a la une 15/07/2009 à 11h40

Somalie : Paris dément que ses agents aient dit être journalistes

Arnaud Aubron | Les Inrocks (et ex-Rue89)


Un preneur d’otages en Somalie en décembre 2007 (Gwenlaouen Le Gouil)

(Mis à jour) Démenti et silence radio. 24 heures après l’enlèvement de deux Français mardi à Mogadiscio, plusieurs autorités françaises ont nié que les deux hommes enlevés se soient fait passer pour des journalistes, comme l’avaient rapporté des sources somaliennes, engendrant une polémique en France sur le risque que cette couverture aurait pu faire courir aux vrais reporters.

Au ministère des Affaires étrangères, le porte-parole adjoint, Frédéric Desagneaux a précisé mercredi après-midi lors d’une conférence de presse :

« Les deux conseillers français étaient en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien. Leur action s’inscrit dans le cadre de notre politique d’ensemble de renforcement du gouvernement de Cheikh Charif dans le domaine de la sécurité.

Etant en mission officielle, leur statut était également officiel et n’était pas celui de journalistes. Nous n’avons aucun élément authentifiant l’indication initiale faite localement selon laquelle ils se seraient prévalus d’un autre statut que le leur. »

Alors qu’une polémique émergeait en France sur l’attitude et la profession des deux hommes, les diplomates ont insisté sur le caractère officiel de la mission des deux « conseillers » :

« Comme je viens de le rappeler, cette mission officielle à l’invitation des autorités somaliennes s’inscrit dans le cadre de notre politique d’ensemble de soutien au renforcement du gouvernement fédéral de transition somalien dans le domaine de la sécurité, dont la formation d’un bataillon à Djibouti est une composante essentielle. »

A Mogadiscio, d’après le témoignage du directeur de l’hôtel Sahafi où ils séjournaient, les deux hommes se seraient présentés au personnel comme « journalistes ». A Paris, le ministère de la Défense refuse de confirmer l’appartenance des deux « conseillers » à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), comme l’ont avancé plusieurs médias.

Qui sont les ravisseurs ?

Selon un haut responsable de la police somalienne, les deux hommes seraient aux mains de militants islamistes du groupe Hizbul Islam. Des informations à prendre avec précaution. La piste islamiste avait été initialement écartée par le ministre somalien de la Défense.

Toujours selon cette source policière, les otages pourraient également être l’objet d’un bras de fer entre deux milices islamistes rivales, le Hizbul Islam et Al Chabaab :

« Al Chabaab veut récupérer les Français détenus par Hizbul Islam, ils sont tout près de se battre. »

A Paris, on affirme avoir localisé une « zone » où les otages seraient retenus. Sans plus de précision.

Que sait-on de l’enlèvement ?

Seuls éléments confirmés par des témoins : mardi matin, une dizaine d’hommes armés, certains portant des uniformes semblables à ceux de l’armée, sont arrivés dans deux voitures. Ils ont maîtrisé les gardes de l’hôtel, situé dans la « zone verte » supposée être la plus sécurisée de la ville, avant de s’emparer des deux Français, présents dans le pays depuis le 5 juillet.

Comme à chaque fois qu’une prise d’otages impliquant des Français a lieu, la DGSE a mis en place un dispositif de gestion de crise fonctionnant 24h/24h, tandis qu’au niveau politique, l’Elysée gère directement l’ensemble du dossier, avec l’aide opérationnelle du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO). La « fosse », pour les hommes de permanence.

On ne sait pas encore s’ils étaient civils ou militaires, mais pour le blog secret défense, « selon toute vraisemblance, il s’agit d’hommes envoyés récemment sur place par la DGSE ». D’après Le Point, ils auraient été envoyés par le ministère de la Défense.

Le pays le plus dangereux du monde pour les journalistes

Plus tôt dans la matinée, Jean-François Julliard, président de Reporters sans frontières, s’emportait contre l’utilisation, alors évoquée par tous les médias, d’une couverture journalistique utilisée par les deux agents. C’est « choquant » car cette couverture « met en danger les journalistes [...] dans le pays qui est déjà le plus dangereux du monde pour eux ». (Ecouter son interview sur France Info)

Audio file

Julliard.mp3

L’association du prix Albert Londres s’était également émue de cette couverture :

« En utilisant notre métier de journaliste comme couverture, ces “ conseillers ”, décrédibilisent notre profession et mettent gravement en danger tous les journalistes qui travaillent sur les terrains conflictuels de la planète. »

Cinq journalistes ont été tués en Somalie depuis le 1er janvier 2009. Par ailleurs, la journaliste canadienne Amanda Lindhout et le photographe australien Nigel Brennan, enlevés le 23 août 2008 près de Mogadiscio, sont toujours séquestrés.

Au mois de décembre 2007, le journaliste de télévision Gwenlaouen Le Gouil (lui-même récompensé par le prix Albert Londres) avait été enlevé par une bande mafieuse au Puntland, dans le nord-est de la Somalie, alors qu’il effectuait un reportage sur le trafic de migrants vers la péninsule arabique. Il avait confié à Rue89 des photos prises durant sa détention ainsi que le récit de ses 9 jours de captivité. (Voir la vidéo)

Mis à jour le 15/07/2009 à 18h57 suite aux précisions des autorités françaises sur le statut des

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  • thierry reboud
    • Posté à 11h56 le 15/07/2009
    • Internaute 20923

    C’est un peu le problème qui se pose également aux ONG les plus respectables : comment se dissocier de l’action des armées à la suite desquelles elles arrivent ? Braumann a plusieurs fois très bien expliqué ces enjeux. Et la tradition nouvelle des journalistes embedded ne devraient pas arranger ça : d’où l’importance quasi vitale, pour les journalistes, de refuser de voyager dans les fourgons d’une armée.

    Mais, dans le cas présent, je ne vois pas pourquoi les services secrets devraient être interdits de piocher leurs couvertures dans une profession particulière : s’ils choisissaient comme couverture ingénieur pétrolier, ce serait tout aussi préjudiciable aux vrais ingénieurs pétroliers et je suppose que Ingénieurs Pétroliers Sans Frontières (IPSF) y trouverait tout autant à redire.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 14h03 le 15/07/2009
    • Internaute 7659
      oiseau

    Les espions se déplacent rarement en déclinant leur véritable profession, mais bien plutôt en empruntant celles des autres.

    Quels sont les étrangers qui « osent » alors parfois aller dans des endroits délicats ?
    Ce n’est pas le plombier ou l’architecte, mais bien plutôt des journalistes, des membres d’ONG, etc. De fait, c’est sous de telles couvertures que se déplacent les espions.

    Quand ces espions se font prendre, évidemment que cela porte un coup à la réputation de la profession de couverture. La suspicion qui en est déduite nuit à la confiance nécessaire qu’implique le journalisme (ou le travail d’ONG, etc.).

    Cependant, je doute que les espions puissent faire autrement (malgré les irritations des journalistes) ou que les journalistes puissent, par leur reproches, faire changer les choses.

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 15h08 le 15/07/2009
    • Internaute 34063
      Aboyeur

    Qu’en est-il de la proximité journalistes-DGSE ? Est-ce un mythe ?

    j’avais entendu que nombre de reporters envoyés de par le monde travaillaient main dans la main avec les services secrets. Echange d’informations ou bien pour savoir si une info pouvait être diffusée.

    C’est peut-être une légende, mais dans le cas contraire, la réponse de RSF est un peu hypocrite.

  • pierrejcallard
    pierrejcallard répond à thierry reboud
    http://www.nouvellesociete.org
    • Posté à 15h10 le 15/07/2009
    • Internaute 3366
      http://www.nouvellesociete.org

    @ Thierry reboud

    « je ne vois pas pourquoi les services secrets devraient être interdits de piocher leurs couvertures dans une profession particulière »

    Parce que ça fait disparaitre les derniers vestiges du droit d’asile et que ca rend encore plus malpropre cette saleté qu’est la guerre.

    C’est parce qu’on a peint des croix rouges sur les convois militaires qu’on tire sur les ambulances.

    C’est parce que les Grecs se sont servi du Parthenon pour stocker des munitions que les Turcs l’on fait exploser

    C’est parce que l’on a utilisé la flèche de la cathedrale de Reims comme tour d’observation que les Allemands l’on bombardée

    Evidemment, ça arrange les autorités qu’il n’y ait pas de couverture indépendante, mais il est dégoûtant de transformer la vrais journalistes en paratonnerres

    Lien

    Pierre JC Allard