Nonfiction.fr

En Italie, le livre qui ose comparer Berlusconi à Mussolini

En partenariat avec Nonfiction.fr

Silvio Berlusconi a presque gagné la guerre. Le constat est rude pour Massimo Giannini.

A 46 ans, le vice-directeur du quotidien italien La Repubblica, reste un irréductible : les changements provoqués par l'arrivée au pouvoir de l'entrepreneur milanais sont selon lui une catastrophe pour son pays.

C'est dans ce contexte que « Lo Statista : Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo », (« L'Homme d'Etat : les 20 ans au pouvoir de Berlusconi, entre fascisme et populisme »), écrit il y a quelques mois par Giannini, a eu un retentissement médiatique important et du succès chez les lecteurs.

Réfléchi et argumenté, l'ouvrage émet cinq thèses :

  1. Berlusconi est désormais un vrai homme d'Etat et plus seulement un aventurier venu à la politique pour défendre ses intérêts.
  2. Son arrivée au pouvoir entraîne la démocratie italienne vers un totalitarisme post-idéologique.
  3. L'entrepreneur milanais doit être plus que jamais pris au sérieux : derrière son style tapageur, il met en pratique des idées qui transforment l'Italie, et ce avec l'accord total de la population.
  4. Il y a de nombreux points communs entre le berlusconisme et le fascisme.
  5. L'opposition n'a rien compris au fonctionnement de son adversaire et a largement contribué à toutes ses victoires.D

Tous deux sont des tribuns hors paris, virils, maîtrisant la psychologie des masses

Couverture de "Lo Statista "Berlusconi fasciste ? Il ne se passe sans doute pas un jour sans que Berlusconi et Mussolini soient comparés dans les médias. Giannini évoque ici la vingtaine d'années que les deux hommes auront passées à la tête de l'Italie.

En clair, un « ministère Berlusconi » a bel et bien succédé au « ministère Mussolini ». Pour le journaliste, les deux hommes se ressemblent : des tribuns hors pair, virils, maîtrisant la psychologie des masses.

Giannini prend le soin de rappeler que l'Italie des années 2000 n'est pas une dictature :

« Les partis de l'opposition sont vivants [et que] les journaux et les médias conservent [malgré tout] leurs fonctions critiques à l'encontre du gouvernement et de la majorité » (p. 70-71).

Mais il y a dans le berlusconisme la même volonté d'une « révolution conservatrice » ou « modernisation réactionnaire ».

Dans l'Italie d'aujourd'hui, « la vérité des faits ne compte plus »

Peut-on dire pour autant que Berlusconi est fasciste ? Giannini va (trop ? ) loin en affirmant que « Mussolini était un homme politique avec des défauts calamiteux, mais n'était ni affairiste ni pirate ; intellectuellement, il valait ô combien plus que l'entrepreneur immobilier » (p. 106).

Mais où sont les arguments ? Seule la conclusion du chapitre « Berlusconi il fascista » frappe le lecteur : aujourd'hui, en Italie, « la vérité des faits ne compte plus » :

« Il importe peu de savoir si le président de Conseil de mon pays a corrompu ou non un magistrat ou s'il a payé ou non témoins pour échapper à une condamnation pour corruption. » (p. 125)

Un constat édifiant qui ne signifie pourtant pas que Berlusconi soit une chemise noire. Le Cavaliere reste néanmoins omnipotent en Italie. Les hommes du chef du gouvernement sont placés aux postes-clefs, et « le Conseil des ministres s'apparente à un conseil d'administration » (p. 43).

Au final, le gouvernement Berlusconi maltraite tout, notamment les institutions. Le Parlement se retrouve ainsi bâillonné via un recours accru aux décrets-lois. Pour Giannini, il n'y a aucun doute possible : un « régime » s'est mis en place, loué quotidiennement par les journaux télévisés.

En face, la gauche ne sait plus présenter de programme crédible

Mais le plus inquiétant se situe du côté des partis de gauche. Passée aujourd'hui dans l'opposition, elle ne sait pas se débarrasser de ses rivalités internes. Les derniers revers électoraux ne sont pas analysés.

Si la naissance du Partito democratico a fait naître un peu d'espoir, celui-ci a été de courte durée : la gauche ne sait plus présenter de programme crédible pour pouvoir imaginer revenir aux affaires.

Pendant ce temps, Silvio Berlusconi poursuit sa route, avec en tête un dernier objectif : entrer dans l'Histoire, c'est-à-dire devenir le prochain président de la République italienne. Deux solutions se présentent à lui : un vote parlementaire avec les règles actuelles, ou un réforme présidentielle de la Constitution, où le chef de l'Etat serait élu directement par le peuple.

Une chose est sure, Berlusconi ne sera pas un président avec un pouvoir limité, comme le prévoit actuellement les institutions.

Le Cavaliere veut faire basculer son pays vers un régime présidentiel, « une République autocratique et a-fasciste […]. L'homme d'Etat aurait alors terminé son chef-d'oeuvre » ((page 195)). Et il aurait alors définitivement gagné la guerre.

Lo Statista : Il ventennio berlusconiano tra fascismo e populismo de Massimo Giannini - éd. Baldini Castoldi Dalai - 234p. - 17,50€.

En partenariat avec :

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Guyhope

De Guyhope

EtudiantANTILRU | 11H22 | 01/07/2009 | Permalien

Mais il y a dans le berlusconisme la même volonté d'une « révolution conservatrice » ou « modernisation réactionnaire ».

--> Le fascisme ce n'est absolument pas çela ; Mussolini n'était ni conservaeur, ni réactionnaire ; dans les années 1920 c'est une idéologie totalement novatrice qu'il propose. Le fascisme c'était la modernité des années 1920, et encore plus des années 1930 : il proposait des solutions alternatives à la crise des démocraties libérales.
Voir MILZA,Pierre, Les fascismes, Seuil

Portrait de XavXav

De XavXav

11H58 | 01/07/2009 | Permalien

C'est exactement ce que je comprends de l'article, au contraire de vous.

« révolution conservatrice » : c'est le mouvement de droite US, qui prône l'innovation sociale, mais de droite. Comme le fascisme en son temps…

Ensuite, les solutions alternatives en 1930, ce n'était pas pour remplacer les démocraties parlementaires, mais pour lutter contre le bolchévisme, qui nous manque aujourd'hui pour reproduire l'explication.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code