Le Front national a trouvé un terreau fertile dans cette ville sinistrée. Récit, en images, d'une conquête.
Le Front national, avec pour numéro deux Marine Le Pen, est arrivé en tête du premier tour de l'élection municipale d'Hénin-Beaumont, dimanche soir, dans le Pas-de-Calais. La liste FN remporte 39,34% des voix, devant celle du divers gauche Daniel Duquenne (20,19%), soit plus que ce que les derniers sondages lui attribuaient (35% selon un sondage Ifop/ la Voix du Nord des 19 et 20 juin). La liste d'Union de la gauche, conduite par le socialiste Pierre Ferrari, n'obtient, elle, que 17,01% des voix.
Dans cette ville sinistrée, le maire PS Gérard Dalongeville a été mis en examen dans une affaire de fausses factures, écroué, et démis de ses fonctions en avril -d'où ces élections partielles ; la gauche, qui tient la ville depuis soixante ans, est divisée.
Retour, autour des photos d'Audrey Cerdan, sur une conquête lancée il y a deux ans.

C'est en 2007 qu'elle a senti le vent tourner. Pendant la campagne présidentielle où son père s'effondrait, Marine Le Pen a compris qu'Hénin-Beaumont serait un jour sa terre de reconquête. Rue89 l'a suivie plusieurs fois dans cette ville de 25 000 habitants du Pas-de-Calais.
Au pied des terrils, des alignements de petites maisons en brique rouge. Du chômage en masse, une mairie socialiste depuis des décennies et les usines qui ferment une à une.
L'héritière au secours du berger
Marine Le Pen s'y rend alors chaque semaine, pour accompagner l'ascension de son poulain, Steeve Briois, 36 ans, garçon du crû plutôt timide portant la cravate bariolée des VRP. Pas désagréable, mais parfois soupe au lait avec les journalistes. Comme sa blonde princesse, dont il est le berger pour les longues séances de porte à porte. Cela fait vingt ans qu'il laboure son terrain électoral avec une poignée de militants, rendant service aux uns et aux autres, pour offrir une alternative au clientélisme municipal.
Résultat : 41,7% pour Marine Le Pen aux législatives qui suivent la claque de la présidentielle. Le PS Albert Facon s'impose de justesse. Le flair politique de « Fifille », comme la surnomme ses meilleurs ennemis frontistes, ne l'a pas trahie.

Marine Le Pen vient de voter aux municipales de 2008 à Hénin-Beaumont
Pour les municipales de 2008, le tandem Le Pen/Briois essuie l'orage. Rincé par les échecs électoraux de 2007, le Front national est au bord de la faillite financière. La rhétorique du « tous pourris » semble en panne, même si les militants croient dur comme fer à une dynamique politique profonde.
En face, le Parti socialiste dépêche Marie-Noëlle Lienemann au côté du palichon Gérard Dalongeville. Le bilan de cet ancien directeur de cabinet du précédent maire qui est parvenu à faire un putsch en 2001 est désastreux. La commune est surendettée à hauteur de 12,5 millions d'euros, le préfet a saisi la Chambre régionale des comptes.

Devant le QG du FN à Hénin-Beaumont en 2008
Leur tactique est bien rôdée : il s'agit d'incarner la nouvelle génération du parti d'extrême droite. Une génération qui s'est débarrassée des oripeaux de l'histoire (le détail, l'Indochine, l'Algérie…), qui met de côté ses résidus idéologiques (nous ne sommes pas racistes, ni xénophobes, nous aimons les Français) et efface les symboles les plus criants du FN.

Marine Le Pen et Steeve Briois devant une affiche des cantonales de 2008
Regardez bien les deux affiches : en 2008, pour les cantonales, la petite flamme tricolore, empruntée au MSI italien (néofasciste), accompagne la candidate FN. En 2009, pour les municipales partielles, plus de petite flamme mais un « enfant du pays ». Marine Le Pen appelle cela la « dédiabolisation ».

L'affiche de campagne de Briois pour la municipale anticipée de 2009
Finalement, le binôme est battu. Notamment grâce à une intense campagne de recrutement de dizaines d'employés municipaux, juste avant le scrutin, pour s'assurer du vote de famille entière. Lesquels employés, en CDD pour la plupart, seront gentiment remerciés dans les semaines qui suivent…

Marine Le Pen et Steeve Briois après le 1er tour des municipales 2008
La photo ci-dessus illustre parfaitement la répartition des rôles du tandem : à lui le contact local -notez comme il figure en avant sur l'affiche de campagne. A elle, les relations avec les médias nationaux. C'est vraiment le berger et la princesse.
Avril 2009 : le coup de pied de l'âne. Gérard Dallongeville, maire PS d'Hénin-Beaumont, est arrêté, mis en examen pour « détournement de fonds publics par une personne ayant autorité » et aussitôt incarcéré. En tout, il y en a pour quatre millions d'euros, estiment les policiers.
Quelques jours plus tard, il est révoqué en Conseil des ministres. Une décision rarissime, mais logique compte tenu de la gravité des faits. Marine Le Pen voit un boulevard s'ouvrir vers l'hôtel de ville.

Au QG du FN à Hénin-Beaumont avant les municipales anticipées de 2009
Sur la photo ci-dessus, elle est inhabituellement détendue. Comme si les jeux étaient déjà fait. C'est au siège de campagne du FN, à Hénin-Beaumont, dans une maison en centre-ville, à dix jours du premier tour.
Je dis « inhabituellement », parce que dès qu'elle se retrouve en période électorale, la vice-présidente du Front national est une sorte de pile électrique. Toujours en mouvement. D'ailleurs, la photo ci-dessous, sur le marché d'Hénin-Beaumont, est plus conforme à cette image de proximité sympatique qu'elle veut projeter.

En campagne sur le marché d'Hénin Beaumont en 2009
Ci-dessous, celui à qui Marine doit sa zénitude : Gérard Dalongeville, le responsable de cette municipale où, pour la première fois, les sondeurs accordent au Front national une bonne chance de l'emporter. Selon l'étude de l'Ifop, publiée dans la Voix du Nord, le tandem Le Pen/Briois peut gagner la mairie quelle que soit la configuration électorale : triangulaire ou duel.

Gérard Dalongeville, maire élu en 2008, mis en examen en 2009
Mais le combat est sans péril : la concurrence est éclatée, avec cinq listes de gauche, dont une soutenue par le PS local (Eric Mouton) et une autre soutenue par le PS national (Pierre Ferrari).

Daniel Duquenne, candidat divers gauche, sous l'œil de son adversaire

En guise de slogan, les candidats FN ne se sont pas trop fatigués : « Du balai ! », renouant avec les vieux thèmes de l'extrême droite des « puissances de l'argent ».
A la tête d'une Alliance républicaine divers gauche, Daniel Duquenne, sait la partie compliquée.
Quant au PS, on se demande bien où sont passés ses ténors… Marie-Noëlle Lienemann a disparu de la circulation. La rue de Solférino a confié sa tête de liste à un jeune homme de 27 ans, Pierre Ferrari, également soutenu par le PC et le Modem. Cela suffira-t-il à changer le cours du destin ?

Le socialiste Pierre Ferrari, 27 ans, adversaire de l'expérimentée Marine Le Pen
David Servenay (texte) et Audrey Cerdan (photos)


























7
De Irfan
23H08 | 27/06/2009 |
Non mais qu'est-ce que c'est que ce panégyrique FN publié par (et non : sur) Rue89 ? !
Je ne relève pas tout, mais nombre d'expressions me laissent pantois, d'autant plus quand elles sont appliquées à un parti dont les valeurs semblent bien éloignées de celles de la Rue :
- « du palichon Gérard Dalongeville (…) qui est parvenu à faire un putsch en 2001 » ; avec quelle armée, quelle révolution ? C'est presque Voldemort !
- « Finalement, le binôme est battu. Notamment grâce à une intense campagne de recrutement de dizaines d'employés municipaux, juste avant le scrutin, pour s'assurer du vote de famille entière. Lesquels employés, en CDD pour la plupart, seront gentiment remerciés dans les semaines qui suivent… » : pouvez-vous le prouver, et prouver que cela a suffi pour faire la différence ? Vous ne donnez pas le résultat…
Ce genre de petite phrases qui se terminent par une insinuation font très « extrême-droite ». Et pas très « pro ».
- « Cela suffira-t-il à changer le cours du destin ? » : on croit rêver…
Pour le témoignage, en soi, c'est instructif (même si pour moi, Hénin c'est loin) ; le FN est sous-représenté dans les médias, notamment ici, et ils s'en plaignent parfois à juste titre, donc un petit rééquilibrage va bien ; par contre ce biais d'écriture journalistique…
David Servenay, êtes-vous sympathisant/militant FN, ou bien votre plume vous a-t-elle un peu échappé ? (ou bien est-ce juste moi qui grossis le biais, auquel cas désolé, mais les exemples ci-dessus me semblent probants)
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 09H37 | 28/06/2009 |
Ce que je retiens de cet article , en tout premier, c'est l'espiègle regard d'Audrey Cerdan , « shootant » la Marine avec son parapluie fusil .
De solstice
pigiste | 09H46 | 28/06/2009 |
Hénin-Beaumont, c'est une de ces villes industrielles du Nord qui sont passées de l'exploitation minière et son management « paternaliste » des corons au chômage structurel, des zônes sinistrées boudées par la gauche comme par la droite… Cherchez l'erreur.
Désormais, il y aura, à Hénin-Beaumont, son centre commercial (à la sortie de l'autoroute, pas la peine de se mêler à la populace), ses terrils verdoyants (la nature reprend ses droits) et sa mairie FN ?
De Kereven
10H25 | 28/06/2009 |
Ce qui est hallucinant dans ce bled, c'est que pour changer le système pourri de l'ex-maire, les habitants vont choisir le pire. On a déjà eu l'exemple d'orange, Vittrolles et Marignane et cependant, il y aura aussi Henin-Beaumont (bon, les français ont fait pareil à la présidentielle)
Comme dit l'article, en votant pour le FN les habitants mettront un terme au clientélisme actuelle, en le remplaçant par un autre clientélisme, mais raciste et fachiste. Ce n'est pas ce qui attirera les usines dans ce bled.
Face à des politiques de gauche incapables de s'entendre et de proposer une autre politique, il ne faut pas s'étonner que la gauche se fasse à nouveau virer.
De levraidebat
10H55 | 28/06/2009 |
ça me fait rire tous ceux qui se sentent obligés de cracher sur « Marine le pen », le diable absolu, le grand méchant loup…Moi je l'avoue je l'aime bien Marine le pen, je suis patriote, je déteste l'Europe de Bruxelles, le libre échange et l'ultralibéralisme. Je trouve que l'immigration est une victoire du grand patronat qui la réclame depuis 40 ans pour faire pression à la baisse sur les salaires. Et je demande qu'on me cite une seule phrase « extrêmiste » qui serait sortie de la bouche ou de la plume de Marine le pen.
Sortons du prêt-à-penser médiatique ! Soyons donc enfin libres. J'ai voté à gauche en 2002 et en 2007, et bah oui, je l'avoue, je serais à Hénin Beaumont je voterais pour elle, et en 2012 je me demande…(ouh le vilain petit nazillon que je suis sûrement…)
De kri
citoyen | 20H58 | 28/06/2009 |
On veut des usines, des parkings, des centres commerciaux, des écrans plats, des portables, des frigidaires, des lave-vaisselle, des centrales vapeur, etc. Rien n'a changé depuis Boris Vian et l'important est d'avoir ce qui procure le bonheur, que ce soit par un PS, un FN ou un UMP. Le reste, c'est de la politique…
De papy38
retraité | 07H16 | 29/06/2009 |
Avec un maire PS nul et voyou, une commune sinistrée, comment voulez-vous ne pas faire le lit du Front National. On peut même imaginer que tout a été fait pour cela.
Bon, il y a un deuxième tour… Les gauches pourront-elles se rassembler et offrir une alternative ?