu'en les mettant dans une situation plus précaire en supprimant les centres, on préparera la population à faire des lois dans ce sens ?
C'est la critique de ceux qui font du pragmatique que je trouve contreproductive.
En Italie, le « parrain » s'appuie sur le rejet de la part de la population pour prendre des mesures dignes de Vichy. C'est ça que je veux éviter.
à Liger
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 16H51 | 22/07/2009 |
En les marginalisant, la législation française a favorisé leur précarité.
L'auteur nous propose de raisonner par ce point de départ-ci.
Il nous explique aussi que la concentration (pardon, j'ai pas trouvé d'autres termes…) dans des centres provoque une réaction à leur égard encore plus antipathique. À toi si tu veux de l'expliquer rationellement, mais quelles que soient les conclusions que tu tireras, cela ne changera rien à cette triste réalité avec laquelle l'on est bien obligé de composer.
Si tu offres à ces gens ce que l'on t'a (naturellement) offert à ta naissance (« ce que » = tes droits les plus élémentaires), nous serons alors sur un même pied d'égalité concernant nos devoirs.
Ceci rejoint le problème (tenants et aboutissants) encore non résolu du vote des soit-disant étrangers.
à Blaise11
De Liger
liger.amsud.net | 17H49 | 22/07/2009 |
Oui j'ai vu il y a quelques semaines une vidéo tournée dans un de ces « camps » : c'est carrément hallucinant. La seule comparaison possible, c'est la « mise au secret » d'un agent étranger…
Moi, c'est la tsiganophobie qui m'inquiète. Et si on veut changer des lois, c'est bien l'opinion qu'il faut changer d'abord.
à Liger
De unpticon
passant | 19H26 | 22/07/2009 |
« Et si on veut changer des lois, c'est bien l'opinion qu'il faut changer d'abord. »
si c'était vraiment le cas il n'y aurait pas de travail du dimanche pas d'HADOPI pas d'abolition de la peine de mort etc. et sarkozy ne s'est jamais illustré par son grand souci de l'opinion des citoyens, plutôt de celle de quelques-uns..
non c'est certain si la loi ne vient pas c'est pour flatter le racisme ordinaire.
à Liger
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 18H04 | 22/07/2009 |
Soyons donc pragmatique.
D'abord, il convient de se rendre compte pourquoi ces personnes se trouvent dans cette situation.
J'ai l'impression qu'à la base le problème vient du fait que l'administration française les considère comme faisant partie du nombre des Roumains et Bulgares ayant choisi d'élire domicile en France sans en avoir les moyens (puisque n'étant pas autorisés de travailler sur le territoire français) qu'il faut inciter à « rentrer au pays ».
Or cette vision ne tient pas compte du fait des persecutions et discriminations racistes honteuses dont ils font l'objet dans leurs pays d'origine qui les font fuir vers l'occident.
Il conviendrait donc de les accueuilir comme des refugiés politiques et de leur permettre de s'installer ici dans des conditions dignes, leur permettant d'excercer une activité professionelle, d'assurer la scolarisation « normale » de leurs enfants etc.
Or ces fameux « villages d'insertion » ressemblent en rien à ce que leur appellation prétend. Ce sont des parcs d'exclusion, pour ne pas dire des camps d'internement ou pire…..
Malheureusement les Rroms ne disposent que de très peu d'
appuis politique, même chez les gens se disant « de gauche ». Il suffit de voir le buzz qui n'en est pas un et de le comparer au moindre article faisant référence à Gaza, par exemple.
Gaza ! Ça y est, je viens de placer le mot cléf. À vos claviers !
à leconcombrevert
De Enki
Alchimiste | 18H47 | 22/07/2009 |
C'est vrai que l'on parle beaucoup d'antisémitisme et peu de tsiganophobie, alors que les tsiganes constituèrent la majorité des victimes non juives de l'eugénisme nazi.
C'est vrai aussi que l'on parle peu d'Europe au sujet des Rroms, et peu des Rroms en matière d'Europe.
On oublie souvent leur statut de citoyens européens,et on ne s'alerte pas de la gravité des persécutions xénophobes dont ils font l'objet au sein même de l'Union Européenne.
à leconcombrevert
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 19H12 | 22/07/2009 |
Considérer les Rroms roumains ou bulgares comme des réfugiés politiques… là encore, il y a un cadre assez restrictif. Nous ne voulons pas tirer la couverture pour nous seuls et donc… entre un Rrom de Roumanie et un Palestinien, a priori il faut donner la priorité au second. Je dis encore « a priori » parce que le statut de réfugié politique doit être reconnue sur la base de la situation individuelle de la personne, par définition inconnue entre les deux personnes prises en exemple. Quant au « niveau de démocratie » du pays d'origine, si ce concept n'était pas tragique, il serait de nature à plier de rire même le petit nain grincheux ! Il n'y a qu'à voir ce qui se passe en République Tchèque p. ex. ou encore en Hongrie, deux pays respectés de l'UE, pour se rendre compte que même dans une « démocratie », on peut craindre pour sa vie rien que parce qu'on est Rrom.
Mais les Rroms de Roumanie et de Bulgarie sont surtout ceux qui permettent au gouvernement français de jeter de la poudre aux yeux aux Français avec les chiffres d'expulsion chaque année. Depuis 2006, un tiers des expulsés sont des Rroms roumains et bulgares, qui reviennent et qui sont expulsés à nouveau. Et c'est Brice Hortefeux qui l'a dit, chaque année. Jetez un coup d'oeil ici si vous êtes intéressés et vous allez mieux comprendre une autre arnaque à nos frais : http://www.blogg.org/blog-44189-billet-petition__nous_ne_voulons_pas_en_…
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 15H55 | 22/07/2009 |
(Enfin ! vous leur proposez une tribune…)
C'est à chaque fois rafraîchissant de vous écouter, la Voix de Rroms.
Fin, judicieux, ouvert, pragmatique.
Continuez.
nb : dans votre document en lien
« L'ensemble des Rroms, Sintés et Kalés s'est défini comme “nation rromani sans territoire compact et sans prétention à un tel territoire”. Superbe.
Est-il possible d'acquérir votre “nationalité” ?
à Blaise11
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 18H11 | 22/07/2009 |
J'en profite pour encourager tous les riverains à la lecture de ce document mis en lien à la fin de l'article
STATUT-CADRE DU PEUPLE RROM EN UNION EUROPEENNE
Document rédigé par le Réseau rrom
des activistes sur les questions juridiques et politiques (RANELPI)
Année 2000, revu en 2008
C'est un document d'une grande sagesse, passionant à lire, rien à ajouter. Sauf : Merci pour le lien !
http://www.rroma-europa.eu/fr/sc_fr.html#_Toc208249366
à Blaise11
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 19H23 | 22/07/2009 |
Eh bien, figurez-vous Blaise que c'est possible ! Le malheur dans tout ça c'est la connotation souvent négative qu'au cours de l'histoire, les maîtres des Etats ont mis sur des mots tels que « nationalité », « intégration » etc., qui à la base n'ont rien de mauvais. Donc, je suis obligé de les utiliser ici, mais prière de les prendre dans leur sens originel ! Comme vous avez lu le projet de statut-cadre, ça ne devrait pas vous poser de difficulté, mais avis aux autres quand même.
Il y a des Gadjé qui au cours de leur vie ont eu des contacts très proches avec les Rroms, qui parfois se sont mariés avec des Rroms etc., et au fil du temps, ils ont acquis la nationalité rromani. Cela ne veut évidemment pas dire qu'ils ont eu une carte d'identité rromani, car celle-ci n'existe pas, mais qu'ils ont été considérés et qu'ils se sont considérés comme Rroms. Et puis, l'expression « un Rrom d'origine gadjikani » p. ex. est inconcevable en rromani, parce qu'on ne conçoit pas les identités comme des choses qui se succèdent, mais qui coexistent en une même personne. Un Rrom kosovar avait répondu ainsi un jour à un journaliste « je ne suis pas une bouteille Monsieur, qui si elle est remplie de vin, on ne peut plus mettre de l'eau ou du lait dedans. Je suis un homme, et donc je suis 100% Rrom, 100% Kosovar et 100% Yougoslave ».
à voxrromorum
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 10H09 | 23/07/2009 |
Saimir, pouvez-vous m'expliquer ce que je prends comme un antagonisme entre ces deux paragraphes, le premier venant du « STATUT-CADRE DU PEUPLE RROM EN UNION EUROPEENNE », le second étant tiré d'un livre de Bob Giraud « Paris, mon pote » :
1. « § 5 — La “nation rromani”, telle qu'elle ne se définit pas
Inversement, la nation rrromani (3 “r” ? ! : -) ne se reconnaît pas dans les diverses étiquettes qui lui ont été imposées par l'histoire, comme essentiellement nomade, comme caractérisée par telle ou telle couleur de peau, tel ou tel aspect, telle ou telle profession, telle ou telle confession etc… — encore moins espionne des Turcs, magicienne, délinquante, irresponsable, ignare et autres qualificatifs soit ouvertement racistes, soit déguisés en pseudo-valeurs paternalistes. »
2. Blaise Cendrars, qui les connaissait bien, nous délivre une liste de leurs activités : « belluaires, dompteurs, toréadors, chartreux, voleurs de bestiaux, dresseurs de chevaux, maquignons, vétérinaires, rebouteux, guérisseurs, jeteurs de sort (cartes, astres), herboristes (simple, philtres d'amour), empoisonneurs, charmeurs d'oiseaux, écumeurs, vanniers, potiers, forgerons, fondeurs de métaux, faux-monnayeurs, voleurs, receleurs, financiers occultes, passeurs, contrebandiers, braconniers (collets, filets, noeuds et pièges), maraudeurs, indicateurs (cambriolages, évasions), bourreaux (chiffons et friperie), assassins (vendetta politique, mutilation), tatoueurs (maquillage de cicatrices), joueurs de couteau. »
Certes, il y a un siècle d'écart. Mais Blaise Cendrars, se muant ici en sociologue, et Bob Giraud étaient des personnages proches d'eux, amis, et évitaient justement de porter tel ou tel jugement de valeur, comme le rappelle Bob dans un autre passage :
« Dès qu'ils arrivent, les paysans ferment leur portes et lâchent les chiens, habillés qu'ils sont de toutes les qualités, voleurs d'enfants, anthropophages, jeteurs de sorts, fourbes et pervers pour n'en citer que quelques-unes. Les libéraux, les évolués, ou se voulant tels, eux, parlent d'exotisme, de dépaysement, de la beauté des femmes, de la fierté des hommes, de la liberté, de sens profond de l'honneur. Mais d'un côté comme de l'autre, inspirant toujours la sympathie ou le contraire, les gitans passent, farouchement enveloppés dans leur mystère, et toujours entourés d'un manque total de compréhension. »
Quelque chose trouble ma compréhension de votre peuple. Je ne sais la saisir, aidez-moi, prosim vas pane Mile.
S'agit-il d'un ordre des choses à rappeler ? :
Peuple d'abord nomade sans prétention à la sédentarisation ?
Peuple rejeté et qui, depuis le début, cherche à se sédentariser ?
Peuple nomade mais qui, aujourd'hui et au travers d'intellectuel comme vous et les rédacteurs de ce statut-cadre, se cherche une définition « écrite » soit pérenne (en opposition avec votre culture orale) ?
Y a t'il actuellement une volonté de transcendance, une aspiration au changement, ou celle-ci n'existe t'elle que dans nos têtes d'occidentaux prompts aux jugements de valeur ?
Je suis un peu perdu.
à Blaise11
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 15H24 | 23/07/2009 |
Ou la…
Commençons par les choses simples : les 3 « R » c'est une faute de frappe qu'on corrigera très vite ! Merci de le faire remarquer.
Sur la question du nomadisme et de l'histoire plus généralement, d'une manière chronologique, je vous conseille cette explication vidéo : http://www.youtube.com/watch ? v=X07wghweRKY&feature=PlayList&p=1945F4971D… Vous aurez en plus le plaisir du soustitrage en albanais ! Le titre est « Fils du vent de l'Histoire ».
Quant à la « volonté de transcendance », celle-ci ne va jamais de soi, pour aucune nation. C'est quelque chose qu'on inculque, de manière plus ou moins saine. De ce point de vue, nous avons l'avantage du retard, parce que nous pouvons apprendre de toutes les erreurs faites par les autres avant nous. C'est ce qui explique, pour beaucoup, notre conception de la nation, qui n'est pas une conception guerrière, conflictuelle ou, encore moins, au service de la recherche du pouvoir.
Et quant à la volonté de changement, évidemment qu'elle existe, sinon nous n'existerions plus. Tout est une question de comment on conçoit le changement et comment on le mène, et sur ça aussi, le statut-cadre donne des réponses.
à voxrromorum
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 16H18 | 23/07/2009 |
Merci pour le lien, j'irai voir ce week end pour avoir plus de temps (idem pour le document du statut cadre que j'ai seulement parcouru, j'ai besoin de me concentrer)
Et puis, hein, pas fastoche mes questoches !
Mon incompréhension grandit un peu plus à la lecture de certains paragraphes de ce statut-cadre, car il m'est arrivé de rencontrer ici à Prague des Rroms qui, en ayant préalablement gonflé leur poitrine, affirmèrent « Jsem Gipsy a nic nikdo ! » Je suis Gipsy et rien d'autre.
Il semblerait donc que vous ayez encore pas mal de travail de communication à faire et ce au sein même de votre propre nation.
Donc si je comprends bien, ce genre de « réflexion » (« Je suis Gipsy) est la résultante d'un communautarisme, sorte de reflexe de défense peu réfléchi. Un peu comme certains afro-américains rappeurs qui crient “yo yo, we are niggers, yo yo we are niggers ! ”…
En tout cas merci pour ces liens et ces éclaircissements.
à Blaise11
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 17H08 | 23/07/2009 |
Ha ha ha !
Mais vous savez qu'en tchèque, on ne dit pas « Gipsy » mais « Cikan », alors…la phrase « Jsem Gipsy a nic nikdo »… ça fait plutôt bizarre. Puis, quand on sait ce qu'on est et qu'on est ce qu'on veut être, de manière normale et sereine, on ne se gonfle pas. Mais effectivement, il y a beaucoup à faire, et pas que par nous.
à voxrromorum
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 17H26 | 23/07/2009 |
Ahhh, tout s'explique
C'était des rappeurs, justement : -) Ils m'aurait dit Cikan, je n'aurai pas compris et ce n'était pas leur but, apparemment.
Donc :
le côté international, quoi ! Faire comme les confrères américains.
Ah la culture de masse, ça rase tout.
à Blaise11
De fabio22
salarié | 21H18 | 22/07/2009 |
Je ne sais pas trop comment prendre ce message, de la moquerie, de l'ironie, de la sincérité ? !
Peut on avoir une nationalité sans Nation ? C'est absurde et le débat n'est pas là. Par contre une identité oui. Souvent certains voient le peuple Rrom à travers les médias ou les plus visibles croisés dans la rue mais nous sommes partout comme tout le monde et nous faisons les mêmes choses comme tout le monde.
On peut être Rrom de coeur, comme on peut être Français de coeur. Mais on est Rrom ou pas (dans l'origine, les us et coutumes….) comme tout le monde.
Bon ce que je dis n'est pas intellectuel, mais cela est sincère.
Le Rromanistan, un jour existera peut-être et là une nationalité sera possible…..
à fabio22
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 22H30 | 22/07/2009 |
Mais Fabio, les Rroms sont une nation, comme les Français, les Allemands etc. Quant au Rromanistan, celui-ci serait un Etat, comme la France ou l'Allemagne. Seulement, nous ne voulons pas d'Etat. Parce qu'il y a des nations sans Etat, et des Etats partagés par plusieurs nations. Ce sont deux choses différentes.
De tvargentine
18H20 | 22/07/2009 |
UN très bon article qui sort du « spectacle de la charity bizness » qui consisterait à accepter des occupations de terrain ou d'apprtement appartenant à l'Etat ou à des personnes privées
La Roumanie fait partie de l'Europe et elle garantie le droit des minorités et elle doit accepter de prendre en charge ses populations afin de les intégrer et non d'expulser ses problèmes sociaux aux frais des contribuables français
Quand au ONG,il faut avoir le courage de dire que pour elle cela représente un bizness qui rapporte tellement d'argent que le 1er de cette « association » gagne tres tres (trop ? ? ) bien sa vie
Encore bravo pour cette article objectif
http://www.tvargentine.com
De Trevy
Aeron-autiste | 09H08 | 23/07/2009 |
J`ai rien compris a l`article… je dois etre a cote de mes pompes ou l`auteur lui-meme ne sait dans quelle direction viser puis tirer…
Je vais le relire…
De Victor Heitzmann
Camp volant | 17H39 | 23/07/2009 |
Je pense tout comme Saimir MILE que nous devons rester très prudents dans notre réflexion quant aux villages dits d'insertion où on a logé des familles roms. Nous pourrions être tentés de caricaturer d'emblée, de parler de ghetto, de réserves amérindiennes, de bantoustan, de rechercher des comparaisons dans l'histoire ou la géographie planétaire. A quoi, les élus et responsables sociaux de saint Ouen (Voir Rue 89 : A Saint-Ouen, dans un village d'insertion avec les Roms 16.06.09) ou de Roubaix (voir l'article de Nord Eclair du 28 mai 2009 (http://www.nordeclair.fr ) nous répondront que c'est mieux que rien. D'habitude c'est rien. Les gendarmes et dégagez ! Propos d'exaspérations des autochtones souvent très durs, racistes et inquiétants, repris dans la presse in extenso, qui pourraient donner lieu à des procès et qui ne donnent lieu à rien. On dit Gens-du-voyage pour manouche ou romanitchave et de cette périphrase on passe au périphérique et aux mesures d'éloignement. Ce que souligne très justement Saimir MILE, c'est la difficulté pour nos familles d'accéder au monde du travail.
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, que faisaient, de quoi vivaient les « Gens du voyage » ici, chez nous, en France ? Puisque c'est de cela qu'il s'agit, d'examiner cette situation, les rapports du romanitchave avec le travail. Pour établir correctement les éléments de comparaison, précisons qu'ils étaient très majoritairement de nationalité française, souvent depuis la guerre de 1870 (optants d'Alsace-Lorraine et de Souabe). Donc ne se posait pas le problème que rencontrent les cousins actuels, tziganes roumains et bulgares, citoyens hybrides comme le précise Saimir MILE, européens, mais pas autorisés à travailler.
Ils étaient majoritairement ferrailleurs, chiffonniers, maquignons, saisonniers, rempailleurs, vanniers, marchands de peaux de lapins, récupérateurs. Or la chine du chiffonnier ambulant a pris fin pour plusieurs raisons dont la principale est la réussite des communautés Emmaüs puis la généralisation des foires aux puces qui ont asséché la source traditionnelle des chineurs. Je sais bien que je dérange cette très grosse « ONG » en disant cela, mais … En ce qui concerne les peaux de lapins, outre que l'élevage de ces bestioles a pratiquement disparu, le commerce a également cessé dans les années soixante-dix avec le rejet des manteaux de fourrure, l'adoption d'autres modes vestimentaires. De même la protection progressive (qu'il ne faut pas regretter) de nombreuses espèces de sauvagines autrefois classées nuisibles a fait disparaitre une source de revenus chez les chineurs qui collectaient les peaux auprès des populations rurales. La rage répandue chez le renard y a aussi largement contribué dans les années 80.
Notons que ces échanges nombreux « créaient du lien “ même si ce terme n'était pas encore de mode. Le romano, le rabouin, le pattier, le camp-volant avec qui le paysan commerçait, accepté socialement était rejeté pour sa culture alors qu'aujourd'hui, notre culture (constatée, mais aussi empruntée, sublimée, rêvée, fantasmée, etc.) vous fascine tandis nous subissons le rejet social. Salto arrière. En ce qui concerne la vannerie, (et je retrouve la profession de vannier inscrite sur des milliers de carnets de circulation), l'importation massive des vanneries asiatiques a rendu les paniers made in France, qui nécessitent au minimum 6 à 8 heures de travail, invendables comme l'ensemble des produits manufacturés dans nos pays. C'est fini et à mettre en parallèle avec la protection devenue nécessaire des milieux humides, où poussait l'osier, comme quoi, on est tous concernés.
Une autre évolution est celles des déchets, des gadoues, plus généralement du traitement des ordures ménagères. Les ‘verses’, ‘décharges’ étaient à ciel ouvert et ce que nous voyons à la télévision et qui se passe au Brésil ou chez les chiffonniers du Caire de la Sœur Emmanuelle existait chez nous, source de trouvailles en tout genre, et de revenus d'appoint intéressants. Le traitement industriel dans des centre spécialisés, le changement de nature des déchets ménagers ont complètement mis fin a ces travaux rémunérateurs de triage, récupération et recyclage.
Les modes de déplacement, les circuits commerciaux ont également occasionné la disparition d'une source de revenus qui était la vente ambulante à domicile des dentelles, merceries, peignes, petits ustensiles, couteaux, greffoirs et lotions diverses. Le commerce ambulant qui venait au devant du client, boucher, boulanger, épicier, petit mercier, vannier etc. a été remplacé par le déplacement des clients qui viennent par milliers se garer sur les immenses parkings des supermarchés. Néanmoins la visite à domicile du marchand se fait toujours par les canaux publicitaires de la radio et de la télévision.
Très modeste, succincte et incomplète contribution à ce débat sur l'accès au travail pour les bannis de l'intérieur. Victor HEITZMANN
à Victor Heitzmann
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 18H32 | 23/07/2009 |
Latcho dives Victor,
Très bonne contribution en effet ! Tu ne pointes pas là seulement les problèmes de travail, mais aussi du modèle de société, celui où on a été, celui où on est et celui on devrait l'être.
Pour les villages d'insertion, tout de même, la prudence n'empêche pas à dire la vérité et à regarder loin. Bien sûr, les partenaires de ces projets (donc aussi les élus que vous mentionnez), diront que « c'est mieux que rien ». D'ailleurs, parfois ils disent même que c'est bien, ou « efficace », comme dit Médecins du Monde. Mais il faut être très vigilant. Vous n'êtes certainement pas sans connaître toutes les accusations qui portent sur nous : voleurs, profiteurs du système etc. Les « villages d'insertion » nourrissent précisément ce type d'accusation, tout en laissant les Rroms dans la dépendance totale de leurs maîtres. Parce qu'il y a un gros business là, des millions d'euros que reçoivent des association pour « gérer », et qui disent que les bénéficiaires de ces projets sont les Rroms, pour lesquels elles « travaillent ».
De ApollonduRéverbère
07H52 | 25/07/2009 |
L'article est intéressant parce qu'il dénonce l'institutionnalisation de la misère orchestrée par les asociatifs au travers de ces camps de semi-internement dont la France est très friande décidément.
Mais pour la question de fond, il est très décevant car il méconnait la règle européenne qui permet à la France de libérer l'accès au travail aux Roms et aux Bulgares à partir de 2011. S'il est vrai que la date d'accès a été repoussée depuis l'accès au pouvoir de Sarkozy, elle était fixée à 2009, puis 2010 et à présent 2011 et que ce fait marque le rejet par la droite conservatrice de l'intégration des minorités ethniques comme les gens du voyage, cette intégration sera possible parce qu'au bout si elle devenait impossible l'UE serait en contravention avec ses propres lois et il ne fait pas de doute que la cour de justice européenne statuerait dans le sens de la justice précisément.
Voilà pourquoi si cet article est instructif, il pêche par illusion. Les minorités européennes nomades pourront travailler dans toute l'UE. Il n'est pas certain qu'elles le souhaitent par ailleurs pour 100% d'entre elles.
à ApollonduRéverbère
De voxrromorum
(auteur)
Paris | 10H47 | 25/07/2009 |
Euh… non,
Nulle part dans l'article il n'est dit que l'UE ne permet pas à la France de libérer l'accès au travail. Vous avez du mal comprendre.
Quant aux « minorités européennes nomades », ce concept, si tant est qu'il existe, ne s'applique pas aux 10 à 12 millions de Rroms de l'Union européenne.