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Youssouf Fofana condamné à la perpétuité avec 22 ans de sûreté

24 co-accusés ont écopé de peines allant de six mois avec sursis à 18 ans de réclusion. Deux autres accusés ont été acquités.

Des gendarmes protègent la salle d'audience avant le rendu du délibéré du procès Fofana (Gonzalo Fuentes/Reuters)

13 février 2006. Un jeune homme est retrouvé agonisant le long d'une voie ferrée à Sainte Geneviève des Bois. Trois ans après, ce sont 27 personnes qui ont été jugées deux mois durant pour le meurtre raciste d'Ilan Halimi.

A l'issue de ce procès, le chef du « gang des barbares », Youssouf Fofana, a été condamné vendredi soir à la réclusion à perpétuité avec une peine de suretê de 22 ans, soit la peine demandée par l'avocat général. Une peine que le jeune homme de 28 ans a accueillie par des petits applaudissements sourds en regardant les parties civiles.

Pour les 26 autres accusés, des peines de six mois avec sursis à 18 ans ont été prononcées. Ainsi que deux acquitements. Samir Aït Abdelmalek, 30 ans, et Jean-Christophe Soumbou, 23 ans, ont été condamnés à 15 et 18 ans de réclusion. « L'appât », une jeune fille mineure au moment des faits, a écopé de neuf ans de réclusion criminelle.

« Les forces de l'ordre ont demandé à ma cliente de ne pas sortir de la salle d'audience », nous a confié Me Laure Heinich, avocate d'une des deux acquités. A 23h30, le calme régnait pourtant à l'éxtérieur du palais selon un autre avocat présent sur place. Les avocats doivent encore plaider les intérêts civils qui seront accordés aux parties civiles.

Après le prononcé du verdict, l'avocat des parents d'Ilan Halimi, Maître Francis Spziner, a regretté la « bienveillance » du jury pour six des accusés et réclame en conséquence un nouveau procès.

Les temps forts de deux mois et demi d'audience

Le procès du « gang des barbares » aura d'abord été celui de Youssouf Fofana et de ses complices directs. Mais il a aussi permis d'interroger les autres, ceux qui savaient mais n'ont rien dit de la séquestration. Retour sur les temps forts de ces deux mois et demi d'audience.

29 avril 2009 : Youssouf Fofana nargue la cour

De l'ouverture du procès jusqu'à sa fin, Youssouf Fofana a tenu un unique discours : haineux, antisémite, incohérent la plupart du temps.

Le 29 avril, premier jour de procès, il lance « Allah Akbar » en entrant dans la salle d'audience. Lorsque le président du tribunal l'interroge sur son état civil, Youssouf Fofana décline :

« Mon nom c'est arabe, mon prénom c'est africaine barbare armée révolte salafiste. Ma date de naissance, le 13 février 2006 à Sainte-Geneviève-des-Bois (la date et l'endroit où a été retrouvé Ilan Halimi, ndlr). »

20 mai : Fofana récuse son avocate, « soupçonnée d'être juive

Youssouf Fofana continue, jour après jour, à jouer avec les nerfs de l'auditoire. Insultes adressées à la famille de la victime, magistrats menacés… Dès qu'il prend la parole, le cerveau du “gang des barbares” déraille.

Il ne se défend guère du crime dont il est accusé et récuse même ses avocats. Elsa Vigoureux, du Nouvel Observateur, rapporte qu'Isabelle Coutant-Peyre a été récusée parce que “soupçonnée” d'être juive :

“Coutant-Peyre… Peyre, c'est juif, non ? ”, se serait-il interrogé, avant de poursuivre : “On veut déjà me tuer… Donc, je ne vais pas m'entourer de gens comme ça.”

27 mai : La mère d'Ilan parle, les accusés prennent conscience

Tous les avocats interrogés sur ce procès répondent que le moment le plus fort fut celui de la déposition de la mère d'Ilan Halimi.

Romain Boulet, avocat de Jean-Christophe S., raconte un basculement :

“A ce moment là, tous (sauf Fofana) prennent conscience de ce qui s'est passé. Lorsqu'ils voient les photos de l'autopsie, on assiste également à cela. Ils sont tous livides. La mort d'Ilan Halimi n'est plus une idée, c'est un corps, ça s'est réellement passé. Tous sont dans le repentir.”

Clothilde Lepetit, avocate d'une jeune fille dont la voisine de chambre a servi d'appât, a également été marquée par l'intervention de la famille Halimi :

“Enfin, les accusés prenaient conscience de l'autre. Une prise de conscience terrible parce que tardive.”

Lorsqu'ils s'adressent à la mère d'Ilan, les accusés demandent pardon. Christophe M., mineur à l'époque des faits et accusé d'avoir torturé Ilan Halimi, dit à Ruth Halimi :

“ Dans vos mots, c'est comme si j'avais ma mère en face de moi (…) J'ai appris que la tombe d'Ilan était en Israël. J'aurais souhaité m'y recueillir. Si je sors un jour, je le ferai. ”

28 mai : Fofana reconnaît avoir tué seul Ilan Halimi

Pour la première fois, Youssous Fofana avoue le meurtre d'Ilan Halimi. Il endosse toute la responsabilité de ce crime et admet avoir torturé le jeune homme :

“Oui c'est moi qui l'ai fait, vous savez bien que je l'ai fait ! ”

Il n'éprouve aucun regret. Il est “fier” de son crime. Il le justifie en évoquant les drames africains et palestiniens.

11 juin : Chaussures lancées, Fofana renvoyé

Ce procès, déjà très dur, devient de plus en plus éprouvant. Quand il ne refuse pas de parler, Youssouf Fofana refuse de se rendre à l'audience. Ce 11 juin, il se laisse conduire au box avant de se lever de jeter une chaussure à travers la pièce. Elle retombe sans toucher personne. L'accusé parle d'un “attentat” contre ses “ennemis, les juifs de France” :

“Il y a tous les juifs du monde dans le box, ce sont mes ennemis. C'est un attentat arabe à la chaussure piégée.”

Ces paroles spectaculaires et provocatrices, Youssouf Fofana les a tenues durant tout le procès, mais maître Romain Boulet souligne que son attitude a été surtout celle d'un accusé qui ne se défend pas :

“Il n'a pas gêné le travail judiciaire. Il a même plutôt joué le jeu en ne perturbant pas les audiences. Il prenait la parole quand on la lui donnait, tenait ses propos dégoûtants mais s'interrompait quand on lui demandait d'arrêter.”

12 juin : Le dernier avocat de Youssouf Fofana récusé

Après l'épisode des chaussures lancées sur les bancs des parties civiles, Me Emmanuel Ludot a recommandé à son client de changer d'attitude. Lequel a récusé l'avocat dans une lettre écrite à la présidente du tribunal. Me Ludot n'a pas paru étonné :

“La récusation, c'est un outil de défense, ça fait partie de sa stratégie de rupture. Il veut finir ce procès dans la solitude.”

8 juillet : Ultime provocation

Refusant toute défense les derniers jours du procès, Youssouf Fofana a pris la parole pour consterner à nouveau l'assemblée :

“Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que 100 jours comme un mouton.”

Les autres accusés ont pris la parole pour reconnaître leur responsabilité et demander pardon. Ce dernier jour constitue pour maître Lepetit, un moment fort :

“Ma cliente, une jeune fille accusée de non-dénonciation de crime, lui a répondu ‘J'ai été un mouton mais je me battrai comme un lion pour ne plus être un mouton.’ Elle a conscience de ce qui s'est produit.”

10 juillet : attente sous tension

Ce vendredi soir, un important dispositif de sécurité entoure le palais de justice de Paris. Au début du procès, des incidents avaient eu lieu aux abords du tribunal : des militants juifs radicaux avaient agressé la mère de Youssouf Fofana.

On craint de nouveaux dérapages autour du palais, d'autant que des appels à manifester ont été lancés par différents groupes. Le Crif a tenu à rappeller officiellement “son attachement et sa confiance dans le fonctionnement régulier de la Justice. Il n'entend faire aucun commentaire jusqu'au prononcé du verdict et réprouve toute démarche qui pourrait dans cet intervalle attenter à la sérénité des débats”, selon le Nouvel Observateur.

Le verdict devrait être prononcé après 21h00. En raison du shabbat, la famille d'Ilan Halimi a annoncé qu'elle n'assisterait vraissemblablement pas à sa lecture.

Arnaud Aubron et Zineb Dryef

Mis à jour le 10/07/2009 à 23h30 après l'énoncé du verdict et les réactions des avocats.

9 commentaires sélectionnés

Portrait de Iv

De Iv

Roboticien utopiste | 20H04 | 10/07/2009 | Permalien

La volonté de puissance, la hierarchie de la meute, les mécanismes de la dominance. Si on expliquait tout cela au Collège ou au Lycée, on n'empêcherait peut-être pas des gens comme Fofana d'agir, mais on l'empêcherait de recruter ses complices « moutons », découvrant dans un box d'accusés qu'ils se sont fait avoir par de bas et méprisables instincts.

Portrait de Cataphractaire

De Cataphractaire

Asen | 23H17 | 10/07/2009 | Permalien

La prison, même pour le pire des criminel ne devrait pas exister. Cela montre l'incurie de notre société. On exclu des personnes de notre environnement pour ne plus les voir et ne pas se rendre compte les dysfonctionnement du système.

Attention je ne dis pas que la justice est mauvaise.

On applique le principe de quarantaine qu'on utilisait au moyen-âge contre les pestes. On n'essaya pas de trouver un remède. C'est, à mon sens, un comportement inhumain car en mettant en prison, on extrait de nos vues ce que l'on ne considère pas commun à nos comportements.

Si cet homme n'est pas malade, il doit être accueilli malgré l'horreur de ses crimes. Il faut l'éduquer.

Il ne faut jamais oublier que tout le monde apprend et est éduqué le long de sa vie. Le genre de personne qui ne se préoccupe pas des autres sont ceux qui pensent qu'ils n'ont rien à apprendre des autres.
Si il est éduqué, il peut comprendre ses erreurs, et faire comprendre aux autres ses erreurs.

La haine que l'on peut éprouver pour cet homme put se retourner contre nous. Qui nous dit que l'on est incapable de commettre de telles abominations ?

Bref, il faut apprendre à ne pas haïr le monde si l'on ne veut pas que le monde nous haïsse.

Portrait de Eowyn

De Eowyn

00H16 | 11/07/2009 | Permalien

Nous en sommes capables, bien entendu, de commettre ce genre de choses, dans des circonstances extrêmes.

C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut, entre autres la prison. Parce que le droit pénal n'est pas uniquement là pour réinsérer, éduquer : il est aussi là pour punir et prévenir les autres infractions. Soyons clair : si je savais que je pouvais tuer et torturer, et ensuite ne rien subir d'autre qu'une éducation dans et par l'amour, mes chances de passer à l'acte seraient beaucoup plus élevées.

Cela fait environ deux siècles que la prison sert de peine : avant, on avait des traitements plus… expéditifs (ablation des mains, oreilles et autres joyeusetés).

La quarantaine était là pour empécher la maladie de se propager. Mais ici, nous ne sommes pas en présence d'une maladie, que l'on subi malgré soi, mais d'un comportement conscient, et revendiqué. Le punir me semble la moindre des choses, et je ne vois rien de mieux pour cela que la prison, avec les mesures qu'on peut y associer.

Portrait de EulChe

De EulChe

Humaniste hère | 03H00 | 11/07/2009 | Permalien

Qu'est ce qu'une perversion si ce n'est une maladie psy ?

Je ne dis pas qu'il ne faille pas le retirer de la société. Ce type, dans l'état actuel, est clairement dangereux. Pour autant cela ne règlera rien de l'enfermer entre 4 murs crasseux pour juste le punir.

Si nous étions une société réellement évoluée, nous aurions des lieux de soins qui seraient de vrais havre de paix où les types comme Fofana auraient une chance d'être soignés. Et si leurs problèmes étaient irréversibles on les y garderait tout le temps où ils seraient dangereux.

Mais si nous étions dans ce genre de société, il est à parier aussi que les efforts d'éducation que nous ferions permettraient d'une part une compréhension à la sortie et surtout moins de passages à l'acte. On en est loin mais on a le droit de rêver non.

Ce serait peut-être aussi une société où la famille de la victime préfèrerait être présente au verdict plutôt que de se réfugier dans des pratiques religieuses…

Portrait de dulconte

De dulconte

Mordu par un fachogarou | 03H07 | 11/07/2009 | Permalien

Dans quelle mesure est-ce le carcan de la société qui est responsable de ses perversions ?

La question est sérieuse dans la sens ou aucune société ne peut correspondre à tous ses membres. Par défaut toute société produit ses marginaux.

A partir de là les dérives parfois violente sont inévitable, tout comme les produits qui permettent de sortir de ce carcan tout en restant à l'intérieur, alcool, canabis, opium, petzolt etc.

Portrait de ChrisDeLambe

De Ben_David

09H34 | 11/07/2009 | Permalien

Cette hypothèse est justement un prétexte comme l'explique bien Cataphractaire.
Si Fofana a fait ce qu'il a fait c'est parce qu'il est habité par la haine et des pulsions sadiques (indépendamment du conflit israélo-palestinien). Il a trouvé un bon moyen de passer à l'acte dans le conflit israélo-palestinien avec tous les fantasmes qui tournent autour. Et c'est un jeune français innocent et n'ayant rien à voir avec ce conflit qui l'a payé de sa vie juste à cause d'un prétexte sous forme d'adjectif de 4 lettres (juif). Et Fofana a besoin de ce prétexte pour vivre : sinon il basculerait dans la folie de voir l'horreur qu'il a commis. Il ne peut plus en sortir.

Concernant l'anti-sionisme, je constate que Barack Obama et Nicolas Sarkozy critiquent le gouvernement israélien. Est ce qu'on les traitent d'antisémites ? Non, parce qu'ils ne le sont pas. Donc la critique de la politique israélienne est possible. Ceux qui disent l'inverse ont en général tendance à chercher des prétextes justement. Ils tentent de se victimiser pour pouvoir justifier leur passion secrète. Un jeune français vendant des téléphones portables serait mort par la faute du gouvernement israélien… le vrai coupable est le gouvernement israélien ! Youssouf Fofana n'est pas responsable de ses actes. L'agent est ailleurs… Si ce n'est pas tordu, je me demande bien ce que c'est. On sent très bien qu'il n'y a aucune recherche de la vérité derrière ce genre de proposition et que son seul intérêt est de dédouaner ses propres fantasmes et pulsions.

Désolé de vous le dire aussi franchement mais vous (aisni que Spirek) n'êtes pas seulement antisioniste, vous êtes aussi antisémite. Et ce n'est pas une insulte ; c'est juste une constatation clinique à tête reposée.

Portrait de Deborah

De Deborah

10H03 | 11/07/2009 | Permalien

Ce qui me frappe, a l'issu de ce procès, c'est l'attitude de l'avocat des victimes : ce n'est pas de cette justice-là, qu'il veut. Manifestement, il veut la pseudo loi du Talion, et qu'on rétablisse la peine de mort.
Donc rebelotte pour un reprocès qui sera - on le voit déjà - refait sous pression. Est-ce bien de cette justice-là, que nous voulons ?

Portrait de balala

De balala

10H23 | 11/07/2009 | Permalien

Qu'est ce qui vous permet de dire ça ?

Qui a parlé de loi du Talion ?

Il me semble que Me Spizner, comme c'est son droit, a exprimé qu'il trouvait les peines prononcées contre les complices de Fofana, et qui sont toutes inférieures à celles demandées par le procureur, étaient insuffisantes, et qu'il demandait au Parquet de faire appel.

On peut considérer, je n'ai pas assisté au procès et par conséquent, je n'ai pas de certitude, que peut-être, les complices (on les appelle « les lieutenants ») qui ont maintenu la détention et les tortures contre Halimi en l'absence de Fofana, parti en Côte d'Ivoire, sont aussi responsables que Fofana (c'est ce que « lieutenant » veut dire ! )

On peut considérer que la peine prononcée contre le gardien d'immeuble qui « en connaissance de cause » (dit le jugement) a fourni appartement puis cave pour ce forfait, reste légère, et espérer un appel.

Quoi qu'il en soit, le parquet, comme les condamnés ont droit de faire appel, je ne vois pas où sont les pressions, je ne vois pas où qui que ce soit du côté de la famille Halimi aurait réclamé le rétablissement de la peine de mort (contraire à leurs croyances), ce que demande Me Spizner, c'est que la « société » que représente le parquet réclame des peines exemplaires, rien d'autre.

Portrait de sûrderien

De sûrderien

paresseux | 10H37 | 11/07/2009 | Permalien

aux riverains

Un point n'a pas été soulevé , dans aucun commentaire .

L'EFFICACITE ET LA COMPETENCE DE LA POLICE !

Comment cette institution , bardée de cerveaux , de gros bras ,

de moyens électroniques , d'indicateurs ,comment est-ce

possible , qu'ils ne puissent pas loger et arrêter une bande de

minable ? Ca interpelle quand même ! le citoyen , à qui ce corps

doit la protection , devrait demander des comptes aux responsa-

bles .Ca n'est jamais fait ! Je pense que la police porte une part

de responsabilité , en n'étant pas capable de repérer et arrêter

une équipe comme celle de fofana ,somme toute une bande

d'amateur .

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