Sur le terrain

Sans-papiers : en plein Paris, la rue pour dortoir

Boulevard du Temple

Je suis passé hier soir, vers minuit, boulevard du Temple, près République. Sur le grand trottoir, devant la Bourse du travail, la librairie, et le « Royal Couscous », plusieurs centaines de couvertures orange ou beiges courent jusqu'à la chaussée. Les orages les mouillent. Roulés dans ces couvertures, quelque 200 à 300 personnes.Hommes, femmes, quelques enfants : ce sont les familles expulsées de la bourse du travail par les gros bras de la CGT, après quatorze mois d'occupation de la Bourse du travail. Plus quelques citoyens qui sont venus les soutenir, en dormant avec eux sur le bitume, fondus dans cette masse couchée, encadrée de policiers. Les femmes ont été regroupées au milieu du cercle des hommes.

Entre ces corps, on aperçoit des casques blancs, qui rappellent que ces personnes sont des travailleurs. « Le matin, ils se lèvent et vont sur les chantiers ou dans les égouts, à moins trois degrés. Ils n'ont aucun problème pour trouver du travail. Mais ils ont peur dès qu'ils marchent dans la rue, il faut toujours regarder à droite, à gauche », s'énerve Omar, un Mauritanien venu les soutenir : (Ecouter le son)

Audio placeholder

Au bord de la chaussée, contre un arbre, il y a un seau de chantier blanc. « C'est pour les femmes, pour leurs besoins, pendant la nuit », m'explique-t-on. Les hommes eux, « peuvent aller n'importe où ». Une installation de fortune a été prévue pour assurer un peu d'intimité autour du seau : une petite bâche que maintiennent des tasseaux de bois tenus par un méchant scotch noir.

De temps en temps, un cri fuse : « Des papiers, pas de flics ! ». Des discussions animées se forment au bord de la mer de couvertures. La CGT est accusée d'avoir « trahi », « retourné sa veste ». Même ceux qui, au sein de la centrale syndicale, désapprouvent l'expulsion musclée n'ont pas osé se montrer.

Sissoko Anzomane, porte-parole des explusés, raconte la journée en mangeant du riz dans une assiette en papier. Les délégués ont été reçus à la préfecture de police par Christian Lambert, directeur de cabinet du préfet (et ex-patron des CRS). Ils ont exigé la régularisation des expulsés qui dorment sur le trottoir. Ils ont négocié sur les critères de régularisation. Ils ont un nouveau rendez-vous aujourd'hui, vendredi, avec Jacques Quastana, le directeur de la police.

Ils espèrent une réponse du ministère dans la journée. « Si elle est défavorable, on restera ici, ce sera un rapport de force, on appelera les gens à venir nous soutenir et dormir avec nous », prévient Sissoko Anzoumane.

A quelques mètres de là sur le même trottoir, aux terrasses de la brasserie Jenny, les Parisiens profitent de la soirée d'été.

Boulevard du Temple

7 commentaires sélectionnés

Portrait de virginie78

De virginie78

Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 10H58 | 26/06/2009 | Permalien

alors qu'il y a des milliers de logements vides à Paris ….

Portrait de Pictulo

De Pictulo

11H11 | 26/06/2009 | Permalien

« Je veux, si je suis élu président de la République, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez le bien : si on est plus choqués quand quelqu'un n'a pas un toit lorsqu'il fait froid et qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société qui s'en trouvera remis en cause. »
N. Sarkozy, discours à Charleville-Mézières, 18.12.2006

Portrait de Jules_R

De Jules_R

Etudiant | 13H30 | 26/06/2009 | Permalien

C'est hélas le résultat de la stratégie de la coordination sans-papiers 75 :
refuser toutes les offres (pourtant sincères) de la CGT, mener des sans-papiers désespérés dans l'impasse. Un an d'effort, d'occupation de la part de sans-pap » courageux et voilà le résultat …
La CSP 75 est plus motivée par des sentiments « anti-cgtistes » que progressistes …
Enfin si les sans-pap » sont dans la rue aujourd'hui, c'est la faute de la mairie qui a cru pendant un an que la bourse du travail était un HLM …

Jules

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 14H13 | 26/06/2009 | Permalien

Je vous conseille la lecture, sur le site même de la CSP75, des raisons de l'occupation de la bourse du travail :
http://bourse.occupee.free.fr/index.php ? option=com_content&view=article&…
Apparemment, on est en plein conflit de leadership entre le CSP75 et les syndicats pour représenter la lutte pour la régularisation des travailleurs sans papiers.

Portrait de SUP. à la demande du riverain 21.07.09

De Davincikod

... | 16H16 | 26/06/2009 | Permalien

Je voudrais dire que je suis de Droite et que je trouve abjects les propos qui sont tenus sur la CGT par certains blogeurs. On devrait plutôt admirer la patience angélique de ce syndicat. Toutes ces bonnes âmes qui défendent hypocritement les sans-papiers devraient voir leur appartement réquisitionné pour loger ces sans-papiers, devraient avoir l'obligation de leur trouver du travail et de payer leurs cotisations sociales. C'est trop facile de se faire mousser en se drapant avantageusement dans les habits de soeur Thérésa, tout en courant le guilledou par ailleurs. Ce dévergondage compassionnel est une posture ou plutôt une imposture de tartuffe. La FESSU est championne pour jouer cette infâme comédie !

Portrait de Yaumegui_from_Paris

De Yaumegui_from_Paris

Sur mon fauteuil. | 18H17 | 26/06/2009 | Permalien

La nouvelle lutte des classes !

Portrait de Yvon

De Yvon

21H59 | 26/06/2009 | Permalien

Etonnante la collaboration de la CGT, de la police et le silence de la Mairie de Paris à qui appartient la Bourse du Traval !

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code