Marianne, Internet, les serviettes et les torchons
Les responsables d'un média qui viennent sur un autre média présenter leurs excuses pour ce qu'ils ont publié sur leur propre site Internet, voilà qui n'est pas banal ! C'est ce que font mardi, dans les pages Rebonds de Libération, Maurice Szafran et Martine Gozlan, respectivement directeur et rédactrice en chef du service Monde de Marianne, à propos d'un article des élections iraniennes publié sur site Marianne2.fr, puis retiré.
Szafran et Gozlan avaient déjà publié un court texte sur Marianne2.fr vendredi pour exprimer leur « colère » à propos de cet article, quallifié de « tirades ridicules et invraisemblables ». Un texte « immédiatement remplacé par des analyses sensées et un éditorial du service Monde de notre journal », expliquent les deux responsables.
Les visiteurs du site Marianne2.fr auront du mal à se faire une opinion eux-mêmes, car l'article incriminé a été dépublié, une pratique extrêmement rare sur un site de presse, un peu comme envoyer volontairement au pilon un journal imprimé. Tout au plus connaitront-ils le sujet de l'article :
« Ahmadinejad transformé en champion de l'anti-impérialisme, dans le plus pur style de la propagande du ministère de la Guidance islamique ou des officines islamo-gauchistes moribondes ».
On peut retrouver l'article dépublié, « Iran : cessons de prendre nos rêves pour des réalités » en intégralité, sur le blog personnel de l'auteur (hébergé sur la plateforme Over-blog), Cédric Omet, journaliste sur le site de l'hebdomadaire. Un article assurément ni dans le ton ni dans la « ligne » du magazine, et qui a peut-être surtout le tort de s'en prendre violemment à Libération et à La Croix, accusés de ne rien avoir compris à ce qui s'est passé en Iran, aveuglés par leur occidentalisme. Christophe Ayad, dans Libération, avait d'ailleurs vertement répliqué.
Après avoir fait le choix de la censure du site (plutôt que d'un bon débat avec les internautes sur cette divergence) Maurice Szafran et Martine Gozlan dressent cette étrange conclusion dans leur article de Libération :
« Cette déplaisante affaire nous rappelle une nouvelle fois qu'il est indispensable d'appliquer à Internet -formidable outil de liberté, de débats, d'échanges- les mêmes règles qu'aux “vieux” journaux papier.
La liberté sur Internet n'autorise pas à écrire n'importe quoi, n'importe comment, n'importe où. »
Le lecteur peut se demander pourquoi ce n'était pas le cas jusque-là ! Dans une autre affaire, celle du fameux SMS attribué à Nicolas Sarkozy sur le site du Nouvel Observateur, Denis Olivennes, patron du groupe, avait lui aussi souligné qu'il fallait distinguer entre l'hebdomadaire connu pour son sérieux et son site.
La vraie question que pose cette affaire est, une nouvelle fois, celle d'un journalisme à deux vitesses pratiqué à l'intérieur des grands groupes de presse, et qui a longtemps considéré que seul le papier était noble, alors même que le site porte le même nom que le média papier. Cette époque touche heureusement à sa fin...
- Sur Rue89Olivennes : ne pas confondre le (sérieux) Nouvel Obs et son site...
- Sur over-blog.netIran: cessons de prendre nos rêves pour des réalités, sur over-blog
- Sur marianne2.frLa révolte des Iraniens vue par Marianne, sur Marianne2.fr
- Sur liberation.fr«Marianne» et l’islamo-gauchisme, sur Libération.fr
- 6806 visites
- 141 réactions
















14







Il y a pas très longtemps le Figaro a fait la même chose avec un article sur les tests de résistances des banques.
le 1er article était très négatif, le second publier 2-3h après la suppression du premier était passé au conditionnel et beaucoup moins violent contre les banques.
Ce genre de pratiques est appelé à se développer à mon avis. L'information perdant la pérennité du papier risque de perdre de sa stabilité. Qui nous dit que des journalistes peu scrupuleux ne feront pas évoluer le fond d'un article suivant la direction du vent.
Je crois qu'il y a un débat intéressant à ce niveau là à avoir et ce rapidement.
Il serait par exemple peut-être important (comme sur un wiki) d'avoir accès aux modifications effectués sur un aricle. La pérennité d'un article se limite effectivement à celle de la page affichée, un simple F5 peut parfaitement provoquer l'affichage d'un article profondément modifier.
On peut même imaginer l'affichage d'un article différent suivant l'origine géographique d'une personne ou du navigateur qu'il utilise.
Internet a cela de fascinant qu'il donne accès à un grand nombre de sources d'information. Il a cela de terrifiant que les données qui s'y trouve sont instables.




Partager