TRIBUNE 30/06/2009 à 19h03

Baisse de la TVA, une grande campagne d'intox (alimentaire)

Xavier Denamur | Restaurateur

Xavier Denamur mène depuis des mois un combat contre la baisse de la TVA dans la restauration, qu'il voit comme un cadeau fait au lobby des restaurateurs. Pour Eco89, il décrit ce qu'il estime être une « campagne d'intox », orchestrée par les grands groupes de restauration et le gouvernement, au détriment des indépendants et pas nécessairement au profit des consommateurs.


Xavier Denamur (Audrey Cerdan/Rue89)

Depuis des années, les syndicats patronaux (Umih en tête), aidés par des lobbyistes professionnels comme Jacques Borel, l'inspirateur de Tricatel dans « L'Aile ou la cuisse », et le gouvernement mènent une campagne pour baisser la TVA dans la restauration. Le gouvernement ne lésine pas sur les moyens : des états généraux, des conférences de presse où l'on voit les ministres entourés des grands noms de la restauration (Ducasse) mais aussi des grands groupes tels que Flo ou Courtepaille, des kits de communication pour afficher la bonne volonté des restaurateurs.

Les médias relaient des interviews de grandes chaînes comme Vin et Marée, Léon de Bruxelles ou El Rancho qui vont toutes dans le même sens... et on se garde bien de rendre audible la majorité silencieuse ou des analyses tournées vers l'intérêt général.

Le gouvernement promet un « contrat d'avenir » qui fait écho au grand emprunt d'avenir lancé par Nicolas Sarkozy et « les restaurateurs s'engagent à baisser leurs prix » nous dit-on, mais en réalité il s'agit d'un cadeau clientéliste à 3,2 milliards d'euros par an aux contreparties bien peu contraignantes.

Le syndicat de restaurateurs Synhorcat l'affirme haut et fort : selon son enquête auprès de ses adhérents, 70% des restaurateurs se disent prêts à baisser les prix. Quelle valeur peut-on donner à un tel sondage réalisé par Gira Conseil, le même à qui le gouvernement fait appel pour organiser les états généraux et qui déclarait en avril que 92 % des restaurateurs sont « prêts à s'engager » et à qui les chaînes font appel pour leur stratégie commerciale ! Bernard Boutboul, le patron de Gira Conseil, est donc la version moderne de Tricatel.

D'ailleurs, une semaine après la baisse de la TVA, la réalité n'est pas celle-là : pas plus de 30% des restaurateurs ont répercuté cette baisse des prix, comme l'a admis le secrétaire d'Etat au Commerce lui-même. Hervé Novelli se dit optimiste et annonce des contrôles et une publication des comptes en fin d'année.

Une course aux prix qui ne tient pas compte de la qualité

Il y a fort à parier que cette campagne d'intox menée main dans la main par le gouvernement et les grands groupes de la restauration ne suffira pas à convaincre les petits restaurateurs bien démunis dans cette guerre des prix qui ne tient pas compte de la qualité.

Et quelle sera la légitimité d'une telle réforme aussi coûteuse que mal ciblée si les restaurateurs indépendants s'abstiennent de suivre les fast-food, les groupes de la restauration industrielle ou quelques têtes d'affiche sélectionnées pour faire vitrine ?

Les restaurateurs indépendants n'ont aucun intérêt à se laisser embarquer dans cette course aux prix, leurs combats doivent se situer plus que jamais sur le terrain du rapport qualité-prix. Pour ne prendre qu'un exemple, pourquoi n'oblige-t-on pas les restaurateurs à communiquer sur les produits, à indiquer « F pour frais », « C pour congelé », « SV pour sous vide », « FSP pour fabriqué sur place » et « FE pour fabriqué à l'extérieur ». Ainsi, on saurait ce qu'on nous met dans les assiettes et pour quel prix.

Vers une prise de conscience de la nécessité de la transparence

Petits détails : pourquoi les grands groupes qui ont bénéficié généreusement de deux taux de TVA (5,5% sur la vente à emporter) pendant des années n'en n'ont jamais fait profiter leur clientèle ? Pourquoi ne trouve-t-on pas de statistiques pour savoir à qui vont profiter les allégements de charges Fillon censés depuis 2004 soutenir la restauration indépendante, qui ne cesse de perdre des parts de marché ?

En période de grave déficit budgétaire, cet ultime exemple d'un mauvais choix économique en termes d'emploi, d'investissements ou de pouvoir d'achat devrait aboutir à scandaliser l'opinion publique. Le gouvernement et son administration fiscale n'auront plus d'autres choix que d'aller sur le terrain récupérer dans le contrôle de la fraude sociale et fiscale le manque à gagner.

Restaurateurs indépendants soyez prêts, les contrôles arrivent que vous mettiez ou non leur autocollant sur vos vitrines. La chose positive de cette triste histoire sur laquelle on reviendra avec raison, sera la prise de conscience de la nécessité de la transparence comme seul biais par lequel les restaurateurs indépendants pourront reconquérir les parts de marché perdus aux profits des groupes.

Mis à jour le 7/7 à 10h32 avec les chiffres révélés par Hervé Novelli.

Addendum le 1/7 à 15h20. A 13 heures, ce mercredi 1er juillet, lors d'une conférence de presse bien formatée dans une petite brasserie parisienne, j'ai présenté à Christine Lagarde un petit tract avec une flèche inversée à la version officielle pour l'interroger sur les conséquences économiques et sociales de ce gaspillage des ressources de l'Etat.

Bien sûr, elle a esquivé. Les Français comprendront. Pierre Lellouche visiblement énervé m'a signalé que cela ne se faisait pas de profiter des conférences de presse des autres. Oh ?

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  • kkadim
    • Posté à 10h43 le 01/07/2009

    la poilade c'est quand lagarde annonce des poursuites : il faut bien lire : elle poursuivra les restaurateurs qui afficheront un baisse et ne l'appliqueront pas ; bref de la classique pub mensongére ; mais celui qui ne baisse rien, et n'affiche rien : il ne risque rien : il me semble que la liberté de fixer les prix lui appartient.
    surtout que le gouvernement, en douce, démantéle la dgccrf ( vous savez ce truc imprenonçable qui vérifie le respect de la législation, et dresse des pv, voire peut ordonner la fermeture d'un commerce ) : dorénavant elle sera aux ordres des prefets, un petit changement pas si futile que celà.

  • kkadim
    kkadim répond à Xavier Denamur
    • Posté à 10h59 le 01/07/2009

    ça c'est un probléme qu'il aurait été urgent de régler : rendre obligatoire, à l'extérieur de l'établissements des informations pour le consommateurs ( on l'éxige bien pour les emballages des aliments dans le commerce ) : par exemple : « nos plats sont élaborés dans nos cuisines » , ou « cuisinés à partir de produits frais » etc.... car chez certains on ne se géne même plus : ainsi au moment du dessert je vis arriver la serveuse, une tetrabrique de créme anglaise à la main, et en verser posément le contenu dans mon assiette, et elle trouva ma remarque ( « je sais que vous ne faites pas de créme maison, mais vous pourriez au moins évité de faire celà devant le client ) incongrue. et cet établissement se proclame restaurant ..... pour moi il s'agit d'un simple vendeur de nourriture.
    je peux même ajouter qu'ayant vécu sur la butte montmartre durant plusieurs années, je croisais dans les allées du leader price du coin toute une série de restaurateur venant y faire leurs courses ( et les produits portaient systématiquement la marque de l'enseigne ), alors bonjour la légende du cuistot faisant ses courses aux halles ou sur le marché du coin. mon probléme reste toujours le même : sur qui vais je tomber ? un vrai cuisinier, même avec des plats simples et pas cher, ou un marchand de bouffe.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h20 le 01/07/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Comme tous les midis, j'ai descendu la rue Montmartre (un resto tous les dix mètres dans un quartier d'affaires), et on peut pas dire que cette super réduction des tarfs soit bien visible...
    Demain je tacherais de regarder chaque menu, mais même en regardant comme ça, seul deux restos l'ont clairement affiché.
    L'un a même fait ça d'une manière choquante en écrivant « solde -10% » et affichant sept plats soldés. Putain, ça présage rien de bon niveau bouffe un tel comportement. Mais bon, pas grand chose à attendre d'un rade qui sort le concept de « afterwork », comprenez « boire un coup après le boulot, mais avec un nouveau mot pour bien faire miquet ».

    En tout cas, je suis toujours de l'avis de Xavier. C'est de l'argent jeté par les fenêtres. Les seuls restos où cela à un intêret, c'est ceux où l'on bouffe à midi, tous les jours, où un euro économisé se voit quand on calcule par rapport à son ticket resto.
    Mais les restos « du soir », ceux où l'on mange occasionnellement, de manière remarquable, on s'en fout de gagner 10%, on y va pour se faire plaisir, on chipote pas sur cinq euros de différence entre deux vins. Si on est au point de compter ses centimes, on ne va pas au resto du tout...
    Évidemment je compte pas les clochards de la tête qui s'imaginent que Buffalo Grill représente un repas de fête, cela il faudrait surtout leur filer des séances avec un psychiatre.

    Et comme par hasard, qui profite le plus de la clientèle du midi : les grands groupes et les patrons qui alignent une dizaine de brasserie à travers la capitale.
    Ceux qui tiennent correctement leur troquet, ils s'en foutent un peu de la baisse de TVA, ils ont toujours du monde, pas besoin d'en attirer plus de monde. J'imagine qu'ils préfèreraient largement une ristourne sur les charges sociales, même si tous ne l'aurait pas redistribuée : D

    De toutes façons, si je veux bouffer pas cher, je préfère aller manger dans les restos des potes, si je profite pas des trucs à passer, c'est le rab qui donne ma réduction (comme ce midi où eu le droit à trois andouillettes au lieu des deux prévues, puisqu'une était éventrée : D)

    Et à propos de la classification, je me pose une question. Certes, fabriqué sur place ou acheté ailleurs, c'est parlant.
    Mais pour le sous-vide et le surgelé, je trouve que ça peut porter préjudice.
    Pendant un été j'ai emballé et congelé des tonnes de bouffe les jours où les touristes boudaient, ce qui nous permettaient de la ressortir les jours d'affluence et de pas être débordé. Mais c'était de la fabrication maison, de bonne qualité, frais à l'origine, qui supportait parfaitement la congélation, et il était impossible de faire la différence une fois servi.
    Du coup, appeler ça « surgelé » ça laisse croire que ça sort de chez Nestlé et pas des fourneaux de la patronne...