
Les jeunes mangent plus de pizzas, les hommes plus de viande, les gens du Sud plus d'huile et ceux du Nord plus de beurre… voilà les quelques évidences que nous livre l'étude individuelle nationale sur les consommations alimentaires publiée ce jeudi de l'Afssa. Un travail un peu plat et simpliste, estime le sociologue Jean-Claude Kaufmann, auteur de « Casseroles, amour et crises, ce que cuisiner veut dire » (éd. Armand Colin, 2005).
Cette étude menée par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) décrypte l'assiette des Français de façon assez clinique : chaque jour en moyenne ils consomment (hors boissons) :
- 250 g de produits céréaliers et féculents
- 200 g de produits laitiers
- 140 g de fruits
- 140 g de légumes, hors pomme de terre
- 90 g de viandes et de volailles
Son principal intérêt est de comparer ses résultats avec la même enquête réalisée en 1999 :
- consommation de sucre et dérivés (confiture ou miel) : -27% chez les hommes, les enfants et les adolescents et -22 % chez les femmes.
- consommation de viande et d'abats : -20 % chez les enfants, -17 % chez les adolescents et -16% chez les femmes.
- consommation de glaces et desserts glacés : +30 % chez l'ensemble des adultes.
En groupe ou seul, deux tendances contradictoires
Mais derrière ces données statistiques, l'étude ne fait pas ressortir l'essentiel : le fait que les Français sont pris entre deux tendances contradictoires, relevées par le sociologue dans des études qualitatives menées auprès de dizaines de familles :
- le développement des pratiques individualisées (aussi appelé « snacking ») :
« Le repas en tant que discipline collective à heure fixe ne correspond pas aux modes de vie actuels, on le voit à travers la consommation des sandwiches et les petits déjeuners pris de plus en plus seuls.
On le voit aussi à travers le fait que le frigo ouvert à toute heure de la journée, devient la pièce centrale de la famille, laissé ouvert jusqu'à ce que le désir parle. »
- En parallèle un réinvestissement total dans la cuisine : « quand le cri de ralliement “à table” se fait entendre, ça signale le moment du groupe, qui est un nouveau modèle, plus choisi, moins à heure fixe, notamment chez les jeunes couples. »
Jean-Claude Kaufmann constate que « la table et le frigo sont en permanente concurrence dans la maison » :
« Il y a d'ailleurs plusieurs tables dans une maison, et le choix entre cuisine rapide ou trois heures de préparation se fait parfois au dernier moment. »
« On ne mange pas avec son cerveau »
Le cliché de l'homme ingurgiteur de viandes, de pommes de terre et d'alcool et de femmes mangeuses de poisson, de produits laitiers et fruits est écrit noir sur blanc dans l'enquête de l'Afassa. Mais le spécialiste des normes qu'est Jean-Claude Kaufmann apporte un éclairage sur ces tendances lourdes :
« Les habitudes alimentaires sont quelque chose de très profond, qui va au-delà de la pensée consciente, ce qui les rend incroyablement lourdes à changer. On ne mange pas avec son cerveau, le corps a une évolution beaucoup plus lente que les idées. »
Ainsi, sur le rapport de l'homme à la viande, il explique que :
« L'identité masculine s'est construite historiquement en lien avec la viande. Dans la Rome antique, lors de banquets où l'on sacrifiait des animaux, le prêtre boucher distribuait les morceaux en fonction de la hiérarchie sociale, c'était un rôle véritablement politique. »
Lui pronostique d'ailleurs que, malgré ce qu'on dit, le partage égalitaire des tâches ménagères dans le couple ne verra le jour que dans deux cents à trois cents ans…
« Besoin de doudous alimentaires »
Ce qui l'a le plus étonné dans les résultats de cette étude, c'est la hausse de la consommation de desserts glacés (+30%, alors que le sucre et ses dérivés comme le miel et la confiture ont largement baissé) :
« Dans une société individualisée, pour combler l'angoisse, les individus ont besoin d'être enveloppés, caressés, rassurés de l'intérieur, avec des aliments régressifs, des sortes de doudous alimentaires qui coulent sans efforts dans la bouche.
Ils ont l'avantage de ne pas véhiculer l'idée du mal, ils gardent une bonne image ».
Mais ils sont aussi générateurs d'obésité. Ce phénomène touche touche plus de 11% des adultes et 3% des moins de 17 ans. Des chiffres qui n'ont pas bougé depuis 1999.
Photo : « Unwanted Cone » (Kapungo/Flickr)


























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De amatxo
18H10 | 10/07/2009 |
l'alimentation est avant tout affaire d'éducation,d'habitudes alimentaires familiales et régionales,me semble-t-il.Cependant la déstructuration des repas pris tous ensemble,dans un seul lieu(cuisine généralement)à des heures régulières amène à l'ingestion d'aliments (glaces,hamburgers,viennoiseries…) quel que soit le moment de la journée : observez les passants dans la rue ! D'ailleurs un problème crucial préoccupe de plus en plus les pédiatres : l'obésité des enfants.Gardons donc nos bonnes vieilles habitudes alimentaires« à la française » et n'oublions pas qu'au delà de la nourriture avalée ensemble,le repas est le moment privilégié des échanges, des discussions et même des disputes de nos ados entre eux : ne les privons pas de ces futurs souvenirs qui FONT la famille…et le sel de la vie ! ! !
De Lictor
informaticien | 19H07 | 10/07/2009 |
Le fait de manger dans la rue n'est pas forcément un problème. Il y a des pays avec une vraie culture de « nouriture de rue », comme la Thaïlande, et ils résistent plutôt bien à l'obésité…
Le problème vient plutôt de la façon d'aborder cette nourriture. Dans la culture européenne et avec la culpabilisation alimentaire qui est en cours, ces prises alimentaires ne sont pas ressentie comme des repas. Elles ne comptent pas. Du coup, on mange sans chercher à se nourir, comme si cette prise alimentaire ne comptait pas. C'est la différence entre du grignottage et un repas. Un repas, ça peut se prendre dans la rue, debout dans sa cusine, allongé au lit, peu importe, du moment qu'on est psychologiquement dans le repas… On peut d'ailleurs également très bien grignotter à table…
On peut ou pas garder les habitudes à la franaise, c'est un choix personnel. En plus, je ne sais pas vraiment ce qu'est l'habitude alimentaire à la française ; on ne mange pas pareil à Marseille, à Paris, dans le Nord ou en Alsace… Par contre, il faut effectivement recréer des habitudes qui instaure un repas, avec si possible une socialisation…
De Lictor
informaticien | 20H43 | 10/07/2009 |
D'accord avec vous, si ce n'est que les USA étant une collection de populations spécifiques, chaque américain devrait avoir sa tradition alimentaire… Sauf que la plupart l'ont abandonné, entre la culpabilisation faite par les nutritionistes et la récupération de l'agro-alimentaire… Difficile de s'adonner à la Soul Food, quand les médecins vous disent « le gras, c'est mal » et que les industriels vous proposent allégés sur allégés… D'ailleurs, les USA détiennent le record mondial de consommation de produits lights…
C'est d'ailleurs le coeur du problème. Vous parlez de plaisir. Comment avoir du plaisir quand manger est soit un acte anxiogène (tant de mauvaises choses pour la santé ! ), soit un acte médicalisé (manger, c'est la santé, on mange comme on prend un traitement), soit un acte qui vous ramène à votre condition (prix délirants des primeurs, nourriture hard discount poussée par notre Président…).
Je crois qu'il est effectivement urgent de réapprendre le plaisir et la décontraction face à la nourriture. Et pour cela, il faut déculpabiliser. Manger gras de temps en temps ne tue personne. Manger chez MacDo une fois par mois non plus. Manger, c'est trouver un équilibre, et un équilibre, ça comprend des excès de temps en temps…
Il est hallucinant que la France qui avait une tradition allant dans ce sens, et qui l'a d'ailleurs protégé contre l'obésité et les maladies pendant des décénies, finisse par céder au puritanisme diététique… Le régime Toulousain (vin, fruts et légumes, légumes secs, graisse de canard et d'oie) obtient pourtant des résultat presqu'aussi bons que le régime Crétois…
De Mon-Al
roturière :-) | 21H58 | 10/07/2009 |
Un petit déjeuner doit comporter une part de laitage, une part de fruit, une part de céréales ou de pain, une boisson (café ou thé), le tout avec un minimum de sucre rapide … Il doit être consistant car avec on doit « tenir » jusqu'au déjeuner… sans grignotter ! !
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 22H04 | 10/07/2009 |
+30% de consommation de sucre, pas étonnant que les gens soient de plus en plus gros.
Je fais parti d'un groupe de test de consommation, ma dernière enquête date de quelques jours, il était question justement de petit déjeuner.
De plus en plus d'enfants et de jeunes consomment des biscuits le matin, ces biscuits petits déjeuner aux céréales complètes et fourrés fruits.
Voilà le nouveau petit déjeuner à la place des tartines de pain, beurre et confiture.
Biscuits aux céréales complètes, encore plus de pesticides que les non complètes, plus des ogm selon la liste de Greenpeace, plus de sucre que le pain même avec de la confiture et aussi PLUS CHER, deux biscuits ne suffisent pas jusqu'à midi.
Les parents qui donnent ce genre de petit déjeuner aux enfants, les habituent aux sucres rapides.
Pas sain et très cher.