
Des camions mesurant plus de 25 mètres et pesant jusqu'à 60 tonnes, seront probablement bientôt en circulation sur nos routes, si le gouvernement ne fait pas rapidement marche arrière. D'après nos sources, un décret est dans les tuyaux.
Tout semble avoir été décidé entre quelques fervents partisans de ces engins et les services du ministère. Depuis l'annonce faite en avril dernier par Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, France Nature Environnement s'est mobilisée. Cette fois, un sondage réalisé pour l'association est sans appel : les Français disent non à une écrasante majorité.
Pourquoi ces engins ont-ils autant la cote dans les couloirs du ministère ?
Dangereux, coûteux et incompatibles avec tous les engagements pris lors du Grenelle de l'Environnement en matière de transports, ces camions n'ont rien pour plaire… sauf à ceux à qui ils profitent. Mais qui sont-ils ?
La majorité des transporteurs routiers est peu concernée. Mais c'est bel et bien une poignée d'industriels qui l'est.
Leur nom : le « Club 25.25 » (se référant à la longueur des camions : 25,25 mètres). Parmi ses membres : Michelin, Renault Trucks, la Fédération française de la carrosserie.
La législation n'étant, en l'état actuel, pas compatible avec la circulation des « mégacamions », un lobbying pugnace est en cours depuis plusieurs mois. Objectif : obtenir les dérogations nécessaires à la mise sur le marché de ces nouveaux engins, 30% plus longs que les poids lourds actuels.
Des discussions sont en cours depuis plusieurs semaines entre les membres de ce club et le ministère. Les associations de protection de l'environnement n'y ont pas droit de cité.Seule, France Nature Environnement a été l'invitée de dernière minute d'un comité de pilotage -censé se réunir le 21 juillet- alors que tout le dispositif est prévu clés en mains dans un projet de décret, encore dans les tiroirs du ministre.
D'après le sondage CSA réalisé pour France Nature Environnement auprès de 1012 personnes, 81% des Français sont défavorables à la circulation en France et en Europe de camions de plus de 25 mètres. Et 79% sont inquiets pour la sécurité routière si de tels engins circulaient. Ces résultats ne présentent qu'une option au ministère : changer sa décision et investir ailleurs que pour le mode routier.
Les « mégacamions » sont dangereux pour nos routes. Plus longs, plus lourds, ils augmentent les risques d'accidents mortels. Il n'est qu'à imaginer un Boeing 737 circulant sur nos routes ! Mesurant seulement quelques mètres de plus qu'un mégacamion, la comparaison n'est pas farfelue. Les camions actuels sont, qui plus est, déjà responsables de deux fois plus de décès que les voitures. Ils coûtent chers et ne sont en rien adaptés à nos infrastructures routières.
Il va falloir payer pour permettre à ces 25 mètres de ferraille de circuler : aménager les infrastructures, et envisager le coût des dommages occasionés par leur circulation. Les Français doivent-ils payer pour voir circuler des camions dont ils ne veulent pas ? Les ressources publiques sont rares, utilisons-les vers d'autres modes de transports, moins polluants.
Car les « mégacamions » sont polluants. A force de, sans cesse, permettre à certains transporteurs routiers de diminuer leurs coûts, la route devient toujours moins chère. Les différents modes de transport, tel que le rail (moins polluant) sont loin d'être sur le même pied d'égalité. Les mégacamions, c'est donc toujours plus de camions sur les routes et toujours plus de CO2 dans l'atmosphère.
L'Europe nous regarde, ne donnons pas de mauvaises idées à la Commission
En matière de transports, nul besoin de rappeler l'importance d'avoir toujours un œil rivé sur Bruxelles.
Politique communautaire par excellence, tout ce qui concerne le poids et la longueur des véhicules se décide au niveau des institutions européennes. Cette directive doit être révisée dans quelques mois. La Commission européenne a déjà commencé les premières études d'impacts.
En Suède, en Finlande, au Danemark, aux Pays-Bas, où ils sont autorisés, et probablement en Belgique ainsi qu'en Allemagne, les mégacamions français sont loin de laisser nos autres voisins européens indifférents. Si bien qu'une telle mise en circulation (fût-elle sur un tronçon routier d'une centaine de kilomètres) rangerait automatiquement la France dans la coalition européenne « pro-mégacamions ».
Le ministère aime jouer avec les mots à ce sujet. « Expérimentations », « tests », auraient pour simple objectif de disposer d'éléments techniques d'évaluation.
Rien à voir avec l'Europe ? L'irréversibilité d'une telle mise en circulation est pourtant totale. En pleine crise économique, quelle pertinence à investir à ce point pour aider quelques industriels à vendre leurs engins ?
La Commission européenne souhaite autoriser leur circulation à travers toute l'Europe. La France, important pays de transit, verrait alors des mégacamions traverser ses frontières sans rien pouvoir y faire. Et plus besoin de savoir à quels endroits avait été permise une « expérimentation ». Les mégacamions suédois, finlandais, danois, circuleraient en toute liberté.
► Addendum le 7/7 à 19h48 : le gouvernement crée un observatoire chargé d'évaluer l'impact des mégacamions sur l'environnement. FNE parle d'un « enterrement de première classe ».
Photo : un « mégacamion », mesurant plus de 25 mètres et pesant jusqu'à 60 tonnes (DR).



















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De Iv
Roboticien utopiste | 17H23 | 06/07/2009 |
Hmmm, c'est bizarre mais j'ai très sincèrement l'impression de manquer quelque chose ? Ces camions ne sont-ils pas plus efficaces à la fois écologiquement et économiquement ? J'ai le sentiment qu'un seul gros camion transporte la même marchandise que deux plus petits à une consommation et pollution moindre, non ? Sinon, je ne vois pas l'intérêt même économique des transporteurs à ces véhicules.
D'accord, c'est une tannée sur l'autoroute, mais niveau écologie, vous êtes surs qu'ils ne représentent pas un progrès ?
De lapinot
chômiste | 18H32 | 06/07/2009 |
oui et non.
oui, effectivement la consommation de carburant, et donc la pollution, par tonne transportée est plus faible avec ces méga camion.
non, car ces engins sont conçues comme une alternative au rail infiniment moins polluant. De part leur gabarit ils ne sont pas destiné à remplacer les vieux camions qui font du « porte à porte » mais à se substituer à un autoroute ferroviaire sur une longue distance.
Il ne faut pas raisonner 1 méga camion = 2 vieux camionx mais 1 méga camion = 1 véhicule diesel à la place d'un wagon de marchandise à traction électrique
De Lairderien
21H05 | 06/07/2009 |
Les gros camion actuels c'est 40 tonnes de poids total en charge, sauf pour certains transports de conteneurs à 44 t.
Ce qui veut dire une charge utile de marchandises de 25 voire même dans certains cas 27 tonnes maximum. Quelques camions particulier parviennent pour certains types marchandises à transporter 30 t tout en restant dans la limite des 40 T de poids total.
Cette proposition d'augmenter la longueur et donc surtout le volume transporté, émane bien des industriels et non des transporteurs. Il faut savoir en effet que le volume de marchandises à transporter augmente plus que le tonnage ce qui explique l'intérêt d'augmenter la longueur des camions, pour plus de volume utile.
De toutes façons ces camions de 25 m ne pourraient pas rouler ailleurs que sur autoroute, sans poser d'énormes problèmes.
Ceci dit de telles longueurs existent déjà sur nos routes, ce sont les camions de forains qui peuvent atteler plusieurs remorques. Mais leurs déplacements sont tous de même ponctuels, entre deux fêtes de villages ou de villes. Néanmoins quand on doit doubler un tel convoi, c'est du sport !
De steed1
prosateur à mi-temps | 07H33 | 07/07/2009 |
Les questions que je me pose :
- un tel camion se suffit-il de la distance de freinage d'un camion conventionnel ?
- devra t-il se cantonner à rouler sur des autoroutes ?
- jusqu'à quel point devra t-on adapter les équipements routiers pour l'accueillir ? passage des 2X2 voies en 2X3 voies, aires de repos plus conséquentes, élargissement des ronds points…
- qui financera ?
En dehors de ces questions je ne suis pas sur de vouloir croiser ou doubler des monster trucks en partant en vacances, je pensais que ce genre de camions étaient réservés à l'australie ou au grand nord canadien…
De Yvon le Zébulon
Retraité | 07H53 | 07/07/2009 |
Incontestablement, notre réseau routier n'est pas adapté à ce type de véhicules.
- D'ailleurs, même les grosses berlines US ne sont pas capables d'évoluer normalement à l'intérieur de nos infrastructures.
- Trouvez donc une place de parking en ville pour une grosse cadillac, ou tentez de prendre les courbures des voies d'accès de nos parkings souterrains : Même les largeurs au marquage au sol sont trop étroitement calculées, et visiblement pas prévues pour ça.
* Pour garer ces trucs là, il faut trouver 2 places de libres….
° Reste que notre petit Président voit tout en grand !
De Céline Mesquida (auteur)
France Nature Environnement | 19H31 | 08/07/2009 |
Bonjour à tous et merci pour tous vos commentaires !
Je note que depuis trois jours, la grande majorité des avis exprimés vont dans le sens de ce que nous défendons à France Nature Environnement à savoir le refus de toute mise en circulation de ces monstres roulants sur nos routes, mais aussi en Europe.
Pour essayer de répondre à tous vos commentaires :
Sur la question du sondage : ce sondage a été réalisé par un institut officiel, le CSA. Il a été réalisé sur un échantillon représentatif de 1012 personnes, selon la méthode classique dite des quotas. Enfin, la question posée n'entraîne aucune nuance puisqu'elle définit bien qu'est-ce qu'un méga camion par rapport à un camion actuel et demande aux personnes interrogées si elles y sont favorables. Par ailleurs, l'ensemble des prises de position depuis trois jours ne fait que confirmer les résultats de ce sondage.
Sur la question de la sécurité routière : il n'y a à l'heure actuelle aucune étude d'impact menée au niveau français. C'est le problème. Les caractéristiques de ces véhicules (longueur mais aussi poids) impliquent nécessairement une augmentation des risques. Prenez tout simplement la distance de freinage d'un camion de 60 tonnes. Certains routiers nous parlent d'une optimisation du système de freinage avec l'augmentation du nombre d'essieux. Très bien ! Mais cela ne va pas réduire les distances de freinage. Tout est mathématique. Une distance de freinage, c'est le temps de réaction du conducteur additionné du temps de freinage du véhicule. Si le véhicule est plus lourd, et malgré les optimisations techniques promises, c'est automatique, le freinage sera plus long que pour un camion moins lourd. Le temps de réaction du conducteur n'a en effet pas vocation à se réduire.
Sur la question des dégâts aux infrastructures : qu'il s'agisse des autoroutes ou du réseau routier national, il faudra payer. Pourquoi encore une fois utiliser les fonds publics à contre sens de tous les engagements pris durant le Grenelle de l'environnement en matière de transport ? Je vous invite d'ailleurs tous à aller consulter la position de la Fédération des sociétés d'autoroutes sur la question. Ils sont très réticents à la mise en circulation de ces engins qui les obligeront sans aucun doute à aménager (http://www.asecap.com/francais/index.html). Ce sont donc autant les contribuables (pour le réseau routier non concédé) que les conducteurs (pour le réseau routier concédé) qui paieront pour des camions dont ils ne veulent pas dans une grande majorité.
Sur la question environnementale : beaucoup de commentaires expliquent à juste titre que les méga camions permettent de mettre en circulation 2 camions au lieu de 3. Bien sûr et c'est là le problème ! Prenons cette hypothèse, et encore faudrait-il qu'il y ait une optimisation des capacités de chargement. La première des conséquences serait une réduction des coûts de la route. Aujourd'hui, la priorité n'est pas là. La priorité est de permettre à des modes de transport alternatifs tel que le ferroviaire ou le fluvial de développer une offre compétitive et pertinente. Ce n'est pas en permettant au routier de diminuer encore ses coûts que de tels objectifs, repris dans les engagements du Grenelle de l'environnement, pourront se réaliser. Il est donc important de raisonner à une échelle globale. Car les conséquences pour le transport de marchandises par rail et fluvial d'une telle amélioration de la compétitivité de la route sont désastreuses. A coup sur à moyen terme, si ces engins sont mis en circulation, il y aura encore plus de camions sur nos routes, et donc encore plus d'émissions de CO2 !
Sur la question du transport routier de marchandises : France Nature Environnement n'a à aucun moment remis en cause la pertinence du mode de transport routier, notamment à une échelle régionale. Les méga camions sont cependant une véritable aubaine pour le transport routier de longue distance. Et les industriels du Club 25,25 qui les promeuvent savent bien que la prochaine étape de l'expérimentation sur le sol français est bel et bien une autorisation dans toute l'Europe. C'est ce que la Commission européenne est en train d'étudier. Une telle autorisation transfrontalière serait catastrophique pour le pavillon français, dont une majorité de PME. Hier même, la Belgique a proposé une autorisation de ces méga camions sur son sol. Après la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique et demain la France si nous ne nous mobilisons pas, l'effet cascade est catastrophique. La France ferait une erreur monumentale en mettant sur ces routes ces engins. Car demain, ce ne seront pas des méga camions français qui circuleront sur des axes définis, mais bel et bien des méga camions étrangers en transit sur l'ensemble de notre réseau routier.
C'est pour toutes ces raisons que je vous invite tous à signer notre pétition en ligne : http://www.fne.asso.fr/fr/actualites/non-aux-mega-camions.html