Décryptage 26/06/2009 à 17h36

La France se résout enfin à retirer le Di-Antalvic du marché

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


Des boites de Di-Antalvic dans le tiroir d’une pharmacie parisienne (Audrey Cerdan/Rue89)

Il aura fallu un an et demi de réflexion à l’agence européenne du médicament pour finalement recommander le retrait du Di-Antalvic et de ses génériques, médicament antidouleur pourtant vendu depuis quarante-cinq ans en France. La revue indépendante Prescrire regrette que la réaction ait été aussi lente :

« Les risques mortels liés à l’association antalgique dextropropoxyphène + paracétamol (Di-Antalvic ou autre) sont connus depuis longtemps, et son absence d’intérêt thérapeutique par rapport au paracétamol seul, aussi. »

Bruno Toussaint, médecin et directeur de la rédaction de Prescrire, explique la lenteur de la réaction des autorités :

« Les effets indésirables sont de manière générale les parents pauvres de la pharmacologie, les laboratoires mettent plus de moyens pour évaluer l’efficacité des médicaments que pour évaluer leurs effets secondaires. »

Ceux-ci ont commencé à être remarqués au début des années 2000 : 200 décès par an dus à ce médicament ont été recensés en Suède (pour une population de 9 millions d’habitants) et 3 à 400 au Royaume-Uni (pour 60 millions d’habitants), dus à des surdoses à la fois accidentelles et volontaires (suicides pour 20% de ces décès). Le médicament a aussi été retiré du marché suisse.

Un opiacé dangereux à doses élevées

La toxicité de ce médicament n’est pas étonnante pour les médecins : le Dextropropoxyphène est chimiquement proche de la méthadone, substitutif à l’héroïne, et a comme point commun de s’accumuler dans le corps à doses élevées, notamment chez certaines personnes fragilisées, au point de pouvoir provoquer un arrêt cardiaque.

Mais l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), comme elle l’explique dans sa fiche questions/réponses « avait considéré que ces données ne justifiaient pas de mesures de restriction ou de remise en cause de l’usage de l’association DXP/PC »... tout en estimant « qu’il était nécessaire de poursuivre la surveillance des intoxications aiguës aux antalgiques de palier II “ (dont fait partie le Di-Antalvic).

L’agence française faisait confiance aux laboratoires :

‘Dans des conditions normales d’utilisation, ce médicament n’avait fait l’objet d’aucun signal particulier de pharmacovigilance qui aurait justifié la réévaluation de son rapport bénéfice/risque.’

‘Efficacité insuffisante pour justifier le risque’

Finalement, c’est de l’agence européenne du médicament (EMEA) qu’est venu le principe de précaution. Celle-ci, saisie fin 2007 pour arbitrer entre les pays où des effets étaient perçus et les autres, a mis un an et demi à se pronocer. Elle vient de demander un retrait progressif de tous les médicaments contenant du dextropropoxyphène (DXP).

On découvre donc aujourd’hui que pour l’agence européenne

‘les preuves d’efficacité, en l’état actuel des standards requis pour l’autorisation de mise sur le marché, sont insuffisantes pour justifier le risque de décès encouru par les patients, en cas de surdosage accidentel ou volontaire.’

Rappelons que huit millions de personnes prennent régulièrement du Di-Antalvic en France, de très loin le plus gros marché européen, et que, selon l’Afssaps, ce médicament causerait 2% des décès par intoxication médicamenteuse.

Et maintenant ?

L’agence donne un an avant le retrait définitif du marché. Cela notamment parce qu’il va falloir prévoir un sevrage des patients, car ‘étant un opiacé faible, il crée une accoutumance chez ceux qui en prennent depuis longtemps’, estime Bruno Toussaint, et aussi parce que les médecins ont l’habitude de prescrire ce médicament efficace comme antidouleur.

Mais il peut aisément être remplacé par le paracétamol seul ou par la codéine. Pour le docteur Toussaint, ‘il ne fait pas mieux que le paracétamol mais est plus dangereux ! Et le paracétamol peut aussi tuer si on en prend beaucoup trop (il attaque le foie)’.

Le questions/réponses de l’Afssaps précise qu’‘il se peut qu’une minorité de patients ne puisse trouver une alternative satisfaisante à l’issue de la phase de retrait progressif’.

Rappelons enfin que cette recommandation de l’EMEA n’est pas contraignante pour l’ensemble des pays de l’UE, et que la Commission européenne devra encore trancher cette affaire sur le fond.


Le Di-Antalvic retiré de la vente (Chimulus)

Photo : des boites de Di-Antalvic dans le tiroir d’une pharmacie parisienne (Audrey Cerdan/Rue89)

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  • Ech-picard
    Ech-picard répond à Immyr
    au fond de sa campagne.
    • Posté à 21h57 le 27/06/2009
    • Internaute 280
      au fond de sa campagne.

    Merci toubib !
    Je suis utilisateur de paracétamol 2 à 4 g/j mon médecin perso, le pharmacien mon largement prévenu des risques. Alors je module en fonction des douleurs et de mes activités :
    une rando en montagne avec un col a 2800 m =>4g la plus part du temps c’est 2g/j pas plus même si j’ai mal la nuit.
    Le rhumatologue a préféré me soigner ainsi plutôt que d’utiliser une méthode « invasive ».
    di antalvic : j’ai « visité » l’usine de Compiègne qui le fabrique. Les ouvriers du conditionnement prétendaient que le médicament n’avait pas d’effets sur leurs douleurs ? Un accoutumance ? Il y a toujours un peu de poudre autour des machines.
    Palier 3 : je remercie l’équipe du SAMU qui m’a tiré d’affaire et soulager à l’occasion d’une pancréatite aiguë.
    Une des causes probable : un médicament contre le cholestérol.
    Soyez prudent les riverains !

  • ROLLIN_DELAY
    ROLLIN_DELAY répond à Immyr
    Vétérinaire à la Campagne
    • Posté à 18h25 le 28/06/2009
    • Internaute 81304
      Vétérinaire à la Campagne

    Excellent blabla, structuré et scientifiquement solide !
    Malheureusement, une certaine culture médicale ou à défaut scientifique, est nécessaire pour en tirer toute la substance !
    Merci Docteur !

  • Pierrrrre
    Pierrrrre répond à Immyr
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 12h34 le 29/06/2009
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    ► Superbes explications ...merci docteur
    heu, je vous dois combien ?

  • ReVue.com
    ReVue.com
    webmaster
    • Posté à 14h11 le 27/06/2009
    • Internaute 71233
      webmaster

    Ma mère, 78 ans, prends 2 à 4 Propofan depuis des années pour supporter une très douloureuse atteinte d’arthrose des lombaires.
    Ce traitement lui permet de rester un minimum active.

    Elle est inquiète, et moi aussi, du retrait de cette classe de médicament.

    On lui a prescrit des patchs qu’elle refuse de prendre à cause des effets secondaires.

    Que va-t-elle devenir sans son anti-douleur ? Le paracétamol seul n’ayant guère d’effet sur elle.

    Les médicaments à base de tramadol sont-ils une alternative ?

    PS : je viens de lire l’excellente réponse d’Immyr : Lien
    Les substituts sont aussi efficaces mais ont plus d’effets secondaires, ce qui pour ma chère maman est primordial… Donc le retrait du DX va perturber sa vie et ça m’énerve +++

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à ReVue.com
      journaleux - blogueur, en exil (...)
      • Posté à 22h41 le 27/06/2009
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur, en exil (...)

      à ce qu’un lecteur a mis en commentaire chez moi, les patchs c’est super cher !
      si ses douleurs sont constantes, le paracétamol codéïné sera peut-être approprié.
      si, comme moi, elle aime pouvoir moduler, va falloir chercher !

  • jonolito
    jonolito
    pharmacien
    • Posté à 16h25 le 27/06/2009
    • Internaute 83988
      pharmacien

    Salut ! Il y a une petite erreur, et, en tant que pharmacien, je dois rétablir tout ça (enfin je pense). Voilà : le paracétamol, n’est certainement pas un opiacé, c’est la codéine (citée juste après dans l’article) qui en est un.
    De plus, l’intérêt de mélanger un opiacé avec le paracétamol, c’est la potentialisation des effets, c’est-à-dire que, pour des doses plus petites de chaque composant, on aura un effet bien meilleur, donc, a priori moins de risques de surdosages et une bonne efficacité. Quant aux accidents liés à ce médicament, il me semble qu’il y a surtout un problème de posologies trop élevées, surtout s’agissant d’un opiacé.

    L’utilisation de codéine en remplacement est une solution efficace, certes, mais je pense qu’on découvrira le même type d’effets secondaires quand on se penchera sur son sujet à des doses importantes, et commercialisées à la même échelle que le diantalvic.

    Beaucoup de gens sont très contents du diantalvic et souffriraient le martyr sans lui, et je pèse mes mots. Alors ? Doit-on les mettre directement sous morphine ? ou leur donner des doses mortelles de paracétamol ? Ou les laisser dans leur souffrance ?

    • nixar
      nixar répond à jonolito
      informaticien, Paris
      • Posté à 19h15 le 27/06/2009
      • Internaute 31373
        informaticien, Paris

      L’avantage principal de la codéïne par rapport à ce qu’il y a dans le diantalvic, c’est la pharmacocinétique qui est plus proche du paracétamol. Avec le diantalvic, la demi-vie de l’opiacé est beaucoup plus courte que le paracétamol ; du coup le patient est très fortement tenté d’en reprendre et risque la surdose.

    • Sophie Caillat
      Sophie Caillat répond à jonolito
      Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
      • Posté à 20h15 le 27/06/2009
        rédacteur
      • Journaliste 50753
        Journaliste

      Bonjour et merci de votre vigilance. C’est corrigé.

    • FabiendeMénilmontant
      FabiendeMénilmontant répond à jonolito
      journaleux - blogueur, en exil (...)
      • Posté à 22h48 le 27/06/2009
      • Internaute 14145
        journaleux - blogueur, en exil (...)

      Les détracteurs français du Di-Antalvic prêchent pour le paracétamol codéïné, précisément !
      Certains pour le Topalgic.
      En février, lors de ma visite annuelle à l’unité de traitement de la douleur où je suis suivi, j’avais abordé ma crainte de voir disparaître le Di-Antalvic, qui m’avait donné entière satisfaction près de trois ans, et que je prends de nouveau depuis fin 2006. Et, à cause de tout ce que je prends par ailleurs, mon neurochir me disait que le Topalgic serait sans grand effet sur moi. Par ailleurs, je ne sais même pas s’il existe autrement qu’en LP, et je vois qu’il coûte horriblement cher pour du long cours… je suis attentif à ce que je« coûte » à la sécu (et me suis déjà fait « sermonner » par ma CPAM pour avoir pris du valium au lieu du générique, alors que ça coûte moins de 2€ la boîte).

  • setori
    setori
    retraité
    • Posté à 16h31 le 27/06/2009
    • Internaute 43503
      retraité

    En toute choses ,on est toujours victimes des CONS ! Prenons la voiture : quelques centaines d’inconscients roulent bourrés ; : conséquences : ralentisseurs ,radars ,limitations de vitesses ,retraits de points de permis et j’en passe.De même pour les médicaments : tout est dans la dose .Passez les limites et même l’aspirine est dangereuse .On ne peut pas se prévenir de tout et surtout pas des comportements aberrants .Certains ne savent même pas lire les notices jointes ! Toujours plus de contraintes n’est pas une réponse appropriée .EDUQUEZ nom de ZEUS .Au lieu de certaines émissions débiles apprenez aux gens les gestes élémentaires de la vie courante : comment gérer son budget ,comment gérer sa santé,comment respecter son voisin ,comment accepter la différence etc.etc.. Il n’y a pas d’autres solutions !

    • lilialbazar
      lilialbazar répond à setori
      travailleure sociale à Toulouse
      • Posté à 21h54 le 27/06/2009
      • Internaute 36758
        travailleure sociale à Toulouse

      vous oubliez : comment ne pas souffrir en respectant son corps. parce que le corps parle ! ! ! et le di antalvic est là pour l’étouffer.

  • Pat du Tarn
    Pat du Tarn
    esprit rugbystique
    • Posté à 20h07 le 27/06/2009
    • Internaute 40384
      esprit rugbystique

    Une fois de plus à cause de cons qui ne savent pas lire,ou veulent se suicider,un médicament est mis en accusation.
    Même le paracétamol pris en trop grande posologie est dangereux,d’ailleurs quel médicament est 100% sur ?
    Respectons la posologie,ceux qui ont peur de faire une bêtise ont des
    piluliers très pratique.
    Allez ciao,et vive la connerie humaine
    Pat du Tarn

  • Fald
    Fald
    Vieux (con)vaincu
    • Posté à 11h19 le 28/06/2009
    • Internaute 76678
      Vieux (con)vaincu

    Je n’y connais pas grand-chose, aussi vais-je poser une question bête :

    Quel médicament un peu efficace est sans danger en cas de surdosage ?

    Si on doit tous les retirer du marché, il ne va plus rester pour se soigner que l’imposition des mains et la poudre de perlimpinpin.

    Heureusement que le président trône désormais de temps en temps à Versailles. Peut-être héritera-t-il du pouvoir de guérir les écrouelles. Ce sera toujours ça de pris !

    C’est décidé, je continue de ne pas tomber malade !

    (J’avais pas vu le « OUPS » et j’ai essayé de passer ce commentaire en vain plusieurs fois. Je commençais à me croire sur Bellaciao et à hurler à la censure. Espérons qu’en changeant pour Firefox, ça passera.)

  • yoyo10
    yoyo10
    Etudiant à l'Ecole Centrale (...)
    • Posté à 12h03 le 28/06/2009
    • Internaute 80059
      Etudiant à l'Ecole Centrale (...)

    Encore une application de travers du principe de précaution, selon moi...
    le problème ici soulevé est la tendance du Di-Antalvic a « s’accumuler dans le corps à doses élevées, notamment chez certaines personnes fragilisées, au point de pouvoir provoquer un arrêt cardiaque. » Donc pour quelques personnes irresponsables (ou aux médecins irresponsables, c’est selon) qui surdosent un médicament, on supprime un antalgique anti-inflammatoire qui est souvent le seul efficace (comme le dit Suzanna, pour les Hernies Discales, mais aussi pour les céphalées, etc...) et permet a de nombreuses personnes de garder une vie sans douleur.

    N’y aurait-il pas une autre raison, du genre médicament dont les coûts de maintien sur le marché deviennent trop élevés pour Sanofi-Aventis depuis la sortie en générique ?

    Sans parler des gens a qui la douleur va faire péter des plombs et qui vont venir grossir la liste des consommateurs (que je déteste ce mot quand il s’agit de médocs ! !) de psychotropes, neuroleptiques et compagnie (ça tombe bien, la France bat déjà des records de prise de ces médicaments psycho-actifs par personne, avec des conséquences monstrueuses pour la sécu et l’état des gens)

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 13h33 le 28/06/2009
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « ....retirer le Di-Antalvic du marché.... »

    ► Faut dire aussi que depuis le décés de Mickael Jackson, sa consommation est tombée en chute libre

  • Malaparte
    • Posté à 16h25 le 28/06/2009
    • Internaute 29702

    Il est clair que si un médicament est trop dangereux, il peut être judicieux de le retirer de la vente et de ne plus le prescrire.
    Ce qui me paraît assez curieux, c’est que le Di-antalvic n’est accessible que sur ordonnance, or qui rédige l’ordonnance en toute connaissance de cause ?
    On attaque un médicament, mais les médecins prescipteurs ne sont absolument pas mis en cause. Pourquoi ? Aucune loi n’interdit de faire passer des tests médicaux à un patient pour savoir si son métabolisme est capable d’assimiler certaine molécules ! ! !
    Pour qu’un médicament soit efficace, il doit être puissant, donc potentiellement dangereux. Dans les anésthésiants, on trouve parfois du curare (en très petites quantités) mais il est nécessaire sur le plan neurologique. Pourtant c’est une substance hautement mortelle. Donc on l’interdit ! ?
    Il me semble que le problème du Di-antalvic soulève celui de la responsabilité des médecins. A eux de savoir s’ils préfèrent perdre un client/patient ou préserver une vie. J’admets que des patients soient particulièrement insistants pour obtenir de leur médecin ce qu’ils veulent. Il faut tout de même se rappeler que les français sont les plus gros consommateurs de médicaments en Europe... et ils ne le seraient pas si on les y aidaient pas un peu...

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