Pauvre Quai d'Orsay ! Passés inaperçus dans le remue-ménage du remaniement ministériel, les changements intervenus au ministère des Affaires étrangères brouillent un peu plus le message d'une maison passablement décrédébilisée. Avec, en particulier, l'arrivée aux affaires européennes d'un personnage controversé, qui pense le contraire de Nicolas Sarkozy sur la question de l'adhésion turque à l'Europe : Pierre Lellouche.
Exit donc, Rama Yade, la « personnalité préférée des Français » selon les sondages, envoyée comme prévu en punition aux sports remplacer le carton rouge du gouvernement, Bernard Laporte. Mais, surtout, son secrétariat d'Etat aux droits de l'homme passe à la trappe : il ne « servait à rien », selon son ministre de tutelle, Bernard Kouchner. Le ministère était d'abord symbolique, son abolition aussi.
Bruno Le Maire, pour sa part, n'aura fait que trois petits tours aux Affaires européennes, juste le temps de rabibocher Sarkozy avec les Allemands dont il parle la langue, avant de recevoir une promotion, un ministère plein pour ce villepiniste pressé (et ex-blogueur de Rue89). Le jeu des chaises musicales ministérielles va finir par donner le tournis aux partenaires européens…
Néo-conservateur français
Mais c'est bien Pierre Lellouche qui fait débat, avec sa réputation de néo-conservateur français, qui lui a coûté, sous Chirac, le poste ministériel dont il rêve depuis si longtemps. Atlantiste convaincu, partisan en son temps de l'intervention américaine en Irak, pro-israélien, il est aujourd'hui sarko-compatible.
Sauf sur un point : il est un ardent partisan de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, là où le président de la République en a fait un de ses arguments électoraux chocs pendant la campagne de la présidentielle comme des européennes.
Sur l'Atlantisme, ce n'est pas Lellouche qui a changé, c'est le centre de gravité de la diplomatie française qui a évolué dans son sens avec Nicolas Sarkozy et avec Bernard Kouchner, et le retour de la France, cette année, dans les structures militaires intégrées de l'Otan.
Lellouche n'aura pas besoin de batailler sur ce point, il est acquis. Batailler est bien le mot, si l'on en juge par son altercation, sur le plateau de la défunte émission Ripostes en avril dernier, avec Jean-Luc Melenchon. Au chef de file du Parti de Gauche qui le traitait d'agent de la CIA, Lellouche jurait qu'au XIXe siècle il l'aurait provoqué en duel et l'aurait abattu ! (Voir la vidéo)
En revanche, sur le dossier turc, il va falloir gérer une contradiction évidente entre le président et son secrétaire d'Etat. Dès mercredi, le député souverainiste non-inscrit Nicolas Dupont-Aignant s'est précipité pour poser une question au gouvernement sur cette apparente contradiction, avec ce constat :
« Soit M. Lellouche revient rapidement et solennellement sur ses déclarations passées, soit les Français auront compris qu'ils ont été une fois de plus trahis. »
Nicolas Sarkozy est déjà en butte à Barack Obama qui s'est publiquement prononcé en faveur de l'adhésion de la Turquie à L'UE, et à la présidence suédoise de l'Union, qui démarre dans quelques jours, et qui est elle aussi favorable à la candidature d'Ankara.
Pour cette raison, le président français avait d'ailleurs annulé un déplacement en Suède en pleine campagne des européennes, pour éviter d'étaler cette divergence en public.
Pierre Lellouche a-t-il été « recruté » pour calmer le jeu autour de la question turque qui, il faut bien le dire, n'est guère d'actualité, la France ayant laissé faire les négociations entre Bruxelles et Ankara malgré son opposition doctrinaire. Nicolas Sarkozy avait déjà confié une « mission » à Pierre Lellouche sur la Turquie l'an dernier, malgré leurs divergences bien connues.
Ou faut-il conclure, que, de fait, la position d'un Secrétaire d'Etat importe peu -pas plus que celle de son ministre de moins en moins présent-, dans le système de la Ve République qui fait du Président le véritable chef de la diplomatie, surtout celui-là…
Il faudra en tous cas suivre de près les premiers pas du tout nouveau secrétaire d'Etat, qui doit donc troquer ses tous nouveaux habits de baroudeur sur le terrain « AfPak » (Afghanistan-Pakistan), la mission à laquelle il n'a consacré que quelques mois, pour le costume plus policé du Quai d'Orsay dont le message est aujourd'hui sérieusement confus.




















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De Liger
liger.amsud.net | 17H21 | 24/06/2009 |
Je suppose qu'il y avait des affaires en cours au Secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme.
J'imagine les appels téléphoniques pour prendre des nouvelles de ces affaires très sensibles :
« Le Ministère que vous appelez vient d'être supprimé. »
Classe pour la France, non ?
De ecor1
sur le fil | 17H30 | 24/06/2009 |
Lellouche est là parce que c'est sans doute la promesse qu'il avait recu suite aux municipales. Rappelez vous, Lellouche voulait se présenter à la Mairie du 8 eme, mais n'a pas eu le droit de le faire parce que Sarko pour une sombre histoire avait du soutenir le maire sortant…du coup c'est la contre partie.
C'est dommage, parce que Lellouche, comment dire, c'est pas forcément le meilleur atout que la France puisse faire valoir…
De Pictulo
17H33 | 24/06/2009 |
Au quai d'Orsay, l'option néo-conservatrice remporte la mise avec ce duo Kouchner-Lellouche. N'oublions pas que si on avait écouté ces deux illustres personnages, aujourd'hui nos soldats seraient embourbés en Irak. Du moins, les survivants.
Le président français renforce son équipe de néo-conservateurs aux postes de la représentation française à l'étranger. C'est encore un gros raté, face à une administration américaine désireuse de débrancher la marmite du proche-orient. A l'heure de la main tendue d'Obama aux peuples musulmans, ce retour en arrière est désolant.
De macjack
bûcheron | 21H46 | 24/06/2009 |
Cet excellent article de P. Haski répond sans fard mais de façon objective et mesurée aux questionnements qui ont assailli de nombreuses personnes dès l'annonce de la nomination de P. Lellouche, ardent supporter de la politique moyen-orientale belliciste de Bush, de même d'ailleurs que son ministre de tutelle B. Kouchner .
On sait qu'ils obéiront aux ordres, mais quoi qu'il en soit, la présence de ces deux va-t-en guerre à la tête des Affaires Etrangères françaises a de quoi inquiéter.