
On ne peut que saluer l'initiative des députés proposant une commission d'enquête parlementaire au sujet du port de la burqa et du voile intégral (niqab). L'espoir que ce travail, s'il est engagé, débouche sur une interdiction -ou à défaut sur une réglementation- n'est pas mince. Mais sur quel fondement appuyer une telle mesure ?
L'argument de la laïcité, ordinairement avancé, est en porte-à-faux. Celui de l'oppression des femmes se révèle, à l'analyse, plus fragile qu'il n'y paraît pour asseoir un interdit. Reste la question du masque, du déni d'identification et surtout, au-delà, celle de la dépersonnalisation indifférenciée qui atteint l'idée même du citoyen.
Le texte de la proposition de commission d'enquête offre une piste intéressante et aborde trois questions essentielles. Dire en effet que la burqa n'est pas qu'un signe religieux : elle est bien plus que cela, c'est ouvrir une voie d'approche, celle de l'excédent. Et trois questions sont abordées : celle du signe religieux, celle de l'oppression des femmes, celle du déni d'identification. Passons-les en revue.
Au-delà d'un signe religieux
Il me semble impossible d'interdire burqa et voile intégral (niqab) dans l'espace civil au seul motif que ce sont des signes religieux. Le régime de laïcité impose l'abstention de ces derniers dans le seul espace relevant de l'autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l'espace civil. La loi de 2004 sur le port des signes religieux à l'école publique élémentaire et secondaire est conforme à cette conception. J'ai tenté de théoriser cette position dans le livre « Qu'est-ce que la laïcité ? » (Vrin).
Si on interdisait burqa et niqab dans l'espace civil en tant que signes religieux, il faudrait aussi y interdire le voile non intégral, la kippa, les croix, arracher les calvaires, faire taire les cloches… ce qui reviendrait à abolir la liberté d'expression religieuse.
L'oppression des femmes
L'approche par la question de l'oppression des femmes semble plus solide du point de vue du débat de société. Nul doute qu'on doive s'en émouvoir : burqa et niqab sont en effet, si l'on peut dire, une exclusivité féminine, une exclusivité excluante particulièrement choquante et ostensible.
Mais cette approche est à mon sens fragile du point de vue qui importe ici, celui d'une réglementation ou, mieux, d'une interdiction dans l'espace civil, car cela engage les libertés formelles. Il sera en effet facile aux sectes concernées de trouver des porteuses de burqa et de niqab pour déclarer qu'elles affirment librement par là leur féminité et leur dignité -du reste qu'y a-t-il de plus affirmatif d'une féminité essentielle que la burqa ?
Les sectaires nieront toujours que ce port est un signe d'infériorité ou d'oppression. La seule chance serait de trouver un sectaire ou une porteuse de burqa assez stupide pour déclarer tout de go, un peu comme l'a fait l'imam de Vénissieux, que burqa et voile intégral (niqab) témoignent de l'infériorité des femmes, constituant alors le corps du délit. Même si on peut penser à juste titre que cette infériorité et cette soumission sont aveuglantes, le délit de déclaration illicite n'est pas pour autant constitué aux yeux de la loi.
Le déni d'identification et sa réglementation
Reste la question du masque volontaire permanent. Cette question n'est pas propre à la burqa et au voile intégral, elle est générale et concerne la dissimulation délibérée et permanente d'identité par la dissimulation du visage.
Certes, l'état actuel de la législation permet le port de masques sur la voie publique. Personne n'y est tenu d'indiquer son identité de manière constante ; cela n'est exigé que dans des circonstances précises. On pourra alors envisager une réglementation dans certains cas : accès à des lieux publics clos (banques, magasins, grandes surfaces, transports, musées, etc.). Ou encore : peut-on accepter qu'une personne masquée vienne quérir un enfant à la sortie de l'école ? Imagine-t-on un conducteur en niqab se faisant flasher à 180 km/h sur l'autoroute ?
Mais tout cela ne mène que vers une réglementation dans des espaces déterminés et/ou pour un temps déterminé et non vers une interdiction dans tous lieux accessibles au public.
Plus qu'un masque : une dépersonnalisation indifférenciée
Or, plus que des signes religieux, plus que des marques infamantes rivées au corps des femmes, niqab et burqa sont également plus que des masques. Ces objets, trous noirs forés dans la constitution humaine, ne se contentent pas de celer la singularité d'une personne en faisant obstacle à son identification, ils font bien davantage : ils la rendent indiscernable en permanence de toutes celles qui portent ce vêtement, lequel n'a vraiment de sens, si l'on y réfléchit bien, que par sa multiplicité uniformisante. C'est d'ailleurs sa multiplication qui alerte les élus et l'opinion. Sous nos yeux se forme une collection d'identiques sans identité personnelle décelable et non un rassemblement diversifié.
A la non-identification permanente, burqa et niqab ajoutent l'indifférenciation -le député Jacques Myard parle d'une dépersonnalisation. Imaginons que tout le monde porte le même masque (encore un masque garde-t-il figure humaine ! ), que nous soyons tous des éléments intrinsèquement indiscernables : ce ne serait plus un monde humain.
Voilà ce que sont les femmes pour le sectarisme qui les raye de la visibilité ordinaire en leur imposant une visibilité de négation : une simple collection. En la personne d'une femme, c'est donc bien l'atome constitutif de l'humanité civile et politique, sujet, auteur et finalité du droit, qui est visé : on ne voit plus, tache aveugle et aveuglante, que la trace noire de son effacement.
Je suis donc favorable à l'interdiction du port de la burqa et du voile intégral dissimulant le visage dans tous lieux accessibles au public.
Photo : une femme portant le niqab devant la tour Eiffel à Paris le 25 juin 2009 (Gonzalo Fuentes/Reuters).




















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à Wladimir
De Humain
20H00 | 26/06/2009 |
Quel est le rapport entre votre question et le sujet ?
De colyz
psy | 17H11 | 26/06/2009 |
Je concède avec beaucoup de blogueurs que la burka cache le visage… mais elle ne cache pas les yeux si expressifs, les yeux qui sont les fenêtres de l'âme. Ce point n'a pas encore été abordé jusqu'à maintenant (sauf erreur de ma part).
Aussi je propose ce compromis (pour faire avancer le débat) : d'accord pour la burka mais à une condition : ne jamais porter de lunettes de soleil en même temps !
à colyz
De Joe Liqueur
Journaliste | 19H26 | 26/06/2009 |
J'apprécie vos petits messages à l'humour délicat et je pense que les psys ont beaucoup de choses à dire dans ce débat. J'attends la suite !
à Joe Liqueur
De colyz
psy | 06H21 | 27/06/2009 |
Cher Joe Liqueur, merci pour ton message.
Dans mon cas le pseudo « psy » n'a rien à voir avec psychiatre, psychanalyste, psychologue, psychothérapeute… Ce n'est pas un pseudo de celui ou de celle qui saurait sur d'autres qui ne sauraient pas (fut-ce un savoir inconscient). Le site est démocratique et les avis de tous éclairés ou aveugles sont bienvenus et nécessaires.
« Psy » renvoie à psychédélique : un clin d'oeil à Thimoty Leary et Aldoux Huxley, un clin d'oeil aux beatniks américains des années 1950.
Un clin d'oeil au LSD, mais un clin d'oeil métaphorique : la conscience (la mienne et aussi celle de beaucoup d'autres je coirs) hallucine des opinions que j'expose, que je défends, que je modifie au contact d'autres opinions et qui me permettent de rencontrer d'autres dont toi.
De charlotte cordier
19H25 | 26/06/2009 |
Pour ma part , quand je rencontre ces femmes dissimulées sous leur tenue de fantome cela me met mal à l » aise , autant que lorsque je vois ces gamines ,nombril à l » air , percées de partout ,
Quand on veut s » integrer , je crois qu'on n » a pas interet à trop se faire remarquer avec de telles tenues
Et puis , il me semble que beaucoup de musulmanes , n'ont absolument pas envie de s » accoutrer de cette façon et meme que cela leur fait un peu peur , leur émancipation ayant été comme pour nous difficile ……….Ca ne s » arrange pas , les bonnes soeurs ont quitté leurs coiffes , les curés leurs soutanes , et maintenant , nous devons supporter ces oiseaux noirs …….
Peut etre qu'il ne faut pas trop y faire attention , tout finit par passer ………….
à charlotte cordier
De Humain
20H05 | 26/06/2009 |
Peut être elles voudraient être « intégrées », ou plutôt faire partie du pays où elles vivent…
Mais ce n'est pas à elles qu'il faut le dire, mais à leur maris.
En bon « machos » qu'ils sont, eux, n'ont pas du tout tout envire de lacher du lest… ! !
Alors « on » nous raconte que c'est l'émancipation, la liberté….etc… Que nenni ! C'est « tu portes ton nikab, ou tu ne sors pas ! »
De trobador
20H24 | 26/06/2009 |
interdiction = espoir ?
De yoms
pourfendeur | 20H48 | 26/06/2009 |
Pathétique démonstration qui n'arrive à rien prouver, à part la volonté d'interdire à des citoyens de ce pays de s'habiller comme ils le désirent. Certes la burqua ou le niquab (on apprend des mots en ce moment…) ne sont souhaitables pour aucune femme et cette tradition est déplorable, cependant l'espace public porte bien son nom et il appartient à tout un chacun. De quel droit certains pourraient se permettre d'interdire à d'autres le port de tel ou tel signe ou vêtement ? Ca commence par les cagoules en manif, la burqua dans la rue, quelle sera la prochaine interdiction ? Non on ne doit pas cautionner la mise en place d'une nouvelle loi liberticide, non on ne doit pas accepter les amalgames et les généralisations. Si l'on veut combattre les religions ou plutôt leurs abus, attaquons nous déjà à ce mal qui nous ronge depuis si longtemps, les intégristes cathos, ceux qui font partie du gouvernement comme boutin ou Darcos (main basse sur l'école publique, fitoussi, khaldy excellent bouquin…) refusons un président chanoine du latran..etc etc etc
à yoms
De émile zozo
musulman donc terroriste...bouh! | 21H52 | 26/06/2009 |
interdit les masques du mardi gras, et pénalisation du déguisement de fantôme ! Faut croire que le reste du monde est plus laïque que la France !
De JV29640
21H49 | 26/06/2009 |
Pour toute les personnes qui s'expriment avec certes des convictions, certes des (pseudo-)connaissances interrogez ces femmes quand vous les croisez dans la rue, une petite anecdote, sortant d'un partiel d'une prestigieuse université proche de St Michel, des jeunes filles voilées, dont une portant le niqab… une dame âgée s'approche et demande alors à ces jeunes femmes pourquoi sont elles toute voilées ainsi ? ? réponse (de la demoiselle en niqab) « parce que nous sommes libres ! » …. à méditer !
De Pierre2008
journaliste | 21H54 | 26/06/2009 |
La Burqa (et autres voiles islamiques) pour les nuls :
http://www.lepost.fr/article/2009/06/19/1584816_la-burqa-pour-les-nuls_1…
De Marc Paul
Professeur | 05H48 | 27/06/2009 |
« Faire taire les cloches » ? C'est fait depuis longtemps dans les pays musulmans : une seule exception,la Syrie.
à Marc Paul
De émile zozo
musulman donc terroriste...bouh! | 22H50 | 28/06/2009 |
tout comme on « fait taire les muezzins » en France…..l'histoire biblique de la paille et de la poutre tu connais ?
à émile zozo
De Marc Paul
Professeur | 06H42 | 29/06/2009 |
On fait taire les muezzins en France ? C'est un scoop : vite des faits !
J'ai trouvé un post où un allumé affirmait que la situation des juifs dans l'Allemagne nazie était comparable à celle des musulmans de France, : plus c'est gros et plus ça a des chances d'être cru.
à Marc Paul
De émile zozo
musulman donc terroriste...bouh! | 09H20 | 29/06/2009 |
oui il est interdit pour un muezzin de faire les 5 appels à la prière du haut d'un minaret en France, même parfois de construire des minarets, comme donc il est interdit de faire sonner les cloches dans la plupart des pays musulmans. Et ce sont en effet des intolérances religieuses de part et d'autre…
celui qui compare la situation des musulmans français d'aujourd'hui avec les juifs allemands de 39-45 se trompe, cette comparaison est valable avec les musulmans de Palestine. (la France participe activement au blocus du getto de Gaza, en toute bonne conscience)
cependant la stigmatisation de l'islam en France rejoint la stigmatisation du judaïsme en France des années 30. insultes, amalgames, caricatures, lois spécifiques, etc…
De colyz
psy | 07H15 | 27/06/2009 |
Concernant les discours sur la burka :
Les discours sur la burka de certains hommes et femmes politiques (+ le discours de certains intellectuels ou pseudo-intellectuels qui sont dans les jupes du pouvoir) est lui-même une burka (un habit protecteur contre la rencontre de l'autre vécue comme intrusion possible ? )
Quand on entend de tels discours, on recherche l'auteur mais on ne trouve pas l'auteur, on ne trouve que sa burka discursive. Certes il y a les yeux mais on peut faire dire n'importe quoi aux yeux qui sur un certain plan restent muets (sauf quand ils sont amoureux).
Et bien moi je veux leur dire à ces hommes et femmes politiques (et à ceux et celles qui se tiennent dans les jupes du pouvoir) qu'ils ne me gênent pas pour autant qu'ils ne m'obligent pas à revêtir leur burka discursive.
Or interdire le port de la burka vestimentaire dans les rues de Paris ou ailleurs sur le sol français c'est m'obliger à revêtir leur burka discursive à eux et là je dis NON.
De gegrave
artiste | 07H22 | 27/06/2009 |
comme on interdit les cagoules dans les manifs, je propose d'y aller en burka, car nul ne peut deviner qui se cache dessous.
à gegrave
De colyz
psy | 07H38 | 27/06/2009 |
OK mais avec une exigence : pas de violence, pas de gros mots.
Organisons une marche silencieuse avec chacun une rose blanche dans une main et un croissant dans l'autre.
Organisons la Burka Pride.
Autrement cela va nuire vraiment aux femmes qui portent Burka et qui sont discrètes et pacifiques.
De danstagueule51
en colère | 11H13 | 27/06/2009 |
Quelle connerie ! Il faut combattre TOUTES les religions car nuisible à l'émancipation, complice des nantis au pouvoir ou voulant le pouvoir ! C'est pas une raison pour faire de la pub à des sectaires et renforcer le racisme en france ! ! Cette attaque envers la burkqua (qui est une prison pour mon avis ! ) telle qu'elle est menée n'est qu'une entente licite entre les sectaires de tout poil et toutes nationalités, les « pros » de la politique, de l'insécurité et les fachos ! Il aurait fallu rappeler avec force que cette prison de tissus, tout comme le voile, est antérieur à l'islam et est le fait d'ahuris auto-proclamé imman ! Il aurait fallu faire un battage médiatique sur des solutions proposées à ces femmes qui ont étés FORCES à mettre ce truc ! ! pour les volontaires, car hélas la connerie sectaire n'épargne pas les femmes et l'islam, il faut les laisser faire dans le respect de la loi de 1905 !
bien sur, il y a des problemes : à la sortie d'école c'est ta mère ou c'est BATMAN ? pour les Keufs c'est dur un controle d'identité (tiens ! cela me donne des idées pour les manifs ! ), pour un braquage de banque, etc..
on ne peut pas imposer une façon de s« habiller même si je hais ce vetement ! ! moi qui est PUNK, je dois changer de Look si cela continue ?
De danstagueule51
en colère | 11H18 | 27/06/2009 |
J'allais oublier ! un souvenir du MAROC en 1995, avec mes potes de la zup, me revient ! Dans un bled, une femme en draps noir (on ne voyait que les yeux, est venue s'occuper de nous durant 3 jours. Une fois rentrer à la maison, pour travailler le 1er jour, elle a enlevé sont truc : elle était en mini jupe et bas résille ! un vrai régal ! Nous ne lui avont pas manqué de respect mais elle était belle ! ! ! ! Elle nous a dit qu'e ce voile noir était un bon plan pour être tranquille ! ! !
je vous assure que cette histoire est vrai !
allez : ni dieu ni maitre !
De Catherine Kintzler (auteur)
Philosophe | 11H39 | 27/06/2009 |
Comme promis je reviens pour une deuxième série de réponses groupées, sans bien entendu avoir la prétention de répondre à tout et à tous. De nouveau j'invite les lecteurs à lire aussi la version longue de l'article sur ma page personnelle http://www.mezetulle.net
@ Sur l'argument de la réclusion : « Si on interdit voile intégral et burqa, ces femmes resteront recluses à la maison et ce sera pire ».
La visibilité publique caractérise le port de la burqa et du niqab. Il s'agit d'affichages, très souvent revendiqués de façon militante. Ils n'ont vraiment de sens que s'ils sont exhibés dans l'espace civil. Aussi l'argument ci-dessus, outre qu'il consiste à maintenir une oppression au prétexte d'en éviter une autre, me semble impertinent : burqa et niqab sont des « démonstrations ». On serait mieux inspiré, plutôt que de brandir une séquestration possible, de s'inquiéter des brimades et séquestrations réelles subies par celles qui refusent de se voiler.
Je rappelle que, lors du débat de la commission Stasi au sujet du port des signes religieux à l'école publique primaire et secondaire, le même argument a été utilisé : « Vous allez exclure de l'école les élèves voilées, elle seront recluses dans des écoles musulmanes ». D'abord on n'a rien vu de tout cela. Ensuite, personne ne s'est inquiété des jeunes catholiques « exclus » pour port de la croix et « enfermés dans des écoles catholiques », ni des jeunes juifs « exclus » pour port de la kippa etc. ce qui montre que cet argument repose sur un certain mépris des musulmans.
@ Sur la question de l'uniformisation
1 - « Vous devriez vous opposer au port de tout uniforme ».
Aucun uniforme n'a pour finalité de dissimuler constamment l'identité d'une personne (même lorsqu'il y a des exigences techniques elles sont temporaires par ex. opération RAID cagoulée, hommes grenouille, pompiers sur un sinistre), aucun n'a pour objet de nier sa singularité, ni pour effet de la dépersonnaliser. Et je rappelle qu'une personne portant un uniforme n'est pas contrainte de le porter en dehors de ses fonctions - cela lui est même souvent interdit. Même les « petits soldats » dans un défilé (où l'uniformité est recherchée pour des raisons esthétiques) ou en faction à la porte des palais nationaux conservent leur individualité et ne sont astreints à l'uniformité que de manière professionnelle et temporaire. Et lorsque nous avons affaire à un policier en tenue, le règlement le contraint à s'identifier personnellement lors des requêtes. Ne mélangeons pas tout !
2 - Il y a en revanche sur ce point une autre objection plus sérieuse que je n'ai pas trouvée dans les commentaires (mais cela m'a peut-être échappé), je me la fais donc à moi-même et j'y réponds.
Les citoyens (c'est le point final de mon article) ne sont-ils pas eux mêmes indifférenciés, ne sont-ils pas tous égaux aux yeux de la loi, sans distinction ?
Oui mais cette indifférenciation porte sur les droits, et laisse chaque singularité se déployer comme telle. On peut même soutenir que l'indifférenciation des droits a pour fin et pour effet le déploiement de ces singularités : c'est le concept de « classe paradoxale » que j'ai emprunté à Jean-Claude Milner (Les Noms indistincts, Seuil 1987 2e éd. Verdier , 2008) pour l'appliquer à la philosophie politique. Par ailleurs l'égalité des droits suppose des substrats individuels insécables et intrinsèquement distincts par leur identité personnelle qui ne peut être confondue avec nulle autre - qu'on songe tout simplement à l'exercice du suffrage.
@ Sur la question du masque en général
On ne peut pas comparer burqa et niqab au port d'un casque de moto + lunettes noires (je rappelle d'ailleurs que ce dernier accoutrement est interdit pour entrer dans une banque…). Le motard se défait de son casque et de ses lunettes dès qu'il le peut… à moins que, à moins que…il soit plus qu'un motard. Je laisse de côté des cas évidents comme les masques d'hygiène, les masques que portent les personnes défigurées, les masques de chantier : cela est de l'ordre de la contrainte objective et se justifie parfaitement..
Prenons le masque de carnaval, masque de déguisement. Non seulement il est temporaire, non seulement il est destiné à se singulariser, à se distinguer, mais il singe la figure humaine : il s'inspire du visage.
Quant au masque de théâtre porté par certaines traditions (commedia dell'arte, théâtre japonais..) 1° Le personnage de théâtre n'a pas à proprement parler d'intériorité : son intériorité est manifestée uniquement par son extériorité, par ex. le masque. Il faudrait relire ici les grands traités sur le comédien pour approfondir la question. 2° Les masques traditionnels manifestent des état émotifs. On ne peut pas en dire autant de la burqa… 3° Ils sont inspirés du visage humain. Ils présentent une « face ». Ils font face.
Je cherche une comparaison pertinente entre des masques connus et le niqab ou la burqa. La seule, imparfaite, qui me vient à l'esprit ce sont les cagoules pointues de style « pénitent » utilisées par le Ku Klux Klan. Comparaison imparfaite parce que ces cagoules sont d'usage temporaire. Mais il y a bien des propriétés communes avec burqa et niqab : dissimulation volontaire, dépersonnalisation, défiguration (la figure humaine est effacée) et militantisme ou du moins affichage d'opinion.
Alors je fais une proposition à ceux qui me reprochent de « ne pas comprendre les autres », et à ceux qui me reprochent une approbation sournoise du contrôle policier : s'il faut tolérer burqa et niqab, il faut aussi tolérer des cagoulés de type « pénitent » dans l'espace public et pas seulement lors d'une procession ou d'un carnaval, mais à n'importe quel moment et n'importe où.
à Catherine Kintzler
De La mouche du coche
diptère | 11H52 | 27/06/2009 |
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L'auteure « La visibilité publique caractérise le port de la burqa et du niqab. Il s'agit d'affichages, très souvent revendiqués de façon militante. »
Vous êtes sûre ? Comment pouvez-vous être sûre qu'elles sont en train de faire du militantisme et que leur voile leur sert de pub comme un homme-sandwich ? Pourquoi ne pensez-vous pas qu'elles sont bêtement en train de vaquer à leur trucs comme nous ?
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à Catherine Kintzler
De La mouche du coche
diptère | 11H57 | 27/06/2009 |
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L'auteure « personne ne s'est inquiété des jeunes catholiques “ exclus ” pour port de la croix et “ enfermés dans des écoles catholiques ”, ni des jeunes juifs “ exclus ” pour port de la kippa etc. ce qui montre que cet argument repose sur un certain mépris des musulmans. »
Pas compris. En quoi le fait de s'inquiéter de ce que les jeunes musulmanes soient exclues de l'école publique témoigne d'un mépris de notre part à leur égard ? Il me semble que notre mépris, s'il y en a un, serait plutôt du coté des juifs et des catholiques.
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à Catherine Kintzler
De Marc Paul
Professeur | 15H33 | 27/06/2009 |
L'argument de l'exclusion : En Tunisie où l'Islam est religion d'état le port du voile est interdit dans les établissements scolaires(mixtes ! ) depuis 1954.
La scolarité des filles n'a pas été entravée pour autant : 70% des pharmacies sont tenues par des pharmaciennes et 60% des établissements scolaires sont dirigées par des femmes.
Il est vrai que le code du statut personnel donne aux tunisiennes des droits équivalents à ceux des françaises (exception faite du droit à l'héritage, toujours une demi-part pour les femmes.)
Cet argument me paraît donc inconsistant.
à Catherine Kintzler
De pseudohopif
webmaster | 22H36 | 27/06/2009 |
Et sur la question du « Y a bien plus grave comme problème à traiter en ces temps de crise majeures et diverses » vous répondez quoi ? Que la burqa est l'auteur de tout nos maux bien que ne touchant qu'une minorité des plus réduite ?
à Catherine Kintzler
De colyz
psy | 08H19 | 28/06/2009 |
Bonjour Madame, votre deuxième et dernière série de réponses en tir groupé me laisse sur ma faim avec un goût amer.
Je m'explique : au-delà du développement et de la défense de vos idées, qu'avez-vous vraiment retenu de tous les échanges des blogueurs de Rue 89 qui ont réagi à votre article ?
Pas grand chose si l'on considère que vous êtes restée campée droite dans vos bottes et du haut de votre chaire ?
La pensée et la conviction n'ont pas bougé d'un iota.
L'autre (dont je ne suis qu'un des visages) est nié en cela que sa parole n'a pas d'effet sur la vôtre : nul compromis, nulle rencontre sur le mode du dialogue (pourtant si cher à Martin Mordechaï Buber que je vous recommande plutôt que Milner ou Levinas, retour aux sources oblige), vous restez, vous, dans le monologue.
Le sommet de votre monologue tenant dans une phrase de votre deuxième et dernière série de réponse, phrase au ton péremptoire comme un monologue glacé, je vous cite : « Il y a en revanche sur ce point une autre objection plus sérieuse que je n'ai pas trouvée dans les commentaires (mais cela m'a peut-être échappé), je me la fais donc à moi-même et j'y réponds ».
Venons-en au noeud de la question : « Je me la fais donc à moi-même et j'y réponds » ! belle définition du monologue. Donc je vous pose à mon tour cette question : pourquoi venir sur Rue 89, site démocratique qui promeut (je suis sûr que Pierre Haski a lu Martin Buber) le dialogue, la confrontation des idées, la rencontre comme possible remise en question de ce que l'on croit (opinion) et ouverture à la diversité (de pensée, de couleur de peau, de vêtement fut-il la burka).
Bien à vous.
à Catherine Kintzler
De ThatJazz
étudiante | 22H00 | 28/06/2009 |
Bonjour,
Je pourrais totalement contresigner ce que vous avez dit, mais j'ai quand même une objection à l'idée d'une loi.
Ne pensez-vous pas que le problème dépasse très largement ce simple niqab ?
Force est de constater que le sexisme progresse énormément dans la société, et que l'influence de la culture méditerranéenne n'y est pas étrangère. Pour l'instant, ce sont les femmes des quartiers à majorité nord africaine qui en souffrent le plus, dans le silence et dans l'isolement. Mais petit à petit, cela pénètre l'ensemble de l'espace public. Parlons en de l'espace public. Beaucoup de personnes sur ce topic, arguent que l'espace public appartient à tout le monde et que ces femmes font ce qu'elles veulent. Soit. Moi aussi je suis une femme et j'aimerai bien faire ce que je veux : j'aimerai bien pouvoir rentrer tard le soir l'esprit tranquille, prendre le bus et le métro sans me faire serrer, marcher dans la rue sans me faire héler voire insulter ou déshabiller du regard. Est-ce que ma « liberté » ça va bientôt être de me couvrir pour ne pas attirer tout cela ?
Aujourd'hui on se fixe sur une minorité d'extrémistes qui ont décidé de se voiler entièrement. Pourquoi ; comment, on peut s'interroger mais ça reste une minorité. En revanche, combien de jeunes filles ne peuvent plus venir en jupe au collège, porter des talons, se maquiller ? Combien peuvent sortir seules sans crainte ? Combien se voilent pour ne pas être agressées ?
Faire une loi va transformer les extrêmiste en martyres et sera totalement contre productif, et ça ne règlera pas le problème de fond.
à Catherine Kintzler
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 15H26 | 29/06/2009 |
Merci de votre seconde réponse, bien qu'elle me laisse sur ma faim.
En effet, il ne s'agit là que d'arguments d'ordre philosophique ou moral ; en aucun cas ils réussissent à fonder une interdiction juridique. Certes, vous êtes professeur de philosophie et non pas juriste, mais il faut tout de même prendre en compte les conséquences juridiques d'une éventuelle interdiction du niqab sur le fondement de l » ordre public et d'un devoir (inédit) d'identification sur la voie publique .
Vous n'avez toujours pas répondu à l'objection présente dans le Code de procédure pénale, aux articles relatifs au contrôle de l'identité.
Quant à votre dernière proposition (« il faut aussi tolérer des cagoulés de type “pénitent” dans l'espace public »), je réponds que je tolère les accoutrements aussi farfelus, imbéciles et désagréables pour mes yeux et mon esprit.
Il ne s'agit pas d'une question de relativisme culturel mais simplement de respect de l'Etat de droit, qui m'interdit d'interdire le port de vêtements.
La seule façon de le faire, c'est d'en appeler à l'ordre public (ce qui est fait dans le cas de l'attentat à la pudeur et aux bonnes moeurs ).
Je ne vois pas en quoi le port du niqab porte atteinte à l'ordre public, et toute l'argumentation philosophique du monde ne pourra démontrer cette hypothèse, qui ne relève que d'une appréciation politique et empirique de notre société.
Or j'ai une fâcheuse tendance à me méfier des exagérations à ce sujet.
Au fait, il me semble qu'un article du Monde* résume très bien la situation de Vennissieux, ville dirigée par ce maire si intelligent, ville abandonnée par les pouvoirs publics, ville où on a laissé le chômage exploser, ville où l'Etat a laissé André Guerin se débrouiller, et celui-ci a l'air d'avoir fait pas mal de conneries.
Le problème ne serait-il pas plutôt là : chômage et indifférence de l'Etat vis-à-vis de quartiers ghettoïsés ?
PS : je ne reproche pas « une approbation sournoise du contrôle policier », je souligne que votre argumentation, sur le plan juridique, ne peut faire qu'appel à la notion juridique d'ordre public afin de légitimer cette interdiction (c'est bien l'objet de votre paragraphe intitulé « Le déni d'identification et sa réglementation », non ? ).
Or l'ordre public relève bien d'un pouvoir de police (l'arrêt du Conseil d'Etat sur le lancer de nains faisait par exemple du « respect de la dignité humaine » une composante de l'ordre public, permettant au « pouvoir de police municipal » d'interdire le spectacle en question).
Votre « approbation » n'est donc pas « sournoise », mais explicite ; elle est d'ailleurs plus qu » « approbation », puisque le contrôle policier actuel est réglementé par le Code de procédure pénale, dont l'état actuel me paraît amplement suffisant. Plutôt que de se sentir personnellement touchée par cet argument juridique et de caricaturer celui-ci (« approbation sournoise », « philosophie policière », etc.), j'aurai aimé une réponse objective à un problème juridique objectif.
Au plaisir,
* http://alerte.canalblog.com/archives/2005/01/13/8631664.html
à Catherine Kintzler
De LienRag
16H20 | 29/06/2009 |
Est-il légalement interdit de porter une cagoule du Ku-Klux-Klan à l'heure actuelle ?
D'après ce que j'ai compris des avis juridiques postés ici, il ne me le semble pas. Par conséquent (et dans la mesure où je ne fais pas erreur) votre raisonnement n'est pas seulement erroné, mais malhonnête.
Pour le fond, votre réflexion sur la dépersonnalisation est intéressante et légitime ; c'est vous faire la mouche du coche d'un législateur paranoïaque qui vous est reproché, qui est indigne de la philosophe que vous déclarez être.
De setori
retraité | 15H46 | 27/06/2009 |
Reste l'argument de « civilisation » .Naguère notre monocrate voulait réintroduire un complément de civilisation dans son projet politique .Ce serait le moment de s'en souvenir.Un des aspects les plus fondamentaux de notre société française est celui d'identification .Nous n'y faisons plus attention car il est partie intégrante de notre façon de vivre .Communiquer avec autrui ,c'est le reconnaître et donc de l'accepter comme tel.Depuis le fond des âges ,nous communiquons à visage découvert .Cela permet outre l'identification ,l'appréhension des émotions ,des réciprocités ,des connivences ou des réprobations .Voir le visage c'est un peu voir la personne dans son entité .C'est notre culture .La burka n'est pas de notre monde .Elle est peut-être nécessaire dans des pays où la femme est perçue « obligatoirement “ comme objet du désir.Mais je l'ai souvent dit ici si le Créateur -quel qu'il soit -ne voulait pas qu'il en soit ainsi ,il aurait du faire la femme vilaine au possible.Elle est belle ,c'est son voeu pourquoi le réfuter ? De même la concupiscence supposée de l'homme .Le créateur aurait dû faire en sorte que ce sentiment ne soit pas dans nos gènes.Mon chat n'est pas concupiscent ,lui !