Silvio Berlusconi a presque gagné la guerre. Le constat est rude pour Massimo Giannini.
A 46 ans, le vice-directeur du quotidien italien La Repubblica, reste un irréductible : les changements provoqués par l'arrivée au pouvoir de l'entrepreneur milanais sont selon lui une catastrophe pour son pays.
C'est dans ce contexte que « Lo Statista : Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo », (« L'Homme d'Etat : les 20 ans au pouvoir de Berlusconi, entre fascisme et populisme »), écrit il y a quelques mois par Giannini, a eu un retentissement médiatique important et du succès chez les lecteurs.
Réfléchi et argumenté, l'ouvrage émet cinq thèses :
- Berlusconi est désormais un vrai homme d'Etat et plus seulement un aventurier venu à la politique pour défendre ses intérêts.
- Son arrivée au pouvoir entraîne la démocratie italienne vers un totalitarisme post-idéologique.
- L'entrepreneur milanais doit être plus que jamais pris au sérieux : derrière son style tapageur, il met en pratique des idées qui transforment l'Italie, et ce avec l'accord total de la population.
- Il y a de nombreux points communs entre le berlusconisme et le fascisme.
- L'opposition n'a rien compris au fonctionnement de son adversaire et a largement contribué à toutes ses victoires.D
Tous deux sont des tribuns hors paris, virils, maîtrisant la psychologie des masses
Berlusconi fasciste ? Il ne se passe sans doute pas un jour sans que Berlusconi et Mussolini soient comparés dans les médias. Giannini évoque ici la vingtaine d'années que les deux hommes auront passées à la tête de l'Italie.
En clair, un « ministère Berlusconi » a bel et bien succédé au « ministère Mussolini ». Pour le journaliste, les deux hommes se ressemblent : des tribuns hors pair, virils, maîtrisant la psychologie des masses.
Giannini prend le soin de rappeler que l'Italie des années 2000 n'est pas une dictature :
« Les partis de l'opposition sont vivants [et que] les journaux et les médias conservent [malgré tout] leurs fonctions critiques à l'encontre du gouvernement et de la majorité » (p. 70-71).
Mais il y a dans le berlusconisme la même volonté d'une « révolution conservatrice » ou « modernisation réactionnaire ».
Dans l'Italie d'aujourd'hui, « la vérité des faits ne compte plus »
Peut-on dire pour autant que Berlusconi est fasciste ? Giannini va (trop ? ) loin en affirmant que « Mussolini était un homme politique avec des défauts calamiteux, mais n'était ni affairiste ni pirate ; intellectuellement, il valait ô combien plus que l'entrepreneur immobilier » (p. 106).
Mais où sont les arguments ? Seule la conclusion du chapitre « Berlusconi il fascista » frappe le lecteur : aujourd'hui, en Italie, « la vérité des faits ne compte plus » :
« Il importe peu de savoir si le président de Conseil de mon pays a corrompu ou non un magistrat ou s'il a payé ou non témoins pour échapper à une condamnation pour corruption. » (p. 125)
Un constat édifiant qui ne signifie pourtant pas que Berlusconi soit une chemise noire. Le Cavaliere reste néanmoins omnipotent en Italie. Les hommes du chef du gouvernement sont placés aux postes-clefs, et « le Conseil des ministres s'apparente à un conseil d'administration » (p. 43).
Au final, le gouvernement Berlusconi maltraite tout, notamment les institutions. Le Parlement se retrouve ainsi bâillonné via un recours accru aux décrets-lois. Pour Giannini, il n'y a aucun doute possible : un « régime » s'est mis en place, loué quotidiennement par les journaux télévisés.
En face, la gauche ne sait plus présenter de programme crédible
Mais le plus inquiétant se situe du côté des partis de gauche. Passée aujourd'hui dans l'opposition, elle ne sait pas se débarrasser de ses rivalités internes. Les derniers revers électoraux ne sont pas analysés.
Si la naissance du Partito democratico a fait naître un peu d'espoir, celui-ci a été de courte durée : la gauche ne sait plus présenter de programme crédible pour pouvoir imaginer revenir aux affaires.
Pendant ce temps, Silvio Berlusconi poursuit sa route, avec en tête un dernier objectif : entrer dans l'Histoire, c'est-à-dire devenir le prochain président de la République italienne. Deux solutions se présentent à lui : un vote parlementaire avec les règles actuelles, ou un réforme présidentielle de la Constitution, où le chef de l'Etat serait élu directement par le peuple.
Une chose est sure, Berlusconi ne sera pas un président avec un pouvoir limité, comme le prévoit actuellement les institutions.
Le Cavaliere veut faire basculer son pays vers un régime présidentiel, « une République autocratique et a-fasciste […]. L'homme d'Etat aurait alors terminé son chef-d'oeuvre » ((page 195)). Et il aurait alors définitivement gagné la guerre.
► Lo Statista : Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo de Massimo Giannini - éd. Baldini Castoldi Dalai - 234p. - 17,50€.
En partenariat avec :





















51
(Pour réagir, connectez-vous)
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H56 | 01/07/2009 |
De pKp
10H11 | 01/07/2009 |
« tribuns hors pair, virils, maîtrisant la psychologie des masses. (…) des idées qui transforment (son pays), et ce avec l'accord total de la population. (…) Les hommes du chef du gouvernement sont placés aux postes-clefs (…) Le Parlement se retrouve ainsi bâillonné via un recours accru aux décrets-lois. (…) la gauche ne sait plus présenter de programme crédible pour pouvoir imaginer revenir aux affaires. »
Tout cela est bien familier…de qui on parle, déjà ?
à pKp
De Jaydi
Sûr de ne pas être certain | 12H15 | 01/07/2009 |
Il y a écrit viril…
De bleuet1
espère malgré tout | 10H17 | 01/07/2009 |
C'est bizarre, cette comparaison entre Berlusconi et Mussolini me rappelle vaguement quelqu'un de très similaire en France.
Mais le nôtre est déjà passé à l'étape supérieure. Il est déjà président, maintenant il se prend pour le roi.
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 10H15 | 01/07/2009 |
et donc M. Sarkozy c'est Pétain alors ?
à SuperAlAmAs
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 10H32 | 01/07/2009 |
N'importe quoi : Sarkozy s'inspire de l'œuvre de Jean Jaures, voyons ..
à SuperAlAmAs
De William Tel
à Lille | 10H38 | 01/07/2009 |
C'est ce que suggère Badiou dans son livre De quoi Sarkozy est-il le nom ? Mais il le fait de manière un peu plus subtile.
Cela dit, je ne pense pas que les comparaisons historiques suffisent à prendre la mesure de ces figures politiques qui incarnent une nouvelle forme d'auto-immunité de la démocratie contre elle-même.
Sarkozy et Berlusconni sont formellement des « démocrates » car ils ont reçu le suffrage des citoyens, et qu'ils respectent globalement les institutions. Pourtant tout ce qu'ils mettent en oeuvre pour gouverner tend à restreindre l'exercice de la démocratie, dont ils cherchent à subvertir les valeurs.
Ils sont tous deux, et avant tout, les représentants d'un pouvoir qui concurrence celui du peuple et de l'état, et qu'on nomme « économique », - par crainte sans doute d'identifier trop clairement de prodigieux intérêts privés, qui ne coïncident évidemment pas avec l'intérêt collectif, (que les partis de gauche, censés portés l'opposition, et donc une alternative politique, ont perdu de vue également…)
à William Tel
De General Subverciòn
kouign aman délocalisé | 10H59 | 01/07/2009 |
Au niveau autisme,on pourrait le comparer à Kim Il Sung ou Ceaucescu puisque la référence se veut « de gauche »…le fascisme rougeâtre,si on le mélange au bleu UMP à forte dose,ça donne pas du violet mais bien une couleur caca.
à William Tel
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 11H00 | 01/07/2009 |
à partit du moment où influence, secret et réseau il y a : démocratie il n'y a plus…
Ce sont des PDG pas des présidents, exactement : je pense qu'ils appliquent une logique libérale de contrôle total et sont en train, tchou tchouuuuuuuu, surtout ces deux là, de vendre l'europe à l'empire…
Mais merde : on a coupé la tête des Rois, pour voter pour des Empereurs…
Il n'y a pas de choix…
Sego-Sarko : vous appellez ca un choix…
Pas de démocratie au pays des traitres comme Dominique FMI : sarko aura du lui dire : « écartes toi, laisses moi la place et sabotes Sego et je te donnes le FMI »…
Si les français ne sortent pas dans la rue sérieusement et ne gèllent pas le pays pour défendre ses valeurs à la française : ils, nous, seronts bientôt tous des clones de l'empire…
Je ne comprend plus le spriorités d'un peuple qui a inventé la liberté d'expression et qui à fait la révolution plus d'une fois et pour moins que ca…
? ? ?
à William Tel
De screugneugneux
râleur-NRV | 11H21 | 01/07/2009 |
tout a chacun est libre, dans le cadre des libertés qu'on lui accorde….
« Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres… »
Le « despotisme éclairé » semble séduire en ce début de millénaire, dommage qu'il soit pratiqué par des trous du cul illuminés
à SuperAlAmAs
De Oudinot
llanoddr yffr â gastell caedidd cym... | 11H27 | 01/07/2009 |
Non c'est mussolini ou hitler aussi. c'est pareil il est aussi dangereux que ces deux personnes.
à Oudinot
De mauser
14H58 | 01/07/2009 |
Désolé bien plus nocifs ils savent jusqu'à aller trop loin
De TheMogwai
Ingénieur | 10H25 | 01/07/2009 |
heureusement que c'est précisé plusieurs fois dans l'article il s'agit bien de l'Italie …. et puis ce qui est rassurant aussi c'est tous ces noms qui se finissent en I ….. à ça près on aurait pu confondre ….. et donc s'inquiéter !
Mais là non ! C'est une belle journée alors ?
De Le requin rouge
10H28 | 01/07/2009 |
c'est curieux comme certains détails évoquent le même sentiment coté français !
De chabouc
10H29 | 01/07/2009 |
Berlusconi a été reelu alors que les italiens l'avait deja « pratiqué ».
Faut pas se plaindre après !
Il a bien raison, le peuple (et ses représentants) n'existe plus, tout comme la France et son clone de Berlusconi, en tete à chaques élections.
Tous des veaux disait De gaulle
à chabouc
De flixp
11H10 | 01/07/2009 |
« Berlusconi a été reelu alors que les italiens l'avait deja “ pratiqué ”. »
Ha et nous ne perdons rien pour attendre
à chabouc
De mauser
15H01 | 01/07/2009 |
Il se trompait ce sont les opposant les têtes de listes qui sont des nullités n'insultez pas les veaux qui eux sont des animaux utiles et attachants . En plus délicieux dans l'assiéte
De sabrina
instit qui y croit! | 10H31 | 01/07/2009 |
« la vérité des faits ne compte plus »
« un recours accru aux décrets-lois »
« En face, la gauche ne sait plus présenter de programme crédible »
Parle t'on que de l'Italie ?
De mioumiou
10H44 | 01/07/2009 |
Pour résumer, la gauche l'a bien profond dans le baba.
à mioumiou
De zénon denon 84
Bonne | 11H06 | 01/07/2009 |
C'est tristement la règle du jeux . !
Quand on est con ,on est CON _c'est bien connu _
Attendre …le peuple ne fait que cela ,pendant
que d'autres se rincent le gosier …avant de partir
se faire dorer la pillule .
« Madoff n'est pas un escroc ,
Madoff est le système . »
De spleenlancien 78672
manant, de passage sous le soleil. | 11H14 | 01/07/2009 |
Ne pas oublier, amis riverains, le côté laboratoire politique de l'Italie .
De Guyhope
EtudiantANTILRU | 11H22 | 01/07/2009 |
Mais il y a dans le berlusconisme la même volonté d'une « révolution conservatrice » ou « modernisation réactionnaire ».
--> Le fascisme ce n'est absolument pas çela ; Mussolini n'était ni conservaeur, ni réactionnaire ; dans les années 1920 c'est une idéologie totalement novatrice qu'il propose. Le fascisme c'était la modernité des années 1920, et encore plus des années 1930 : il proposait des solutions alternatives à la crise des démocraties libérales.
Voir MILZA,Pierre, Les fascismes, Seuil
à Guyhope
De Oudinot
llanoddr yffr â gastell caedidd cym... | 11H29 | 01/07/2009 |
Cela est vrai mais après il a vite changé. Et puis le régime fasciste était violent…
De XavXav
11H58 | 01/07/2009 |
C'est exactement ce que je comprends de l'article, au contraire de vous.
« révolution conservatrice » : c'est le mouvement de droite US, qui prône l'innovation sociale, mais de droite. Comme le fascisme en son temps…
Ensuite, les solutions alternatives en 1930, ce n'était pas pour remplacer les démocraties parlementaires, mais pour lutter contre le bolchévisme, qui nous manque aujourd'hui pour reproduire l'explication.
à Guyhope
De AdorableMonique
exceptionnelle | 17H36 | 01/07/2009 |
des lacunes…
Mussolini a été socialiste avant tout ….
Le fascisme est le fils du socialisme …..
eh oui …
Nous sommes socialistes, nous sommes les ennemis du système économique capitaliste actuel d'oppression des économiquement faibles, avec ses salaires injustes, avec son évaluation inconvenante de l'être humain par sa richesse et sa propriété au lieu de la responsabilité et la performance, et nous sommes tous déterminés à détruire ce système coûte que coûte.
c'est de qui ça ? ? ? ! ! !
Vous avez été sélectionné tout en ayant de graves lacunes…
la preuve que la sélection , c'est relatif ….cela dépend d'où ça vient …
Berlusconi a toujours été de droite, il ne peut pas être un tantinet fasciste….
eh oui .. c'est dur à lire … mais c'est vrai …
Revoyez les classiques avant d'affirmer des choses…
à AdorableMonique
De jojo1er
12H25 | 02/07/2009 |
Ne pas confondre capitalisme d'état et socialisme.
Tout ça n'empêche pas non plus Nabolèon de citer Jaurès, vous conviendrez pourtant qu'il n'est pas véritablement socialiste.
Jojo1er, …si on se mets à se fier aux paroles des politiques….
De Atlantis
Lycéen politisé | 11H38 | 01/07/2009 |
Miroir, mon beau miroir…
Sommes nous vraiment bien placés pour critiquer ?
à Atlantis
De inuit
grand nord | 16H01 | 01/07/2009 |
bah oui… on ne peut mieux placé
je ne crois pas qu'un suédois pourrait comprendre…
De Liger
liger.amsud.net | 11H39 | 01/07/2009 |
A quand la comparaison entre la fin de Mussolini et la fin de Berlusconi ?
Il serait également intéressant de comparer l'idéal politique de Berlusconi et celui de Pinochet.
De jmleray
Traducteur-Interprète-Blogueur | 12H20 | 01/07/2009 |
Berlusconi n'est pas fasciste, il est pire. Et ce n'est pas une phrase en l'air que je prononce, mais des mots étayés par l'analyse.
Depuis presque 28 ans que je vis en Italie, j'ai eu le temps d'y réfléchir.
Voici l'un de mes plus récents billets où il est question de Berlusconi : http://adscriptum.blogspot.com/2009/06/berlusconi-assaut-final-la-justic…
JML