
On ne peut que saluer l'initiative des députés proposant une commission d'enquête parlementaire au sujet du port de la burqa et du voile intégral (niqab). L'espoir que ce travail, s'il est engagé, débouche sur une interdiction -ou à défaut sur une réglementation- n'est pas mince. Mais sur quel fondement appuyer une telle mesure ?
L'argument de la laïcité, ordinairement avancé, est en porte-à-faux. Celui de l'oppression des femmes se révèle, à l'analyse, plus fragile qu'il n'y paraît pour asseoir un interdit. Reste la question du masque, du déni d'identification et surtout, au-delà, celle de la dépersonnalisation indifférenciée qui atteint l'idée même du citoyen.
Le texte de la proposition de commission d'enquête offre une piste intéressante et aborde trois questions essentielles. Dire en effet que la burqa n'est pas qu'un signe religieux : elle est bien plus que cela, c'est ouvrir une voie d'approche, celle de l'excédent. Et trois questions sont abordées : celle du signe religieux, celle de l'oppression des femmes, celle du déni d'identification. Passons-les en revue.
Au-delà d'un signe religieux
Il me semble impossible d'interdire burqa et voile intégral (niqab) dans l'espace civil au seul motif que ce sont des signes religieux. Le régime de laïcité impose l'abstention de ces derniers dans le seul espace relevant de l'autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l'espace civil. La loi de 2004 sur le port des signes religieux à l'école publique élémentaire et secondaire est conforme à cette conception. J'ai tenté de théoriser cette position dans le livre « Qu'est-ce que la laïcité ? » (Vrin).
Si on interdisait burqa et niqab dans l'espace civil en tant que signes religieux, il faudrait aussi y interdire le voile non intégral, la kippa, les croix, arracher les calvaires, faire taire les cloches… ce qui reviendrait à abolir la liberté d'expression religieuse.
L'oppression des femmes
L'approche par la question de l'oppression des femmes semble plus solide du point de vue du débat de société. Nul doute qu'on doive s'en émouvoir : burqa et niqab sont en effet, si l'on peut dire, une exclusivité féminine, une exclusivité excluante particulièrement choquante et ostensible.
Mais cette approche est à mon sens fragile du point de vue qui importe ici, celui d'une réglementation ou, mieux, d'une interdiction dans l'espace civil, car cela engage les libertés formelles. Il sera en effet facile aux sectes concernées de trouver des porteuses de burqa et de niqab pour déclarer qu'elles affirment librement par là leur féminité et leur dignité -du reste qu'y a-t-il de plus affirmatif d'une féminité essentielle que la burqa ?
Les sectaires nieront toujours que ce port est un signe d'infériorité ou d'oppression. La seule chance serait de trouver un sectaire ou une porteuse de burqa assez stupide pour déclarer tout de go, un peu comme l'a fait l'imam de Vénissieux, que burqa et voile intégral (niqab) témoignent de l'infériorité des femmes, constituant alors le corps du délit. Même si on peut penser à juste titre que cette infériorité et cette soumission sont aveuglantes, le délit de déclaration illicite n'est pas pour autant constitué aux yeux de la loi.
Le déni d'identification et sa réglementation
Reste la question du masque volontaire permanent. Cette question n'est pas propre à la burqa et au voile intégral, elle est générale et concerne la dissimulation délibérée et permanente d'identité par la dissimulation du visage.
Certes, l'état actuel de la législation permet le port de masques sur la voie publique. Personne n'y est tenu d'indiquer son identité de manière constante ; cela n'est exigé que dans des circonstances précises. On pourra alors envisager une réglementation dans certains cas : accès à des lieux publics clos (banques, magasins, grandes surfaces, transports, musées, etc.). Ou encore : peut-on accepter qu'une personne masquée vienne quérir un enfant à la sortie de l'école ? Imagine-t-on un conducteur en niqab se faisant flasher à 180 km/h sur l'autoroute ?
Mais tout cela ne mène que vers une réglementation dans des espaces déterminés et/ou pour un temps déterminé et non vers une interdiction dans tous lieux accessibles au public.
Plus qu'un masque : une dépersonnalisation indifférenciée
Or, plus que des signes religieux, plus que des marques infamantes rivées au corps des femmes, niqab et burqa sont également plus que des masques. Ces objets, trous noirs forés dans la constitution humaine, ne se contentent pas de celer la singularité d'une personne en faisant obstacle à son identification, ils font bien davantage : ils la rendent indiscernable en permanence de toutes celles qui portent ce vêtement, lequel n'a vraiment de sens, si l'on y réfléchit bien, que par sa multiplicité uniformisante. C'est d'ailleurs sa multiplication qui alerte les élus et l'opinion. Sous nos yeux se forme une collection d'identiques sans identité personnelle décelable et non un rassemblement diversifié.
A la non-identification permanente, burqa et niqab ajoutent l'indifférenciation -le député Jacques Myard parle d'une dépersonnalisation. Imaginons que tout le monde porte le même masque (encore un masque garde-t-il figure humaine ! ), que nous soyons tous des éléments intrinsèquement indiscernables : ce ne serait plus un monde humain.
Voilà ce que sont les femmes pour le sectarisme qui les raye de la visibilité ordinaire en leur imposant une visibilité de négation : une simple collection. En la personne d'une femme, c'est donc bien l'atome constitutif de l'humanité civile et politique, sujet, auteur et finalité du droit, qui est visé : on ne voit plus, tache aveugle et aveuglante, que la trace noire de son effacement.
Je suis donc favorable à l'interdiction du port de la burqa et du voile intégral dissimulant le visage dans tous lieux accessibles au public.
Photo : une femme portant le niqab devant la tour Eiffel à Paris le 25 juin 2009 (Gonzalo Fuentes/Reuters).



















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De astropophe
artistique | 18H55 | 25/06/2009 |
Moi j'étais plutôt pour l'interdiction, pensant que c'est une atteinte à la dignité de la femme. Mais j'ai vu l'autre soir un reportage sur Arte, qui parlait de l'école en Suède. Là bas il y a des enfants de toutes origines et cultures et personne n'empêche le voile à l'école.
Et moi qui suis profondément laïque et contre toute forme de soumission à la religion, je me suis dit que c'est en éduquant que l'on change les choses et pas en interdisant. Car interdire c'est victimiser les gens qui ne pourront plus s'« habiller librement comme ils veulent. Cela va complètement transformer le problème.
Alors ne vaut il pas mieux informer, éduquer ?
Et j'ai une autre question : si on interdit les burqa et autres voiles, ne faut il pas interdire aussi les croix, kippas….afin de mettre toutes les religions à la même enseigne ? Car tous ces signes extérieirs de religion sont des symboles de soumission à un dieu …..
De Wasabi
Tetracapilliculteur | 19H04 | 25/06/2009 |
Excellente analyse permettant de dépassionner le débat, ce qui pose problème avant tout avec ce voile intégral c'est l'absence d'identification des individus dans l'espace public, l'argumentaire du respect de la femme sera forcément confronté à la démonstration du libre choix fait par certaines de porter ce voile, et à la revendication du respect des convictions de chacun.
Justifier cette interdiction par un impératif social de sécurité permet d'éviter le débat sans fin sur la justesse des valeurs et des habitudes culturelles et cultuelles.
Il ne s'agit plus de rejeter la conviction religieuse d'une personne mais d'imposer des conditions compréhensibles pour sa participation à la société.
De Wasabi
Tetracapilliculteur | 19H28 | 25/06/2009 |
Il ne s'agit pas tant de mettre en avant l'aspect sécuritaire mais plutôt de définir comme un impératif de vie en société l'identification de l'autre, une sorte de règle de politesse nécessaire pour une communication sociale apaisée.
Je peux accepter tout accoutrement mais le fait de ne pas voir le visage de mon interlocuteur est une suppression du lien social, alors que le hijab est un vêtement qui peut choquer, paraitre injustifié mais conserve la possibilité de l'interaction sociale.
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 21H03 | 25/06/2009 |
Les Barbies dans les pays musulmans

Avant - Après

De Catherine Kintzler (auteur)
Philosophe | 11H00 | 26/06/2009 |
Merci aux nombreux commentateurs.
Je vous propose une première série de réponses, en commençant par les coms sélectionnés par Rue 89.
J'essaierai de revenir, sans pouvoir évidemment répondre à tout le monde !
Je vous invite aussi à consulter la version « longue » du texte, avec des notes explicatives sur ma page perso www.mezetulle.net, certains y trouveront des éléments de réponse.
@Léo01
1 - Je n'ai pas soulevé dans l'article la question de la distinction entre le port libre et le port contraint de la burqa et du voile intégral. J'ai au contraire évoqué l'argumentation de celles qui en font un acte de liberté, en montrant qu'il serait très difficile de leur répondre. J'ai donc pris les choses uniquement par l'extérieur c'est-à-dire les effets produits par ce port.
2 - J'ai expressément exclu le recours à l'argument de la laïcité, ce principe ne s'appliquant pas à l'espace civil mais seulement à celui relevant de l'autorité publique. Peut-être n'avez-vous pas lu le texte de près ?
3 - Vous parlez de « signe de l'islam ». J'ai également exclu, pour la même raison qu'en 2, qu'on puisse regarder cela uniquement comme un signe religieux. Décidément, je pense que vous n'avez pas lu mon texte !
4 - « Ce serait contre-productif de l'interdire, il vaut mieux laisser faire le temps ». Il se trouve que les élus qui ont fait la proposition de commission se sont alarmés d'une multiplication de ce phénomène. Par ailleurs je vous invite à méditer l'exemple des pays où on ne dit rien, où on laisse faire le temps, par ex. le Royaume Uni.
En résumé : sur 1, 2 et 3 je pense que vous ne m'avez pas lue attentivement, car je prends explicitement les mêmes arguments que vous dans le texte. C'est seulement sur 4 qu'il y a désaccord.
Pour plus de précisions, je vous invite aussi à consulter la version « longue » de l'article avec des notes.
@Enki
Je vous cite :
« Si nous donnons pouvoir au législateur d'interdire la burka, le niqab, ou tout déni vestimentaire de l'individualité et de la féminité, tout en protégeant la liberté individuelle d'exprimer sa féminité, décolleté ou mini-jupe par exemple, nous renforçons d'autres législateurs dans la légitimité d'une réglementation inverse. »
Je suis d'accord ! Aussi ai-je expressément écarté dans le texte le recours à l'argument de l'affirmation de la « féminité ». Si vous avez la curiosité de consulter la version longue de mon article, voici ce que je dis en note à ce sujet :
« Peut-on affirmer que la burqa fait obstacle à “l'affirmation de la féminité” ? A supposer que la “ féminité ” existe et qu'elle soit définissable, toute femme a le droit de la refuser, tout homme peut la revendiquer, cette affirmation peut s'exprimer sous une forme qui n'a pas à être proscrite sauf si elle est contraire aux droits d'autrui, et encore moins prescrite car alors on serait dans une législation de normalisation. »
@Plusieurs commentateurs qui me reprochent de n'envisager que l'hypothèse d'une interdiction, et s'arrêtent dès les premières phrases.
Une introduction est destinée à « annoncer la couleur » : je n'ai pas à égarer les lecteurs, il est bon qu'ils sachent dès le début dans quel sens je vais aller. En revanche, le texte au contraire s'interroge sur une interdiction, sur sa possibilité, sur son bien-fondé et montre que ce n'est pas si simple que cela : j'exclus pas mal d'hypothèses.
@Plusieurs commentateurs qui font de ce texte un texte « sécuritaire » (« philosophe du flicage » etc.)
Je me suis appuyée sur l'argument d'une dépersonnalisation, et je soulève à la fin ce qui me semble le plus problématique dans le port de la burqa et du voile intégral : un effacement, une négation, une façon de traiter l'humanité en la personne des femmes. Cet argument va bien au-delà des questions de sécurité.
@Plusieurs commentateurs qui avancent l'idée que ce texte réduit la personne humaine à une apparence, à quelque chose de physique et d'extérieur, alors que la personne c'est d'abord une intériorité.
Cette objection m'a été faite aussi par des commentateurs du texte « version longue ». Je reprends donc quelques éléments de ma réponse ici.
J'ai uniquement parlé du point de vue des libertés publiques et de la vie juridico-politique, et non du point de vue de la philosophie de la conscience ni de la philosophie morale. Je voudrais simplement souligner que du point de vue de la loi et des dispositifs politiques, la liberté des corps est fondamentale. Me reprocher une réduction de l'humain au physique, c'est faire comme si le point de vue de la philosophie politique et de la philosophie du droit devait abolir celui de la philosophie de la conscience et de la philosophie morale : ce n'est pas comme cela que ça fonctionne !
Inversement, je voudrais souligner que prendre appui sur une certaine philosophie de la conscience et de l'intériorité pour récuser le point devue de la philo politique que j'utilise ici est aussi une erreur qui me semble dangereuse. Car au nom d'une riche intériorité de la pensée, on pourrait donc abolir les libertés formelles matérielles, « physiques » tellement vulgaires… Sous la burqa, une femme peut penser : bien sûr et son intériorité n'est pas totalement abolie, mais sa liberté d'aller et venir, de faire apparaître son intériorité est abolie, comme est abolie sa singularité extérieure, qui n'est pas rien. Or qu'est-ce qu'une intériorité si elle ne peut jamais s'effectuer dans le réel ? Et pourquoi une intériorité, pour se développer, devrait-elle renoncer aux libertés formelles et physiques ? Dans ce cas, si la burqa préserve tant que ça la « riche intériorité » de celles qui la portent, pourquoi les hommes se privent-ils de ce merveilleux outil de méditation intérieure ?
De TWA
critico-critique | 11H08 | 26/06/2009 |
D'accord sur l'argument du signe religieux, c'est de l'hypocrisie pure d'un pays occidental.
La question de la domination de la femme qui s'exprime à travers la burqua me semble plus compliquée que vous le décrivez. De fait on trouvera toujours quelqu'un qui affirme d'adorer sa soumission. Mais est-ce que le même pays occidental avec ses « valeurs » des Lumières ne serait pas tenu à éclairer ces gens-ci ? Certes, on suffit pas à cette exigence en rendant invisible ce qu'on ne saurait voir. Je ne vois pas pourquoi le fait qu'on soit dérangé par notre propre échec en matière d'intégration raisonnable d'autres cultures justifierait une mesure qui nous donne la bonne conscience que cela n'existe pas chez nous. Car, qu'est-ce qui sera le résultat d'une interdiction ? Ces femmes là resteront enfermées chez elles et le travail d'éclaircissement propre à l'espace publique et aux conflits qui y ont lieu ne peut plus s'exercer sur elles. Bravo !
Pour votre troisième argument, il témoigne vraiment d'une unification de votre esprit. Je me demande juste si l'uniformisation des jeunes filles à travers la mode ne signifie pas également un déni d'identité, une mise à disposition de leurs corps indifférenciés qu'elles ne comprennent elles-mêmes qu'en tant qu'objet du désir masculin. Certes, c'est plus beau à voir et se cache justement derrière une visibilité ostentatoire, mais, chère collègue, structurellement on est quand même face au même phénomène. Pas d'émancipation de la femme sans émancipation de la société, n'est-ce pas, et je ne vois pas en quoi le fait de rendre invisible la domination pourrait nous avancer en matière d'émancipation.
De Catherine Kintzler (auteur)
Philosophe | 11H39 | 27/06/2009 |
Comme promis je reviens pour une deuxième série de réponses groupées, sans bien entendu avoir la prétention de répondre à tout et à tous. De nouveau j'invite les lecteurs à lire aussi la version longue de l'article sur ma page personnelle http://www.mezetulle.net
@ Sur l'argument de la réclusion : « Si on interdit voile intégral et burqa, ces femmes resteront recluses à la maison et ce sera pire ».
La visibilité publique caractérise le port de la burqa et du niqab. Il s'agit d'affichages, très souvent revendiqués de façon militante. Ils n'ont vraiment de sens que s'ils sont exhibés dans l'espace civil. Aussi l'argument ci-dessus, outre qu'il consiste à maintenir une oppression au prétexte d'en éviter une autre, me semble impertinent : burqa et niqab sont des « démonstrations ». On serait mieux inspiré, plutôt que de brandir une séquestration possible, de s'inquiéter des brimades et séquestrations réelles subies par celles qui refusent de se voiler.
Je rappelle que, lors du débat de la commission Stasi au sujet du port des signes religieux à l'école publique primaire et secondaire, le même argument a été utilisé : « Vous allez exclure de l'école les élèves voilées, elle seront recluses dans des écoles musulmanes ». D'abord on n'a rien vu de tout cela. Ensuite, personne ne s'est inquiété des jeunes catholiques « exclus » pour port de la croix et « enfermés dans des écoles catholiques », ni des jeunes juifs « exclus » pour port de la kippa etc. ce qui montre que cet argument repose sur un certain mépris des musulmans.
@ Sur la question de l'uniformisation
1 - « Vous devriez vous opposer au port de tout uniforme ».
Aucun uniforme n'a pour finalité de dissimuler constamment l'identité d'une personne (même lorsqu'il y a des exigences techniques elles sont temporaires par ex. opération RAID cagoulée, hommes grenouille, pompiers sur un sinistre), aucun n'a pour objet de nier sa singularité, ni pour effet de la dépersonnaliser. Et je rappelle qu'une personne portant un uniforme n'est pas contrainte de le porter en dehors de ses fonctions - cela lui est même souvent interdit. Même les « petits soldats » dans un défilé (où l'uniformité est recherchée pour des raisons esthétiques) ou en faction à la porte des palais nationaux conservent leur individualité et ne sont astreints à l'uniformité que de manière professionnelle et temporaire. Et lorsque nous avons affaire à un policier en tenue, le règlement le contraint à s'identifier personnellement lors des requêtes. Ne mélangeons pas tout !
2 - Il y a en revanche sur ce point une autre objection plus sérieuse que je n'ai pas trouvée dans les commentaires (mais cela m'a peut-être échappé), je me la fais donc à moi-même et j'y réponds.
Les citoyens (c'est le point final de mon article) ne sont-ils pas eux mêmes indifférenciés, ne sont-ils pas tous égaux aux yeux de la loi, sans distinction ?
Oui mais cette indifférenciation porte sur les droits, et laisse chaque singularité se déployer comme telle. On peut même soutenir que l'indifférenciation des droits a pour fin et pour effet le déploiement de ces singularités : c'est le concept de « classe paradoxale » que j'ai emprunté à Jean-Claude Milner (Les Noms indistincts, Seuil 1987 2e éd. Verdier , 2008) pour l'appliquer à la philosophie politique. Par ailleurs l'égalité des droits suppose des substrats individuels insécables et intrinsèquement distincts par leur identité personnelle qui ne peut être confondue avec nulle autre - qu'on songe tout simplement à l'exercice du suffrage.
@ Sur la question du masque en général
On ne peut pas comparer burqa et niqab au port d'un casque de moto + lunettes noires (je rappelle d'ailleurs que ce dernier accoutrement est interdit pour entrer dans une banque…). Le motard se défait de son casque et de ses lunettes dès qu'il le peut… à moins que, à moins que…il soit plus qu'un motard. Je laisse de côté des cas évidents comme les masques d'hygiène, les masques que portent les personnes défigurées, les masques de chantier : cela est de l'ordre de la contrainte objective et se justifie parfaitement..
Prenons le masque de carnaval, masque de déguisement. Non seulement il est temporaire, non seulement il est destiné à se singulariser, à se distinguer, mais il singe la figure humaine : il s'inspire du visage.
Quant au masque de théâtre porté par certaines traditions (commedia dell'arte, théâtre japonais..) 1° Le personnage de théâtre n'a pas à proprement parler d'intériorité : son intériorité est manifestée uniquement par son extériorité, par ex. le masque. Il faudrait relire ici les grands traités sur le comédien pour approfondir la question. 2° Les masques traditionnels manifestent des état émotifs. On ne peut pas en dire autant de la burqa… 3° Ils sont inspirés du visage humain. Ils présentent une « face ». Ils font face.
Je cherche une comparaison pertinente entre des masques connus et le niqab ou la burqa. La seule, imparfaite, qui me vient à l'esprit ce sont les cagoules pointues de style « pénitent » utilisées par le Ku Klux Klan. Comparaison imparfaite parce que ces cagoules sont d'usage temporaire. Mais il y a bien des propriétés communes avec burqa et niqab : dissimulation volontaire, dépersonnalisation, défiguration (la figure humaine est effacée) et militantisme ou du moins affichage d'opinion.
Alors je fais une proposition à ceux qui me reprochent de « ne pas comprendre les autres », et à ceux qui me reprochent une approbation sournoise du contrôle policier : s'il faut tolérer burqa et niqab, il faut aussi tolérer des cagoulés de type « pénitent » dans l'espace public et pas seulement lors d'une procession ou d'un carnaval, mais à n'importe quel moment et n'importe où.