Objectif de l'expérience : comprendre les réactions que suscite une femme dont même les yeux sont invisibles.
Précision liminaire à l'égard des puristes, plus que d'une « burqa », le vêtement que j'ai choisi de porter est un « niqab » avec un voile intégral par-dessus. Voici, heure par heure, comment s'est déroulée ma journée, des Champs-Elysées à Beaubourg en passant par Abesses. Le but : filmée discrètement par un ami, je voulais comprendre quelles réactions suscite le passage d'une femme entièrement voilée. Sentir aussi l'atmosphère qui se noue autour de vous lorsque vous dissimulez votre visage.
10h30 : je me prépare pour sortir. Je tire de la penderie la belle tenue saoudienne qu'utilise une amie pour se fondre dans la population locale lors de reportages à l'étranger. J'ai tout prévu : les chaussettes dans les sandales, le pantalon long, les gants.
J'enfile le « jilbab », la longue robe noire qui se fixe à bandes velcro. Puis j'attaque le voile, ou plutôt les voiles puisqu'il y en a trois cousus ensemble. Le nouer d'abord derrière la tête, rabattre le tout. Puis attacher le « niqab » à l'aide d'un bouton pression derrière l'oreille. Je n'y parviens pas, j'enlève les gants, je réessaye plusieurs fois. Enfin, je bascule la fine mousseline, noire comme le reste, sur le visage.
« Vous avez chaud ? »
11 heures : A l'arrêt de bus, une femme s'approche de moi. Elle me demande simplement :
« Excusez-moi, madame. Vous avez chaud ? »
Il fait 27 degrés à Paris. En effet, je suffoque et transpire déjà. Je hoche la tête, elle répète « vous avez chaud. » Et s'éloigne, ne sachant qu'ajouter. Plusieurs personnes nous observent à la dérobée. Sitôt dans le bus, une conversation s'engage dans mon dos à quelques sièges de là. (Voir la vidéo)
Midi : Les Champs-Elysées. On m'observe à la dérobée. Certains regards sont juste curieux, d'autres amusés, la plupart peu amènes. Les femmes surtout. Je me sens observée, pas à l'aise dans ces habits, cette silhouette que je ne reconnais pas. Je m'arrête devant une joaillerie mais je ne distingue pas les prix des bijoux à travers la mousseline. Personne ne m'aborde.
14 heures : Le XVe arrondissement, près de la rue du Commerce. On me dévisage toujours. Une femme arrivée à ma hauteur lève les bras au ciel dans un signe d'exaspération ostentatoire. Trente minutes plus tard, une autre s'exclamera à mon passage, sur un ton faussement joyeux, « Vous êtes ridicule, madame ! » Le temps que je réagisse, elles sont déjà loin.
16 heures : Je suis assise à la terrasse d'un café rue des Abbesses, dans le XVIIIe arrondissement. J'essaie de boire un thé mais je m'emmêle les pinceaux, mon voile fait la trempette. On me regarde toujours, discrètement, avec gêne et fascination. A la différence du bus du matin, personne n'exprime son opinion sur la burqa.
« Il ne lui manque plus que les plumes ! »
18 heures : Au Centre Pompidou se tient l'expo « elles@centrepompidou », sur des artistes femmes. L'occasion rêvée. Si les hommes de la sécurité à l'entrée sont accueillants, la femme qui contrôle les tickets lance :
« Elle me fait peur, celle-là. Allez, passez ! »
Quelques étages plus haut, alors que je montre à nouveau mon ticket, une hôtesse glisse à son collègue :
« Il ne lui manque plus que les plumes ! C'est de la provocation. »
Au cours de ma visite qui durera plus de deux heures, je n'entendrai qu'une seule remarque d'un homme, murmurée :
« Elles nous font chier avec leur burqa. »
Evidemment, toutes ces sympathiques phrases sont trop discrètes pour que le micro de la caméra ne les capte.
20 heures : Je n'y tiens plus. Je veux retirer ce voile sans attendre d'être rentrée chez moi. Je fourre le tout dans un sac. Je me sens soulagée. J'ai retrouvée mon identité et paradoxalement, je suis redevenue anonyme parmi les passants. Je pense surtout que j'ai moins chaud.
Quelle frustration en visionnant les images tournées au cours de la journée ! Tous ces regards qui ont pesé sur moi sont si furtifs qu'à l'écran on les remarque à peine. Les visages ont perdu leur agressivité. Décidément, l'œil de la caméra ne voit pas comme les miens !
Au fait, pour ceux qui ont regardé la vidéo jusqu'au bout, combien parmi vous ont remarqué que la personne sous le voile, à la fin de la déambulation, était un homme ? Eh oui, à la fin de la journée, un peu lassée par l'exercice, j'avais échangé ma tenue contre la caméra avec mon ami.





















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à observeur
De Ndjocka
irrégulier | 11H01 | 19/07/2009 |
Si Ophélie Neiman s'était promenée dans mon quartier (où elle aurait croisée d'autres femmes en niqab), sa supercherie aurait vite été découverte, et elle aurait bien fait marré les papys sirotant un thé à la menthe sur son chemin. Aucune des femmes couvertes du vêtement en question ne se comporte comme cette journaliste ( ? ) gauche et empêtrée dans ces toiles. Comble de l'incongruité, ophélie s'asseoit la table d'un café, ce qu'aucune femme voilée ne s'aviserait de faire. Pourquoi pas pour y siffler une pinte, tant qu'on y était ? Quant à la promenade en jean bleu sous le niqab, à la fin de la vidéo, elle passait les bornes du ridicule.
C'est tout sauf une enquête sérieuse, mais peut-être n'était-ce pas sa prétention. J'espère que les professionnels censés nous alerter et nous informer sur ces faits de société sont un peu moins ignorants et un peu plus consciencieux…
à mick69
De Saheyus
Rêveur invétéré | 10H41 | 19/07/2009 |
Racisme ayant pour prétexte le niqab :
« Elle me fait peur, celle-là. Allez, passez ! »
« Il ne lui manque plus que les plumes ! C'est de la provocation. »
Opposition au niqab lui-même :
« Vous êtes ridicule, madame ! » (et encore je ne suis pas certain que ce soit la bonne approche)
Il y a une différence notable. Et arrêtez de proclamer que la répulsion face au niqab n'a jamais rien à voir avec le racisme, il y a bon nombre de gens bien racistes qui seront ravis de vous prouver le contraire.
à Saheyus
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H39 | 19/07/2009 |
« Et arrêtez de proclamer que la répulsion face au niqab n'a jamais rien à voir avec le racisme »
Ah là je ne suis pas d'accord avec toi Saheyus, sauf pour le terme « jamais ». Effectivement certains le sont pour des raisons racistes mais ils le sont de tout individu qui est d'origine étrangère.
Mais les tapis d'orient ils veulent bien. Là par contre je suis ironique ; -))
à Innsa1
De claire_
Apprentie chômeuse | 09H32 | 19/07/2009 |
C'est scandaleux cette attitude…
Toutefois voici mon point de vue : je suis blanche et je n'ai aucun à priori négatif sur les gens de couleur, mais je ne me gène pas pour regarder avec insistance les porteuses de burka. Donc de mon côté aucun racisme ordinaire, juste une réaction épidermique face à cette connerie de burka.
à claire_
De mamane
Ingénieur | 09H55 | 19/07/2009 |
les « gens de couleur » (sans s à couleur d'ailleurs) vous remercie de votre très grande générosité.
Les indivisibles face aux préjugés
par afriktv
Merci encore.
PS : faut-il comprendre que l'existence d'un « seuil de tolérance » signifie : « 3 ou 4 arabes et noirs ça va. Mais s'ils commencent à se balader dans la rue comme s'ils étaient chez eux c'est trop ! Parce qu'ils ne sont pas chez eux ces “gens de couleurs” “ ?
à mamane
De Clarence64
S. D. Financière. | 10H10 | 19/07/2009 |
Moi les femmes de couleur, j'aime les voir en string …
et sans soutien gorge sur la plage..
et celles que je connais , elles n'aiment pas les ignobles individus de votre genre …elles les fuient même car elles les connaissent trop bien même ..
ce sont des femmes libres qui crachent sur votre ignoble idéologie …des gens comme vous , qui n'ont rien à faire chez nous …
bon vent ..
à Clarence64
De mamane
Ingénieur | 10H27 | 19/07/2009 |
« Moi les femmes de couleur, j'aime les voir en string …
et sans soutien gorge sur la plage.. »
« ce sont des femmes libres qui crachent sur votre ignoble idéologie …des gens comme vous , qui n'ont rien à faire chez nous … »
Bref les femmes sont libres si elles sont comme VOUS les aimez. Mais sont-elles libre de ne pas votre plaire ?
De Saheyus
Rêveur invétéré | 12H39 | 19/07/2009 |
Comme d'habitude, ça aboie mais ne mord pas.
Couchée, la hyène.
à Clarence64
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H44 | 19/07/2009 |
Rue89 est à tout le monde même à mamane.
Vous voulez chasser tout le monde vous.
Ce n'est plus du dialogue, c'est de l'expédition, ça vous arrive d'échanger dans le calme et la bonne humeur ?
à mamane
De claire_
Apprentie chômeuse | 10H15 | 19/07/2009 |
Ils ne se balladent pas dans la rue « comme s'ils étaient chez eux » : car ils sont chez eux, pour la grande majorité.
Je n'ai pas parlé de seuil de tolérance mais s'il faut en définir un pour te faire plaisir d'accord :
Je ne tolère pas les personnes qui s'excluent volontairement de la société dans laquelle elles vivent, voilées ou pas d'ailleurs. Et le « elles » signifie « les personnes », ça marche donc aussi pour les hommes.
A bon entendeur !
De mamane
Ingénieur | 10H35 | 19/07/2009 |
Mais les femmes qui portent un niqab ne s'excluent pas de la société.
Et si c'est cela qui vous gêne, demandez-vous quelles seront les effets d'une loi interdisant le niqab et quelles sont les effets des ces « débats » si ce n'est leur exclusion ?
relisez l'article, qd une femme qui porte un niqab veut aller au musée (donc elle ne s'exclue pas), que lui dit-on ? Qui le dit ? qui exclus qui ?
Si vous sortez dehors et que l'on vous montre que de l'hostilité allez vous sortir ? Si vous allumez votre poste de télévision et que entendez ce que l'on dit sur votre compte, que ressentirez vous ?
à mamane
De claire_
Apprentie chômeuse | 10H49 | 19/07/2009 |
Si, se couvrir intégralement le visage ça veut dire « je ne veux pas vous parler, je ne veux pas que vous me parliez, faites comme si je n'étais pas là ».
Et c'est de la provocation.
Donc SI, ces femmes s'excluent de la société (par leur volonté ou celle de leur mari), et elles nous le font savoir.
Si elles veulent réellement s'intégrer, qu'elles retirent leur attirail, elle seront drôlement mieux accueillies, au musée et partout.
à claire_
De Saheyus
Rêveur invétéré | 11H12 | 19/07/2009 |
Mais est-ce le visage qui fait l'humain ?
Simple interrogation.
à Saheyus
De claire_
Apprentie chômeuse | 12H10 | 19/07/2009 |
C'est le visage qui fait passer les émotions, quand on s'adresse à quelqu'un on regarde son visage (à part quelques mal-élevés qui regardent autre chose ! )… cacher son visage c'est empêcher les autres de s'adresser à soi.
à claire_
De Saheyus
Rêveur invétéré | 12H25 | 19/07/2009 |
Mais cela veut-il dire qu'une personne qui a peu d'expressions faciales ressent moins ? Ce n'est pas rare (et je ne parle pas de ceux qui ont le visage paralysé).
Ca me fait penser à une image que j'ai vue sur le net…
http://www.emotionchassepeche.com/blog/wp-content/uploads/2008/05/expres…
Ca pourrait être très drôle… mais regardez un peu l'url, et le site sur lequel on peut voir cette image. Moi je trouve ça ignoble, cette image qui a été faite pour dire « Vous voyez, le lapin n'a pas d'expressions, il n'a donc pas d'émotions, donc on peut lui tirer dessus » (surtout que c'est faux, le lapin bouge les yeux et les oreilles selon ses émotions)
Il est dans notre nature de nous sentir lier aux autres par les expressions faciales, car c'est ainsi que nous fonctionnons. Mais laisser trop libre court à cette nature, c'est laisser courir des préjugés.
Et ces préjugés, trop souvent, servent excuser l'absence de sympathie.
Il faut savoir souffrir même avec les sans-visage.
à Saheyus
De claire_
Apprentie chômeuse | 12H35 | 19/07/2009 |
Ma réponse à ta question concernait surtout le fait qu'on puisse s'exclure en cachant son visage. Pas de visage = pas d'interlocuteur, c'est bien l'un des buts de la burka je crois.
Pour le reste je suis d'accord avec toi sur le fait que même sans expression, les émotions sont là.
à claire_
De Saheyus
Rêveur invétéré | 12H45 | 19/07/2009 |
Oui, et je suis d'accord avec vous sur le fait qu'un habit comme le niqab est probablement fait pour repousser. Cependant, peut-être certaines femmes le portent-elles juste pour repousser les hommes (par pudeur frénétique), et pas les femmes également, c'est une hypothèse à retenir.
Mais bon, que voulez-vous, est-ce un crime que de sortir de chez soi sans avoir de contact avec le monde extérieur ? Et si je mettais un masque, des gants et de grands habits, me demanderait-on de les ôter ?
Je vois ça comme un phénomène regrettable, mais ce n'est pas contre le port de certains vêtements qu'il faut lutter : c'est plutôt contre la peur, le renfermement, les préjugés (ou les fausses croyances dans le cas de l'intégrisme) qui peuvent amener à se comporter ainsi.
Je crois que vous avez tort de ne pas « tolérer » ces gens-là, ce sont avant tout des victimes.
à Saheyus
De claire_
Apprentie chômeuse | 13H29 | 19/07/2009 |
La « pudeur frénétique » n'a pas lieu d'être ici, à nous de ne pas l'encourager.
Est-ce-un crime de ne pas vouloir s'intégrer ? Crime est peut-être un grand mot, mais quand on voit tous les problèmes liés à l'intégration, et même malheureusement avec des gens qui se sentent ici chez eux, comment ne pas blâmer les gens qui revendiquent le fait de ne pas vouloir s'intégrer ?
C'est comme les parents d'une de mes amies (qui est musulmane) : interdiction de faire une sortie avec des français… C'est quoi ce gros délire, on vient élever ses enfants en France mais on veut pas qu'ils trainent avec des français ? Je trouve ça largement condamnable !
La vie en société est déjà assez difficile pour qu'on s'encombre de personnes qui refusent d'y participer… Je pense qu'en France on est assez bien lotis niveau liberté et c'est très précieux, il ne faut pas laisser des gens gâcher cela en laissant passer tout et n'importe quoi.
Les intégristes aiment la burka car c'est un symbole fort, supprimer ce symbole ne supprimera pas l'intégrisme c'est certain, mais ça sera toujours ça de gagné.
à claire_
De Saheyus
Rêveur invétéré | 14H44 | 19/07/2009 |
Et encore une fois on aura traité le symptôme et non pas la maladie, tu le reconnais toi-même. C'est là l'erreur la plus récurrente qu'ai jamais commise l'humanité.
Pour l'exemple que tu donnes (interdiction de sortir avec des « Français »), c'est autre chose, c'est une preuve de xénophobie.
On peut être complètement hermétique, complètement ermite, complètement asocial, et ne pas être xénophobe. Même si c'est, certes, bien dommage.
à claire_
De mamane
Ingénieur | 14H42 | 19/07/2009 |
« Si elles veulent réellement s'intégrer, qu'elles retirent leur attirail, elle seront drôlement mieux accueillies, au musée et partout. »
C'est tellement plus pratique qd c'est évident que tt les problèmes d'exclusions viennent de ceux que l'on ne veut pas voir. ça évite toute forme de remise en cause de soit.
à mamane
De claire_
Apprentie chômeuse | 15H24 | 19/07/2009 |
Oui de toute façon je ne suis qu'une méchante française raciste qui ne supporte pas de voir des fantômes déambuler dans les rues ! Bouh quelle intolérance !
à mamane
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H52 | 19/07/2009 |
« tt les problèmes d'exclusions viennent de ceux que l'on ne veut pas voir »
C'est vous qui faites du forcing mamane.
En Iran je pourrais aussi dire la même chose puisqu'on m'obligerait à me voiler en tant que femme.
La remise en cause de soi comme vous dites est aussi valable pour vous.
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 15H53 | 19/07/2009 |
C'est intéressant tout ce débat, mais ce qui en ressort quand même, c'est que l'auto-exclusion, ce sont les autres qui l'imaginent. Au final, c'est bien de l'exclusion par les autres, au nom d'une auto-exclusion fantasmée (parce que même en allant vous balader en niqab à Paname, vous ne vous mettrez pas à la place de celles qui le portent vraiment) qu'ils ne sauraient tolérer… Curieux renversement de logique, bien à l'image de l'hypocrisie ambiante.
Comme le dit l'un des commentateurs sélectionnés, des remarques de sous-développés comme dans la vidéo, les Noirs, les Arabes et toutes les « » » »« minorités » » » » » s'en prennent plein la gueule de toute manière. Faut pas oublier qu'on est cernés par les cons. Alors, quand c'est voulu, se cacher derrière un voile intégral, ça peut très bien être une manière de se protéger, ou bien de dire « je vous emmerde ». Dans les deux cas, un peu de tolérance devrait suffire à résoudre l'affaire.
Quand c'est subi, je ne vois pas ce qu'une loi pourrait changer au problème. Seulement, ajouter de la souffrance et de l'exclusion là où il y en a déjà.
Qui croit sérieusement que les femmes, obligées par leurs proches de se couvrir, vont tout à coup sortir en minijupe ? Non, ce que veulent les pro-interdiction, c'est ne pas les VOIR. Il ne s'agit donc bien que de leur petit confort hypocrite, au nom de valeurs qui à ce niveau là relèvent plutôt du dogme inquisiteur. Qu'importe si la souffrance redouble du moment qu'elle se cache encore mieux, n'est-ce pas ? L'intérêt général d'une loi, c'est d'abord le vôtre ? Je vous conchie.
Enfin, permettez-moi de rigoler de cet hystérie pour un phénomène ultra-marginal. Il a suffi que quelques guignols balancent le fumigène dans les couloirs du palais Bourbon pour qu'on s'étripe aux quatre coins de la France.
Rue89 a raison de vouloir dédramatiser un peu le sujet, le problème est qu'à mon avis, vous n'apportez rien au débat. Pour ne pas dire que vous brouillez les cartes.
Le dossier de Courrier International d'il y a deux semaines était hyper bien ficelé. Et c'était l'occasion de voir que finalement, les contributions étrangères à ce débat volent bien plus haut que nos petites bagarres, qui opposent le plus souvent intolérants et indifférents. Entre eux, rien ?
* Par contre, les objectifs de ceux qui ont lancé le débat sont, eux, très clairs. Demandez à Pierrrre, Clarence64 et compagnie… Quelque soit le bout par lequel on prend la question, n'importe quel frontiste en herbe saura en tirer la conclusion de l'islamisation rampante, du choc des civilisations, de la nécessité des expulsions voire d'une légitime guerre sainte… Pour ne pas tomber dans l'abjection, le mieux serait de ranger le sujet au placard, où il était jusque là, et dont seuls les mal-intentionnés avaient intérêt à le sortir.
à Alt-Z
De claire_
Apprentie chômeuse | 16H46 | 19/07/2009 |
Un voile intégral pour se protéger ? ! Dans les pays islamistes oui je le conçois, mais depuis quand faut-il se protéger (et de qui ? ) en France ?
Donc je penche pour la deuxième option, l'option « je vous emmerde » !
Ai-je besoin d'expliquer que je tolère pas bien le « je vous emmerde » qu'on me crache à la gueule en portant ce symbole intégriste ?
Pour ce qui est du voile quand il est subit, on demande pas à ces femmes de sortir à poil dans la rue hein, mais de découvrir leur visage… est-ce trop demander ?
Qu'on arrête un peu de prêcher (ah ah) la tolérance à tout va, la burka c'est un truc d'intégriste qui de surcroit ramène la femme à l'état d'objet. Au nom de quoi faudrait-il supporter ça ?
à claire_
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 17H26 | 19/07/2009 |
La burqa aussi, je la conchie, ne vous en faites pas.
Pour le reste, de deux choses l'une :
- vous n'avez rien compris à ce que j'ai dit, ce qui est possiblement ma faute. Heureusement, vous pouvez toujours lire ceux qui s'expriment mieux et disent la même chose, voire commander le Courrier International auquel j'ai fait référence.
- vous êtes incapable d'envisager le monde autrement que par votre propre ressenti, lequel je souhaite ne jamais partager, tant se sentir à ce point concerné et agressé par la burqa, et prôner son interdiction, me semble totalement vide de sens.
(Y a rien d'autre, de plus quotidien, qui vous choque parce qu'il ramène la femme à l'état d'objet ? M'est avis que c'est un simple problème de culture, et que ce n'est pas par l'intolérance qu'on répond à l'intolérance… J'ai encore une bonne douzaine d'arguments dans ce sens, mais relisez déjà le post du dessus)
à Alt-Z
De claire_
Apprentie chômeuse | 17H59 | 19/07/2009 |
Dans ce cas éclairez-moi, qu'est ce que j'ai l'air d'avoir mal compris ?
Petite précision utile : être en désaccord avec un propos ne veut pas dire qu'on ne l'a pas compris.
à claire_
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 20H10 | 19/07/2009 |
« Petite précision utile : être en désaccord avec un propos ne veut pas dire qu'on ne l'a pas compris. »
Tout à fait, mais j'avais cru que vous me répondiez.
Parce qu'il me semble toujours absurde de vouloir interdire le port de la burqa. Qu'en attendez-vous ? Que les flics déshabillent celles qui la portent, comme vous paraissez le souhaiter plus bas ? Que les femmes contraintes de porter la burqa ne sortent plus de chez elles ? Même symboliquement, ce type de loi, c'est la double peine.
Et au nom de quoi ? De votre confort ? Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, vous ne supportez pas de voir « des fantômes » (dixit vous-même) dans la rue, il faut qu'ils disparaissent.
Si votre discours va plus loin que cela, expliquez-moi. Mais si c'est pour combattre la « femme objet », au delà du fait qu'elle prend bien d'autres formes plus courantes, lesquelles ne semblent pas vous gêner, interdire la burqa ne changera strictement rien au problème.
On en revient toujours à la même chose : vous ne voulez simplement pas le voir. C'est totalement hypocrite.
Du reste, dire « je vous emmerde » est également une manière de se protéger(*). De quoi ? Comme je le disais plus haut, on est cernés par les cons : du regard des autres, du racisme quotidien, de l'intolérance qui fait que l'on juge une personne parce qu'elle est de telle couleur, parce qu'elle s'habille d'une certaine façon, etc.
Elle prend des formes multiples. Dans le cas de la burqa, les commentaires dans le dos comme si elle n'existait pas, les grands débats nationaux où tout le monde est prié de se lacher, sauf les principales intéressées, qui sont de fait exclues, assimilées à leur vêtement. Personne n'est en mesure de comprendre pourquoi certaines la portent volontairement, et personne ne le veut : vous-mêmes disqualifiez mes (piètres) tentatives de compréhension (**), parce qu'en France, voyons, ces choses là n'ont pas cours.
Finalement, à travers le prétexte de la burqa, il y a un ennemi aux contours mal définis, que chacun peut cibler selon ses névroses : l'Islam, la culture arabe, l'immigration.
C'est typiquement le genre de débat sur lequel je n'ai aucune opinion au départ, mais où l'intolérance de ceux qui veulent l'interdiction, et l'incohérence du principe même d'une loi, finissent par me faire prendre parti.
Il est une chose que je retiens : l'extrémisme, le fanatisme, toutes les bêtises et infamies sont les manifestations de sensibilités blessées. En les étouffant encore davantage, en y répondant sur le même mode, on ne fait jamais qu'envenimer encore et encore.
(* A cet égard, et à cet égard seulement, cela me semble tout à fait comparable avec la mode punk dans les 70s, et globalement tout ce qui était destiné à mettre mal à l'aise les bien-pensants. Vous croyez que c'est gratuit ? )
(** J'y ajoute quelque chose qui, sans qu'on puisse le réaliser quand on n'est pas dans la peau d'un immigré en France, me paraît relativement normal et tolérable : le besoin d'affirmer, de préserver une culture dont on est loin et que l'on craint de perdre)
Enfin, il reste une question en suspens, par laquelle je démarrais mon post et que d'autres soulèvent ici-même : ces femmes s'excluent-elles volontairement du monde, ou est-ce vous qui le supposez et qui, en réaction, les excluez ? De toute évidence, la seconde solution n'empêche pas la première, mais un tel postulat ne peut aboutir à aucune conclusion.
J'ai la vague impression que dans ce débat, l'inconscient travaille bien plus qu'on ne veut le voir. Ceux qui ont lancé le débat et l'alimentent font appel à nos plus bas instincts pour entretenir un climat détestable.
Je conclus ce post trop long pour être lu par une citation de l'un de mes maîtres à penser : la plupart des polémiques à la mode ont déjà les relents d'une querelle de bouffons (Vaneigem, 2003)
à Alt-Z
De claire_
Apprentie chômeuse | 22H17 | 19/07/2009 |
Comme je l'ai dit plus haut, je me doute bien que les flics auront autre chose à faire que d'arrêter des femmes en burka… quoi que… ça serait un moyen facile d'améliorer leurs statistiques.
Je n'attends pas grand-chose de cette loi (qui n'en est pas une pour le moment), mais au moins que ça soit dit de façon claire et nette que cet accoutrement n'a rien à faire dans un pays comme le notre.
Evidemment qu'il existe des représentations plus courantes de la femme-objet, que je n'apprécie pas non plus, mais je les trouve toujours moins affreuse que ces fantômes vivants. Toutefois est-ce parce qu'ils existe d'autres formes de dégradation de la femme qu'il ne faut pas combattre celle-là ?
Je ne comprends pas votre raisonnement quand vous dites que la burka peut protéger alors même que vous dites ensuite que celles qui la portent se prennent des réflexions dans leurs dos comme si elles n'existaient pas… ça manque un peu de cohérence.
Enfin pour ce qui est de la volonté d'affirmation de sa culture d'origine, excusez moi mais dans la culture arabe il y a bien d'autres signes que la burka qui permettraient de s'affirmer. Ce « vêtement » n'est présent que dans les pays où les femmes sont brimées, je ne vois pas pourquoi il faudrait affirmer ce penchant-là.
« Finalement, à travers le prétexte de la burqa, il y a un ennemi aux contours mal définis, que chacun peut cibler selon ses névroses : l'Islam, la culture arabe, l'immigration. » Ma névrose personnelle c'est l'intégrisme religieux.
à claire_
De Alt-Z
Jeune délibéral. | 22H55 | 19/07/2009 |
Je ne dis pas que la burqa protège effectivement, je n'en sais rien. En revanche, il me semble qu'elle est un outil de protection pour une partie au moins de celles qui la portent, oui.
Et bien entendu que la culture arabe mérite mieux que ce genre de représentation. Il est déplorable que son affirmation se fasse souvent par le biais (de l'intégrisme) religieux.
Mais c'est aussi parce que l'Islam est attaqué de toutes parts, notamment depuis 2001 : dans ces cas là, on se braque et on joue la surenchère, surtout quand on se sent en position de faiblesse. Classique : on demande toujours à l'autre de faire le premier pas. Il faut un courage énorme pour répondre à la haine par l'ouverture. Jeter l'opprobre sur la burqa ne résoudra pas le problème, en revanche, il y a là de quoi alimenter le fanatisme islamique chez ceux qu'il séduit déjà.
Mon point de vue, c'est qu'on ne peut pas forcément comprendre justement, et qu'il faudrait éviter d'y apposer trop vite sa propre échelle de valeurs. C'est pourquoi vous me semblez bien péremptoire.
« Toutefois est-ce parce qu'ils existe d'autres formes de dégradation de la femme qu'il ne faut pas combattre celle-là ? “
Non, bien sûr, mais comme je le développe, je suis certain qu'on ne le combat pas avec cette violence qui sourd dans la bronca anti-burqa. Pour le formuler très vite, je dirais que si la burqa existe en France, c'est un problème de société, pas un problème de burqa, qui n'est qu'un symptôme. Or combattre les symptômes ne sert à rien. Un peu comme l'antiracisme : les propos racistes sont interdits, et Lepen était au second tour en 2002. Les nazillons de tous poils ont beau jeu de dénoncer la ‘pensée unique’ et la ‘police de la pensée’ maintenant.
Et comme c'est un phénomène très marginal, il y a sûrement plus important à traiter. De la même manière qu'en tant qu'athée et laïcard féroce, il me semble que la laïcité n'est absolument pas en péril en France. Ceux qui font un scandale parce qu'il y a des croix au bac ou qui veulent l'interdiction de tous les signes religieux se trompent de combat. Ils sont en définitive les idiots utiles de l'intégrisme.
à Alt-Z
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H58 | 19/07/2009 |
»…obligées par leurs proches de se couvrir, vont tout à coup sortir en minijupe ? »
Dommage Alt-Z, je la trouve bien votre intervention, mais pourquoi toujours aller jusqu'à l'extrème, comme s'il en était question.
C'est exactement ce que font les extrémistes avec leurs amalgames.