Décryptage 22/06/2009 à 18h59

EDF veut votre argent, mais en anglais please

François Krug | Journaliste Rue89

Infosignalée par
un internaute

Grâce à l'emprunt lancé par EDF, les petits investisseurs vont pouvoir réviser leur anglais. Sinon, ils devront se contenter d'un résumé des conditions de l'opération : les documents réglementaires, eux, ne sont disponibles qu'en anglais. Un service minimum linguistique autorisé par la « directive prospectus ».

Sur le site dédié à l'emprunt, EDF rappelle l'importance des « conditions contractuelles » : « Nous vous recommandons d'en prendre connaissance avant de vous décider à investir. »

Les investisseurs rétifs à l'anglais n'accèderont qu'à une version édulcorée de ces conditions. Seul document intégralement en français, la brochure précise clairement :

« Les informations ci-dessous ne sont pas exhaustives et toute décision d'investir dans les obligations doit être fondée sur un examen exhaustif du prospectus ainsi que de tout document incorporé par référence. »

Un résumé en français

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(Fichier PDF)

Un coup d'oeil au « prospectus de base » s'impose donc, d'autant qu'il détaille tous les « facteurs de risque » identifiés. Il le fait en anglais, en se contentant d'un « summary in French » -pardon : « un résumé en français ».

Ses premières lignes rappellent l'évidence : un résumé, ça ne dit pas tout.

« Le résumé doit être lu comme une introduction au présent prospectus de base. Toute décision d'investir dans des titres doit être fondée sur un examen exhaustif du présent prospectus de base ainsi que de tout document incorporé par référence. »

Et si vous estimez que ce prospectus anglophone vous a menti et décidez de saisir la justice, gare aux frais :

« Lorsqu'une action concernant l'information contenue dans le prospectus de base est intentée devant le tribunal, l'investisseur plaignant peut (...) avoir à supporter les frais de traduction du prospectus de base avant le début de la procédure judiciaire. »

La « directive prospectus »

Les non-anglophones resteront également perplexes devant le document présentant les « conditions définitives » de l'emprunt. Ou plutôt ses « Final Terms », puisqu'il est intégralement rédigé en anglais, avec de fréquentes références au « French Code monétaire et financier ».

Chez EDF, une porte-parole s'en tient à une explication laconique : « C'est juste ce qu'exige la réglementation européenne. » En l'occurence, la « directive prospectus » publiée en novembre 2003.

A l'Autorité des marchés financiers, on souligne qu'EDF remplit la condition prévue pour pouvoir privilégier l'anglais : les titres mis sur le marché doivent valoir au moins 1 000 euros. On rappelle aussi que ces documents ne s'adressent pas qu'aux particuliers, mais aussi aux financiers.

C'est sans doute la principale raison pour ne pas recourir au français mais, selon l'expression utilisée dans le règlement de l'AMF, à « une autre langue usuelle en matière financière ». Dans ce cas, un résumé en français reste obligatoire.

L'emprunt s'achevant le 10 juillet, les petits investisseurs sourcilleux ont encore un peu de temps pour s'acheter un dictionnaire.

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  • AC-89-
    • Posté à 19h38 le 22/06/2009

    It is scandalous, my tailor is rich but doesn't read english, he will not be able to invest safely.

  • la champenoise
    • Posté à 19h49 le 22/06/2009
    • Internaute

    EDF, ENTREPRISE PUBLIQUE FRANCAISE (il semble vraiment utile de le lui rappeler ! ), doit se soumettre en France à la loi Toubon et donc rédiger en français les documents destinés aux Français.
    Un bon moyen de le lui rappeler : ne pas souscrire son emprunt.
    Ces hauts dirigeants français sont d'un snobisme (pour ne pas dire plus) extraordinaire de ne pas vouloir utiliser leur propre langue.

  • azerty69
    • Posté à 20h10 le 22/06/2009

    Même en français personne ne les lit de toute façon.

    15 pages du genre : « EDF est soumis au risque d'attentat, qu'un réacteur nucléaire pête, qu'une tempète endommage les lignes haute tension, que les salariés fassent grève...Et EDF ne saurait alors être tenu responsable de l'évolution du cours de l'oblig »

    25 pages du genre : « Il se peut que les taux montent ou baissent ou stagnent ou que EDF est une notation qui montent, qui baissent, qui stagnent...Et EDF ne saurait alors être tenu responsable de l'évolution du cours de l'oblig »

    Bref, en gros. Vous misez votre argent en capitaliste, merci d'en prendre les avantages (rénumération plus haute que le livret A) et les inconvénients (le placement n'est pas garanti. Si une centrale EDF explose après une tempète qui a ravagé les lignes alors que les grévistes ne réparent plus rien et qu'on a plus d'argent pour rembourser nos obligs et que l'état nous laisse tomber vous êtes marron).