En cette veille d'élections régionales, les forces politiques se mettent en ordre de bataille. Trop classiquement peut-être à gauche où chaque formation semble d'abord vouloir utiliser cette échéance à des fins de stratégie. Nous prenons le risque de laisser passer l'occasion d'un profond renouveau, indispensable pour gagner et salutaire pour l'avenir. Voilà pourquoi je fais la proposition que ces élections régionales marquent l'an 1 d'une nouvelle perspective à gauche : l'union Gauche-Ecologie autour d'un grand projet commun.
Europe Ecologie a montré le besoin de changement à gauche
Depuis 2004, la gauche rassemblée et les écologistes dirigent la quasi totalité des régions, chaque composante apportant quelque chose à l'action. La gauche peut être fière de son bilan, mais ne doit pas s'en contenter : nous devons aller plus loin ensemble dans les domaines où nous avons réussi, ouvrir de nouveaux chantiers autour desquels construire une nouvelle dynamique de gauche, unie et audacieuse dans notre pays.
Pour cela, prenons le meilleur de chacun. A l'occasion des élections européennes, le rassemblement Europe Ecologie a montré à la fois le besoin de changement à gauche, d'ouverture aux mouvements citoyens et de réponses nouvelles face à la crise, qui prennent pleinement en compte l'exigence écologique. C'est un indéniable succès, mais emporté sur fond d'abstention forte, et qui laisse ouverte la question des partenaires nécessaires à ce rassemblement pour pouvoir agir efficacement au service de ses objectifs. Europe écologie a réussi au plan des idées comme de la démarche, mais a besoin d'alliés pour que ses idées l'emportent dans la pratique et se transforment en politiques concrètes.
Le Front de gauche du Parti Communiste et des amis de Jean-Luc Mélenchon a montré que l'on faisait plus en s'élargissant qu'en restant isolé. Il n'est pas devenu pour autant une force alternative au sein de la gauche mais, s'il le souhaite et demeure unitaire, il est un partenaire incontournable. S'il s'enferme au contraire dans un face-à-face avec l'extrême gauche, il prend le risque de l'inefficacité et de l'affaiblissement de la gauche toute entière.
Le PS ne peut gagner seul, mais la gauche a besoin de lui
Le Parti socialiste, quant à lui, a subi un grave échec. Les citoyens lui ont envoyé un ultime avertissement, lui demandant de changer sans délai. Il doit opérer une profonde transformation pour devenir le grand parti de gauche inventif, populaire et moderne que les Français exigent, faute de quoi ceux ci se passeront de lui.
Mais le Parti socialiste, même affaibli par ses échecs successifs et ses divisions qui doivent cesser, reste la force centrale de la gauche. Ses élus sont reconnus, il dirige la majorité des villes, des départements et des régions. Ses groupes parlementaires d'opposition à l'Assemblée nationale et au Sénat sont les plus importants et bataillent chaque jour contre la droite, comme en ce moment sur le travail du dimanche ou l'indépendance des juges. Le PS ne peut gagner seul, il ne l'a d'ailleurs jamais pu, mais la gauche a besoin de lui pour gagner.
C'est pourquoi, les élections régionales devraient être l'occasion pour la gauche et les écologistes de montrer leur capacité à dépasser les affaires de boutique, dont les Français sont las, et à mettre en œuvre un programme commun pour les régions reposant sur un triptyque essentiel : le progrès social, l'impératif environnemental, et une économie efficace au service de l'humain.
Sur les transports, la justice sociale et la solidarité territoriale, l'avenir des quartiers populaires, l'éducation, la recherche et la culture, la fracture numérique, le développement économique, et tant d'autres sujets, nos régions ont besoin d'un nouveau projet rose-vert-rouge, pour changer au quotidien la vie des citoyens et préparer la France de l'après crise.
Le PS avec les écologistes, le PRG, le MDC et la société civile
Nous pouvons immédiatement commencer à travailler à ce grand projet Gauche-Ecologie, porteur d'une nouvelle matrice pour la gauche, et qui propose à la fois de répondre à l'urgence sociale et à l'urgence environnementale par un nouveau modèle de croissance écologique et un nouveau modèle de société.
Je fais donc une proposition simple qui donnerait de l'élan à ce projet : des listes Gauche-Ecologie qui rassembleraient, dès le premier tour des prochaines élections régionales, le PS, les écologistes et toutes les forces de gauche qui sont prêtes à diriger les régions ensemble autour d'un projet progressiste et écologique commun.
Après tout, nous avons bien gouverné ensemble 20 régions sur 22 pendant six ans, la gauche dans toute sa diversité, sans oublier les radicaux du PRG et le MDC, avec les écologistes. Au nom de quelle fatalité faudrait-il se résoudre à devoir se présenter séparément lors du premier tour des élections régionales de 2010 puisqu'à l'avenir nous souhaitons continuer à agir ensemble au service des Français ? S'il y a volonté d'agir en commun autour d'un projet partagé dans nos régions, pourquoi commencer avec des listes séparées ?
Je fais aussi le vœu que ces listes et ce projet montrent notre ouverture radicale à la société civile en accueillant des citoyens venus d'autres horizons, comme le monde associatif, syndical, culturel, l'université ou le mouvement sportif, pour apporter à la gauche leurs nouvelles énergies.
N'offrons pas à cette droite la possibilité de profiter de nos divisions
Pour aboutir à de telles listes de rassemblement, tout doit pouvoir être discuté : le programme bien sûr, la représentativité de chacun sur les listes et les futurs exécutifs régionaux. Il n'y a pas de préalable et chaque situation régionale doit être examinée. Faut-il pour autant soulever des problèmes artificiels comme celui des candidats à la présidence des régions ? Le bilan des présidents actuels est reconnu par la population et représente un atout indéniable face à notre adversaire commun, pourquoi s'en priver ?
Bien entendu, là où des manquements aux valeurs communes de la gauche ont eu lieu, je pense en toute franchise à la région Languedoc-Roussillon et aux propos inacceptables de George Frêche sur les harkis ou les noirs, il est normal que nos partenaires, comme les socialistes eux même, exigent le changement. Mais, respectons les citoyens et leurs choix démocratiques qui font du Parti socialiste la première force à gauche dans les régions, et enrichissons nous de toute la diversité de la gauche, en faisant par exemple de nos partenaires les têtes de nos listes dans certains départements.
Le choix de listes autonomes de chaque formation au premier tour pour ne s'allier qu'au second est évidemment toujours possible. Mais n'oublions pas la leçon des élections européennes : majoritaire au total, la gauche divisée est faible tandis que la droite sait crier victoire même lorsqu'elle est minoritaire. N'offrons pas à cette droite la possibilité de profiter de nos divisions pour créer une dynamique autour d'elle en vue du second tour de l'élection régionale.
La gauche a impérativement besoin d'un nouveau souffle, inventif et unitaire. La nouvelle donne d'un projet et de listes Gauche-Ecologie peut créer ce sursaut dès les prochaines élections régionales. Ayons l'ambition de ce grand projet commun et donnons nous les moyens de la réaliser en nous rassemblant dès que possible.

























5
De Alexander Doria
étudiant | 17H26 | 06/07/2009 |
Autant je souscris tout-à-fait à votre analyse selon laquelle nuire au PS fait forcément le jeu de la droite, autant je suis plus sceptique quand aux résultats supposés mirifiques d'une alliance entre PS et Europe écologie.
En politique, 1 et 1 ne font pas 2. Une alliance entre deux partis n'impliquera jamais nécessairement que leurs scores électoraux s'additionnent.
Si Europe Ecologie a pu réunir un si grand nombre de suffrage, ce n'est pas seulement du fait d'une excellente campagne, mais surtout à cause de l'état de déshérence de nombre d'électeurs du PS, qui ne se retrouvent plus dans un parti inaudible.
Chaque chose en son temps, M. Harlem : dotez tout d'abord le PS d'un programme crédible, synthétique et renouvelé (vos idées ne manquent pas, contrairement à ce que les médias peuvent prétendre, mais seulement vous ne savez pas les capitaliser), puis cherchez ensuite à étendre le cercle de son électorat. Les projets les plus beaux peuvent facilement s'estomper dès lors qu'ils sont bâtis sur du sable.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H24 | 06/07/2009 |
Une première remarque, en passant : le Front de Gauche réunissait non seulement le Parti Communiste Français et le Parti de Gauche, mais aussi la Gauche Unitaire. Je me demande : comment faut-il interpréter cet oubli de votre part ?
Plus sérieusement, autant je partage votre analyse selon laquelle le PS ne peut gagner seul, mais la gauche a besoin de lui, autant je m'interroge sur les raisons qui feraient, aujourd'hui, que la gauche hors PS pourrait vouloir gagner avec lui. (Les raisons qui feraient que les Verts pourrait vouloir gagner avec vous sont plus claires, dans la mesure où les principaux clivages ne paraissent pas infranchissables.) Avant de vouloir gagner, il faudrait peut-être savoir pour quoi faire, sauf votre respect. S'il ne s'agit que de remporter une transposition régionale de la course à l'échalote entre Nicolas et Ségolène (ou n'importe qui, d'ailleurs), pardonnez-moi, mais je ne vois pas bien l'intérêt. Gagner n'aura de sens que dans l'hypothèse où le PS se montrera enfin capable de nous sortir un programme comestible, y compris au niveau des régions.
Pouvez-vous nous dire où vous en êtes de ce travail-là ? Y a-t-il un simple embryon (avec le PS, nous avons appris à nourrir des espoirs modestes) d'ambition d'une politique régionale coordonnée et qui ferait des régions une véritable opposition au gouvernement de droite ? Y a-t-il, au PS, l'ébauche d'une volonté d'agir avec les outils que la loi donne aux régions en vue de proposer une véritable alternative ? Selon ce qui se murmure, vous n'avez guère avancé sur tous ces points, et pour cause : les régions se sont pour l'essentiel transformées en baronnies PS après avoir été des baronnies UMP. C'est un peu court pour accepter de gouverner les régions avec vous, il me semble. Je vois bien qu'au PS on cherche à limiter la casse (20 régions sur 22, il y a peu de chances que cela se reproduise), mais cela ne répond pas à la seule question qui vaille : pour faire quoi, nom de dieu !
De gafet
citoyen vigilant | 20H47 | 06/07/2009 |
Mon cher Harlem,
puisque tu prends ta plus belle plume (dont le bois est d'une très belle qualité au demeurant) pour t'adresser à nous, électeurs de gauche « orphelins » selon le joli mot de mm.riché ou haski, permets moi cette petite réaction à ta tribune :
- tt d'abord je souscris à la séduisante idée d'union des « forces de progrès », seul facteur de succès face au kozysme pour les régionales mais surtout pour 2012 (c'est surtt ça qui nous fait flipper, Harlem) ;
- je dirais ensuite que si l'union fait la force, une bonne petite réflexion sérieuse sur le corpus socio-démocrate français en 2009 commence à devenir très urgente, Harlem, et que ce n'est pas en courant derrière lou ravi écolo que vous allez gagner en crédibilité ;
- je rajouterais volontiers que vous (PS) avez semble t il un peu coupé les ponts avec le monde des idées (universitaires, blogueurs, certains cinéastes) et que c'en est un peu gênant à cette époque de crasse inculture portée en bandoulière au plus haut niveau de l'Etat ;
- la réflexion sur le projet politique et social que vs entendez proposer au pays est fondamentale, un préalable ;
- par ailleurs, que tu tacles Frêche : soit, évidemment, passage obligé ; mais quid de Lang (grâce auquel le kozy a pu s'en aller parader devant le Parlement) ou de JM Baylet président de l'évident PRG (grâce auquel le kozy…etc) ou de Valls (cheval de Troie du kozysme au sein du parti so called « socialiste ») ? La présence de ce triste trio au sein du PS ou de formation apparentée est gênante, Harlem, très gênante pour les sympathisants ; et c'est un vilain signal pour les indécis (« quelle différence entre eux et ceux d'en face, z'ont l'air plutôt sur la même longueur d'ondes finalement ») ;
- enfin, l'ouverture à la société civile, aux minorités, voilà un autre facteur de succès et renouveau du PS, mais conviens-en c'est aussi un très beau serpent de mer du Parti : on en parle tt le temps, on ne le voit jamais. Si j'étais un peu taquin, je pourrais au hasard citer l'exemple d'un certain Desir Harlem dont je suis, depuis « SOS racisme » et l'« affaire malik oussekine », l'ascension politqiue en me demandant un peu quel fut son passage ds la vraie société civile (et valls ? et cambadélis ? et bartolone ? et hamon, que j'aime bien en + ? ).
Voilà, j'ai été un peu long et pt être même un peu dur, Harlem, mais qui aime bien châtie bien - et je dois bien avouer que mon stock d'amour pour le parti de Jaurès commence un peu à arriver à épuisement.
On compte sur vous, quoi - pour la dernière fois, quoi.
Fini les blablas, les clubs, les courses persos au mandat-mangot, les congrès fatricides sous l'oeil des caméras de LCI goguenardes : maintenant, ce que nous potentiels électeurs de primaires à gauche, attendons de vous, PS, c'est du brain-storming et des actes.
Ou vous porterez pour très longtemps sur les épaules la responsabilité de la chute de la France sous kozy Ier.
De Amédée Bonfils
Francais de l'étranger | 22H37 | 06/07/2009 |
Une petite erreur de logique qui fout la belle argumentation d'Harlem Désir par terre : en 2004 dans la moitié des régions les Verts étaient partis en autonome au premier tour. Ca n'avait pas empeché la gauche (le PS) de diriger 20 des 22 régions.
Avec ce texte d'Harlem Désir et aussi l'appel de Robert Hue, on sent comme une envie d'éviter à tout prix que les cartes soient rebattues entre les composantes de la gauche francaise. Il est vrai que si à l'issue de régionales où Europe Ecologie serait partie en autonomie au premier tour et ferait jeu égal, voire doublerait le PS, on comprendrait mal pourquoi le PS devrait occupé encore une place centrale, hégémonique au sein de la gauche francaise.
De Jean de Lille
22H45 | 06/07/2009 |
Non M. Désir, et pourtant je suis au bord d'entrer au PS ou de rejoindre les groupes de réflexion car je souhaiterais sincèrement pouvoir donner un coup de main à Martine comme on l'appelle ici. En effet quand on habite Lille et qu'on voit avec quelle détermination sont défendus les défavorisés tant à Lille que sur la métropole on ne peut que tirer son chapeau même si les critiques ne manque pas et que les « critiqueurs » sont heureusement là pour aiguillonner les idées.
Mais l'union dès le premier tour avec les verts me semble une erreur gigantesque, car ce serait la meilleure manière de casser une dynamique intéressante.
L'expérience de l'étouffement du PC devrait faire réfléchir car certes il a donné un PS triomphant dans un premier temps, mais ce triomphe l'a aidé à perdre son âme et donc petit à petit à patiner dans la semoule, jusqu'à l'aveuglement d'un certain Lionel Jospin qui a disparu (sauf de temps en temps pour régler son compte à quelqu'un ce que je ne trouve pas très élégant). Avant de disparaître il avait installé aux commande du parti un certain François, consensuel, histoire qu'il ne lui fasse pas trop d'ombrage pour mener sa politique lorsqu'il serait élu, or les français en ont décidé autrement et cela a mené le parti où il en est maintenant.
Il est donc effectivement temps de reconstruire et je trouve qu'il y a une chance inouïe dans l'émergence de l'écologie car il y a chez les verts un véritable projet politique réellement complémentaire d'un programme de gauche. Alors voyez vous, plutôt que d'essayer de savoir si l'écologie est soluble dans le PS, je crois qu'il serait beaucoup plus intéressant de favoriser l'émergence d'un vrai parti de cette mouvance pour qu'il développe au premier tour ses propres thèmes, tandis que le Ps pourrait se recentrer sur les questions sociales et économiques en veillant que ses choix économiques n'entrent pas en conflit avec le programme des verts. On pourrait par contre prévoir à l'avance, que dans un deuxième temps il y ait une réelle fusion des listes, au prorata des résultats du premier tour (honnêtement, sans tricherie pour faire passer un copain du coin), fusion réalisée sur la base de la politique de la région et de l'intégration de celle-ci dans l'Europe. Cette dernière est susceptible de constituer un bon socle d'entente et bien présentée (c'est à dire honnêtement là encore et donc pas comme le référendum s'est déroulé),elle peut être porteuse d'un vrai grand projet tout à fait enthousiasmant s'il s'agissait d'en faire autre chose que la maison des seuls économistes et des experts de tout poil.
J'ai peut être peu de chance d'être entendu mais je tenais a apporter ma contribution