Enquete 11/07/2009 à 14h04

Attentat de Karachi : le secret défense levé en septembre ?


Alors que les juges ont transmis leur demande à la Défense, les militaires ont peur d'être les boucs émissaires de Sarkozy.


Des soldats pakistanais portent les cercueils des onze Français tués dans l'attentat de Karachi en 2002 (Zahid Hussein/Reuters).

Le ministère de la Défense a bien reçu les demandes de levée du secret-défense des juges chargés de l'attentat de Karachi. Le cabinet d'Hervé Morin s'est engagé à répondre dès septembre. La procédure agace les militaires car ils ont le sentiment de jouer les boucs-émissaires de l'hyperprésident. Un jeu de dupes où la première victime risque bien d'être la vérité judiciaire. Enquête.

Une demande traitée par le cabinet du ministre

Les juges Marc Trévidic et Yves Janier n'ont pas perdu de temps. Les deux magistrats antiterroristes ont adressé en fin de semaine dernière au ministère de la Défense, une demande de levée du secret-défense sur les documents qui pourraient les aider à y voir clair dans l'attentat qui a fait 14 morts en mai 2002 au Pakistan.

Le délai était trop court pour faire l'objet d'un examen immédiat, la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) se réunissant une dernière fois avant les vacances le 10 juillet. Mais la demande, traitée par le cabinet d'Hervé Morin, va faire l'objet d'un traitement accéléré. Dès septembre, le ministre de la Défense pourra renvoyer aux juges les documents identifiés et déclassifiés, après avis de la CCSDN.

Opérations « grand ménage » dans les archives de la République

Comme à chaque fois qu'une affaire remet au goût du jour l'intérêt des archives, les cabinets ministériels sont saisis d'une frénésie de rangement. D'après nos informations, consigne a été passée dans les administrations concernées de faire un ménage de printemps. En clair, il s'agit d'isoler et de trier les documents relatifs à cette affaire.

Pourquoi ? Essentiellement, parce que les fonctionnaires s'attendent à une cascade de demandes. Or, ces demandes sont souvent très vagues. Exemple :

  • Je voudrais avoir accès aux rapports envoyés par M. X, attaché militaire de l'ambassade Y. dans la capitale Z., sur la période 1995-1998.
  • Pourriez-vous vérifier qu'il existe bien un compte-rendu signé Toto, qui se rapporte aux faits sur lesquels nous enquêtons ?
  • Dans la production du chef de poste de la DGSE, dans la ville A, est-il possible de consulter les rapports qui évoquent monsieur B ou madame C ?

Dans certains cas, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Surtout dans les armoires des services de renseignements, où, pour des raisons de sécurité, les archives sont éparpillées en différents lieux géographiques.

Une miraculeuse pochette-prise aux secrets d'Etat ?

Si l'on s'en tient aux déclarations de Nicolas Sarkozy, interrogé dès le 19 juin à Bruxelles, rien de tout cela ne serait crédible. Pas plus les commissions, que les rétrocommissions versées pour financer la campagne présidentielle de 1995 d'un Edouard Balladur en rupture de ban du RPR. D'ailleurs, souligne alors le chef de l'Etat :

« On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d'Etat n'existe plus. »

Un journaliste de l'AFP, Philippe Alfroy, a osé la questions suivante :

« Selon les informations qui ont été rapportées hier à la suite d'une réunion entre les parties civiles dans l'attentat de Karachi et les juges d'instruction, il semblerait que l'origine de l'attentat ne soit pas due à un acte terroriste mais plutôt à des représailles de l'Etat pakistanais après le non versement de commissions. On parle même de rétrocommissions qui auraient pu alimenter la campagne d'Edouard Balladur en 1995. Est-ce que, en tant que ministre du Budget, vous avez été au courant de tels accords ? »

Réponse agacée de l'intéressé. (Voir la vidéo)

Bien sûr, l'ancien ministre du Budget oublie (ou fait semblant) de préciser qu'il a donné son aval aux commissions versées à des intermédiaires sur ce marché des sous-marins :

  • 6%, soit 49,5 millions d'euros, pour Ali Asif Zardari, mari de feu Benazir Bhutto, et son réseau, composé d'officiels pakistanais ;
  • 4%, soit 33 millions d'euros, pour le Syrien Abdul Rahman El-Assir, présenté comme l'un des financiers occultes du clan Bhutto, associé au Libanais Ziad Takkieddine.

D'après Le Point, 85% de ces commissions ont été payées dans les 18 mois suivant la signature du contrat. Le solde de 15% n'a jamais été réglé par la DCN, sur insistance du président Chirac, flairant des retours vers les réseaux balladuriens.

Cet aspect du dossier sera-t-il un jour documenté ? Pour l'instant, les juges n'ont adressé aucune demande de levée du secret-défense au ministère de l'Intérieur (la DST a pourtant dû suivre ce dossier de près), ni au ministère du Budget, afin d'avoir accès aux fameux DAS 2 (Déclaration annuelle de salaires) où figurent noir sur blanc les commissions avalisées par Nicolas Sarkozy.

Au ministère des Affaires étrangères, pas plus de demande des juges en vue. Le porte-parole de Bernard Kouchner, Jacques Baudoin, a ce commentaire laconique :

« Le Président a dit que toute la lumière doit être faite sur cette affaire, non ? »

Photo : des soldats de la marine pakistanaise portent les cercueils des onze Français tués dans l'attentat de Karachi en 2002 (Zahid Hussein/Reuters).

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  • forest
    • Posté à 16h05 le 11/07/2009

    Les propos du Président quant à l'attachement à la Vérité opposé au Secret -Défense concernent :

    - les moines victime en Algérie ?
    - les professionnels victimes au Pakistan ?
    - l'affaire Borel ?

    Choisissez. Il n'y a guère qu'un peu d'amertume en sus à gagner. Realpolitic.

  • elisa33
    • Posté à 16h07 le 11/07/2009

    Petition : Collectif de familles de victimes décédées dans
    l'attentat du 8 Mai 2002 à Karachi
    Lien
    Affirmant ainsi leur conviction qu'il est nécessaire de persévérer sur la piste d'un attentat perpétré en représailles à l'arrêt de versement de commissions liées au contrat Agosta, les juges anti-terroristes Marc Trévidic et Yves Jannier ont demandé au gouvernement, le 1er juillet, la levée du secret « défense » sur « l'ensemble des documents » susceptibles d'éclairer leur enquête.

    Nicolas Sarkozy, qui s'est exprimé sur la mort des moines de Tibéhirine au lendemain d'un fait nouveau dans l'enquête, a déclaré : « Je veux la vérité. […] Je suis vraiment déterminé à ce que la lumière soit faite. […] Naturellement, je léverai le secret défense sur tout document que nous demandera la justice. »

    Nous déplorons que le Chef de l'Etat ne se soit pas prononcé de manière si spontanée concernant la demande de levée du secret « défense » dans l'enquête sur la mort de nos proches.

    Par conséquent, nous réitérons notre demande d'audience au Chef de l'Etat afin qu'il nous réaffirme la volonté solennelle de l'Etat français que rien ne viendra s'opposer à la recherche de la vérité et que le crime de nos proches ne restera pas impuni.

    Aidez nous dans ce sens en signant la pétition « NON AU MEPRIS DU CHEF DE L'ETAT A L'EGARD DES FAMILLES DES VICTIMES DE L'ATTENTAT DE KARACHI ! »
    Accéder à la pétition=> Lien

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 16h24 le 11/07/2009
    • Internaute
      bretonne en Normandie

    Observons tranquillement les mimiques du début de la vidéo... annonciatrices de la gêne, de l'ironie facile, des commentaires démagos -braquage à Bruxelles- et hélas rires dans la salle !

    Allons pas de mauvais esprit :
    ...« la notion de secret d'Etat n'existe plus »...parole de Président !

  • horizon2009
    • Posté à 17h01 le 11/07/2009

    Je vais finir par croire que les journalistes sont des couilles molles ! ! !
    Aucun n'est capable de dénoncer lors de cette conférence de presse le numéro pitoyable et guignolesque de « Monsieur le chef de l'Etat » capable de sortir à jeun « “qu'il n'y a plus de secret d'Etat” pour justifier son absence de réponse... Pourquoi le journaliste de l'AFP ne revient pas à la charge et n'insiste pas pour avoir une réponse claire et précise à une question très simple, à savoir si en qualité de Ministre du Budget, Monsieur Nicolas Sarkozy était au courant d'accords de commissions. Point barre ! ! !
    Vu qu'il n'y a pas de second pouvoir, que l'autorité judiciaire est loin de devenir un troisième pouvoir, il serait temps que les journalistes montrent les crocs quand on insulte leur intelligence et l'évidence.

  • onapatouvu
    • Posté à 18h09 le 11/07/2009

    Après la lamentable démonstration du mépris vis-à-vis des journalistes (et de nous tous) de l'Agité du bocal, comment croire que nous saurons un jour la vérité ; en tous cas, pas tant qu'il sera président. Il avait réagi bien autrement pour les moines assassinés en Algérie, pensant bien mettre Chirac dans l'embarras. Mais là, c'est lui qui y est, et doublement. La condescendance et le mépris ne sont pas une réponse ; mais c'est vrai qu'il en a l'habitude et que ça marche (pour l'instant). Heureusement qu'il y a encore des journalistes honnêtes ; nous ne vous défendrons jamais assez.