Sur le terrain

A Montreuil, la tension monte avec la police

Après l'évacuation par la police d'une ancienne clinique squattée, mercredi, un homme a perdu un oeil suite à un tir de flashball.

Mercredi 8 juillet, début de soirée. Pour protester contre leur expulsion survenue le matin même, les habitants de La Clinique, espace politico-culturel alternatif, organisent une fête au pied de leur ancienne résidence. Plusieurs dizaines de personnes sont là pour apporter leur soutien. Joachim Gatti, réalisateur de 34 ans, en fait partie.

Au bout de quelques heures, la police débarque, tente de disperser les manifestants à coups de flashballs. Cinq personnes sont blessées, Joachim est touché à l'oeil et conduit à l'hôpital. Dans une lettre ouverte, publiée sur Rue89, son père fait état de « trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux, la paupière arrachée ».

Une enquête a été lancée par l'inspection générale des services (IGS) pour déterminer les conditions dans lesquelles cet accident est survenu. La préfecture évoque des tirs de flashballs en riposte à des jets de projectile en direction de la police, ce que démentent les participants à la fête.

Expulsion de la Clinique, 8 juillet 2009 (blog de la Clinique)

Ce dimanche, les habitants de la Clinique ont invité ceux qui le souhaitaient à venir prendre la parole dans le vaste hangar de La Parole Errante, centre culturel fondé par le poète (réalisateur, ancien journaliste…) Armand Gatti (grand-père de Joachim).

Ils sont plus d'une centaine à être venus. De tous âges. De milieux divers. Proches du collectif ou simple riverains, ceux qui prennent le micro disent leur colère contre les méthodes de la police montreuilloise. Ils sont là pour parler des suites à donner à l'expulsion et à ce qui est vécu comme une « agression » policière.

Dans cette ville réputée bobo, artiste et militante, la tension entre population et policiers a considérablement augmenté ces derniers mois, accusent de nombreux intervenants.

Une femme qui se définiti comme « non activiste » décrit une police qui « démolit la gueule des gens ! ». D'autres s'interrogent sur le silence du ministère de l'Intérieur. Un homme égrène le nom et le profil des éborgnés par flashballs :

  • Un lycéen en 2007.
  • Deux personnes à Villiers-le-bel en mai.
  • Samir à Neuilly-sur-Marne en mai.
  • Johann en manifestation à Toulouse, au mois de mars.

Expulsion de la Clinique, 8 juillet 2009 (blog de la Clinique)

Les tensions entre les forces de l'ordre et les membres du collectif ne sont pas nouvelles. Depuis leur installation au mois de janvier dans cette ancienne clinique, ils dénoncent des pressions quotidiennes : contrôles d'identité systématiques, provocations et gardes à vues abusives. Sur cette vidéo, on voit la police évacuer les résidents de la Clinique. Ce mercredi matin, ils étaient 12 à être sur place. (La vidéo dure 31 minutes)

La Clinique, propriété d'une société privée, a été « réquisitionnée » pour être transformée en lieu de « lutte politique », d'« entraide sociale » (notamment aux sans-papiers) et de création. Pour ses membres, cette expulsion, ordonnée par la préfecture, constitue clairement une brimade et une intimidation politique.

Se présentant comme radicaux, subversifs, anticapitalistes et antiréformistes, ils s'opposent à toute forme d'autorité et d'institution. Une jeune fille récuse l'emploi du galvaudé « anarcho-autonomes », une désignation policière et médiatique qui ne « veut rien dire » mais qui « autorise » les policiers à les considérer comme dangereux.

Il y a quelques mois, un des membres du collectif a ainsi été arrêté puis fouillé « sans raison ». Un policier lui lance :

« Vous êtes un extrêmiste. Les extrêmistes, on les palpe. »

Selon un résident de la Clinique, ils ne sont pas les seuls à avoir droit à ce traitement spécial. Les jeunes des cités montreuilloises sont « beaucoup plus harcelés » :

« A Montreuil, tout le monde se connaît. Quand un policier vient te parler, c'est personnalisé : il sait qui tu es, ce que tu fais etc. Nous, on nous taxe d'extrêmistes mais ce qu'il faut surtout dire, c'est que pour les jeunes des cités, c'est mille fois plus dur que pour nous. »

Une nouvelle manifestation aura lieu lundi 13 juillet pour protester contre ces dérives policières et pour « ne pas se laisser faire ».

Les personnes rencontrées pour cet article n'ont pas souhaité être citées.

► Une vidéo de l'expulsion de mercredi a été postée sur le Web. Elle dure 31 minutes.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Enki

De Enki 9562

Alchimiste | 20H08 | 12/07/2009 | Permalien

On aurait pu imaginer que les balles de flashball avaient été calculées pour être plus grosses que l'orbite oculaire, ben non, et c'est pas super précis comme ustensile.

On nous a fait croire qu'on équipait la police de flashballs et de tasers pour qu'ils aient des armes de défense et d'interpellation moins léthales, en fait, ce sont des armes offensives loin d'être inoffensives et dont les policiers ne maitrisent pas la dangerosité. A quand les gaz neurotoxiques ? A quand la chaise d'interrogatoire à taser intégré ?

Quel était le péril justifiant de mettre l'intégrité physique des personnes en danger ?

C'est un délit politique que d'être « anarcho-autonome » ou d'extrème gauche ?

Donc, comme ça devient d'habitude :
- Ce n'est pas une agression policière, c'est une riposte à des tirs de projectiles que eux seuls ont vus.
- On ne parle pas de gardes à vues abusives, ce sont probablement des outrages et rebellions.
- Pas de fouille au corps sur la voie publique mais des palpations approfondies.

Etre classé « anarcho-autonome » justifierait d'être considéré comme dangereux. Qui a fait le plus de victimes ces derniers temps, la police ou l'extrème gauche ?

Qui est en train de déclarer la guerre ?
Pourquoi faire ?

Portrait de Sierra

De Sierra

citoyen | 06H39 | 13/07/2009 | Permalien

Roohh mais qu'est ce que c'est que ce pays où on ne peut même plus squatter des cliniques…
Et des flics qui tentent de faire appliquer la loi par dessus tout, on aura tout vu..

Respecte la loi mon ami, tu verras, tu diminueras sensiblement tes chances de perdre un oeil.

Portrait de BILOU

De BILOU

08H09 | 13/07/2009 | Permalien

Il me semble que vous n'avez pas lu l'article.
Mais, il est vrai que les policiers ont tous les droits et que nous, le seul qui nous reste est de fermer notre gu…. !
Je ne défend pas les squatters, mais, les personnes qui manifestent et se font littéralement aggressées par la police.
Ayant eu déjà affaire avec elle alors que je sortais d'un magasin, je me dis que j'ai de la chance de ne pas avoir été blessé.
Je constate seulement une augmentation inquiétante d'incidents de ce genre entraînant des blessures voire la mort depuis 2002.
Il est temps que nous nous posions des questions, sur la place de la police et son rôle.
Aujourd'hui, elle est au-dessus de la loi et chaque jour qui passe, l'éloigne un peu plus des citoyens.
Il faut sanctionner les bavures une bonne fois pour toutes afin de redonner confiance en cette police de moins en moins démocratique.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code