McDo le roi du standardisé s'empare de la diversité

Le message, trivial tout autant qu'idyllique, est que, qui que nous soyons, individus ordinaires ou exceptionnels ; riches ou pauvres ; enfants, adolescents ou adultes ; noirs ou blancs ; hommes ou femmes ; bobos ou yuppies, nous nous sentirons bien chez Mac Donald's tels que nous sommes. Et ce, pour y consommer, comme pour y travailler.
Il est à la fois amusant et plutôt stupéfiant de voir comment une entreprise on ne peut plus standardisée, sur le plan des produits qu'elle vend, et des emplois qu'elle propose, surfe sur la vague très actuelle de la diversité entendue comme une richesse.
Si les pouvoirs publics ont bien compris combien la diversité culturelle constituait un ressort incontournable de communication, obéissant à une stratégie nationale d'affichage multiculturel, c'est un peu plus nouveau dans le marketing publicitaire français, mais les exemples se sont récemment multipliés.
Le bonheur et le partage par la consommation...
Néanmoins, dans tous ces exemples, l'idéologie de la différence masque -et c'est souvent le but- la réalité des problèmes posés par le pluralisme : discriminations raciales, sexisme, inégalités socio-économiques...
Le message est en effet que « plus nous sommes différents, plus la vie est belle ». A condition, toutefois, que le bonheur passe par la consommation, rhétorique récurrente de la modernité. Dans ce contexte, on nous fait croire que nous pouvons dépasser nos rivalités et nos préjugés grâce au partage des mêmes produits achetés dans les mêmes enseignes.
Lorsque, sur ses affiches multicolores, la chaîne Casino parle de « nourrir un monde de diversité », elle récupère la multiplicité des habitudes alimentaires liées aux religions (casher, hallal...), aux sensibilités, à la santé ou à l'hygiène de vie (végétarienne, produits light ou « bio »), autrement dit, aux différences culturelles dans leur ensemble.
C'est un bon exemple de la polysémie ou de la confusion désormais revêtues par le mot « culture » : tantôt croyance, tantôt ensemble de valeurs ou de traditions, ou encore mode de vie...
La consommation garantirait donc l'égalité et le respect de tous, rassemblerait les individus et pacifierait la société : c'est le panem de « panem et circenses » (« du pain et des jeux »). Le supermarché et le fast-food promettent aux citoyens une existence collective harmonieuse.
... et l'intégration par le travail
Or, cette promesse de « vivre-ensemble » est également indissociable de l'objectif de « travailler ensemble ». Depuis le milieu des années 2000, en effet, les grandes entreprises ont compris qu'avec la mondialisation, il leur est plus que jamais nécessaire de s'adapter aux valeurs et aux besoins des populations locales, mais aussi d'embaucher davantage d'employés et de cadres « issus de la diversité », autrement dit non blancs ou de sexe féminin.
Dans les entreprises, les « chartes de la diversité » promeuvent une politique de recrutement et de gestion des carrières fondée notamment sur le pluralisme des origines et des genres, afin, nous dit-on, de lutter plus efficacement contre les discriminations, mais aussi et surtout d'être davantage à l'image de la société.
C'est un peu comme si le marché s'octroyait une responsabilité de régulation sociale, en principe dévolue aux pouvoirs publics, en la transformant. Plus qu'ils ne sont combattus, le racisme, le sexisme et l'homophobie sont occultés, déréalisés. Les individus des sociétés libérales, certes divers, doivent avant tout être efficaces, combatifs, s'intégrer par le travail.
Le libéralisme a trouvé, avec la thématique de la promotion de la diversité, un moyen de se renforcer derrière l'étiquette du politiquement correct. Nous ne sommes des concurrents que dans nos emplois, pas dans nos origines qui, elles, se complètent pour garantir la richesse des relations de travail, d'une entreprise, d'une nation.
La diversité ? Un processus de société que le politique et l'économique ne veulent rien d'autre que contrôler.
- Sur Rue89Label diversité : outil de com ou réelle lutte contre les discriminations ?
- Sur charte-diversite.comSite de la charte de la diversité en entreprise
- Sur rue89.comTous les articles sur la diversité
- 21750 visites
- 96 réactions












28







C'est vrai, les salariés Mc Do, au moins en restaurant (de l'équipier-employé de base au directeur) sont effectivement plus « ethniquement variés » que dans beaucoup d'autres enseignes. On n'y recrute pas au patronyme, et si on est bon, quelle que soit sa couleur de peau par exemple, on a de réelles chances de progression. C'est vraiment vrai. Mais en revanche, essayer de nous faire croire que cette diversité est le fruit d'un volontarisme particulier, c'est peut-être pousser le bouchon un peu loin ; le seul volontarisme, la seule valeur de la marque, c'est la rentabilité.
Cette diversité n'est pas le fruit d'une politique ciblée et d'une volonté d'agir. C'est juste le résultat - certes réjouissant - d'une politique d'exploitation des compétences qui ne regarde pas au pedigree ou au CV mais au travail de terrain.
Aucune volonté à grande échelle de se substituer aux défaillances des politiques d'intégration là-dedans.
D'ailleurs, si la diversité est très présente en restaurant, j'aimerais bien savoir si c'est autant le cas au siège ou dans les états-majors des franchisés.
Après tout, puisque cette boîte se veut dans une logique de promotion interne par la compétence, que de nombreux managers ou directeurs sont issus de cette diversité, on pourrait s'attendre à ce que la même proportion se retrouve plus haut. De la même manière, puisque dans le personnel résistant au turn-over on retrouve une surreprésentation féminine, est-ce que les femmes sont tout autant présentes dans les plus hautes sphères du siège de Guyancourt ?




Partager