tribune 13/07/2009 à 12h18

Carla Sarkozy à L'Aquila : généreuse avec l'argent public



Carla Bruni visite l’Aquila sinistrée le 10 juillet 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

A ma très grande surprise (mais peut-être n’ai-je été qu’inattentif), il semblerait bien qu’une information soit passée totalement inaperçue sur Rue89 : lors de sa visite extra-protocolaire à L’Aquila, Carla Sarkozy a annoncé que la France verserait 3,2 millions d’euros pour la restauration du dôme de l’église Santa Maria del Suffragio, soit environ la moitié du montant estimé des travaux. Et là, je coince.

On nous dit et nous répète sur tous les tons et, semble-t-il, non sans raisons que les caisses de la France sont vides : dernièrement, ce sont deux membres éminents de la commission des finances du Sénat, Jean Arthuis et Philippe Marini, qui stigmatisaient l’insoutenable légèreté de la dette publique. Or, d’un seul coup, il semblerait qu’une personne sans le moindre mandat électif ni même exécutif, ait dégotté trois beaux et gras millions d’euros : il y a de quoi s’étonner, tout de même !

J’ai pourtant pris mes précautions avant de fulminer : peut-être s’agissait-il d’un don de Carla Sarkozy elle-même, auquel cas il n’y aurait pas grand chose à lui reprocher. Après tout, elle fait ce qu’elle veut de ses revenus. Mais non, vérification faite, Carla Sarkozy a bel et bien impliqué la France, c’est-à-dire les finances publiques.

Sarkozy nous chante comme il a changé, et pourtant : le mélange des genres qui fait qu’une personne privée dispose de finances publiques, les dépenses de prestige qu’on a du mal à ne pas croire faites pour épater la galerie, même la particulière sollicitude dont fait l’objet l’Eglise catholique (après tout, ce ne sont pas les monuments ravagés qui doivent manquer à L’Aquila !). Ce n’est plus bling-bling, certes, c’est nettement plus classieux.

Il semblerait que madame ait enseigné à monsieur les vertus de la culture classique et que le Vatican mérite mieux que des SMS furtifs... mais sur le fond ? Sur le fond, c’est la même chose : la désinvolture avec l’Etat et ses finances, la privatisation de la sphère publique, le fait du prince ou, en l’occurrence, de la princesse.

Et là-dessus, je n’ai pas lu de réaction offusquée sur Rue89. Ni ailleurs.

Photo : Carla Bruni visite l’Aquila sinistrée le 10 juillet 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

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  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 12h31 le 13/07/2009
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    Je recopie ici le commentaire que j’ai laissé sur l’article mentionnant cette polémique sur le « fondement » d’une dame au G8.

    « Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous.
    Effectivement les habitants sinistrés de L’Aquila ont plus besoin d’un toit que d’une église, mais pour la plupart des Italiens les églises sont très importantes, bien plus qu’en France. Je pense donc que c’est au contraire se mettre à la portée de la culture italienne que de proposer la financement de la réparation d’une église, plutôt qu’une autre construction qui aurait davantage correspondu aux Français, mais moins aux Italiens. C’est très symbolique de proposer une aide à la réparation d’une église. Ca signifie : nous savons que c’est dur pour vous de ne plus avoir d’église, nous avons compris que c’était important, nous vous aiderons à y remédier.
    Par ailleurs, j’imagine qu’une partie de ce qui vous dérange, c’est le montant de cette aide, alors que ce pays est riche et que nous on ne l’est pas vraiment. Mais un pays a beau être riche, lorsque des réparations se chiffrent en millions, on peut comprendre que ce soit difficile à gérer.
    Après tout, tout le monde trouve normal que la France vienne en aide à des pays défavorisés pour leur développement ou leur reconstruction.

    En période de crise, il faut bien se garder d’une tendance à l’égoïsme. Nous avons sans doute des difficultés, mais il y a toujours un homme à côté qui en a plus. Devons-nous lui tourner le dos parce que nous avons nos petits soucis ? Peut-être le Français a-t-il perdu son travail, mais ces gens-là ont tout perdu, y compris des membres de leur famille, et une église fait partie du ciment social d’une communauté. »

    Maintenant, il est effectivement très maladroit que ce soit la femme du président qui annonce ça, puisqu’elle n’a aucune investiture officielle quelconque.
    Ceci dit, je pense qu’il est important de préciser qu’on était déjà au courant de ce don, les media en parlaient déjà avant que Carla ne l’évoque publiquement.
    Je reconnais cependant qu’il était habile de la part de Sarko de faire annoncer ça par cette femme, qui lui sert en fait de faire-valoi pour mieux faire passer la pilule avec une jolie gueule (encore que ça se discute). Ca voulait dire : sortez vos mouchoirs, la France arrive à votre secours. Quand c’est une femme qui l’annonce, le pathos ressort beaucoup plus.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 12h48 le 13/07/2009
    • Internaute 29846
      menuisier

    Trois millions, « symbolique » ?

    Vous vivez sur quelle planète ?

    Trois millions d’euros, c’est le prix, je crois, de deux unités IRM.

    Les malades qui attendent un examen ne touvent pas cela « symbolique ».

    De plus, il s’agit d’une question de « principe »,ces trucs chiants qui font la différence entre un Berlusconi et un Vaclav Havel :

    Quand une personne privée puise dans la caisse, quelque soit le montant de la chose, on sort nettement d’une administration démocratique des finances publiques.

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 12h50 le 13/07/2009
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse
  • SUP. à la demande du riverain 21.07.09
    • Posté à 12h53 le 13/07/2009
    • Internaute 83489
      ...

    Ce qui est soigneusement caché dans cet article, c’est que Carla Bruni-Sarkozy va donner 50 000 euros aux victimes de L’Aquila, qu’elle sortira de sa poche, ce qui mérite d’être salué. Elle a donc annoncé que la France verserait 3,2 millions d’euros pour la restauration du dôme de l’église Santa Maria del Suffragio, soit environ la moitié du montant estimé des travaux. Cela ne me choque pas, bien au contraire. Pour ces catholiques fervents, cette restauration est une bénédiction du ciel. Bien sûr, cela choque au point tous nos athées de service, qui auraient préféré que l’on consacre cette somme à restaurer le mausolée de Staline ! Cette indignation trouve aussi son origine dans le fait que l’on ne consacre pas cet argent à financer les arrêts-maladie dont la progression est galopante ( surtout chez les bien-portants), à financer toutes les fraudes au système social, au compassionnel faux-derche, à l’assistanat tous azimuts...

  • ZonZon la MouChe
    ZonZon la MouChe
    ni dieu ni maître !
    • Posté à 13h11 le 13/07/2009
    • Internaute 53182
      ni dieu ni maître !

    Voici ce que j’avais posté à ce sujet sur l’article « le G8 est fini et nous sommes déçus » Lien

    « Mme Bruni était bien trop occupée à annoncer un don de 3,2 millions d’euros de la part de la France pour la réparation du dôme de l’église Santa Maria del Suffragio en Italie …
    Il semblerait que, pour le chanoine de Latran, le dôme d’une église est plus important que le VIH, la tuberculose et le paludisme.
    Elle aurait aussi annoncé un don personnel de 50.000 euros, via sa fondation, à l’hôpital San Salvador de L’Aquila, toujours en Italie. »

    J’avais apprécié la réponse de Enki à mon post et je me permets de le citer ici :
    « J’avoue que quand j’ai vu ça, j’ai été profondément choqué, alors que les habitants sont encore sous tente, de voir la République se proposer de s’occuper de leur église… Mais mis en rapport avec le sujet, ça en devient carrément horrible ! »

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 13h17 le 13/07/2009
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    N’oublions pas le fameux lieu culturel où étaient apparus pour la première fois en publics les deux tourtereaux :

    Lien

  • debruxelles
    debruxelles
    De Bruxelles
    • Posté à 17h41 le 13/07/2009
    • Internaute 73286
      De Bruxelles

    Je ne veux pas contredire la colere de certains, mais j’aime bien quand les choses sont mises dans leur contexte... Cette offre de la France repond a une demande de Berlusconi que des pays « adoptent » un monument historique et aide a sa restauration.
    Je comprends que l’on puisse etre contre l’ordre des priorites ainsi decidees mais ce n’est pas seulement la France, c’est aussi l’Allemagne, le Japon ou les Etats Unis. Et certes c’est une eglise, mais c’est d’abord un monument historique que l’on veut reconstruitre avant un lieu de culte...
    Pour ceux que ca interesse, le contexte (en anglais) Lien
    Et pour ceux qui trouve que 3,2millions est une somme colossale :
    Budget 2008 de l’education nationale : 58 milliards d’euros
    Budget 2008 de la culture : 7,6 Milliards d’€
    Je ne veux pas defendre la politique de Sarkozy, mais un peu de prise de recul ne fait de mal a personne

  • Serge Quadruppani
    Serge Quadruppani
    Nomade italo-bellevilois
    • Posté à 18h53 le 13/07/2009
    • Internaute 40213
      Nomade italo-bellevilois

    J’arrive un peu tard sur ce fil, et je suis ahuri par les clichés que trimbalent certains commentaires sélectionnés. Je vis depuis vingt ans entre l’Italie et la France, je parcours la botte toute l’année, je des amis dans toute l’Italie, je lis la presse italienne et je crois pouvoir affirmer : non, la majorité des Italiens ne sont pas des catholiques fervents, l’Eglise comme institution a encore un poids disproportionné dans la vie politique italienne mais la majorité des Italiens, comme l’ont montré tant de sondages et de résultats de référendums ne marchent plus dans le racket au doux Jésus. Ils préfèrent la société de consommation, les telefonini et les reality shows. Et il y a aussi des Italiens, jeunes et vieux, qui se battent contre une société gérontocrate. Mais je suis sûr d’une chose : la majorité des habitants de l’Aquila auraient préféré voir un certains nombres de maisons restaurées, de services publics rétablis, voire d’améliorations dans leurs camps de toile, plutôt que de voir « leur » église rebâtie.