L'histoire des rapports entre la police et la gendarmerie est dès l'origine marquée par un climat de défiance qui, en dépit des apaisements ultérieurs, n'en laissera pas moins des traces indélébiles.
Sous le Consulat puis l'Empire se constitue entre ces deux institutions alors en devenir, la matrice d'un antagonisme dont on mesure encore aujourd'hui l'acuité. Alors que Bonaparte s'apprête à conquérir l'Europe, cette opposition va revêtir la forme d'une lutte sourde entre deux hommes, le ministre de la police générale, Joseph Fouché, et le premier inspecteur général de la Gendarmerie, le maréchal Bon-Adrien Janot de Moncey.
De la nécessité de disposer d'un efficace contre-pouvoir
Le premier, profitant de la dépendance de la gendarmerie affirmée par la loi organique du 28 germinal de l'an VI (17 avril 1798) , n'aura de cesse que de transformer ce lien déjà étroit en rapport de subordination pur et simple. Le second, tirant profit des aléas de l'histoire et notamment de la prise de conscience par Napoléon Ier de la nécessité de disposer d'un efficace contre-pouvoir pour faire face aux débordantes ambitions de son turbulent ministre de la police, n'en parviendra pas moins à préserver l'originalité d'un système policier dual qui, malgré quelques remises en cause ponctuelles, se maintiendra jusqu'à notre époque.
Ce début de XXIe siècle marquera-t-il la revanche posthume de Fouché sur Moncey ? A priori pas. Le projet de loi sur la gendarmerie, voté par le Sénat en première lecture le 17 décembre 2008 et qui viendra en discussion devant l'Assemblée nationale le 1er juillet, semble en effet garantir la pérennisation de deux forces de sécurité dans notre pays, l'une à statut militaire, l'autre à statut civil.
Pourtant, loin de lever les doutes, ce projet de loi ravive au contraire les inquiétudes des personnels de la gendarmerie, et aussi d'un grand nombre d'élus comme en témoignent les débats parlementaires sénatoriaux. Comment comprendre la force d'une telle appréhension dès lors que les assurances répétées du pouvoir exécutif viennent apparemment en contredire le bien-fondé ?
Simplement parce que rien ne semble devoir justifier la réforme d'un système qui, dans sa configuration actuelle, ne fait l'objet d'aucune critique sérieuse ni de remise en question, et qui, dans l'ensemble, donne plutôt satisfaction aux citoyens et aux gouvernants. Et aussi parce que nombre de gendarmes ont l'impression que ce projet de loi s'apparente moins à un aboutissement qu'à une étape de plus dans un processus entamé subrepticement voici une quinzaine d'années, et qui porte en lui plus que la possibilité, la probabilité d'une fongibilité à terme des deux forces.
Cette crainte s'appuie de même sur les réductions d'effectifs qu'induits la révision générale des politiques publiques (RGPP), celle-ci ne pouvant que favoriser une mutualisation des moyens humains et matériels peu propice à la préservation d'une dualité statutaire perçue par beaucoup comme contre-productive.
Enfin, la concordance des vues des principaux candidats lors des deux dernières élections présidentielles -Jacques Chirac et Lionel Jospin en 2002, Ségolène Royal et bien sûr Nicolas Sarkozy en 2007- conforte encore un tel sentiment d'appréhension. Tous se sont, en effet, prononcés en faveur d'un « rapprochement » dont on peut légitimement se demander s'il avait d'autre finalité, aux yeux de ses promoteurs, que de préparer ultérieurement à une fusion pure et simple.
Pour quoi les gendarmes s'accrocheraient à un statut militaire vidé de ses quelques avantages ?
Il est donc logique que le projet de loi soit interprété dans la cohérence d'un mouvement de fond qui conduira à la constitution d'une force unique de sécurité. Certes, sa genèse doit moins à quelque déterminisme sous-jacent qu'à de simples conflits récurrents sur des questions budgétaires, notamment au cœur de l'été 2007, entre deux ministres, ceux de l'Intérieur et de la Défense, qu'il revenait régulièrement à Nicolas Sarkozy et à François Fillon d'arbitrer.
C'est finalement Hervé Morin qui proposa un jour de se « débarrasser » de la gendarmerie au profit de Michèle Alliot-Marie, laquelle alors n'envisagea nullement cette perspective avec enthousiasme. Cette issue aurait-elle donc pu être évitée en rendant étanches les cloisons budgétaires entre le programme « gendarmerie » et les autres programmes de la Défense ?
Peut-être eût-il été possible ainsi de retarder l'échéance, mais il est douteux qu'une telle mesure eût suffi à stopper net l'évolution en cours. Certes, l'objectif final apparaît encore inatteignable eu égard aux résistances qu'il suscite. Mais l'habileté de l'exécutif ne réside-t-elle pas dans la volonté d'en favoriser l'émergence sous la pression des gendarmes eux-mêmes, dont on voit mal pourquoi ils s'accrocheraient indéfiniment à un statut militaire vidé de ses quelques avantages et qui ne subsisterait que par les contraintes qu'il induit ?
De fait, tout concourt à présenter la fusion non comme une nécessité douloureuse mais, quand les esprits seront mûrs, comme une véritable évidence résultant de l'évolution du cadre juridique, de la mutualisation croissante des moyens, des capacités opérationnelles restreintes de la gendarmerie et de sa crise d'identité. Après l'avoir démontré, il restera à déterminer si cette évolution est souhaitable en considération des défis nouveaux en matière de sécurité publique qu'il appartient à notre pays de relever.
En partenariat avec :




















8
(Pour réagir, connectez-vous)
De karlM
15H51 | 30/06/2009 |
La fusion c'est dangereux, comme l'armée de métier. Les citoyens risquant de se faire confisquer le pouvoir par un corps de privilégiés armés jusqu'aux dents et payé, grassement, par les élites ;
le plus grand nombre doit être intéressé par la défense, la loi…C « est à cette condition qu'une nouvelle “commune” est possible ou que l'on évitera le fascisme qui arrive.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 15H58 | 30/06/2009 |
Faudrait qu'on m'explique quel est l'intérêt d'avoir deux races de poulets différentes.
Je veux dire, à part avoir deux hiérarchies et donc deux fois plus de petits chefs satisfaits de leur petit pouvoir que nécessaire.
Certes, ce n'est pas du tout pareil !
Un policier il fait chier parce que tu fumes un joint en marchant en ville.
Un gendarme il fait chier parce que tu bois une bière en roulant à la campagne.
Enfin sorti de leur zone de terreur, je vois pas trop la différence. Un flic c'est un flic, un truc en bleu dont le but dans la vie est de me coincer et m'envoyer en taule.
En plus, ils tapent tous les deux de la même manière rigolote : à fond mais avec seulement deux doigts : D
à Keldan
De Olbirion
Ingénieur | 16H30 | 30/06/2009 |
Parce que le poulet élevé à la campagne, c'est quand même meilleur. Ça vit au grand air et c'est est moins stressé.
Du coup, bizarrement, ça dit plus souvent « bonjour monsieur » en préambule de « vos papiers s'il vous plait ».
Les conditions d'élevage c'est très important pour le poulet !
à Olbirion
De SittingBull
assis! | 20H09 | 30/06/2009 |
Ou peut être parce que si jamais une des deux races attrapait un virus on pourrait toujours avoir du poulet. Si jamais il y une rupture aux plus hauts niveaux de la chaine de commandement il faudra appeler l'armée pour faire le service d'ordre… pas forcément le mieux… Enfin c'est un avis très personnel je ne sais pas ce que les riverains en pensent.
De Enki
Alchimiste | 16H47 | 30/06/2009 |
Au vu des dérives anti-républicaines que l'on constate de plus en plus dans l'usage des forces de l'ordre, ce n'est sans doute pas le moment de perdre la possibilité pour l'une d'enquêter indépendamment de l'autre. Rappelons qu'un juge d'instruction a la possibilité de choisir entre la police et la gendarmerie pour mener une enquête, et que ce n'est pas toujours inutile. Si l'on supprime le juge d'instruction, et que l'on fusionne police et gendarmerie, on ouvre la porte à des dérives dont les actualités nous apportent tous les jours la promesse, en ces temps où le folklore de la garde républicaine prime sur le principe de séparation des pouvoirs.
Loin d'être un afficionado, et ayant été témoin d'autant de délits gendarmesques que policiers, je pense néanmoins qu'il faut reconnaitre, au sein de l'armée française, des compétences spécifiques à la gendarmerie dans le maintien de l'ordre de situations de crises. A l'étranger comme en France, je préfère voir des gendarmes assurer et encadrer ces missions que d'autres militaires, et je ne crois pas que cela puisse être de la compétence des policiers.
Le jour où je ne pourrai plus me rendre dans une gendarmerie porter plainte contre un policier, ou l'inverse, s'il n'y a pas un bureau d'accueil de l'IGPN à coté du commissariat, je saurai que nous avons définitivement changé de régime.
Ce jour là, lorsque nous manifesterons trop dangereusement, ce sera sans doute l'armée en face de nous.
à Enki
De Enki
Alchimiste | 17H00 | 30/06/2009 |
J'étais dans le lit de la fille chargée de mission d'un haut fonctionnaire des RG, quand papa, qui lui avait déja communiqué les prévisions électorales sur son employeur, lui a téléphoné pour lui dire qu'il s'était fait envoyer aux pelotes par le commandement régional de la gendarmerie à qui il demandait des infos sur un des dossiers de fifille.
Ce soir là, sous sa couette, je me suis dit :
Vive la France ! Vive la République !
(Je ne publierai évidemment pas plus de détails, mais le jour où j'aurais plus d'ennuis, en prison, j'aurai le temps d'écrire…)
à Enki
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 20H02 | 01/07/2009 |
Les deux sont des sectes.
Comme dans toutes sectes il y a ceux qui croient honnêtement dans le bien fondé de leurs missions
Mais comme dans toutes sectes ceux qui se rebiffent ou veulent changer la mentalité sectaire, se voient punis, discriminés, rejetez, trépignés…etc.
Comme je viens de l'apprendre avec Jean-Hugues MATTELY (source G&C)
Une procédure disciplinaire a été engagée contre un officier supérieur de gendarmerie à qui sa hiérarchie reproche un « manquement grave à l'obligation de réserve », a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat de l'intéressé.
» Le chef d'escadron (commandant) Jean-Hugues Matelly, par ailleurs chercheur associé au CNRS, s'était exprimé publiquement fin 2008, - en tant que chercheur, selon son avocat David Dassa Le Deist -, sur le rapprochement police/gendarmerie au sein du ministère de l'Intérieur. »
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 20H07 | 01/07/2009 |
Je viens d'apprendre que contre Jean-Hugues MATTELY (source G&C) Une procédure disciplinaire a été engagée à qui sa hiérarchie reproche un « manquement grave à l'obligation de réserve », a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat de l'intéressé.
» Le chef d'escadron (commandant) Jean-Hugues Matelly, par ailleurs chercheur associé au CNRS, s'était exprimé publiquement fin 2008, - en tant que chercheur, selon son avocat David Dassa Le Deist -, sur le rapprochement police/gendarmerie au sein du ministère de l'Intérieur. »
Mon avis :
La Police ou la gendarmerie sont des sectes.
Comme dans toutes sectes il y a ceux qui croient honnêtement dans le bien fondé de leurs missions
Mais comme dans toutes sectes ceux qui se rebiffent ou veulent changer la mentalité sectaire, se voient punis, discriminés, rejetez, trépignés…etc.