a la une 12/07/2009 à 18h51

Un mémo de Reuters relance la guerre entre pro et anti-Wikipedia


Reuters ne plaisante pas avec ses sources. Encore moins avec Wikipedia. Dans un mémo interne rédigé il y a un an mais récemment rendu public, l'agence de presse britannique interdit à ses journalistes de la citer. Si Reuters reconnait qu'elle peut être un point de départ dans une recherche, pas question pour autant de considérer ses articles comme une source sérieuse. Nouveau chapitre dans un débat aussi vieux que l'encyclopédie en ligne, fondée en 2001.

Les pro

Dans une étude comparative de 2005, la revue scientifique « Nature » avait estimé que la marge d'erreur de Wikipedia était sensiblement proche de la sérieuse encyclopédie Britannica. L'étude faisait état de 162 erreurs pour Wikipedia, 123 pour la Britannica, soit une moyenne de 3,86 erreurs par article pour le site, et 2,92 pour Britannica.

Se fondant sur cette étude, Michel Serres est l'un des rares intellectuels français à s'être déclaré « enthousiaste » à l'égard de l'encyclopédie participative dans l'émission « Le Sens de l'info ».

Les concurrents de Wikipedia n'ont pas tardé à répliquer. Britannica a notamment dénonçé une analyse partielle de seulement 42 articles pour tirer un bilan général et avait contre-attaqué en publiant sa propre enquête sur l'Etude de la revue Nature en mars 2006.

Mais en décembre 2007, une autre étude a conforté l'image de fiabilité du site. Le journal Stern a aussi demandé à un cabinet privé d'évaluer sa fiabilité. Le journal allemand a révélé dans un article que Wikipedia était plus digne de confiance que l'encyclopédie allemande Brockhaus.

Le cabinet chargé de l'étude avait pris au hasard 50 articles dans les deux encyclopédies, les comparant sur des critères notés de 1 à 6. Sur les articles testés, l'encyclopédie participative s'en sortait mieux que son concurrent.

Les anti

Parmi les sceptiques, Pierre Assouline. Avec cinq étudiants en journalisme de Sciences po, le journaliste blogger avait mené une enquête de 67 pages intitulée : « La révolution Wikipedia, les encyclopédies vont-elles mourir ? » (Lire son premier chapitre). Les étudiants vont au bout de leur logique et testent le système en introduisant volontairement des erreurs, peu ou pas corrigées.

Pour ses détracteurs, trop faire confiance à Wikipedia nuit au travail journalistique. Le 3 avril 2009, le Guardian publiait un mea culpa pour avoir attribué, par erreur et sur la foi de Wikipedia, à Maurice Jarre, mort le 28 mars, la phrase :

« A ma mort, une ultime valse jouera en moi que je serai seul à pouvoir écouter. »

L'auteur de cet ajout est un étudiant irlandais de 22 ans. Spécialisé en sociologie, il souhaitait, comme ses camarades français, tester à grande échelle la confiance des journalistes en Wikipedia.

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  • Salmon
    • Posté à 19h15 le 12/07/2009

    Hum, je me sens d'humeur persifleuse.
    De nombreuses études estiment le nombre d'erreurs par articles... Pourquoi ne se chargent-ils pas également de les corriger ?
    Plus sérieusement, le principal problème de Wikipédia est qu'il ne dispose pas (ou peu) d'individus entièrement dévoués à améliorer son contenu, en fait la plupart des « auteurs » de l'encyclopédie l'enrichissent sur le mode du bénévolat.
    De plus, Wikipédia souffre énormément de la concurrence avec les autres encyclopédies. Pas à cause de son contenu, vous l'aurez compris, mais à cause du fait que Wikipédia est gratuit. Autrement dit, Wikipédia ne rapporte pas d'argent, contrairement aux autres encyclopédies ; ça donne une bonne raison de flipper à ceux dont les revenus proviennent des concurrents de Wikipédia. Et ça explique pourquoi on s'acharne tant sur l'encyclopédie participative.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 19h18 le 12/07/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    « trop faire confiance à Wikipedia nuit au travail journalistique. »

    Comme si les journalistes étaient là pour « trop faire confiance », avaler tout ce qu'on leur raconte ! Les journalistes, ça vérifie toujours ses sources. Enfin, en principe...

    Wikipédia est la plus formidable invention collective que je connaisse. Des erreurs, des tentives de manip ? Bien sûr. Comme dans toutes les encyclopédies depuis la nuit des temps (regardez donc la définition de « colonialisme » dans les dictionnaires/encyclopédies d'avant Seconde guerre mondiale).

    Mais si on peut introduire des erreurs et des manip dans Wikipédia, d'autres peuvent aussi, presque instantanément, les dénoncer, les corriger, rétablir les vérités... Et ne s'en privent pas. Ce qui n'était pas le cas avec les encyclopédies papier.

    Wikipédia, sa richesse mais aussi ses approximations, ses incertitudes, ses tentatives de cracks, n'est-ce pas une image conforme de la diversité de l'humanité dans son ensemble ? Vive l'humanité participative, multiple, même avec ses scories !

  • FabiendeMénilmontant
    FabiendeMénilmontant répond à Le Yéti
    journaleux - blogueur
    • Posté à 19h35 le 12/07/2009
    • Internaute
      journaleux - blogueur

    Bravo pour le « en principe » concernant la vérification…

    Quant au « mémo » dont au sujet duquel il est question ici, on nous en présente trois paragraphes. Alors qu'il fait 530 pages :
    Lien
    un peut court, de mettre en exergue moins de deux pages de ce qui est en fait un cours de journalisme appliqué à une agence de presse.

    Et sans préciser la date de rédaction… « il y a un an », c'est un peu vague, dit comme ça.

    Avril 2008 (date de diffusion de ce « mémo ») se trouve précisément au début du rachat per Thomson de Reuters, rachat qui s'est effectué en deux phases, et que WP a expliqué. Y a-t-il un rapport de cause à effet dans le fait que cet articulet se trouve à la fin (dans les hoax), et non pas dans les avertissements de début ou dans l'ordre alphabétique ?

    La question a-t-elle été posée à Reuters ?

  • A déménagé le 13-10-11
    • Posté à 19h46 le 12/07/2009

    Pour ma part je n'interdit pas à mes étudiants à consulter Wikipédia, mais je leur interdit de citer (copier en fait) des extraits des articles dans leurs travaux.

    Par ailleurs, je les invite à considérer les articles comme « camp de base » pour aller à la conquête des hauts sommets des savoirs en passant par les liens proposés dans les articles ...

    PS : en informatique, les articles sont souvent très bons.

  • Yerri
    Yerri
    Etudiant en Suède
    • Posté à 19h49 le 12/07/2009
    • Internaute
      Etudiant en Suède

    Wikipedia vaut ce que ses utilisateurs savent et est utile si on a conscience de ses limites.

    Au fond ce qui dérange beaucoup d'intellectuels dans Wikipedia ce n'est pas tant sa fiabilité - que leur participation renforcerait - que sa gratuité : la connaissance étant leur fond de commerce pourquoi participeraient-ils à enrichir gratuitement ce qui les concurrence ?

  • Crainquebille
    • Posté à 21h13 le 12/07/2009

    Les principes mêmes de Wikipédia disent de manière explicite que Wikipédia n'est pas une source : c'est un site qui est censé se rapporter à des sources reconnues. Ça, c'est un point que les détracteurs comme les fans oublient la plupart du temps.

    p.s. J'ajoute qu'il y a un cercle vicieux à l'idée que les journalistes puissent se servir de Wikipédia comme source, vu que les contributeurs de Wikipédia sont censés se servir des articles de certains journaux comme... sources !