Avec la déferlante geek qui inonde les médias, il suffit de posséder une console de jeu après 18 ans ou de télécharger une saison de « The IT Crowd » [série britannique qui se déroule dans le service informatique d'une grande entreprise, ndlr] pour être rangé dans cette nouvelle catégorie par une armée de publicitaires bien décidés à exploiter le filon de la technophilie.
Mais le week-end dernier à Vitry-sur-Seine, on trouvait des geeks d'un tout autre calibre, des purs et durs : la crème des bidouilleurs informatiques, défenseurs du logiciel libre et autres passionnés de technologies en tout genre était réunie pour la deuxième édition du Hacker Space Festival, du 26 au 30 juin.
J'ai bien dit hacker, ce mot anglais qui signifie simplement « bidouilleur » à l'origine, mais qui a souvent été traduit par « pirate informatique ». De sulfureux pirates, les hackers ? Allons voir.
Le décor : le sous-sol d'un bâtiment désaffecté loué au réseau ferré français pour un prix symbolique, juste au bord de la ligne de chemin de fer. Pas exactement bucolique, mais vaste et tout à fait adapté à cette réunion de quelques centaines d'enthousiastes plutôt jeunes, et plus soucieux de la qualité du réseau Wifi et de la température des bières que de l'élégance des bâtiments.
Membre d'un service de renseignement ou de l'armée ? Merci de cocher la case
A l'entrée, l'accueil est cordial, et je me retrouve avec un badge « Volontaire ». Pardon ? Ce n'est pas une erreur, c'est simplement qu'à l'exception d'une poignée d'organisateurs, tout le monde a le même statut, depuis le lycéen curieux jusqu'au docteur en cryptographie venu présenter ses derniers travaux.
La seule formalité en dehors d'une participation libre consiste à signer une décharge, qui réserve tout de même quelques surprises à la lecture. Membre de la police, de l'armée, ou d'un service de renseignement ? Merci de bien vouloir cocher cette case…
Un peu plus bas, un autre article signale que « le participant reconnaît le terme “hacking” comme “utilisation créative de la technologie”, et non pas comme “attaque ou intrusion informatique” ou “copie illicite” ou “atteinte à la propriété artistique, littéraire ou intellectuelle.” Je prend bonne note : les amalgames sont priés de rester à la porte.
Le programme des présentations est modifié à la volée pour parer aux divers imprévus, et j'entreprends donc de m'éduquer, ce qui s'avère d'autant plus facile que tout le monde est disposé à répondre aux questions, même les plus naïves.
Je découvre que des inconnus se battent pour protéger mes conversations
J'apprends par exemple que la norme GSM de la téléphonie mobile présente des vulnérabilités apparemment inacceptables, et qu'il est prioritaire d'exposer ces failles au grand jour pour convaincre les autorités de remplacer ce standard vieux de vingt-cinq ans, dans l'intérêt de la confidentialité des utilisateurs.
Etrange sensation de découvrir que des inconnus se battent avec passion pour protéger mes conversations privées…
Voici l'heure du déjeuner, ou presque, car on manque de mains en cuisine. Deux personnes du public se dévouent et le conférencier en profite pour passer à un autre sujet : comment avec un papier de verre, un bon microscope et éventuellement un logiciel de reconnaissance faciale, on peut reconstruire la structure tridimensionnelle d'une puce RFID (d'un passe Navigo par exemple), puis reconstituer son fonctionnement exact.
Son dernier exploit a défrayé la chronique début 2008 : avec un autre étudiant de l'université de Virginie, il prouvait que les puces Mifare utilisées un peu partout n'étaient absolument pas fiables. Après avoir tenté d'interdire la publication de ces informations, l'entreprise productrice a fini par admettre le problème et par changer de système.
Nous avons droit à quelques dernières considérations franchement amusées sur les techniques des constructeurs pour cacher les caractéristiques techniques des puces, et le déjeuner est enfin prêt : menu unique, légumes bio et assez de vitamines pour une demi-douzaine d'écoles primaires.
Installer un serveur sur une vieille calculatrice ou fabriquer une imprimante 3D
L'un des organisateurs s'excuse pour aller laver son bol, puis revient m'expliquer son exaspération face à certains industriels qui persistent à pratiquer la “sécurité par l'obscurité”. Tout le temps et l'argent -considérables- dépensés à tenter de soustraire les failles de leurs produits aux yeux des petits curieux seraient mieux employés, d'après lui, à construire des systèmes solides dès le départ…
Les conférences se succèdent sans se ressembler et la variété des sujet est même un peu vertigineuse : à côtés des questions high tech ont aussi été discutées, en vrac, la meilleure façon d'installer un serveur web sur une calculatrice vieille de trente ans ou de se fabriquer sa propre imprimante 3D, sans oublier les aspects pratiques de la fabrication de biodiesel maison ou de la fermentation artisanale du chou.
Après chaque présentation, généralement donnée en anglais, la conversation continue ailleurs pour les plus intéressés, pendant que l'orateur suivant prend la relève, face à un public très tolérant : tous les participants à qui j'ai pu parler sont éclectiques et fiers de l'être.
Les oppositions classiques entre programmeurs de logiciel et amateurs de matériel semblent oubliées ou du moins mises de côté pour l'occasion, et personne ne s'écharpe sur les mérites respectifs de leur distribution préférée de Linux, un exploit habituellement inconcevable au-delà de la douzaine de passionnés.
Une mise en commun des compétences à l'échelle européenne
En discutant au gré des ateliers, je constate qu'une bonne partie de l'Europe est représentée, de la Suède à la Grèce, et que certains participants ont profité de leurs vacances pour venir d'aussi loin que le Vietnam ou Israël.
C'est donc que la manifestation remplit son objectif affiché par /tmp/lab, le groupe de hackers parisiens qui l'organise : il s'agit de faire communiquer les dizaines de “hackerspaces” qui existent à l'échelle européenne, pour mettre en commun non seulement les aspects techniques, mais aussi les solutions aux questions pratiques : comment conserver un lieu, rassurer les autorités locales, interagir avec les autres acteurs du milieu associatif…
Les hackers allemands, bien représentés, sont écoutés avec un respect particulier : créé en 1981 dans un Berlin coupé en deux, le Chaos Computer Club fait figure de grand frère et joue un rôle important de communication vers le grand public et de lobbying auprès du Parlement.
Il faut dire que lorsqu'on parle d'aspects technologiques, la politique n'est jamais très loin : la question de la sécurité des grands fichiers de population est brûlante, le combat contre les brevets logiciels agite toute la communauté, et sur le terrain-même les volontaires qui avaient installé des connections Internet dans les camps de réfugiés à L'Aquila en Italie ont vu leur travail défait par les autorités locales, au grand dam d'une population déjà très isolée.
“Autant de définitions du mot ‘hacker’ qu'il y a de participants”
Rien d'étonnant dès lors, à ce que les deux officiers de police venus voir prendre la température aient été identifiés au premier coup d'oeil. Avaient-ils coché la case ? Non, ils étaient simplement les seuls à ne parler à personne…
Alors, les hackers ? “Il y a autant de définitions que de participants”. Qu'est-ce qui les unit ? Sourire… “Nos différences. On est là pour faire des choses qui paraissent impossibles”, d'où la nécessité de collaboration entre des compétences extrêmement éloignées.
Interrogés sur le fonctionnement du mouvement, les membres du /tmp/lab insistent sur le fait que le festival, à l'image de toute la communauté, tient debout entièrement grâce à l'extrême motivation des participants : le budget, ridicule, s'élève à 2 000 euros pour quatre jours, entièrement avancé par des poches individuelles…
Un risque qui en valait la peine, puisque cette édition a été un succès et sera, d'après l'un des participants, au centre des conversations du milieu pour un bon moment.
Ensuite, il s'agira d'appliquer tout ça au niveau local : ce n'est pas tout d'assister à des réunions internationales, il faut rendre à la communauté, m'affirme-t-on avec conviction. Et si finalement c'était ça, leur côté subversif ?

























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De drosophile
Développeur | 18H18 | 05/07/2009 |
s/programmateurs/programmeurs/
Merci.
à drosophile
De shillom
08H19 | 06/07/2009 |
Je ne suis pas persuadé que l'auteur pratique VI, alors je traduis : merci de remplacer programmateur (Dispositif automatique permettant de définir des opérations à effectuer dans le temps) par programmeur (personne qui développe un logiciel). D'ailleurs programmeur ne s'emploie quasiment plus, on parle souvent de développeur.
Sinon bah oui on peut faire beaucoup de chose avec un peu de savoir, et les « hackers » sont souvent bien plus impliqués dans la sauvegarde de notre vie privée, voire garants de celle ci, que la CNIL et compagnie (cf l'exemple des machines à voter par exemple…)
à shillom
De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 13H11 | 06/07/2009 |
J'aurais plutot dit « sed »
à Azza
De shillom
11H14 | 07/07/2009 |
ah oui faut que je me renseigne un peu sur cette commande qui m'a l'air bien pratique, mais je scripte bien peu : )
Pour vi c'est vrai qu'il manquait le : avant le s
à shillom
De Mighty_BOFH
BOFH | 17H29 | 07/07/2009 |
Merci de citer la référence de la définition :
http://jargonf.org/wiki/programmateur
Sinon ton texte est trop long pour un littéraire.
Permets moi de te rappeler un grand principe KISS (Keep It Simple and Stupid)
donc a mon tour de me lancer pour que Fabienne corrige sa prose ingénument agréable a lire :
Un programmateur ça se trouve sur une machine a laver, un programmeur rarement.
merci donc de corriger le 838ieme mot
à drosophile
De ysengrimus
12H27 | 06/07/2009 |
Vous voulez de la sécurité informatique. Causez-en avec vos mouflets…
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/06/17/controler-l%E2%80%99acces-a-l…
Ils sy retrouvent mieux que quiconque…
Paul Laurendeau
De GastonLagaffe
flâneur | 11H36 | 06/07/2009 |
merci pour cet article qui relate un évènement intéressant qui est trop rarement traité par la presse. : -)
De AC-89
14H16 | 06/07/2009 |
« Rien d'étonnant dès lors, à ce que les deux officiers de police venus voir prendre la température aient été identifiés au premier coup d'oeil »
Qui prenait la température ? Etait-ce sous l'aisselle ou dans l'anus ? Pourquoi les policiers observaient-ils la scène ?
Décidément, il se passe de drôles de choses chez les Hackers.
De pegaze
ingé | 14H54 | 06/07/2009 |
le problème quand on considère le travail des autres, c'est qu'il est toujours plus facile de critiquer l'existant en disant que l'on aurait pu mieux faire plutôt que de pondre du code complètement novateur et qui plus est bien foutu. certes, on voit tous les jours des codes sortir dans un état assez catastrophique, souvent dû au côté massif des industriels qui lancent les technos et surtout à la grande mode de l'époque qui consiste à précariser et réduire à tout prix les coûts. par surprenant de voir au final des passionnés se taper le sale boulot et venir éclairer la lanterne des faiseurs d'argent si vénérés par les temps qui courent.
+1 pour les légumes bio : o
De skalpa
actif et militant ? | 16H45 | 06/07/2009 |
Pour avoir été présent le dernier soir (donc rien vu des work-shop, ni des conférences, juste bu et discuté avec organisateurs et participants), c'est vrai qu'il régnait une ambiance bon enfant dans un lieu et une organisation rappelant les frees-parties des année 90's.
On y parlait lessive à base de cristaux de soude, caverne de platon, détournement de portables, etc…
L'ambiance était tellement sympa que le Rg (auto ? )repéré a été placé au barbecue une bonne partie de la nuit…
Nourris par ceux qui vous surveillent….
http://kprodukt.blogspot.com/
De freakfeatherfall
loin de la rue | 20H54 | 06/07/2009 |
hé, excellent comme article !
je l'avais raté, pourquoi il est pas en tête de gondole sur la rue ?
merci en tout cas !
à freakfeatherfall
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 21H07 | 06/07/2009 |
Dommage qu'il n'y ai pas un peu plus sur le fond de la sécurité informatique.
à dulconte
De freakfeatherfall
loin de la rue | 21H36 | 06/07/2009 |
oui mais apparemment c'était très éclectique comme festival
j'ai pas l'impression que la sécurité en ait été l'élément fondamental