A débattre 12/07/2009 à 11h30

Dimanche : a-t-on vraiment besoin d'un repos commun ?

Pascal Riché | Redchef Rue89

Eco89 a interrogé l'historien chrétien Michel Fauquier et le philosophe athée Michel Onfray sur cette question.


Photo : « Yun au parc de Sceaux » (Gabyu/Flickr).

Le débat en vue d'étendre le travail le dimanche a pris fin vendredi à l'assemblée, et le vote de la proposition de loi est prévu mercredi. Des dérogations nouvelles au repos dominical sont prévues, dans le commerce, pour les agglomérations de Paris, Lille et Marseille et pour les communes touristiques et thermales.

Passionnés, les échanges ont porté sur les modalités de cette loi, son efficacité économique, les garanties pour les travailleurs (compensation, volontariat)... Mais l'affaire va beaucoup plus loin si celle-ci préfigure, comme le craignent certains, l'abandon du dimanche comme journée collective de repos.

L'institution d'une journée de repos commune est-elle indispensable à une vie harmonieuse en société ? La ville doit-elle absolument s'arrêter, offrir cette plage collective de calme ? Ou ne faut-il se battre que pour le principe d'un repos hebdomadaire individualisé ?

Nous avons voulu ouvrir le débat avec les riverains d'Eco89. Pour l'engager, j'ai demandé à deux intellectuels, l'un chrétien, l'autre athée, de nous donner leur point de vue : l'historien Michel Fauquier et le philosophe Michel Onfray.


Le premier est historien, auteur d'une « Lettre ouverte du dernier des chrétiens au premier des Français » (éd.Tempora), une adresse à Nicolas Sarkozy concernant le repos dominical. Selon lui, cette journée est une respiration indispensable au maintien du « tissu humain ». (Ecouter le son)

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Michel Fauquier évoque le travail du dimanche (1)

Pour Michel Fauquier, les raisons pour lesquelles les religieux et les syndicalistes défendent ce repos hebdomadaire sont les mêmes : il s'agit dans les deux cas de défendre le bonheur humain, et de placer un garde-fou contre « l'esclavage ». Il rappelle au passage, que le commandement divin du sabbat est lié à la fin de la servitude du peuple d'Israël en Egypte. (Ecouter le son)

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Michel Fauquier évoque le travail du dimanche (2)

Selon l'historien, le travail du dimanche risque de devenir une « drogue » dont il sera difficile de se débarasser si on l'autorise. Le risque est de « détricoter » le contrat social et de conduire à une perte des
repères des citoyens. Mais sans qu'on ne s'en rende vraiment compte : « Le malheur que l'on aura créé ne sera même pas très
sensible. » (Ecouter le son)

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Michel Fauquier évoque le travail du dimanche (3)

Il ne comprend pas les raisons qui poussent le gouvernement à la libéralisation du travail le dimanche : cette loi est « politiquement dangereuse pour les élus locaux, économiquement inefficace et socialement désastreuse » :

« Je ne comprends rien à cette affaire, sinon à ce qu'il y ait des intérêts économiques en jeu. »

Michel Onfray, philosophe hédoniste et antilibéral, est lui aussi opposé au projet de loi, qui reflète à ses yeux la politique « de


destruction des acquis sociaux par les libéraux de droite comme de gauche ». Selon lui, Sarkozy reste dans sa logique : « favoriser les dominants » en faisant « travailler plus » les gens.

En revanche, le philosophe n'est pas attaché à la sacralité du jour de repos « commun » à tous. S'il juge nécessaire de se battre pour le dimanche, journée « acquise », c'est pour ne pas « lâcher la proie pour l'ombre » :

« Le rapport de force n'est pas en faveur des gens qui travaillent : aucun syndicat ne peut aujourd'hui imposer, par exemple, qu'au cas où le dimanche serait travaillé, un jour de récupération dans la semaine soit payé le double » (écoutez le son)

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Michel Onfray et le travail le dimanche (1)

Mais idéalement, selon lui, il faudrait que les gens puissent choisir le jour qui leur conviendrait le mieux. Et la nécessité d'un regroupement de la famille au grand complet un même jour de la semaine ne lui semble pas être la panacée.

Lorsque le père prend un jour différent de la mère, ce qu'il appelle le modèle « deux dimanches dans la semaine », c'est peut-être même bénéfique pour les enfants. (Ecouter le son)

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Michel Onfray et le travail le dimanche (2)

A vous de nous dire ce que vous en pensez. Et très bon dimanche !

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  • balala
    • Posté à 12h43 le 12/07/2009
    • Internaute

    En ayant élevé seule 3 enfants, avec bonheur et joie, comment aurais-je fait avec un jour de congé (mais est-il prévu d'en conserver un ? ) différent de celui de mes enfants ? Horaires longs, déplacements, mais le dimanche sacré : pas de courses, mais activités diverses, sportives ou culturelles à tous les 4.

    Envisagerait-on (et pourquoi pas ? ) d'ouvrir les écoles le dimanche pour les enfants des parents qui travaillent et de consacrer cette journée au rattrapage de la journée de classe qu'ils auraient manquée pour passer avec leur(s) parent(s) la journée de congé décalée.

    Où envisage-t-on sérieusement de confier les enfants à plein temps à l'état avec droit de visite hebdomadaire pour les parents ?

    Un éclairage sur le type de société que l'on souhaite construire avec cette mesure, serait le bienvenu : c'est à dire une vue à long terme, avec les mesures accompagnant où découlant de cette première mesure.

    Tout est possible si cela s'inscrit dans un projet et ne se contente pas d'être des mesures prises au petit bonheur la chance sans cohérence entre elles.

    Merci de vos réflexions.

  • lapinot
    lapinot
    chômiste
    • Posté à 12h58 le 12/07/2009
    • Internaute
      chômiste

    je suis pour le travail le dimanche...
    ...
    mais uniquement le dimanche ! avec un week-end de 6 jours du lundi au samedi... voilà la revendication que tout militant pour la décroissance devrait soutenir... ; -)

  • Dosadi
    Dosadi
    entre deux mondes
    • Posté à 13h07 le 12/07/2009
    • Internaute
      entre deux mondes

    Comme Michel Onfray, je pense que laisser le choix du jour de repos hebdomadaire permettrait aux familles de s'organiser comme bon leur semble. Je ne vois par contre pas pourquoi le dimanche serait alors payé plus cher que les autres jours.

    Je pense que le véritable risque réside dans la réalité du choix. Même en supposant que l'employé puisse décider unilatéralement de son jour de repos hebdomadaire, comment va-t-on empêcher les entreprises de sélectionner les candidats lors de l'entretien en fonction du jour choisi, ou même de faire pression sur les employés pour qu'ils changent leur jour de repos ?

    Ainsi, le repos dominical, même s'il est moins pratique en tant que jour fixe, est une protection plus forte du salarié contre l'employeur.

  • Sup.25.08.09 àlademandeduriverain
    • Posté à 13h17 le 12/07/2009

    Le problème est complexe et il y a 2 aspects :

    Comme le dit Onfray, on attaque en ce moment de manière systématique les acquis sociaux, et ce projet de loi va dans ce sens. A ce titre, il est indéfendable.

    D'autre part, j'ai moi même travaillé longtemps en H24, « horaires continu et décalés », dimanche, jours fériés, nuit, matins, soirs. Ca me convenait très bien : pas de charge de famille, jamais de foule lorsque je sortais, la boîte payant bien, du fric qui rentrait : le pied.
    C'est beaucoup moins facile à gérer avec enfants, couche-culottes....

    Un beau jour, il a fallu que j'arrête et j'ai, pour la première fois de ma vie, travaillé « comme tout le monde ». Pouvoir le faire, c'était indispensable et heureusement que la loi qui le permet existait. Beaucoup de ceux, et surtout de celles qui ont commencé en continu ont passé un jour au classique.

    Moralité : il faut que cette loi soit longuement réfléchie pour encadrer strictement ces horaires, il faut laisser aux employés le choix des décalés ou des administratifs, et en premier lieu, il faut faire cracher les esclavagistes au bassinet ! D'un seul coup, l'ouverture le dimanche paraîtrait moins urgente.

    Au fait, on n'entend pas beaucoup les « syndicats »... En vacances, sans doute....

  • Anonyme répond à groucho2613

    toute ma carrière dans le para médical, privé 11ans puis public 33ans. Astreintes, gardes dimanches fériés, jour nuit, je ne « connais pas très bien le problème » je le pratiquais, c'était ma réalité.
    C'est pas pour autant que je souhaite que les autres travaillent le dimanche.

    Si ça doit se faire pour le privé , que l'état mette aussi TOUS les fonctionnaires au boulot le dimanche. Poste trésor public préfectures sans oublier la territoriale et les municipaux. Plus d'hypocrisie comme vous dites, tout le monde bosse le dimanche.
    oh le joli merdier que ça nous prépare.

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 13h31 le 12/07/2009
    • Internaute
      Aboyeur

    tous avoir le même jour de repos dans la semaine crée un lien social.

    Je viens de rentrer de mon petit tour du dimanche matin. Café, marché, puis apéro. Rien d'excitant là-dedans. Je rencontre les voisins, les amis sur le chemin. Nous prenons des nouvelles les uns des autres. Et pourquoi pas on s'invite.

    La vie quoi ! Vous savez le truc que l'on fait quand on ne travaille pas.

  • ZonZon la MouChe
    • Posté à 13h33 le 12/07/2009

    Supprimer le dimanche, ce n'est pas juste changer un jour de repos, c'est changer la vie car c'est un jour qui permet de faire passer la semaine.

    Supprimer le dimanche pourquoi faire ?
    Ne pas devoir travailler le dimanche donne un petit goût de liberté de faire ce que l'on veut et qui ne sera pas imposé.

    Oui un jour de repos commun est nécessaire. Sinon on fait comment pour participer ensemble aux activités d'un club sportif ou d'une association ?

    Le dimanche c'est la cerise sur le gâteau des travailleurs, c'est l'avantage supplémentaire, c'est le meilleur et dernier élément, celui qui est le plus beau et que l'on mange en dernier.

  • Ben85
    • Posté à 13h51 le 12/07/2009

    Cette histoire de travail le dimanche me défrise ! Comment notre majorité peut-elle dénoncer le délitement de la valeur de famille, la perte des valeurs de nos jeunes, comment notre Président peut-il déplorer le manque de profondeur spirituelle de la société moderne, tout en encourageant, simultanément, les gens à travailler le dimanche, qui est parfois le seul jour où les familles peuvent se retrouver au complet chez elles et donc échapper au rythme effréné et consumériste de la semaine ?

    Il y a là selon moi une incohérence et même une hypocrisie que même une certaine frange catholique de l'UMP souligne en réprouvant ce projet de loi.

    Je n'ai jusque là obtenu aucune réponse d'un UMPiste bon teint quant à ce paradoxe...

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 14h03 le 12/07/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    Trouvée en farfouillant, comme quoi la régression sociale est bien en marche !

    Lien

  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
    • Posté à 14h29 le 12/07/2009

    Bah, le dimanche est déjà très éclaté non ? Entre les activités sportives et culturelles des uns et des autres, la famille se retrouve en gros pour dîner comme un jour de semaine ordinaire. Je doute que le fait que certains travaillent ce jour là change grand chose. Et à la limite, un jour de repos le mardi, alors que conjoint et mômes sont à leurs occupations, ça peut aussi être un moment de calme plus propice à s'occuper de soi (sans forcément aller jusqu'à de la « profondeur spirituelle »), qu'un dimanche où tout le monde serait hyperactif...

    Le rythme du dimanche ordinaire n'est pas forcément moins « effréné » que celui d'un autre jour, à part peut-être une grasse matinée qui n'est pas spécialement non plus un moment de partage.

    Sur le fond, il n'y a pas d'incohérence. Ce projet vise à offrir la possibilité de travailler le dimanche. Ensuite, les familles sont supposées responsables et capables de s'organiser et de faire les bons choix ou les bons arbitrages. Contrairement à la gauche qui souhaite organiser par la loi la vie des gens, la droite libérale pense qu'on doit offrir des possibilités, et qu'ensuite les gens font ce qu'ils veulent. Ben85, le fait que vous voyez une incohérence à cela montre bien que vous avez un mode de pensée de gauche. Moi, je ne vois aucune incohérence.

    D'ailleurs, une famille qui se délite, ce n'est pas en interdisant le travail le dimanche qu'on va y changer quoi que ce soit. Le problème n'est pas là.

    Le vrai sujet, c'est d'éviter les abus. Quels sont les garde-fous prévus par la loi pour que les employeurs ne puissent pas forcer leurs salariés à bosser le dimanche ?

  • nath1601
    nath1601
    (engrange des connaissances)
    • Posté à 14h58 le 12/07/2009
    • Internaute
      (engrange des connaissances)

    Petite question annexe : étant lyonnais, je ne semble pas concerné par cette loi, qui s'applique aux agglomérations de plus d'un million d'habitants, soit Paris, Lille, Marseille... Et Lyon dans tout ça ? La communauté urbaine compte plus d'un million d'habitants et n'est pas concernée. Pourquoi ? Est-ce dû aux élus locaux ?

    Pour le travail le dimanche, je me demande toujours comment feront les parents célibataires qui auront un jour libre autre que le dimanche. On envoie les mômes au centre aéré, c'est ça ? Génial pour la vie de famille...

  • Tom-
    • Posté à 15h48 le 12/07/2009

    Le sabbat, c'est « saisissant ». Ben voyons.

    Jésus guérit l'aveugle de naissance.
    Evangile selon Saint Jean Chapitre 9 verset 16.

    « Quelques-uns des pharisiens disaient donc : cet homme n'est point Dieu car il ne garde point le sabbat. »
    Lien

    Alors si le Deuteronome est un manuel syndical, dans ce cas, Jésus est un jaune (ou un sarkozyste). Foutez-nous la paix avec la religion, laquelle n'a rien à foutre en politique.

  • Shix
    Shix
    Madteam since 2010
    • Posté à 15h52 le 12/07/2009
    • Internaute
      Madteam since 2010

    Quand j'étais gamin, on avait deux parents, on avait une école que fréquentait les enfants de médecins et ceux des précaires. Quand j'étais gamin, l'adulte était une référence, il était une autorité, il était là le soir et le dimanche pour assurer ce rôle et jamais je ne l'aurais remis en question du fait qu'il l'assumait. Quand j'étais gamin, je n'aimais pas le dimanche soir car c'était la fin de la journée qu'on passait en famille, parfois ça me faisait râler mais c'était toujours un moment privilégié pour échanger, découvrir avec mes parents et mes frangins, voir mes grands parents, faire des choses qui sortaient un peu de l'ordinaire et vivre tous ces moments structurants que la famille propose.

    Aujourd'hui, c'est bien connu, les gosses ont trop de repères : ils n'ont plus besoin de ces instants pour connaître les limites, ils savent tous que traîner dans la rue tard le soir c'est la norme. Ils savent que passer un dimanche devant la télé/console c'est structurant. ils savent que voir papa à minuit quand il rentre du boulot c'est tout aussi plaisant que de se lever à 5h30 du matin avec maman pour aller en garderie péri-scolaire avant l'école à 9h. Avec ce genre de repères quotidiens, on ne peut qu'être efficace dans les apprentissage que proposent l'école de la République.

    Non c'est sûr, il était vitale de casser les repères du dimanche comme tous les autres. Et pendant ce temps on a une sinistre de la famille qui s'inquiète de nos gamins ? Pourquoi elle reste muette quand on impose à leurs parents d'aller au turbin le seul jour privilégié pour la famille ?

    Bien sur, les hérauts du libéralisme débridés feront passer mon message pour un pamphlet réac ... Mais si être progressiste c'est libérer l'individu de ses contraintes, la question se pose : est-ce que l'éducation d'un enfant est une contrainte ? En attendant de voir ce que donneront ces futures générations sans repères, je me désole encore de cette vision de l'économie dans laquelle on ne prend pas en compte les valeurs sociales. Bourdieu doit se retourner ...

  • Enki
    • Posté à 16h13 le 12/07/2009

    Il y a une catégorie de Français que l'on n'a pas entendue, et le dimanche chômé est une grosse part de leur petit revenu : Les commerçants non sédentaires.

    Le travail dominical va porter un coup terrible aux marchés, et s'il y en a toute la semaine, ce sont les marchés du dimanche qui sont accessibles à tout le monde ce jour là, ils font partie de la vie de la cité. C'est aussi souvent là que l'on peut trouver la meilleure distribution directe des produits agricoles locaux.

    Ici à Lille, c'est un petit rituel pour beaucoup d'aller trainasser au marché de Wazemmes (le plus cosmopolite), ou celui de la place du concert (plus snob), se choper un kébab ou un petit gastos (selon les bourses), avant de se retrouver en terrasse.

    D'autre part, la rupture du rythme hebdomadaire aura des conséquences dans d'autres domaines que la vie familiale ou commerciale, notamment dans le loisir et la culture.

    En effet, que l'on organise une soirée, un concert, une représentation de théâtre amateur, une rencontre associative, sportive ou autre, le dimanche pour tous permet de s'y retrouver, et d'avoir tout le public libre de sa grasse mat » le samedi soir. C'est un coup terrible porté à la culture populaire non-staristocratique et non-commerciale, qui morfle déja dangereusement.

    Quand au week-end, ça ne voudra plus rien dire, alors que beaucoup de gens qui ne peuvent plus partir longtemps en vacances n'ont que ces escapades pour prendre l'air, et que cela fait vivre les maisons d'hôtes et beaucoup de petites activités rurales. Il faudra s'organiser trois mois à l'avance au lieu de pouvoir se dire : « Il va faire beau, on se fait une virée ? »

    Bref, dans une société qui souffre, qui perd ses repères, et où le lien social se fragilise, briser le rythme de la vie socio-culturelle ne va rien apporter au bien-être.

    ...à Leclerc, peut-être...

  • Kanienkeh
    Kanienkeh
    assistant de recherche
    • Posté à 17h53 le 12/07/2009
    • Internaute
      assistant de recherche

    Je suis québécois et ici le travail est généralisé le dimanche depuis la fin des années 1980. À l'époque, nous avons connu sensiblement le même débat que celui qui a court en France ces jours-ci.
    Bien que très à gauche, je suis personnellement favorable au travail dominical. Permettre le travail le dimanche ne signifie pas nécessairement accroitre la semaine de travail.
    C'est toujours particulier pour un Québécois de débarquer en France et de constater à quel point la vie s'arrête les dimanches. Oui, on peut toujours y voire une vision idyllique d'une journée de repos collective, mais pour ma part, j'y vois surtout quelque chose de triste et de déprimant. C'est certain que ça peut être bénéfique pour certaines catégories de personnes privilégiées, celles qui ont un bon emploi rémunérateur, une vie de famille épanouie et qui désirent se payer du bon temps en famille. Toutefois, pour plusieurs personnes, la transformation temporaire de la ville animée en ville fantôme a de quoi ennuyer sérieusement. J'y vois là le caprice d'une majorité au détriment de ceux et celles pour qui la vie n'est pas aussi rose. Certains n'ont tout simplement pas de famille, faut pas l'oublier ! Et puis que des commerces ouvrent le dimanche n'empêchera pas les familles d'aller pique-niquer à la campagne. Car on sait bien que ceux qui travailleront le dimanche seront principalement des jeunes aux conditions précaires.
    Et il ne faut pas se leurrer : il y a déjà certaines catégories de gens qui travaillent le dimanche. Le personnel d'hôpitaux, les employés des transports en commun, chauffeurs de taxi, policiers, pompiers, employés de restaurants, bars, bistros, etc. Ces gens sont ainsi exclus de la majorité qui établit ses conventions en prônant un repos collectif sacré tout en bénéficiant des services reposant sur le travail de la minorité.
    Et finalement, en plus de rendre la vie collective moins terne permettre aux commerces d'ouvrir le dimanche permet d'offrir quelques heures de travail à des gens aux conditions précaires, aux travailleurs à temps partiel, aux étudiants, etc.