Têtue.com 27/06/2009 à 14h21

Génération lesbienne : de la camionneuse à la gouine star


Depuis quelques années, les lesbiennes s'affichent, l'assument et changent d'image : une visibilité qui n'en est qu'à ses débuts...


Dans le cortège de la Gay Pride 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).


« La visibilité lesbienne n'est pas totalement réalisée, mais il y a quand même eu beaucoup d'avancées », comme l'admet Jocelyne Fildard, 62 ans, membre de la Coordination des lesbiennes de France. Les luttes sociales antérieures ont permis à la nouvelle génération de sortir du placard avec plus de facilité :

« A mon époque, lorsque Martina Navratilova affirmait son homosexualité, évidemment que ça faisait du bien ? ! Si ces personnalités permettent de s'identifier et d'oser vivre au grand jour, on ne va pas s'en plaindre. »

Ces dernières années -signe d'une évolution des mentalités- de plus en plus de films mettant en scène des personnages lesbiens non caricaturaux (« Imagine Me & You », « Tipping The Velvet », « D.E.B.S. »), voire même des personnages principaux de séries télé (« The L Word », « South of Nowhere », « Sugar Rush »), ont permis de diversifier les références.

La lesbienne n'est plus seulement la camionneuse de service. Tour à tour terriblement sexy ou garçon manqué, timide ou provocante, elle est devenue multiple. L'image véhiculée des lesbiennes s'est donc transformée. Il y a encore vingt ou trente ans, les seules lesbiennes visibles étaient masculines. Aujourd'hui, c'est le couple de femmes féminines qui est très représenté. Mais le fait que la lesbienne ne soit plus uniquement perçue comme masculine annonce-t-il vraiment la fin d'un tabou ?

Selon Wendy Delorme, écrivaine, performeuse burlesque et actrice queer, rares sont les filles publiquement « out » qui dérogent aux règles du genre féminin :

« Les lesbiennes sont médiatisées si elles sont féminines, ou si elles sont mères. Lesbienne bandante aux yeux des mecs ou figure maternelle, on a le droit à la médiatisation, on ne fait pas peur puisqu'on correspond encore aux archétypes rassurants de la mère et de la putain. Lesbienne masculine ou gouine radicale, on est souvent en disgrâce de notoriété. Le jour où non seulement les lesbiennes s'afficheront sans peur et sans honte, mais où le fait d'être une femme masculine ou une personne transgenre sera aussi accepté, on pourra peut-être crier hourra ? ! »

La nouvelle génération semble en effet vouloir récupérer certains codes de la féminité jusqu'à présent très stigmatisés dans les groupes lesbiens ? : cheveux longs, talons, rouge à lèvres... « Le collage aux codes de la féminité hétéro n'est pas ce qu'il y a de plus porteur en termes de changement social », souligne Natacha Chetcuti, sociologue à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et coauteure de « Lesbianisme et féminisme : histoires politiques ». Mais tout dépend de ce que l'on attend : une annulation des catégorisations de genres ou une réintégration de la lesbienne à la catégorie « femme » ? ?

Une nouvelle façon d'être « out »

Aujourd'hui, et c'est valable pour toutes les luttes sociales, nous ne sommes plus dans une période de militantisme fort. Le marxisme et le lesbianisme politiques ont marqué les esprits dans les années 1970-1980. Les mouvements se définissaient à partir d'une contestation de la marge. Contestation qui s'est affaiblie dans les années 1990. Les mouvements sont devenus plus pragmatiques depuis les années 2000. Plus séducteurs aussi.

La nouvelle génération a changé de tactique et utilise les armes du marketing et de la communication pour rendre la culture lesbienne plus « appétissante » et accessible. A en croire le succès de la série, cette approche amorcée par « The L Word » porte ses fruits et réussit à intéresser le grand public à la planète Gouine.

Il y a onze ans, l'animatrice américaine de talk-show Ellen DeGeneres, alors actrice de sitcom, pressentant un outing plus ou moins proche, préféra construire un événement médiatique maîtrisé autour de son coming out. Elle rendit également public l'été dernier son mariage avec sa compagne, l'actrice Portia de Rossi. Analyse d'un spécialiste du monde l'audiovisuel :

« Révéler son homosexualité n'a pas du tout été contre-productif pour Ellen. Elle anime depuis 2003 un show télé quotidien qui cartonne et utilise son immense popularité pour militer pour les droits LGBT ».

D'autres célébrités, dont l'homosexualité est un secret de Polichinelle, semblent avoir, consciemment ou non, inventé une nouvelle façon d'être « out ». L'actrice Jodie Foster, par exemple, qui n'est jamais officiellement sortie du placard, a récemment commencé à ne plus se cacher. Arborant une alliance de chez Tiffany à l'annulaire gauche, remerciant « [sa] beautiful Cydney » devant la presse en décembre dernier, donnant à ses enfants le nom de famille de sa compagne, pour finalement la quitter pour une autre femme.

Quant à Lindsay Lohan, enfant star (22 ans et 19 ans de carrière au compteur) ravagée par la machine hollywoodienne (elle a enchaîné les cures de désintoxication), elle affiche aujourd'hui une nouvelle sérénité aux côtés d'une jeune femme. Cerise sur le gâteau, la jeune actrice clame haut et fort que sa stabilité est due à sa DJette préférée Samantha Ronson, avec qui elle habite, espère avoir des enfants, partage des tatouages communs, etc. Le fait que les photos people relayent l'image d'un couple épanoui n'a rien de négatif.

Malgré le marketting « lesbian chic », les mentalités évoluent peu

Loin des projecteurs et des tapis rouges, ? le combat pour la visibilité est cependant ? loin d'être terminé.

(Cliquer sur l'image pour lire la chronologie de la visibilité lesbienne)

Wendy Delorme le rappelle :

« La lesbienne est un produit marketing depuis des années. Que ce soit dans l'industrie porno mainstream, dans l'univers des spectacles érotiques ou tout simplement dans la pub, avec la tendance porno chic ou lesbian chic des années 1990 des marques Dior, Versace, Sisley, etc. Pourtant, on se fait toujours harceler et agresser quand on est une femme, ou qu'on est trans ou homo. »

Si les coming-out de people peuvent aider les jeunes lesbiennes à trouver des repères, leur impact sur l'évolution des mentalités reste moindre, rappelle Natacha Chetcuti :

« Dans leur vécu concret, les lesbiennes ont toujours beaucoup de mal à annoncer leur homosexualité à leur famille. Elles sont généralement contraintes à l'hétérosexualité à un moment de leur vie et sont encore souvent rejetées par leur famille. »

Les stéréotypes sociaux n'ont pas autant évolué qu'on aimerait le croire. Pourquoi les personnages publics devraient être les seuls à montrer l'exemple ? ? Lesbiennes, par ici la sortie du placard, fini ? la naphtaline.

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Photo : dans le cortège de la Gay Pride 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • Monsieur Lambda
    • Posté à 14h43 le 27/06/2009

    Chère madame Marcillac,

    Pardonnez-moi de vous avouer que votre article m'a un peu déçu : j'ai l'impression qu'il reste un peu trop au niveau des représentations de l'homosexualité féminine, et par conséquent trop en retrait de réalités tout à fait quotidiennes.

    Je suis un homme déjà assez âgé et peut-être même un peu vieux jeu par certains côtés : pourtant, lorsque je me promène dans la rue, j'observe quelque chose d'assez neuf et qui, à ma grande surprise, me réjouit beaucoup. Je croise de plus en plus souvent des couples de femmes qui déambulent ou font du lèche-vitrine en se tenant par la main ou autour de la taille. Il ne s'agit pas de manifestations spectaculaires (qui, je dois dire, me gêneraient autant si elles venaient de couples hétérosexuels : voilà pour mon côté vieux jeu) mais de gestes ordinaires, tranquilles et qui révèlent une sûreté de soi qui, à mon sens, permet d'espérer d'une évolution des esprits qu'on n'aurait pas forcément attendue si rapide : il me semble au moins aussi intéressant de noter que ces couples paraissent bien ne choquer personne. (Dans le droit fil, je suis surpris -et j'ignore à quoi il faut l'attribuer- de constater que, de ce point de vue, les couples d'hommes paraissent en retard sur les couples de femmes.)

    Croyez bien que je ne néglige pas l'importance des représentations des faits sociaux (et, parmi eux, des faits touchant aux formes diverses de sexualité) ; toutefois, dans le cas précis, je crains que votre observation, pour pertinente qu'elle demeure, ne soit déjà dépassée par les faits. Ou alors c'est moi qui prends un peu vite mon espoir d'une société apaisée pour une réalité.

    Marcel Lambda

  • virginie78
    • Posté à 14h52 le 27/06/2009

    le jour où le coming-out n'aura plus de sens parce que on n'étiquettera plus les êtres en fonction de leur orientation sexuelle, là ok, notre société aura franchi le pas.