Deux associations portent plainte pour cruauté envers des poules
Les services vétérinaires n'aiment pas qu'on travaille à leur place. Quand une association de protection animale leur apporte en vain la preuve qu'un élevage n'est pas aux normes, ils lui répondent que l'affaire suit son cours et qu'il ne faudrait pas remettre en cause leur compétence.
Les militants végétariens de L214 ont donc porté plainte avec la Société nationale pour la défense des animaux pour « cruauté envers les animaux » dans un élvevage intensif de poules, un délit passible de deux ans de prison (article 521-1 du code pénal).
Avant d'en arriver là, L214 s'est procuré une enquête de terrain et l'a transmise à l'administration. Les images tournées à Languidic, en Bretagne, ne laissent pas de place à l'ambiguïté.
Commercialisés par la société Le Cam jusqu'en novembre 2008 (qui distribue Mas d'Auge et Matines mais pas ces oeufs-là, « qui ne répondaient pas au cahier des charges de ces marques »), ou bien entraient dans la composition d' »ovoproduits » tels que la mayonnaise.
(Voir la vidéo)
L214 dispose d'un relevé minutieux effectué au sein du hangar où vivraient quelque 20 000 poules. Et apporte toutes les preuves des infractions :
- chaque poule devrait selon la législation en vigueur disposer de 550 cm2, un peu moins qu'une feuille A4. Or dans les cages mesurées par l'association, qui font 38x48 cm soit 1824 cm2, on ne devrait trouver trois poules mais on en voit cinq à sept.
- l'inspection quotidienne des animaux ne semble pas être la règle dans cet élevage : on aperçoit par exemple des cadavres de poules en décomposition avancée, qui bloquent la descente des œufs vers le collecteur.
« Des contrôles seront effectués »
L'association s'appuie sur deux rapports de visites clandestines dans l'élevage, une en juillet 2008 et une autre en février 2009. Depuis avril dernier, l'association a signalé à trois reprises l'élevage à la direction départementale des services vétérinaires (DDSV). Contactée, cette dernière explique avoir transmis au ministère de l'Agriculture.
Finalement, le ministère vient de répondre à l'avocate de l'association qu'une inspection avait été diligentée : il confirme que les infractions ont été constatées et dit que « des contrôles seront effectués ».
Dans ce courrier que Rue89 s'est procuré, l'administration se retranche derrière le manque de moyens (« l'objectif annuel de la direction générale de l'alimentation est de contrôler 1% des élevages »).
« Complicité avec les intérêts industriels »
Plus loin, l'administration remet fermement l'association à sa place :
« Vous ne disposez d'aucune autorité hiérarchique pour demander aux DDSV qu'ils procèdent à des inspections. Ces inspections sont réalisées par des personnes dont vous ne pouvez remettre en cause a priori la compétence. »
Pour Caroline Lanty, l'avocate des associations, les choses sont claires :
« On se heurte à la complicité des services vétérinaires avec les intérêts des industriels. Bien que l'infraction ne fasse pas de doute, ils ne vont pas mettre un élevage à terre pour ça. »
D'autres plaintes déposées par L214 sont toujours restées sans réponses : un cas de cruauté envers les animaux dans un abattoir en Alsace (classé sans suite) et un entassement de chevreaux et d'agneaux constaté à Parthenay en avril dernier.
Le temps que l'administration fasse son travail dans l'élevage de Languidic, les œufs auront été commercialisés et les poules, dont la durée de vie est d'un an après la mise en cage (à 18 semaines) seront parties à l'abattoir. Pour finir en bouillon.
► Article modifié le 22/06 à 14h15 suite à un appel de l'attachée de presse de Le Cam, qui nous a précisé que Matines et Mas d'Auge n'avaient jamais commercialisé d'oeufs venant de cet élevage. « Il ne correspond pas à leur cahier des charges », nous dit-elle. Nos excuses pour cette confusion (liée au fait que Le Cam, l'intermédiaire, vend sous les marques Matines et Mas d'Auge).
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De branchu
etudiant veterinaire | 12H03 | 21/06/2009 |
Ce n'est pas si simple, de la même manière que les journalistes peuvent filmer en caméra caché (ou non) des trafiquants ou autres cette association peut réaliser des visites clandestines, ce qui n'est pas le cas des inspecteurs de la ddsv (il ne travaille pas non plus sous couverture). Je crois (à vérifier) qu'ils sont même obligé de prévenir plusieurs jours voir semaines avant d'effectuer un contrôle dans un élevage (contrairement aux contrôles dans les restaurants). Et cela m'étonnerait qu'ils puissent utiliser les vidéos clandestines comme preuves…
Il est plus souvent efficace d'informer les consommateurs à l'aide de reportages dénonçant les conditions d'élevage que de s'acharner sur l'administration qui de toute façon ne peut lutter connaissant ces moyens financiers ou autres
De plus, il serait plus intéressant de s'intéresser aux relations entre laboratoires pharmaceutiques et vétérinaires (et médecins) qu'aux supposées relations entre industriels et vétérinaires (à ne pas confondre avec les relations réelles entre industriels et ministère de l'agriculture).
De sebapuces
nada | 12H11 | 21/06/2009 |
Quel autre critère que celui de la sensibilité (capacité à ressentir le plaisir et la souffrance) peut-on retenir pour la prise en considération éthique des individus ? Je n'en vois pas d'autres. Il serait temps de considérer la question animale avec la gravité. Merci à rue89 pour cet article qui, du coup, accorde enfin un traitement sérieux à cette question, un joli début !
Et honte aux services vétérinaires ! Il faudrait qu'ils cessent de se voir comme des alliés des filières et les ennemis des associations de protection animale, comme c'est souvent le cas.
De JJ Reboux outrageur de poulets
12H42 | 21/06/2009 |
Sans aller jusqu'à suivre les conseils de l'association 214, qui préconise de ne plus manger d'œufs (la vie sans œufs, quelle tristesse ! ! ), il suffit de ne plus acheter que des œufs de poules ELEVEES EN PLEIN AIR pour faire avancer le schmilblick. (C'est toujours précisé sur la boîte.)
De Madiran
(Business Analyst) | 16H16 | 21/06/2009 |
Sans vouloir bien sur faire une comparaison stupide…
Est-ce vraiment le moment de se poser ce genre de question… Alors que tant d'autre sujets sont autrement plus importants me semble-t-il ?
La démocratie part à vau l'eau ! !
(Autant ces derniers temps en Iran qu'en Europe ! )
L'industrie périclite…
Et surtout, beaucoup plus important,
Les femmes sont outragées de par le monde ! !
Et ce , de plus en plus !
Qui donc s'en préoccupe ?
Et l'on peut ici ou là, lire de plus en plus d'ouvrages et d'articles sur les animaux et les plantes pendant que les femmes sont de plus en plus souvent vouées à la vindicte dans le meilleur des cas ! Voire, à l'esclavage ! !
Peut être faut-il se préoccuper de la cruauté envers les humains et surtout envers les « humaines » !
(Ceci dit, je ne souhaite absolument pas augmenter la souffrance des gallinacées. Soyons clairs ! )