Droit de suite

Affaire JPK : le journaliste qui accusait la justice condamné pour diffamation

La 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris a condamné mardi Alex du Prel, le directeur du journal Tahiti-Pacifique, pour avoir diffamé le procureur Jean Bianconi. J'avais assisté à cet étrange procès, qui s'était tenu en l'absence de tous les acteurs de cette affaire, à 16 500 kilomètres des faits jugés, le mois dernier.

Alex du Prel avait, dans un article publié en janvier 2007, accusé le parquet de Papeete de chercher à étouffer l'affaire de la disparition controversée du journaliste d'investigation « JPK » (Jean-Pascal Couraud).

1 000 euros d'amende et 1 000 euros de dommages et intérêt

Ill écrivait notamment :

« Serait-ce dû au fait qu'un haut magistrat pourrait se croire investi par une sorte de “mission divine”, qui consisterait à orchestrer une machination (à laquelle certains juges accepteraient de participer) pour protéger par tous les moyens l'ex-GIP et son chef Rere Puputauki qui, s'il était condamné, pourrait mettre en danger le sénateur Flosse, lequel à son tour pourrait alors mettre en danger “les plus hautes sphères de l'Etat” ? »

Du Prel, devra payer une amende de 1 000 euros et devra verser à Bianconi 1 000 euros de dommages et intérêts. Il a décidé de ne pas faire appel, selon son avocate, Me Claire Doubliez.

Reporter sans frontières a regretté cette décision de justice  :

« Il est regrettable que la justice soit plus prompte à attaquer et condamner un journaliste qui critique son action, plutôt que de concentrer ses efforts sur la résolution de dossiers criminels, dont l'affaire de la mort de Jean-Pascal Couraud. »

C'est grâce aux efforts de la famille de JPK et à quelques journalistes courageux comme Alex du Prel que l'affaire JPK n'a pas été classée.

Jean-Pascal Couraud, qui enquêtait sur des affaire sensibles mettant en cause le potentat local Gaston Flosse, a disparu en 1987. La thèse du suicide, qui avait initialement été privilégiée, est depuis deux ans sérieusement remise en cause par plusieurs témoignages.

Pascal Riché


► Article suivi : Affaire JPK : le procureur de Tahiti en arroseur arrosé

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Portrait de déluge

De déluge

menuisier | 15H28 | 25/06/2009 | Permalien

La polynésie, ses palmiers, ses plages et ses vahinés, mais aussi la milice privée de G Flosse, et l'assassinat de journaliste enquêtant de trop près.

Flosse et l'ump, une certaine idée de la démocratie.

Portrait de Aengus

à déluge Portrait de déluge De Aengus

étoile filante | 03H14 | 27/06/2009 | Permalien

On comprend mieux pourquoi pas un journaliste n'a évoqué depuis un mois la requête en révision de Daniel Massé.

Moi aussi j'accuse la « justice ».
Je l'accusais d'incompétence avant-hier. Je l'accusais de malhonnêteté hier. Je l'accuse aujourd'hui de Déni de Vérité.

http://www.presume-coupable.com

Portrait de bloqué le 24.09.09

De bloqué le 24.09.09

16H16 | 25/06/2009 | Permalien

En France il en faut de plus en plus des guillemets autour de l'institution « Justice ».

Cette condamnation me renforce dans l'idée qu'Axel du Prel est un véritable journaliste et que son analyse est la bonne.

Portrait de jexiste

à bloqué le 24.09.09 Portrait de bloqué le 24.09.09 De jexiste

si, si | 21H03 | 25/06/2009 | Permalien

Il n'est pas français. Ceci explique sans doute cela…

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 16H20 | 25/06/2009 | Permalien

Dans le premier paragraphe, il est écrit « Axel », au lieu de « Alex W. Du Prel ».

Ce qui est hilarant, dans cette affaire, c'est le jugement… en France.

Condamné à une amende en euros, le justiciable aura bien du mal à s'en acquitter, sauf à ouvrir un compte bancaire en France.

Dans son article L. 111-1, le code monétaire et financier stipule que la monnaie est l'euro :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do ? idArticle=LEGIARTI0000066438…
certes… sauf que cette monnaie n'existe pas en Polynésie dite française. Où le Franc pacifique a été remplacé par une monnaie sans valeur indiquée, appelée en termes bancaires « XPF ». Si Alex émet des chèques rédigés par ses soins sur papier libre, le Trésor sera bien en peine de les encaisser.

Une histoire cocasse !

Portrait de Tokani

De Tokani

Oldmole | 16H46 | 25/06/2009 | Permalien

Duprel se voit condamner « après dépaysement Parisien » pour avoir osé dire ce que chacun pense à Tahiti : Parquet aux ordres et Juges partiaux…Quand on pense que l'instituteur Sénateur à vie et milliardaire Gaston 1er n'a jamais payé 1 euro d'amende ça laisse songeur…Les langueurs océanes ont un parfum bien faisandé en Polynésie .

Portrait de leconcombrevert

De leconcombrevert

La vraie vérité >:-)) | 17H20 | 25/06/2009 | Permalien

Silence, silence, parquêt en gestation, prière de ne pas la déranger …. ?

Portrait de Budelberger

De Budelberger

Branleur (« Le champ Situation est ... | 18H30 | 25/06/2009 | Permalien

Putain ! mais qu'on cesse de nous faire chier avec les colonies de la France ! La France aux Français, les colonies aux colonisés (mais sans notre pognon), et qu'ils dégagent, avec leurs Flosse et Michaux-Chevry mère et fille !

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 19H39 | 25/06/2009 | Permalien

Un extrait du jugement, dont j'ai copie intégrale :

Sur la bonne foi
Si les imputations diffamatoires sont réputées faites dans l'intention de nuire, le prévenu peut cependant justifier de sa bonne foi et doit, à cette fin, établir qu'il poursuivait, en
publiant les propos litigieux, un but légitime exclusif de toute animosité personnelle, qu'il a
conservé dans l'expression une suffisante prudence et qu'il s'est appuyé sur une enquête
sérieuse.
En évoquant les aléas d'une enquête sur la disparition d'un journaliste et l'éventualité que
celle-ci soit consécutive à un crime dans lequel pourraient être impliqués des agents
publics, le prévenu poursuivait un but légitime d'information du public et spécialement de
ses lecteurs de Polynésie française. Rien dans les propos poursuivis ni dans aucun autre élément produit aux débats ne permet de
retenir qu'au delà de ce but d'information du public, le prévenu aurait en fait été mu par une
animosité de nature personnelle à l'encontre de la partie civile.
Les pièces versées au titre de l'offre de preuve, également invoquées au soutien de l'exception
de bonne foi, contiennent un certain nombre d'éléments qui viennent partiellement donner aux propos litigieux une base factuelle.
Même si, compte tenu des poursuites disciplinaires engagées contre lui, les termes de la lettre de Jean-Bernard TALIERCIO doivent être pris avec circonspection, il n'en reste pas moins que ce magistrat y accuse, en termes vifs, Jean BIANCONI de l'avoir mis en cause au seul motif qu'il avait mis en examen Gaston FLOSSE dans les « deux plus gros dossiers d'emplois fictifs que notre pays ait connus ». Avec les mêmes réserves, il en est de même de l'attestation de Gilles GOUBIN, officier de gendarmerie, qui s'estime pour sa part une « victime collatérale des opérations de déstabilisation mises en œuvre contre » M. TALIERCIO.
Par ailleurs, quoique les conditions de sa publication dans TAHITI PACIFIQUE (pièce 13) ne soient pas explicitées, il apparaît qu'un procès-verbal de gendarmerie donne quelque crédit aux révélations faites par Vetea GUILLOUX, lesquelles auraient suscité, au sein de la gendarmerie, « la création d'un groupe d'enquêteurs nommé “JPK 987” aux fins notamment de procéder aux investigations qu'elles imposaient, et ce, sous l'autorité d'un conseiller à la cour d'appel. Ce même procès-verbal mentionne que les dites investigations auraient notamment démontré “l'existence d'une ‘cellule d'espionnage’ installée dans les locaux du GIP”, qui aurait eu “pour vocation de suivre tant dans leur vie privée que dans leur vie publique les opposants politiques, les amis et les familiers du Président Gaston FLOSSE”. L'authenticité de ce procès-verbal apparaît confirmée par la publication, à sa suite, d'un communiqué du colonel commandant la gendarmerie pour la Polynésie française, qui “demande aujourd'hui même à monsieur le procureur de la République qu'une enquête soit diligentée pour rechercher les origines de la divulgation d'une pièce de procédure”.

Le premier communiqué de presse du comité de soutien pour la réouverture de l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal COURAUD (pièce 12) évoque également les révélations faites par Vetea GUILLOUX, sa rétractation, sa condamnation en comparution immédiate pour “dénonciation mensongère et calomnieuse” à un an de prison, dont neuf mois avec sursis, et l'écho que donne publiquement à cette affaire Oscar TEMARU, président de la Polynésie française. Un communiqué suivant (pièce 8) fait état de la décision prise par la cour d'appel qui aurait partiellement sursis à statuer dans l'attente de l'aboutissement d'une enquête ouverte sur une plainte du comité.
Un article de presse (pièce 4) se fait, par ailleurs, l'écho d'une prise de position de ce même comité, qui “regrette l'inertie de la justice face à ‘quatre nouveaux témoins’, prise de position réitérée sur son site Internet (pièce 15). Un autre (pièce 8) mentionne l'annulation par la Cour de cassation de la condamnation de Vetea GUILLOUX. Plusieurs autres (pièces 5, 6, 7, 9 et 10) évoquent, en des termes proches de ceux résultant de la lettre de Jean-Bernard TALIERCIO et de l'attestation de Gilles GOUBIN, le rôle qu'aurait tenu Jean BIANCONI, qui aurait tenté d'utiliser celui-ci pour déstabiliser celui-là, qui venait de mettre en examen Gaston FLOSSE, avant de se retourner contre l'officier de gendarmerie qui ne se serait pas prêté à cette manipulation. Deux coupures de presse (pièces 3 et 11) relèvent des réquisitions de relaxe prises par le procureur de la République à l'égard de proches de Gaston FLOSSE. Une autre (pièce 14) évoque la demande de ‘dépaysement’ de l'enquête sur la mort de Jean-Pascal COURAUD et envisage l'hypothèse qu'il s'agisse ‘d'une manoeuvre pour enterrer’ le dossier”.
Ces éléments viennent documenter nombre des faits évoqués dans l'article. Leur valeur probante généralement limitée n'autorisait cependant pas le prévenu à procéder, sans autre précaution, à la simple compilation de ces informations de seconde main. S'il pouvait néanmoins, sur cette base, s'interroger sur les anomalies ou insuffisances qui étaient susceptibles d'affecter tant l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal COURAUD qu'un certain nombre de procédures annexes, il se devait de ne le faire qu'après avoir sollicité le point de vue du procureur de la République, qu'il atteignait directement et gravement dans son intégrité professionnelle, et en conservant à son ton la prudence que la fragilité des documents recueillis commandait.
Or, si l'article procède pour l'essentiel par insinuation, il est cependant univoque et conduit le lecteur vers une conclusion sans nuance, à l'image du dessin qui figure sur la dernière page de l'article. Dans ces conditions, le bénéfice de la bonne foi ne saurait être reconnu au prévenu, contre lequel le tribunal entrera en voie de condamnation.

Portrait de jexiste

à FabiendeMénilmontant Portrait de FabiendeMénilmontant De jexiste

si, si | 21H12 | 25/06/2009 | Permalien

Des « conclusions sans nuance » (des faux grossiers ! de surcroît calomnieux et injurieux à l'égard de victimes…) signées par des magistrats français agissant dans l'exercice de leurs fonctions, je peux en produire un paquet…

Portrait de FabiendeMénilmontant

à jexiste Portrait de jexiste De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 21H20 | 25/06/2009 | Permalien

je n'ai publié qu'un petit bout du jugement…

Portrait de Alain Pacifique

à FabiendeMénilmontant Portrait de FabiendeMénilmontant De Alain Pacifique

22H50 | 25/06/2009 | Permalien

déjà avec cette partie du jugement, j'en arrive à une conclusion.
ce qu'a écrit Alex n'est pas faux , mais n'est peut être pas « suffisamment “vrai ( il manque des éléments, et pour cause ! ! ), donc on le condamne mais pas trop.

Portrait de FabiendeMénilmontant

à Alain Pacifique Portrait de Alain Pacifique De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 23H30 | 25/06/2009 | Permalien

si tu le veux, demande-moi à ma nouvelle adresse. il n'y voit aucun inconvénient.

Portrait de Terence

De Terence

22H36 | 25/06/2009 | Permalien

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