Enquête 19/07/2009 à 22h13

Les sondes d'échographie, sources de contaminations

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Les 4 millions d'échographies vaginales ou rectales pratiquées chaque année en France favoriser

aient la transmission de MST.

Vous êtes vous déjà inquiété après une échographie vaginale ou rectale ? En France ce sont 4 millions d'actes de ce type qui sont réalisés chaque année, que ce soit pour une grossesse, un dépistage de tumeur aux ovaires ou à la prostate... dans des conditions d'hygiène pas optimales.


Une sonde vaginale (Wikipedia).

La sonde a beau être recouverte d'un préservatif (ou d'une gaine, capote plus épaisse) et désinfectée à l'aide d'une lingette, cela ne l'empêche pas de véhiculer des bactéries pathogènes (chlamydia, staphylocoque doré...) et des virus (papillomavirus, VIH, hépatite B et C...). Ce serait le cas dans 30% des examens, selon deux études récentes.

Combien de personnes sont contaminées lors d'une banale visite chez l'échographiste ? Impossible à dire, dans la mesure où ces maladies sont aussi sexuellement transmissibles. Prouver qu'on a attrapé une infection chez son médecin et non au lit est de l'ordre de l'impossible...

L'association Le Lien, qui soutient les victimes d'infections nosocomiales, a beau alerter les pouvoirs publics depuis des mois sur le sujet, des élus de tous bords (la sénatrice UMP Marie-Thérèse Hermange et le député PS Jean-Marie Le Guen) ont beau déclarer qu'il s'agit d'un « enjeu de majeur de santé publique », les pouvoirs publics se refusent à obliger les professionnels à une désinfection efficace.

Les plus grands experts ont alerté Bachelot

Dans une lettre, que Rue89 s'est procurée, les professeurs William Rutala et David Weber, qui dirigent le pôle hygiène du Center of disease control (la référence mondiale en la matière, basée à Atlanta), ont écrit à Roselyne Bachelot il y a quelques mois en des termes très clairs :

« Il a été démontré que l'échec ou la perforation de la gaine conduisait à la contamination de la sonde. L'utilisation d'une sonde mal désinfectée a déjà provoqué des transmissions infectieuses. (...) Les études soulignent la nécessité d'avoir une désinfection efficace entre chaque examen. »

Ils n'ont pas reçu de réponse.

Deux amendements (1525 et 1528) du groupe socialiste proposant d'améliorer les précautions d'usage, ont été rejetés lors de la discussion du projet du récent projet de loi Hôpital santé patients et territoire. Pourquoi ?

Une désinfection efficace serait longue et coûteuse

Les échographistes qui réalisent des examens toutes les dix minutes ne peuvent se permettre de passer du temps à désinfecter les sondes entre deux patients. Ils se contentent donc de la couvrir d'un préservatif, changé entre deux examens, et de la nettoyer avec une lingette.

Ils omettent donc la troisième opération, celle qui est efficace contre les bactéries et les virus, le trempage dans un bain chimique dit « décontamination de niveau intermédiaire ». Celui-ci, qui dure 45 minutes et coûte une dizaine d'euros, n'est réalisé la plupart du temps qu'une fois par jour. Selon les enquêtes, le respect de cette règle sanitaire de désinfection systématique entre deux patients (fixée par les guides ministériels d'hygiène, des circulaires ministérielles et par la Haute autorité de santé) se situerait entre 4 et 20%.

Dans le milieu, certains connaissent même l'expression de « rendez-vous du radiologue » : les patients les mieux au fait de ces pratiques et bien pistonnés auprès de leur médecin obtiennent un rendez-vous juste après une désinfection efficace.

D'autres techniques moins coûteuses permettent de remplacer le « trempage ». Une désinfection en 5 minutes et pour 3,5 euros est possible. Une d'entre elles a même été favorablement évaluée par l'Afssaps : la désinfection par UV.

Exigence pas respectée, donc supprimée

Résistance au changement, manque d'information des patients et des professionnels eux-mêmes, coût... autant d'explications possibles à l'absence des précaution nécessaires.

Selon le docteur Jean-Pierre Bernard, président de la société française d'amélioration des pratiques en échographie, patients comme médecins sont tous confrontés au même problème : le manque d'information et l'impossibilité de prouver le lien entre la contamination et l'examen.

En 2007, face au peu de respect de la réglementation en vigueur, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) a abaissé la recommandation aux professionnels. Un « moins-disant » dont s'est étonné le Lien lors de ses états généraux début 2009, faisant valoir que « ce n'est pas parce qu'une réglementation n'est pas respectée qu'il faut baisser le niveau d'exigence ».

L'argumentation du HCSP est la suivante : les médecins n'ont qu'à s'assurer, à l'œil nu, que le préservatif n'est pas perforé et que la sonde n'est pas contaminée, et tout ira bien. Or « l'œil ne suffit pas à voir » les agents pathogènes, souligne le Guillaume Kac, hygiéniste à l'hôpital Georges-Pompidou de Paris, ce qu'ont confirmé de nombreux experts internationaux.

Dans un bulletin de 2008, la Société française de radiologie estime ainsi :

« La fiabilité des préservatifs n'est pas de 100% même en l'absence de perforation visible. L'inspection visuelle de la sonde d'échographie après l'acte est insuffisante pour détecter une contamination. »

Des pays comme le Canada, les Etats-Unis ou la Suisse recommandent une désinfection plus efficace, au point que selon le Lien, « la France est le seul pays qui autorise une désinfection de bas niveau ».

Des témoignages sur les forums médicaux

Sur les forums médicaux on trouve trace de témoignages comme celui de elea1985 sur doctissimo qui a contracté le papillomavirus suite à une visite chez le gynéco et qui déplore qu'il soit impossible de prouver l'origine de cette contamination ou encore celui de pmlo89 sur aufeminin.com, qui s'en est sortie avec un herpès.

Sur des forums professionnels, on trouve aussi des médecins qui confient les difficultés qu'ils ont à réaliser des désinfections efficaces et qui disent leur certitude d'avoir engendré des infections aux streptocoques.

Saisie par la Ddass suite à des soupçons dans cinq cabinets d'imagerie médicale, l'Institut national de veille sanitaire (INVS) écrit :

« Compte tenu de leur prévalence dans la population générale et de leurs modes de transmission habituels, la découverte éventuelle d'une de ces infections ne permettra en rien d'affirmer qu'elle est liée à l'acte d'échographie réalisé. »

Petite lacune supplémentaire, l'INVS oublie juste d'inclure les papillomavirus, l'herpès, les chlamydia, le cytomégalovirus... dans ses analyses qui sont censées évaluer le risque !

Au nom des patients, deux associations (le Ciss et le Lien) préviennent :

« N'attendons pas qu'un nouveau scandale sanitaire nous rappelle cette fois que “tout le monde savait”. »

L'Académie de médecine a été mandatée par le médiateur de la République en janvier dernier pour se prononcer sur ce sujet. Mais elle aussi tarde à rendre sa réponse.

Photo : une sonde vaginale (Wikipedia).

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  • Lictor
    Lictor répond à virginie78
    • Posté à 23h45 le 19/07/2009

    Les femmes ne sont pas les seules concernées... On parle aussi des sondes rectales, et elles concernent plus les hommes (prostates), avec des germes souvent plus résistants à l'air libre et très contaminants... Et en plus sur des sujets souvent plus agés donc moins résistants...

    Le problème, c'est plus l'opposition entre la rentabilité et ses contraintes et la réalité médicale. Par exemple, on avait éliminé à la fin du 19ième siècle une bonne partie de la mortalité à l'hopital avec une simple opération : se laver les mains. Mais cette mortalité recommence à augmenter : se laver « médicalement » les mains, c'est long, un médecin qui se laverait les mains le temps réglementaire n'aurait plus le temps de pratiquer le nombre d'opérations requises par l'administration...

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 00h36 le 20/07/2009
    • Internaute
      non connue

    Comme d'habitude, le matériel a bon dos...
    Quel que soit la méthode utilisée (nettoyage, gaine..), si la manipulation se fait avec des mains sales, la méthode est inefficace.
    En gros, il faut, dans l'ordre d'importance :
    - 1 - du personnel formé et respectueux des bonnes pratiques
    - 2 - le remplacement systématique des parties « in vivo », donc en contact
    - 3 - une méthode de décontamination du matériel qui a fait ses preuves. et en deçà d'une ou deux heures, j'ai des doutes. En effet, les bactéries ne sont attaquables que si elles sont « préparées » à l'attaque, ce qui nécessite leur hydratation préalable (l'alcool, qui les déshydrate, est à proscrire).
    - 4 - des surfaces propres et lisses, ce qui suppose une bonne conception du matériel, et des nettoyages « mécaniques » (lingettes).
    - 5 - après nettoyage mécanique (et seulement après), on peut envisager les UV, très efficaces contre les virus. Mais cette méthode nécessite des pratiques maîtrisées, et sont pour moi réservées à des professionnels expérimentés, et « comprenant comment ça marche ».

    Je serais curieux d'avoir des statistiques, pour une même méthode, mais avec des praticiens différents...

  • Philippe Leclercq
    Philippe Leclercq
    dilettante
    • Posté à 09h45 le 20/07/2009
    • Internaute
      dilettante

    « Une d'entre elles a même été favorablement évaluée par l'Afssaps : la désinfection par UV. »

    Quand je pense que, chez le coiffeur de mon enfance (qui s'appelait Luc, c'était écrit sur la porte vitrée en lettres d'or, et ça se reflétait évidemment à l'envers dans les miroirs du salon, qu'est-ce qu'on a pu rire mais on avait huit ans...), les tondeuses manuelles reposaient dans un mystérieux appareil, sous une lueur bleu-violet, afin qu'« elles fussent désinfectées entre deux usages...
    Et, pourtant, il ne serait venu à l'idée de personne de se carrer un tel instrument dans l'oignon !

  • manola
    manola
    (drh)
    • Posté à 10h31 le 20/07/2009
    • Internaute
      (drh)

    Merci pour cet article. J'ai passé une échographie vaginale. On ne s'inquiète pas de cet examen, jusqu'à ce que... J'ai contracté un HPV suite à une échographie vaginale. Pas moyen de le prouver, étant donné que c'est un virus sexuellement transmissible, contre lequel la capote protège très mal, quel que soit le contexte dans lequel elle est utilisée. Si on ne peut pas s'en protéger plus efficacement lors des rapports intimes, que les professionnels de la santé, eux au moins, désinfectent correctement. Le hpv est responsable du cancer du col de l'utérus tout de même... Il est fort dommage que je ne puisse rien prouver. J'ai ayant été suivie régulièrement par ma gynéco, dépistée chaque année, je suis avec le même partenaire depuis de nombreuses années, assez pour que la période d'incubation soit largement dépassée. C'est donc suite à cet examen. Et en réponse, un haussement d'épaule. Un « pouvez vous le prouver » ? Non. Évidemment pas. Faut-il que les victimes soient capables de porter plainte collectivement pour qu'une législation soit adoptée ? Qu'attend le législateur ? Un nouveau scandale de santé publique ?

  • Guizo23
    Guizo23 répond à Camille
    Etudiant en Médecine
    • Posté à 11h33 le 20/07/2009
    • Internaute
      Etudiant en Médecine

    Il me semblait que les préservatifs n'était pas efficaces tout le temps dans les rapports sexuels, de façon significative quand même.... c'est en tout cas ce que dit wikipedia Lienéservatif et plus sérieusement le CDC, l'OMS, les fabricants de préservatifs eux-mêmes (voir les sites US)...