
Il y a quelques jours, la publication d'une étude à l'occasion d'un congrès de gérontologie a donné lieu à des titres très raccourcis sur le thème « la caféine, nouvelle arme contre Alzheimer » ou encore « prévenir Alzheimer avec la caféine ? ». Si présenter la caféine comme un « remède » à ce fléau -qui toucherait près d'un million de personnes en France- est abusif, c'est l'occasion pour Rue89 de faire le point sur ses effets à court et long terme.
Et de fait la substance n'est pas si nocive que ça, à condition de ne pas dépasser cinq tasses par jour. Pour cela, nous sommes allés interroger Jean-Christophe Corvol, neurologue et pharmacologue à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris.
Moins de cinq tasses : les avantages
Cela va sans dire, le café réveille, c'est même pour ça qu'on en boit, bien plus que pour son goût. Il réveille en fait rapidement puisque la caféine est présente dans le cerveau cinq minutes après absorption et ses effets durent six à huit heures après. Les traces de caféine se retrouvent même dans le sang vingt heures après.
Jean-Christophe Corvol explique comment la caféine affecte l'organisme :
« En agissant sur les neurorécepteurs, plus exactement l'adénosine, elle réveille et permet la concentration. C'est si vrai qu'on en donne même aux prématurés qu'on veut éveiller lorsqu'ils font des pauses respiratoires et qu'elle est présente dans certains médicaments pour contrer les effets de la somnolence.
La caféine a aussi des effets sur les vaisseaux sanguins qu'elle contracte et, en cela, elle est utilisée comme anti-migraineux. La caféine agit aussi sur les bronches, comme un bronchodilatateur, à faibles doses. Elle a enfin des effets cardio-vasculaires puisqu'elle augmente le rythme cardiaque et la tension artérielle. »
Moins de cinq tasses : les petits inconvénients
Pris une heure avant le coucher, le café allonge la durée d'endormissement et raccourcit le temps de sommeil total. La caféine désorganise le sommeil et donne l'impression qu'il a une moins bonne qualité. Cependant, beaucoup de personnes se sont habituées à absorber du café vers 18 heures sans rencontrer aucun problème pour dormir. Cela s'explique par la capacité qu'a le cerveau de compenser la caféine en augmentant la sécrétion des hormones de sommeil au moment où l'on se couche.
La caféine n'est pas vraiment une drogue au sens où elle ne procure pas une dépendance problématique. Elle en est une au sens où son sevrage pour un consommateur régulier induit des effets « rebond » désagréables comme les maux de tête, l'irritabilité et la somnolence. Mais ces effets se limitent à quelques jours.
Plus de cinq tasses : attention danger
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Une consommation normale n'est pas supérieure à cinq à six tasses par jour (soit 500 mg de caféine en moyenne). C'est la limite que les médecins préconisent de ne pas dépasser. Au-delà de dix tasses (1000 mg de caféine), la consommation du produit peut provoquer insomnie, confusion et troubles du rythme cardiaque. Des cas mortels d'intoxication aiguë ont été observés après 50 tasses !
Jean-Christophe Corvol a fait le tour de quelques études et remarque que :
- Les effets sur le système cardiovasculaire à long terme sont contradictoires. A doses normales, le café n'est pas délétère. Cependant, certaines études montrent une augmentation du risque d'infarctus, de la tension artérielle, une augmentation du « mauvais » cholestérol et une diminution du « bon » cholestérol chez les « grands consommateurs de café » (au-delà de cinq tasses par jour).
- Le risque d'infarctus serait deux fois plus important chez les personnes
buvant plus de quatre tasses de café par jour, selon une étude publiée dans le Journal of the American Medical Associations. Seraient surtout à risque les personnes qui « éliminent » mal la caféine. En effet, certaines enzymes détoxifiantes de l'organisme permettent d'éliminer la caféine. Si ces enzymes sont déficientes, les risques sont plus importants pour une même dose de café.
Le café bénéfique pour l'Alzheimer ?
Les récentes études portant sur des souris publiées dans le Journal of Alzheimers Disease ont montré deux choses.
- L'administration de l'équivalent de cinq tasses de café à des souris prévient les pertes de mémoire lorsqu'elles sont « âgées » (12 mois chez la souris).
- Ce traitement empêche la formation des dépôts cérébraux observés dans la maladie d'Alzheimer.
La caféine « guérit » les souris de l'Alzheimer, soit, mais démontrer qu'elle est efficace chez l'homme est une autre histoire…
Il faudrait surveiller la consommation de café sur dix ans chez 1000 patients et voir ceux qui développent la maladie d'Alzheimer ou pas, et tester si le café ralentit la progression de la maladie. A l'heure actuelle, rien ne permet de conseiller de boire du café pour éviter cette maladie.
Les chercheurs en matière d'Alzheimer sont confrontés à une difficulté majeure : ils ne savent pas pister la dégénérescence des neurones, il leur manque le fameux « marqueur » comme la glycémie qui permet de tester le diabète. « C'est un des domaines les plus compétitifs de la recherche mondiale et l'un des objectifs de l'Institut de la moëlle et du cerveau qui va ouvrir à Paris », explique Jean-Christophe Corvol.
Il est encore trop tôt pour dire s'il protège réellement contre la maladie d'Alzheimer mais, suite aux travaux chez la souris, des études chez l'homme vont bientôt être menées.
Photo : deux tasses de café turc à Istanbul (Osman Orsal/Reuters).





















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De taki
12H15 | 19/07/2009 |
A l'époque ou je consommais pas mal de café, j'avais l'impression que je ne pouvais pas tenir sans.
Je me demande si la consommation régulière de café « n'endort pas » :
l'apport extérieur de neurotransmetteur favorisant l'éveil ne réduit elle pas à terme la quantité de neurotransmetteur produit par le corps, par simple adaptation ?
Les consommateurs de café sont ils plus sujet à la fatigue s'ils n'ont pas leur caféine ?
Malheureusement je n'ai pas de réponse …
De albin
journaliste, écrivain & éditeur | 20H49 | 19/07/2009 |
Un médecin m'a apprit il y a quelques années qu'il y avait café et café.
1°/ le seul café vraiment acceptable pour ne pas avoir de problèmes au foie, c'est le 100% arabica (conseillé aussi contre le cholestérol)
2°/ le café espresso court à l'italienne est le moins mauvais car beaucoup dépend de la vitesse de contact entre l'eau et le café. Plus la vitesse est rapide (grâce aux machines expresso ou les napolitaines) moins la caféine coule dans le café. Donc, le gros bol de café qui coule lentement dans les filtres, mieux vaut éviter.
3°/ concernant le cholestérol… c'est probablement le sucre qu'on met dans le café qui augmente le taux de cholestérol et éviter le lait.
N'empêche que le café est une drogue, impossible de s'en passer.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 09H03 | 20/07/2009 |
Bon article bien organisé, empreint d'une modération salutaire. L'effet positif du café sera sans doute contredit par un grand nombre de médecins, pour qui le problème principal de la population est l'hypertension et la sur-stimulation cardiaque. Quand on consulte les recommandations de l'ANAES, une bonne tension artérielle se situe à 12/8 ou même moins. Qui, parmi nous, peut se vanter de tels chiffres ?
Comme d'habitude, certaines substances ont un effet positif sur un type de patient particulier. C'est peut-être le cas de la caféine pour les personnes menacées d'Alzheimer. En revanche, la vasoconstriction induite par la caféine fait courir le risque non seulement d'une hypertension, mais aussi d'effets délétères de celle-ci (insuffisance rénale, problèmes respiratoires, accélération indue du rythme cardiaque). Il va falloir questionner l'ensemble des médecins pour déterminer si la majorité d'entre eux (et notamment les cardiologues et les néphrologues) sont prêts à partager les conclusions du Dr Corvol. J'en serais très surpris !