Tribune 20/06/2009 à 12h24

Retour sur l'« Affaire Kundera » : un parfum de scandale évaporé

Hélène Bourgois | traductrice

On s’en souvient, en octobre 2008 l’hebdomadaire tchèque Respekt publie un réquisitoire violent, accusant Milan Kundera d’avoir dénoncé à la police un jeune Tchèque opposant au régime communiste, Miroslav Dvoracek. Arrêté, celui-ci avait été condamné à 22 ans de travaux forcés.

La presse du monde entier s’empare du sujet. Souvent sans grande précaution. Kundera ne serait qu’une balance. Tout au plus, l’oeuvre peut - elle, peut-être, excuser l’homme, comme on a pu le lire en France. Au pire, son cas vaut celui de Günther Grass qui avait dissimulé son engagement dans la Waffen SS, comme on a pu le lire en Allemagne. Même ceux qui se mobilisent pour défendre l’écrivain le font sans apporter d’élément nouveau au débat.

Au départ de la polémique, un document et un homme.

Le document ? Le rapport de police de 1950 consignant la dénonciation et l’attribuant à Kundera. Le document est authentique et le nom du futur écrivain y figure bel et bien. Mais personne ne s’interroge sur sa valeur réelle, n’en fait une analyse critique, ne le remet dans son contexte historique de l’époque ni sa publication dans le contexte politique tchèque d’aujourd’hui.

L’homme par qui le scandale est arrivé ? Adam Hradilek, jeune chercheur d’un « Institut d’Etudes des Régimes Totalitaires ». C’est lui qui a trouvé le document. Toute la presse s’accorde pour louer son travail. Il avait fait toutes les vérifications nécessaires. Il avait procédé suivant les règles, puisqu’il avait envoyé à Kundera un fax un mois avant la parution de l’article afin de lui donner la possibilité de réagir. Ce n’était pas sa faute si Kundera n’y avait jamais répondu.

Toute la construction s’effondre

L’affaire paraissait entendue lorsqu’au mois de mai, le même Institut d’Etudes des Régimes Totalitaires publie, cosignée par le même chercheur, une étude donnée comme « exhaustive » de ce qui n’est plus une « affaire Kundera » mais, un simple « épisode Dvoracek ». Stupéfait, le chroniqueur du quotidien tchèque « Lidové Noviny » découvre que dans ce texte de 14 pages, Kundera n’est cité que dans une seule phrase.

Et que dit cette phrase ?

« ’Dans le rapport de la deuxième section du commandement de la circonscription de la Sécurité Nationale de Prague VI apparaît le nom de Milan Kundera.’’

“C’est toute la construction de l’affaire Kundera-dénonciateur qui s’effondre. ”

Et notre chroniqueur d’accuser non plus Kundera, cette fois, mais Hradilek le jeune chercheur, qui a négligé et trahi “ les principes éthiques et scientifiques élémentaires ” de sa profession.

Le journaliste accuse donc l’historien. Il aurait pu aussi bien mettre en cause ses confrères qui avaient donné à ce travail historique contestable le retentissement mondial qu’on sait et qui se taisent maintenant que l’édifice s’écroule.

Comment en est-on arrivé là ?

A l’évidence, les bonnes questions n’avaient guère été posées :

Un Institut universitaire ou une institution politique ?

L’Institut d’Etudes des Régimes Totalitaires dont est issu le jeune chercheur à l’origine de la polémique n’a rien d’une institution académique. C’est un organisme politique créé par une loi de juin 2007, dans le même esprit que son homologue polonais, pour en découdre avec le passé, essentiellement communiste, du pays. Une “ agence de propagande ” a écrit le rédacteur en chef du Journal Littéraire tchèque (Literarni Noviny), Jakub Patocka.

Une recherche engagée dans le cadre professionnel ou pour raisons privées ?

D’après la revue Respekt, Hradilek avait trouvé le nom de Kundera dans un rapport de police “ resté pendant plus d’un demi-siècle caché sous une pile de dossiers ” et “ exhumé par hasard ”.

Or ce hasard avait un nom : celui du petit fils de l’amie chez qui Dvoracek, l’opposant condamné à 22 ans de prison, s’était caché et dont le chercheur Adam Hradilek, de l’Institut prétendument scientifique est le ... petit-neveu. Il avait demandé à ce dernier de faire des recherches sur cet épisode, qui mettait sa grand-mère en cause et lui avait indiqué que Kundera pourrait y avoir joué un rôle.

Une publication scientifique ou un coup médiatique ?

Hradilek n’a pas souhaité publier dans la revue de l’Institut. Conscient qu’il détenait un “ scoop ”, il a choisi un media grand public, Respekt, hebdomadaire avec lequel il était par ailleurs en contact. Ce dernier met le portrait de Kundera en couverture avec pour titre : “ la dénonciation de Milan Kundera ”. “L’épisode Dvoracek ” devient “ l’affaire Kundera ”. La presse internationale s’engouffre dans la brèche. On connaît la suite.

Une démarche contradictoire ou un alibi ?

Le chercheur Hradilek tire argument de ce fax qu’il avait envoyé à Kundera et qui était resté sans réponse.
Mais ce fax, plus tard rendu public sur le site de Respekt, ne parle ni d’un rapport de police, ni de la parution imminente d’un article. C’est une demande d’entretien de la part d’un historien, qui rassemble des témoignages oraux sur le régime communiste et souhaite parler avec Kundera de son rôle dans un épisode sur lequel il travaille, et qui concerne un jeune homme arrêté en 1950 dans la Cité Universitaire où Kundera, à l’époque, habitait.

Hradilek déclare que c’est de cette manière qu’il prend contact avec tous ceux dont il souhaite recueillir le témoignage. Mais s’agissant d’un écrivain célèbre, connu pour ne jamais accorder d’entretiens, une telle approche était d’avance vouée l’échec. Et la rédaction de l’hebdomadaire - qui reproche par ailleurs à l’écrivain de ne jamais descendre dans l’arène médiatique tchèque - ne pouvait pas ne pas le savoir.

Où est l’analyse critique du texte ? Pourquoi d’autres éléments n’ont-ils pas été pris en compte ?

Un mois à peine après la publication de l’article dans Respekt, un nouvel élément apparaissait avec la publication du témoignage d’un ancien inspecteur de la police criminelle. L’histoire qu’il raconte est très différente.

A la recherche d’un criminel de droit commun qu’elle pensait caché dans la Cité Universitaire, la police aurait demandé aux étudiants de lui signaler toute présence suspecte. Dvoracek aurait ainsi été arrêté sans que l’on sache qui il était. Ce n’est qu’ensuite que son identité véritable aurait été établie.

Pour l’ancien policier, une lecture attentive du rapport ne laisse pas de doute à ce sujet. Ce document, daté du 14 mars, indique que la dénonciation a été recueillie à 16 heures. Mais les faits qu’il rapporte ensuite, dont la découverte de l’identité véritable du jeune homme signalé, sont survenus beaucoup plus tard.

Le rapport a donc été rédigé bien après qu’ait été reçue la dénonciation, très probablement le lendemain 15 mars, date qui figure sur le tampon d’enregistrement apposé au bas du document. Mais le fait qu’un seul et même texte fasse état de faits survenus à des moments différents, signalement d’un suspect d’une part, et découverte par la police de son identité véritable de l’autre, n’autorise pas à dire, comme l’a fait Hradilek dans Respekt, que l’auteur du signalement - d’après le rapport, Kundera - savait et voulait dénoncer un opposant.

Reste que le nom de Kundera figure bien dans le texte. D’après le policier à la retraite, cela ne prouve rien. Sa signature n’y figure pas. Comme il était le délégué des étudiants du bloc, son nom et ses coordonnées auraient pu être notés simplement comme ceux de la personne à contacter ultérieurement en cas de besoin.
Un tel témoignage aurait mérité d’être vérifié. Il ne l’a pas été.

Qu’en conclure ?

Certes, on pourra toujours regretter qu’après son démenti initial, Milan Kundera n’ait pas souhaité sortir de son silence. Il n’en reste pas moins que le diagnostic sévère que, dès octobre 2008, Jakub Patocka avait posé, semble aujourd’hui avéré.

Laissons lui la parole :

“ Milan Kundera [...] été victime du fait que les Européens pensent toujours encore que les débats que nous menons chez nous sont des débats européens normaux. Les pauvres ! Lorsqu’ils voient arriver une dépêche de l’agence CTK qui se réfère à un hebdomadaire de renom lequel cite un institut d’études historiques et les travaux d’un universitaire qui y est chercheur, il ne leur vient même pas à l’esprit qu’il s’agit, en réalité, du travail d’un gamin incompétent, employé dans un agence de propagande, qui s’est associé, par copains interposés, à une revue que, par manque de goût et de tradition, nous considérons comme sérieuse. Et l’agence de presse d’Etat a couvert le tout. Peut-être aussi par copinage ou bien parce qu’il y a longtemps déjà qu’elle ne sait plus ce que c’est qu’une information indépendante. ”

Mais dans cette affaire, la presse occidentale qui a abandonné l’affaire, aussitôt le parfum de scandale évaporé, est-elle à l’abri de tout reproche ? Car enfin : un homme - peu importe qu’il s’agisse d’un écrivain célèbre - a été traîné dans la boue et il ne se trouve personne, en dehors de quelques chroniqueurs tchèques, pour rétablir la véracité des faits.

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  • Un compte supprime
    • Posté à 16h54 le 20/06/2009
    • Internaute 21837
      nc

    Je m’en souviens tres bien, meme s’il y a longtemps que je l’ai lu.
    « tout est oublié, les erreurs ne sont pas réparées, les fautes ne sont pas punies » je crois que c’est la conclusion du livre. Helas. Alors en effet, autant en sourire.

    Kundera est un grand ecrivain. Voila.

  • Jana
    Jana
    bretonne en Normandie
    • Posté à 15h47 le 20/06/2009
    • Internaute 13372
      bretonne en Normandie

    « La presse du monde entier s’empare du sujet. Souvent sans grande précaution. “
    et tant pis pour les dégâts collatéraux...
    passons à d’autres sujets.. sans plus de précautions...

    ça n’est vraiment pas ‘la part des anges’ le ‘ parfum de scandale évaporé’

    • Jana
      Jana répond à Jana
      bretonne en Normandie
      • Posté à 15h49 le 20/06/2009
      • Internaute 13372
        bretonne en Normandie

      Désolée d’avoir oublié :

      Un grand merci Hélène d’être revenue sur le sujet

  • A déménagé le 25 octobre
    • Posté à 17h16 le 20/06/2009
    • Internaute 33755

    « à une revue (respekt) que, par manque de goût et de tradition, nous considérons comme sérieuse. “

    Si le gout lui manque et que la tradition l’enferme dans la nostalgie, il faut absolument qu’il nous parle de ses lectures favorites et qu’il nous ouvre son coeur, Jakub Patocka...

    Éplucher des archives n’est pas le travail le plus agréable... cette pénombre et ces odeurs qu’on soulève, non, assurément....
    Mais pour ma part, je ne crois pas que l’organe ‘ Institut d’Etudes des Régimes Totalitaires ’ soit une mauvaise chose pour la République Tchèque. S’il avait été créé en France, je dirai sûrement autre chose.

    Là, on est en Tchéquie. Un pays qui, pendant près de 50 années, a vécu sous les vertus de la presumpce viny (présomption de culpabilité), chère Hélène. C’est-à-dire que tout monde a été considéré comme suspect. Et si tout le monde avait fait comme les règles le disait, il n’y aurait pas eu de problèmes... Combien se sont fait prendre ? A bude hur... Combien ont été récompensé ? A bude hur... Combien ont dénoncé sans participer ? combien ont participé sans dénoncer ? A bude hur....

    Personnellement je crois en l’implication de tous... tout autant qu’à leur statut à tous de victime d’un régime. C’est ce que les tchèques se disent, du moins ceux autour de moi. Ils n’ont pas vu une tentative de manipulation, ils ont cru seulement que le temps qui passe érode les amertumes. Ils ne se sont pas dit, même s’ils croyaient pour certains fermement en sa culpabilité : ‘Quel salaud ! Brûlons ses livres !’ Non, ils ont simplement fait profil bas, sans haine aucune, et ont ‘oublié’, non pas par évaporation de l’info médiatico-à-scandale, mais par un choix consciencieux de respecter toutes les victimes, et Dvoracek... et Kundera.

    Je suis surpris que cette nuance très symbolique du peuple tchèque vous ait échappé. Désolé, mais votre analyse franchouillarde ne vaut pas un clou là-bas.

    • ogareff
      • Posté à 20h39 le 20/06/2009
      • Internaute 26906

      Ah bon, alors parce que les Tchèques n’ont pas voulu lyncher Kundera après ces révélations, il peut se faire calomnier impunément, sans qu’on prenne la peine d’élucider l’affaire ? Je confirme que les Tchèques (ceux que je connais en tout cas) sont sur cette ligne du ’tous victimes et tous coupables’. Et alors ? Leur désenchantement ne justifie pas qu’on se désintéresse de la vérité. Il n’y a rien de plus abject que la calomnie, vous le savez très bien.

      • A déménagé le 25 octobre
        • Posté à 14h40 le 21/06/2009
        • Internaute 33755

        Vous n’avez pas entendu le message :
        « tous victimes, tous coupables » ce contexte sous entend que se livrer à la calomnie est une absurdité.

        Ceci dit, Iva Militka ou Milan Kundera ? Qui est victime de la calomnie ? On ne parle pas de Iva Militka « calomniée ». Il faut s’appeler Kundera pour bénéficier de ce statut ?

        Il y a aussi le contexte de l’année 1950 à rappeler. Car seulement 1 mois et demi après cette affaire, Milada Horakova, ainsi que 12 autres camarades, se faisait zigouiller dans une purge stalinienne. Milan Kundera, dans sa naïve jeunesse, était acquis à la cause du parti communiste. Les menaces pesaient lourdement et étaient mises à exécution sur quiconque ne participait pas à la grande messe communiste. Une campagne de propagande communiste a été lancée au même moment pour discréditer toute résistance et exalter l’offre d’un communisme radieux pour tout jeune qui s’y plierait.

        Donc vous avez mon sentiment. Et cela ne m’empêche pas de croire aussi que cette affaire n’en est pas une, que Grasse a eu la bonne démarche vis-à-vis des nouvelles générations, et que Havel a plus que raison de vouloir refermer le rideau et laisser Kundera en paix.

  • Xiaolin
    • Posté à 17h36 le 20/06/2009
    • Internaute 1264

    De toute façon : quelle importance ? Kundera, figure publique, l’est en tant qu’écrivain. Nous lisons ses livres parce que ce sont des bons livres, qui nous disent bien de bonnes choses. Si en tant qu’individu il fut un temps différent, qu’en avons-nous à faire ? L’écrivain n’existe que dans ses textes. Sa vie ? On s’en fiche, même s’il s’appelait Louis-Ferdinand, pour citer un cas parmi les pires.

    • ogareff
      ogareff répond à Xiaolin
      • Posté à 20h17 le 20/06/2009
      • Internaute 26906

      Non je suis pas d’accord, y en a marre de cette doxa du « l’homme n’est rien, l’oeuvre est tout » ! Savoir que Heidegger avait sa carte du NSDAP ne fait pas forcément de sa philosophie de la merde en branche mais ça en relativise quand même très grandement l’intérêt (A quoi peut bien servir un système philosophique qui ne protège même pas d’un engagement dans le nazisme - et même s’il ne s’agit que d’un engagement de complaisance, c’est presque pire, ça ne fait que substituer du cynisme au fanatisme ..)
      Céline, Céline, évidemment, tout le monde n’a que lui à la bouche dès qu’il s’agit de la question du style et de la morale... Mais ce qui est intéressant dans Céline c’est cette colère, cette frénésie, cette espèce d’hystérie qui produisent à la foi un style puissant et une paranoïa délirante. Il n’y a pas contradiction entre le génie littéraire de Céline et son antisémitisme de fou furieux. Il n’y a au fond rien de surprenant dans les pamphlets de Céline, qui sont dans la même veine que le reste de l’oeuvre. Dérapage, sans doute, mais dérapage presque logique.
      Par contre, toute l’oeuvre de Kundera véhicule un message de tolérance et d’humanisme qui condamne, avec humour et désenchantement, la lâcheté, la mesquinerie et l’hypocrisie générée par les systèmes totalitaires. C’est pourquoi il me semblait absolument impossible que ces allégations soient vraies. Quoi qu’en pensent les intégristes du tout littéraire, on apprend forcément à connaître l’homme par son oeuvre. Si Kundera avait bluffé, ça aurait été une incroyable duperie, mais si on l’a lu, avec un minimum de sensibilité, on ne peut pas croire une seconde que cet homme-là ait commis ce dont on l’a accusé. C’est justement, d’ailleurs, pour la figure morale qu’il incarne qu’on se l’est payé de cette façon : Kundera balance à la solde du KGB, c’est beau comme du Christine Boutin en drag queen dans une soirée coke !
      Ce qui est dégueulasse, c’est que jamais cette tache ne s’effacera, elle restera toujours comme une espèce de sale rumeur que les petits malins à qui on ne la fait pas invoqueront d’un air entendu pour frimer à peu de frais.

  • Bebert Cassandre
    • Posté à 19h36 le 20/06/2009
    • Internaute 11910

    C’est la vie. On brûle aisément ce que l’on a adoré. De jeunes chiens se font les dents. On s’en amuse... Il n’en reste pas moins que Kundera reste un grand écrivain même si les charognards de tout poil aient tenté d’exister en lui faisant la peau... Mais n’est ce pas là le rôle des charognards. Pour en revenir à Céline, c’est un grand écrivain, c’est un très grand écrivain... Hélas...

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 22h17 le 20/06/2009
    • Internaute 45067
      Littéral

    et il ne se trouve personne, en dehors de quelques chroniqueurs tchèques

    Il n’est pas exact d’écrire cela.
    A l’occasion de l’article sensationnel de la revue tchèque Respekt, nous avions débattu sur Rue89 :

    Au risque de paraitre très vaniteux, je signale l’un de mes commentaires sur cette affaire :

    Lien

    D’une certaine manière, il vaut mieux que le soufflet médiatique soit retombé aussi vite qu’on l’avait gonflé.

    On traite l’information comme dans les séries de télévision, ce qu’on cherche à mettre en exergue, c’est le côté sombre et sordide de la vie des personnes.

    Imaginez, un vieil écrivain solitaire et pas disert, mis en cause dans une ancienne affaire glauque de dénonciation.
    Quelle aubaine !
    Pour une histoire de cul, en plus.
    C’est tellement humain et dégueulasse !
    On bave.

    Là est le scandale, cette mise en fiction perpétuelle de l’actualité, cette anthologie toujours en chantier de la vie noire et méchante des Hommes.

    Tous crapules au fond, même les icônes intellectuelles, emmerdeurs suprêmes des consciences.

    Malgré cet éclat éphémère et injurieux, l’histoire contemporaine de la République Tchèque reste parfaitement ignorée des français.

    Aurions-nous honte d’un certain automne 1938 ?
    Même pas, nos lâchetés nationales sont bien oubliées.

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 23h27 le 20/06/2009
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Merci de revenir sur ce cas, au-delà des éclairages complémentaires que vous mettez en valeur dans ce cas précis, il y a, à mon avis, une énième alerte sur les pratiques des médias toutes régions du monde confondus.

    L’information est une activité fondamentale pour la démocratie mais également pour les liens sociales et la compréhension du monde qui nous entourent et toutes dérives dans son traitement entrainent assurément des dégâts collatéraux majeurs, j’ai toujours beaucoup de mal à comprendre la persistance des distorsions dans une profession pourtant en danger aujourd’hui et pas uniquement du fait des mutations des outils et moyens.

    Pour ce qui concerne Milan Kundera, j’espère que de vrais historiens, ou des journalistes d’investigations vont se saisir de ce dossier et qu’ils apporteront des données complémentaires objectivés pas seulement sur l’auteur Kundera mais également pour « cette officine apparemment lobbyiste »...

  • timoun
    timoun
    retraitée restauration
    • Posté à 01h45 le 21/06/2009
    • Internaute 79162
      retraitée restauration

    « L’INSOUTENABLE LEGERETE DE L ’ÊTRE » Milan Kundera .
    Savoir rester digne devant le méli-mélo médiathique qui n’arrive pas à rétablir des faits vérifiés. Un écrivain -un vrai- que j’ai lu il y a plus de 20 ans .

  • luc rosenzweig
    • Posté à 09h45 le 21/06/2009
    • Internaute 36730

    Milan Kundera, géant de la littérature ou nain tchèque ?
    L’accusation de délation portée par un hebdomadaire tchèque contre Milan Kundera a suscité l’indignation dans les milieux littéraires francais et la solidarité à son égard d’une brochette d’écrivains prestigieux. La dénégation du principal intéressé n’a pourtant pas mis un point final aux interrogations sur cet épisode d’une biographie complexe, à l’image d’une période qui ne le fut pas moins.

    Le 13 octobre 2008, l’hebdomadaire tchèque Respekt publiait un long article intitulé « la dénonciation de Milan Kundera », dont le portrait dessiné fait toute la « une » du journal. Il est signé par Adam Hradilek, chercheur à l’Institut d’études des régimes totalitaires de Prague et par Petr Tresnak, rédacteur à Respekt.
    Le coeur de l’article est un rapport de police daté du 14 Mars 1950 où il est écrit : « Aujourd’hui vers 16h, un étudiant, Milan Kundera, né le 1.4.1929 à Brno, habitant la cité universitaire de l’avenue George VI, à Prague VII, s’est présenté dans notre commissariat et a déclaré qu’une étudiante, Iva Militka, demeurant dans la même résidence, a fait part à un étudiant nommé Dlask, qu’elle avait rencontré aujourd’hui une de ses anciennes connaissances, Miroslav Dvoracek, dans le quartier de Klarov à Prague. Le susdit Dvoracek lui aurait apparemment confié sa valise, en lui disant qu’il viendrait la récupérer dans l’après-midi. Dvoracek serait un déserteur du service militaire depuis le printemps de l’an dernier et se serait rendu illégalement cette même année en Allemagne ».
    Le document, tapé à la machine, est signé du nom de l’officier de police de permanence de ce commissariat de quartier.
    L’Agence France Presse publie immédiatement une dépêche reprenant les informations de Respekt, et titrée « Milan Kundera a collaboré avec la police secrète communiste ». De nombreux journaux, dont Le Monde, Le Figaro, Libération, 20 minutes etc reprennent cette information sans commentaire, à l’exception du Monde, qui émet quelques réserves sur la fiabilité des documents issus des archives policières du temps du communisme. Pressé de toutes part de réagir à ces accusations, l’écrivain déclare alors à l’agence de presse tchèque CTK : » Je suis totalement pris au dépourvu par cette chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout, de laquelle je ne savais rien hier encore, et qui n’a pas eu lieu ».
    Ce démenti donne le signal d’une déferlante d’articles et de tribunes libres dans la presse française prenant fait et cause pour Milan Kundera et clouant au pilori ses accusateurs. Les plumes les plus en vue de l’élite médiatique et littéraire sont mises à contribution pour stigmatiser un complot qui viserait à déstabiliser un écrivain dont toute l’oeuvre publiée serait garante de son engagement anti-totalitaire. Il est rare qu’ une telle unanimité soit présente dans les médias français dans le cadre d’une polémique littéraire ou politique mettant en cause un membre éminent de la République des Lettres. Les errements d’écrivains plus ou moins grands, dont la biographie témoigne d’engagements fascistes, staliniens, ou maoïstes, de Louis-Ferdinand Céline à Philippe Sollers ont donné lieu à des controverses passionnelles, dont certaines sont loin d’être éteintes. L’icône de la résistance littéraire au communisme, Alexandre Soljenitsyne, n’a pas non plus échappé à une critique acerbe de ses penchants slavophiles teintés d’antisémitisme formulée par une partie de ceux qui l’avaient porté au pinacle lors de la parution de L’Archipel du goulag.
    De L’Humanité (François Taillandier) au Figaro (Benoît Duteurtre et Alain-Gérard Slama) en passant par Le Monde (Yasmina Reza, puis Pierre Nora et Krzysztof Pomian), Le Point (Elisabeth Lévy, puis Bernard-Henri Lévy) et le Journal du Dimanche (Pierre Lepape), les intellectuels les plus en vue montent au créneau pour dénoncer l’immonde campagne de calomnies dont est victime, selon eux, leur ami Milan Kundera. Au début du déclenchement de l’affaire, le seul journal français qui effectue le minimum que l’on peut attendre d’un organe de presse digne de ce nom, à savoir une enquête sur le terrain, est L’Express, qui envoie à Prague un reporter, Jérôme Dupuis. Son article, qui ne porte aucun jugement définitif sur le comportement présumé de Milan Kundera dans cette affaire datant de plus d’un demi-siècle, établit qu’Adam Hradilek, le chercheur a l’origine de l’exhumation de ce rapport de police est un garçon sérieux travaillant pour une institution réputée. Il n’existe donc, pour l’hebdomadaire, aucune raison de douter de l’authenticité du document expertisé par les services spécialisés de l’Institut de recherche sur les régimes totalitaires. On apprend d’autre part dans cet article que ce rapport de police n’était pas issu du dossier « Kundera » de la police politique de l’ancien régime, mais se trouvait au milieu d’un liasse d’archives relatives au cas de Miroslav Dvoracek. Ce dernier, après son arrestation en mars 1950 est condamné à 22 ans de travaux forcés. Libéré en 1963, il quitte la Tchécoslovaquie en 1968 pour s’installer en Suède, où il vit toujours, mais il ne s’est pas exprimé sur « l’affaire Kundera » en raison d’un état de santé très dégradé à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Il faut attendre le 5 novembre 2008, pour que Le Monde, qui entre temps a accueilli deux tribunes favorables à la thèse de l’innocence de Kundera, publie un reportage de Daniel Vernet qui rend compte du débat suscité à Prague par l’affaire, et se donne la peine d’en rappeler le contexte historique. L’article évoque la place spécifique qu’occupe Kundera dans l’histoire de la résistance intellectuelle au totalitarisme, où il fut en conflit avec des écrivains non issus de la mouvance communiste, dont le chef de file était Vaclav Havel.
    Les défenseurs inconditionnels de Milan Kundera ne s’attachent pas à ce genre de nuances : il faut que l’écrivain soit innocent, donc victime d’une pure calomnie, pour la seule raison que sa parole, ou sa mémoire, ne sauraient être mises en doute. Un grand écrivain ne ment pas, et est réputé se souvenir, même à l’orée de ses quatre-vingts ans, de tous ses faits et gestes depuis qu’il a atteint l’âge de raison. La campagne en défense de Kundera culmine, début novembre, avec la publication d’un manifeste suscité par les éditions Gallimard et signé par onze écrivains comptant parmi les plus célèbres dans le monde. Philip Roth, Ohran Pamuk, Jorge Semprun, Carlos Fuentes, Salman Rushdie et d’autres sont rameutés à travers la planète par Guy Scarpetta, le lieutenant de Philippe Sollers dans le vénérable établissement de la rue Sébastien-Bottin, pour venir à la rescousse d’un auteur-maison en butte aux vicieuses attaques venues de son ancienne patrie. Pressé de questions par Radio Prague sur les éléments factuels permettant, selon lui, à ces prestigieux littérateurs de trancher en faveur de l’innocence de Kundera, Scarpetta répond : « Je crois que les auteurs ont parfaitement réfléchi aux termes de la lettre, que parmi eux il y a un écrivain, Salman Rushdie, qui sait ce qu’est une campagne de calomnies. Il y a deux écrivains espagnols, Juan Goytisolo et Jorge Semprun, qui ont subi des campagnes de calomnies de la part du régime franquiste et il y a le Prix nobel Orhan Pamuk qui lui-même a subi une campagne diffamatoire allant jusqu’à certaines menaces en Turquie, donc je crois que ce sont des gens qui savent le poids des mots qu’ils emploient ». Assimiler la République tchèque de 2008, membre de l’Union Européenne, à l’Espagne franquiste ou au régime des ayatollahs iraniens ne semble pas déranger notre huissier de justice de la République des Lettres. Il s’active sans compter pour expédier son papier bleu au « petit thésard névrosé “, comme le chroniqueur de L’Humanité post-stalinienne qualifie Adam Hradilek. Il faut également noter que cette campagne, par une malheureuse coïncidence, est concomittante d’une mise en cause, dans les milieux dirigeants français, d’une République tchèque indigne de succéder à la grande nation française à la présidence de l’Union européenne par ces temps de crise, ce qui n’a pas contribué à faciliter un dialogue serein entre Paris et Prague dans tous les domaines...

    Toute une panoplie d’arguments, parfois contradictoires entre eux, est déployée pour soutenir l’écrivain exilé. On met d’abord en doute l’authenticité du document publié par Respekt . Ainsi, dans son bloc-notes du Point du 23 octobre 2008, Bernard-Henri Lévy résume les raisons qui incitent à ne pas se laisser abuser par les révélations de l’hebdomadaire tchèque : ‘Tout dans cette affaire, pue d’ailleurs la manipulation : l’authenticité du document produit, nullement établie ; le fait qu’il ait sagement dormi dans les archives de la police tchèque jusqu’à la veille, comme par hasard la veille de l’attribution du prix Nobel ; l’étrange attitude, donc, d’une police qui se serait privée, au temps de sa toute puissance, de faire usage de cette arme terrible contre l’un des plus visibles, des plus embarrassants de ses adversaires....’ BHL fait par ailleurs preuve de son peu de considération pour les faits les plus triviaux en écrivant que son ami Kundera est accusé d’avoir ‘ dénoncé un camarade d’université’ alors qu’il s’agit d’un déserteur revenu clandestinement comme espion à Prague. On est là en pleine ‘ théorie du complot’, et, qui plus est, d’un complot animé depuis les poubelles de l’histoire par un régime déchu qui exercerait une vengeance différée de plusieurs décennies contre un opposant en le privant du prix Nobel...
    Comme cette interprétation ‘ paranoïaque critique’ présente quelques faiblesses, d’autres paladins de la cause Kundera mettent en avant les déclarations d’un professeur d’histoire littéraire, Zdenek Pesat, qui l’ innocenteraient totalement. Il s’agit en fait d’une lettre de lecteur au quotidien Lidove Noviny, dont voici l’intégralité : ‘Quand j’ai lu, dans Lidove Noviny de mardi, la prétendue affaire autour de Milan Kundera et vu le nom de Miroslav Dlask et la photo d’Iva Militka, je me suis souvenu avec précision de cette histoire du printemps 1950. J’étais alors en troisième année de la faculté de philosophie de l’Université Charles à Prague et membre du comité du parti communiste de la faculté. Miroslav Dlask s’est adressé à moi en me disant que son amie (et future épouse), Iva, avait rencontré son ancien ami dont elle savait qu’il était passé à l’Ouest et que, certainement, il était maintenant rentré illégalement. Dlask m’a dit qu’il en avait informé la police. Il se sentait obligé d’en informer aussi son organisation du Parti. Et c’est parce que nous avions étudié ensemble l’Esthétique et que j’étais celui qu’il connaissait le mieux de tous les membres du comité qu’il m’a parlé de cela. J’ai supposé que Dlask avait voulu protéger son amie d’une inévitable persécution au cas où ses rapports avec un émigré - voire un provocateur-agent de la police secrète tchèque - seraient décelés. Je n’ai pas réagi à son information et je ne l’ai plus rencontré après mes études.
    Je suis gravement, incurablement malade, réduit à vivre sous oxygène avec un respirateur. Je ne suis donc pas capable de sortir de la maison et je suis obligé de refuser tout entretien.
    Hier, après avoir lu le journal, j’ai parlé de cette histoire à ma femme. Nous avons convenu que j’écrirais tout ce que je sais. Ce que je viens de faire.
    Prague le 15 octobre 2008.
    Cette lettre, après laquelle Pesat s’est muré dans le silence, n’établit en aucune manière la non-participation de Kundera à la dénonciation de Dvoracek. Tout ce qu’elle prouve, c’est l’intention de Miroslav Dlask (aujourd’hui décédé) d’informer la police du passage de Dvoracek à la cité universitaire , dans la chambre de sa petite amie Iva Militka, pour récupérer sa valise. Rien ne prouve donc qu’il passa personnellement de l’intention à l’acte . La suite de l’histoire, selon Iva Militka, qui épousera Dlask quelques mois plus tard, passe par Milan Kundera, alors chef de l’organisation des étudiants de la cité universitaire, auquel Dlask transmet l’information de la venue de Dvoracek. Il n’est pas inutile de revenir sur la genèse de la découverte du rapport de police du 14 Mars 1950 pour tenter d’y voir un peu plus clair.
    Pendant presque soixante ans, Iva Militka a vécu avec, sur la conscience, le poids d’avoir été la cause de l’arrestation et de la condamnation à une lourde peine d’un ancien camarade, Dvoracek, originaire comme elle de Kostelec nad Orlici, petite ville de Bohème occidentale. Elle sait, par ailleurs, que Dvoracek est, encore aujourd’hui, persuadé que c’est elle qui l’a donné’ à la police. Iva Militka concède avoir été naïve dans cette affaire, mais ne supporte pas que l’on puisse penser qu’elle fut la délatrice. Elle ne croit pas non plus que son défunt mari soit le dénonciateur, et veut pouvoir être en mesure de persuader Dvoracek, qui vit aujourd’hui en Suède et se relève d’un accident vasculaire cérébral, qu’il fait fausse route en lui faisant porter seule la responsabilité des tourments subis par lui dans les geôles communistes. Il se trouve qu’un parent éloigné, Adam Hradilek, est chercheur à l’Institut d’études des régimes totalitaires, un établissement fondé en 2007, auquel est confié la gestion et l’exploitation des archives policières de l’ancien régime. A la différence d’autres pays, comme l’ex-RDA, les dirigeants de la République Tchèque n’ont pas permis la consultation de ces archives par l’ensemble des citoyens : l’accès en est réservé à des historiens qui sont seuls juges de l’opportunité ou non de rendre publics ou de transmettre à la justice les cas de personnes ayant collaboré de manière criminelle avec les services de l’ancien régime. Dans l’ensemble, cette institution - dont les dirigeants sont réputés proches du parti de droite ODS du président Vaclav Klaus,- n’est pas contestée, sauf quand elle est soupçonnée de laisser ‘fuiter’ des dossiers au moment des élections pour discréditer des candidats d’autres formations politiques.
    Adam Hradilek n’a donc pas comme objectif, au départ de ‘démasquer’ Milan Kundera. Il cherche d’abord à rendre service à une vieille parente rongée par le remords, qui veut savoir avant de mourir. C’est en fouillant dans le dossier policier et judiciaire de Dvoracek qu’il tombe sur le rapport qui va déclencher le scandale. L’hypothèse d’une forgerie barbouzarde destinée à discréditer l’opposant en exil se heurte à la matérialité du document dont la datation est incontestable. Et l’argument consistant a dire que si cela avait existé, les dirigeants communistes n’auraient pas manqué d’en faire usage contre Kundera est pour le moins spécieux : Kundera n’est pas un informateur habituel et stipendié de la police communiste, à l’image de ces ‘dissidents’ introduit dans les milieux culturels contestataires de la RDA par la Stasi. Il n’y a donc pas de ‘suivi longitudinal’ du dossier Kundera dans les archives du StB( la police politique) hors des rapports le concernant pour ses activités d’écrivain dissident. D’autre part, une fois exilé, Kundera n’était pas considéré comme un ennemi à abattre par tous les moyens : les animateurs de la charte 77 et leurs soutiens à l’étranger, dont Kundera ne fait pas partie, sont les cibles privilégiées du régime. Les Husak, Indra et Cie, ‘normalisateurs’ de la Tchécoslovaquie après le printemps de Prague ont sans doute tort de ne pas considérer l’écrivain réfugié en France comme un adversaire de premier rang, mais il arrive que les tyrans ne soient pas toujours intelligents. Enfin, la probabilité est très grande que ce rapport ait tranquillement dormi dans le dossier Dvoracek pendant cinquante-huit ans et ait été confié à la ‘critique rongeuse des souris’ célébrée par Karl Marx, dont l’efficacité s’est notablement dégradée depuis les campagnes systématiques de dératisation dans les métropoles modernes.
    Le choix de rendre publique cette trouvaille, dans un hebdomadaire à grand tirage, peut être contesté, et sans doute eût-il été préférable que Hradilek ait seulement confié à Iva Militka le fruit de ses recherches...Mais cela aurait-il garanti le maintien de la confidentialité de cette découverte ? Au sein de l’Institut, Hradilek n’est pas le seul à avoir eu connaissance du rapport : pour être authentifié, il est passé entre les mains de plusieurs experts. Etant donné la notoriété internationale de Kundera, il était fort probable que la chose s’ébruite sous forme de rumeur, d’autant plus qu’Iva Militka ne pourra s’empêcher de faire savoir à ses parents et connaissances de Kostelec nad Orlici qu’il est désormais établi que ce n’est pas elle la délatrice...Autant alors, estime Hradilek, diffuser la nouvelle en contrôlant la formulation et en exposant le plus précisément possible le contexte, ce qu’il fait avec la collaboration du journaliste de Respekt Petr Tresnak.
    Du débat suscité par ces révélations en République tchèque, les défenseurs français de Kundera ne veulent retenir que le courrier prétendument disculpant de l’ancien communiste Zdenek Pesat, par ailleurs informateur régulier de la police secrète sous le nom de code ‘Pritel’ (ami !). On passe ainsi sous silence l’avis d’un historien, Jiri Pernes, spécialiste reconnu de cette période, qui déclare : ‘Milan Kundera avait au moment des faits une responsabilité au sein d’une résidence étudiante, ce qui l’obligeait à informer la police de toute présence suspecte’. Sont également occultées sans vergogne les réactions parfois très violentes contre Kundera, comme celle de l’écrivain Jiri Stransky, qui a subi une peine de sept ans de prison dans les années cinquante : ‘ Lorsque j’étais en prison, Milan Kundera servait, admirait et vénérait le Parti communiste. Ivan Klima, Arnost Lustig et Pavel Kohout ont également été communistes. Pourtant, nous sommes restés bons amis, surtout parce qu’ils ont défini et déchiffré leur passé. Ils ne voulaient rien cacher... Je n’ai en revanche aucune estime pour Kundera . Tant que l’on ne s’acquittera pas envers notre propre passé et envers le passé de la nation, ce passé nous piégera. Et c’est ce qui arrive maintenant.’
    La défense de Milan Kundera par Vaclav Havel n’a pas eu, non plus, chez nous, l’écho que reçoit habituellement la parole de ce héros de la résistance littéraire et politique contre le totalitarisme. Il s’est pourtant exprimé dans le numéro de Respekt qui a suivi celui de la publication des révélations de Hradilek.Voilà ce que l’on peut lire sous la plume de l’ancien président de la République tchèque :” Je pense que cela n’a pas eu lieu et n’a pas pu avoir eu lieu de manière aussi stupide. Même si Kundera est vraiment allé à la police pour annoncer qu’il y avait un espion quelque part, ce qui n’a pas eu lieu à mon avis, il faut essayer -au moins essayer- de le voir dans le contexte de l’époque ». Rappelant que beaucoup de dénonciations étaient motivées par la peur, il ajoute « Un individu n’avait pas besoin d’être un communiste fanatique et passionné pour oeuvrer pour un monde meilleur en toute bonne foi. » Et il conclut : « Chers jeunes historiens, soyez prudents dans votre appréciation de l’histoire. Vous vous exposez sinon, malgré votre bonne volonté, à plus de dommages que de profits, à l’instar de vos prédécesseurs[communistes]. Milan, restez au dessus de tout ça ! Comme vous le savez sûrement, il arrive à l’homme dans sa vie des choses plus graves que des diffamations dans un journal ! » On trouve la même tonalité chez Ludvik Vaculik, autre figure emblématique de l’opposition au régime communiste : » Sans d’autres preuves et d’autres témoignages, je ne peux pas croire que Kundera ait dénoncé. Et même si cela s’était passé comme ça, il ne faut pas oublier que l’on était en 1950, période précédant la plus grande terreur communiste, une période où le socialisme était encore attrayant pour beaucoup de gens. Même si Kundera l’avait fait, ça aurait été à une époque où il n’avait pas encore été confronté à la question de savoir ce qui était bon de faire et ce qui ne l’était pas. Informer la police d’Etat plus tard, c’était déjà autre chose : là, le carriérisme et la haine ont été des motifs moteurs ». Les deux vieux messieurs ont l’élégance de ne pas s’opposer frontalement au démenti de Kundera. Mais, à la différence de la garde française, ils orientent subtilement le public vers l’idée qu’un tel comportement n’aurait pas été invraisemblable dans le contexte de l’époque, et que le jugement moral a posterori est un exercice délicat exigeant autant de savoir que de prudence. En l’occurrence, un Vaclav Havel, qui n’a jamais été communiste, veut faire comprendre aux nouvelles générations, en République tchèque et ailleurs, qu’un Milan Kundera, fervent communiste en 1950, n’avait aucune raison de ne pas agir en tant que tel dans les circonstances où il s’est trouvé placé par la venue annoncée de Dvoracek dans la cité universitaire . Comme l’explique Ivan Klima, un autre écrivain tchèque de la génération de Kundera : « A l’époque, la présence d’un homme comme Dvoracek dans une résidence étudiante était perçue comme serait, aujourd’hui, celle d’un terroriste d’Al Quaïda dans cette même résidence ». De plus, Vaclav Havel essaie de dissuader avec tact l’écrivain de porter l’affaire devant la justice, comme l’avait annoncé l’agent littéraire tchèque de Kundera si Respekt refusait de présenter des excuses, ce qui sera le cas. Il semble, à en croire l’écrivain tchèque Petr Prouza, récent visiteur de Kundera, que ce dernier ait renoncé à saisir les tribunaux, ce qui va lui éviter de nouveaux désagréments.
    On peut donc constater que la perception tchèque de cette affaire diffère radicalement de celles des admirateurs français du « grand écrivain ». Du haut de leur ignorance - on aura remarqué qu’aucun des spécialistes français reconnus de l’histoire du communisme tchécoslovaque, comme Jacques Rupnik ou Ilyos Yannakakis ne s’est joint à leur choeur - ils postulent que génie littéraire vaut CV immaculé. Un simple regard dans l’histoire de la littérature mondiale suffit à faire litière de cette baliverne. Mais il y a plus grave : leur « circulez, il n’y a rien à voir ! “contribue à créer, autour de Kundera, une légende biographique où son parcours tchèque serait circonscrit à la période 1968-1975, celle de son opposition ouverte et radicale au régime imposé par les chars soviétiques. Toute la complexité d’une période où la boussole du bien et du mal n’était pas fixée sur les mêmes points cardinaux qu’aujourd’hui, dont Kundera a délibérement choisi de ne pas parler en termes autobiographiques, est ramenée à une injonction de décréter ce dernier vierge de toute compromission avec l’appareil policier communiste. Karel Hvizdala, journaliste et ami de Vaclav Havel, se désole de voir un Tchèque admiré dans le monde entier ramené à la condition moyenne de l’immense majorité des gens de ce pays. En effet, presque tous les Tchèques, à un moment où un autre le leur vie sous le communisme ont collaboré avec les autorités, plus d’ailleurs par opportunisme ou peur des ennuis que par conviction : . ‘On le ravale au rang des nains que nous sommes’ conclut-il son entretien avec Daniel Vernet. Alors, Kundera géant littéraire ? Sans aucun doute. Nain tchèque ? Ce n’est pas impossible.

    • egide
      egide répond à luc rosenzweig
      Littéral
      • Posté à 11h23 le 22/06/2009
      • Internaute 45067
        Littéral

      Cette manière de réquisitoire contre Milan Kundera et la charge contre les notables des Lettres françaises est une façon achevée et subtile d’anticommunisme.

      Le péché capital des conservateurs européens au XX ème siècle, c’est l’anticommunisme viscéral qui n’a été et est toujours la haine du populaire.
      Car, à n’en pas douter cette haine est toujours aussi virulente.

      Oui, vous avez raison Milan Kundera est un nain tchèque parmi tous les nains qu’étaient ses compatriotes pendant le long temps de la dictature communiste.

      La férule de l’Armée Rouge nationaliste grand-russe était impitoyable.

      Entre les nationalistes fascisants et antisémites qui prirent les armes afin de servir pendant la guerre froide contre le bloc soviétique et les services satellites occupées des démocraties populaires de ces régimes locaux corrompus et sous tutelle des pays d’Europe centrale, tout un ensemble de personnalités aux opinions plus mesurées et réalistes ont subi l’implosion d’humanité détruisant tout recours du Droit et de la politique pendant les vingts premières années qui ont suivi l’établissement de ces régimes totalitaires.

      Ces oppositions tranchées, guerrières, manichéennes ont broyé toute action consciente faute de liberté et rendu veules et rusées, les élites disgraciées, abandonnées de tous, sommées de prendre un parti ou de s’exiler à jamais.

      Ces dilemmes majeurs, tous les intellectuels d’Europe Centrale les ont supportés dans la plus grande solitude et la terreur quotidienne.
      On ne peut pas penser librement dans un État dictatorial.
      On ne peut pas vraiment créer même dans la clandestinité la plus étanche.
      L’intelligence est en berne dans ces conditions terroristes.

      Ces souffrances psychiques alourdies des misères journalières des renoncements obligés hantent chacun de ces femmes et de ces homme pris dans l’horrible période historique qui les assassinent d’un soupçon irrémédiable et qu’on leur reprochera encore dans 1000 ans.

      Qu’as-tu fais, toi, Milan Kundera, en ces temps ?

      Oui, quels reproches tu as contre toi-même qui nous valent ton silence opiniâtre ?

      Parle, Milan Kundera. Tu était de Gauche à la fin des années 40, n’est-ce pas ?

      Tout ce que ces femmes et ces hommes de ces temps horribles ont manqué c’est du Droit et de Justice, sans compter nos soutiens complètement défaillants !

      Car, vraiment, quelles propositions étaient-ce au tout début des années 50 dans ces pays là, sinon d’oser la plus haute trahison en se confondant avec l’adversaire le plus acharné ?

      Oui. C’était une guerre sauvage, violente, insensée, criminelle, qui nous a, nous-même amputés des parts orientales de notre culture européenne.

      Ces paysages qu’on a pas vu jeunes !
      Ces amis du Milieu qu’on a pas eu, jeunes !
      Ces amours qui nous ont manqués, jeunes !

      Ce silence abyssal, nos haines rassies qui prennent le prétexte des chocs impériaux pour nous abêtir.

      Voilà que vous voulez régler des comptes avec une intelligentsia que vous haïssez férocement.

      Voila que la mise en cause de Milan Kundera, ce proscrit qui ne la ramenait pas, vous donne l’occasion d’un de ces réquisitoires moralistes de conservateur qui refuse d’assumer sa propre responsabilité historique.

      Je ne sais pas et je n’ai jamais su ce que Milan Kundera avait fait véritablement cette année là.

      Était-ce lui, le Milan Kundera, du rapport de police rapportant une dénonciation ?
      Non, je ne sais pas.

      Par contre, je l’ai vigoureusement défendu, lui, cet homme misérable, ce tchèque, ce vieillard ambivalent, non à cause de ce qu’il a écrit, non à cause de sa renommée.
      Non, je l’ai défendu par idéal.
      L’idéal du Droit.

      Tout Homme doit, s’il est accusé d’un délit ou d’un crime, bénéficier d’une procédure judiciaire légale et équitable.
      Rien, aucune flétrissure ne devrait être possible hors le judiciaire.

      Milan Kundera a-t-il été sous le coup d’une accusation en bonne et due forme ?

      Les faits qu’on lui a reproché sont-ils imprescriptibles ?

      Si ce document authentique est à charge indubitablement, vaut-il preuve ?

      Non, bien sûr ! Et vous le savez bien.

      Il n’y a pas plainte contre Milan Kundera parce qu’il n’y a pas de raison légale pour le mettre en accusation.

      Et l’historien n’est pas encore prêt qui décrira dans le détail les jours si douloureux qui ont découlé de l’occupation cinquantenaire de l’Europe Centrale par les Russes.

      Et ce n’est pas vous qui avouerez nos lâchetés à l’époque.

      Pire, vous continuez des charges misérables contre des ennemis fantomatiques, vos alter ego.
      On se fout de vos querelles.

      • A déménagé le 25 octobre
        • Posté à 12h04 le 22/06/2009
        • Internaute 33755

        C’est assez obtus de croire qu’on puisse l’accuser par pur anti-communisme.
        Surtout quand on défend l’idéal de Justice, l’idéal du Droit.

        Que faîtes vous de la personne accusée d’avoir dénoncer et qui clame son innocence ? Un élément nouveau vient confirmer qu’elle n’avait peut-être pas tord de se sentir... calomniée.

        Faut être logique. Si on se fout des querelles, taisons nos idéaux.

         
        • egide
          egide répond à A déménagé le 25 octobre
          Littéral
          • Posté à 15h36 le 22/06/2009
          • Internaute 45067
            Littéral

          Vous avez lu un peu vite le long réquisitoire de M. Rosenzweig.

          Vous ne semblez pas bien connaitre toute l’histoire et ses protagonistes.

          La seule personne qu’on a accusée de dénonciation c’est Milan Kundera.

          On laisse accroire que l’étudiante chez qui naguère on arrêta un opposant au régime aurait voulu à la fin de sa vie se laver de toute équivoque.

          Rien n’est moins sûr. Et aucune accusation ne courrait contre elle à ma connaissance.

          Cette fiche de police extraite sans précautions des archives publiques ne fait pas preuve.

          Cette maladresse insigne d’instrumentaliser des extraits d’archives pour nuire à une personne connue n’est pas acceptable.

          Comme je l’ai écrit, aucune procédure légale, aucune recherche historique ne vient conforter la publication de ce rapport de police.

          Quand au texte de M. Rosensweig, c’est une attaque directe contre l’intelligentsia de gauche par pur souci d’anticommunisme comme on s’en aperçoit en lisant le fond de la charge sans nuance contre Milan Kundera.

          Je maintiens que les querelles de chapèle des intellectuels de France, je m’en contrefous.

          Je n’ai pas ressenti dans votre critique peu argumentée le moindre intérêt pour la République tchèque et ses habitants.

          • A déménagé le 25 octobre
            • Posté à 20h14 le 22/06/2009
            • Internaute 33755

            Arrêtez de monter sur vos grands chevaux.

            Mon intérêt pour la République tchèque est si pauvre que j’y habite. Ses habitants sont si cons que je les adore et ma petite amie est tellement moche que je lui ordonne de porter le voile.

            « Même si Kundera est vraiment allé à la police pour annoncer qu’il y avait un espion quelque part, ce qui n’a pas eu lieu à mon avis, il faut essayer - au moins essayer - de le voir dans le contexte de l’époque (...) à l’époque, beaucoup de dénonciations étaient motivées par la peur et il n’était pas nécessaire d’être un communiste zélé ou fanatique pour faire de telles choses »

            C’est le sentiment de Vaclav Havel et je le partage à 99,99%... un centième insignifiant manque, car « mon avis » est qu’il a dénoncé, ou plutôt, il a servi son idéal... Vaclav ne m’a pas tenu rigueur de ce centième, moi non plus d’ailleurs sur celui qui lui fait dire le contraire, car notre intérêt dans la conversation était de passer à autre chose, au plus vite.

            Voila. N’hésitez pas à me contacter si vous voulez venir receuillir des témoignages sur place. J’essairai de trouver le tchèque susceptible d’en avoir quelque chose à foutre.

            Allez, na zdravi ty vole, hezky vecer ve Francie, a stop drogam a idealy

            • egide
              egide répond à A déménagé le 25 octobre
              Littéral
              • Posté à 22h08 le 22/06/2009
              • Internaute 45067
                Littéral

              À l’époque, je me suis beaucoup intéressé à cette affaire, j’ai visité plusieurs sites d’information et l’institut public des archives de l’ancien régime communiste.

              J’ai lu de nombreuses études sur le problème de la dé-communisation dans les anciennes républiques populaires et des délicats problèmes de la conservation des archives et de leur utilisation.

              Il me semble que les responsables, la plupart des hauts fonctionnaires, les membres éminents des partis communistes, des militaires et des policiers ont été écartés des affaires publiques.

              Régulièrement, des fuites ont lieu de ces archives qui impliquent des personnalités. Comme elles ne sont pas forcément connues en France, on en parle jamais.

              En ce qui concerne l’ affaire qui implique Milan Kundera, j’ai lu la triste histoire et le sort lamentable de ce jeune aviateur enrolé dans les forces spéciales sous l’égide de l’armée US et qu’on a envoyé dans des conditions rocambolesques et très dangereuses pour une mission aussi grotesque qu’inutile.

              J’ai ressenti une profonde tristesse pour cette vie gâchée. Néanmoins, j’ai obtenu de nombreuses informations sur une période de l’histoire parfaitement oubliée.

              Peut-être qu’il ne s’agissait que de cela, finalement, faire sortir de l’oubli ces perdants de l’histoire. Et leur sort indigne.

              Je crois qu’il faudrait réunir des fonds pour que des historiens délivrent, grâce à l’exploitation de ces archives, des études claires et loyales afin de rétablir la réalité d’une époque extrêmement troublée et sombre.

              Et ce n’est pas en interpelant hors de toute procédure judiciaire un homme connu comme Milan Kundera qu’on rétablira, une bonne fois pour toute, les faits.

              Vaclav Havel qui savait qu’en Tchécoslovaquie la lustration avait été particulièrement sévère et punitive, avait mis en garde contre tout utilisation abusive des archives :
              Tous bourreaux, tous victimes

              Et puis, j’avais 15 ans quand Jan Palach s’est suicidé par le feu. J’en suis resté très marqué.

              J’accepte votre proposition d’échanger sur ces questions avec des tchèques. Vous avez une manière de clin d’œil afin de faire passer l’air de rien que les préoccupations des tchèques aujourd’hui sont tout autre.
              Message reçu.

              Passez une bonne soirée qui est peut-être plus avancée en Tchéquie qu’ici.

              Je retourne à mon addiction préférée qui n’est rien d’autre que la lecture mais c’est un vice, il parait.

              • A déménagé le 25 octobre
                • Posté à 23h05 le 22/06/2009
                • Internaute 33755

                La mère de ma compagne recevait des cadeaux du Parti. Elle n’était pas farouchement acquise à leur cause, loin de là, apparemment, puisqu’elle tenta de s’enfuir en 1987, mais avait simplement eu un bon comportement. Elle avait, avec d’autres lauréats, le droit d’aller faire du shopping dans le seul magasin de Prague vendant des produits occidentaux.

                Vous savez, la majorité des tchèques qui croit en la participation de Kundera, ne lui en veulent pas. Surtout pas. Comment pourraient-ils détester un homme qui monta au créneau dès 67 ? Et de ce fait-là, de sa résistance, ils tirent une conclusion limpide : lui, au moins, il a réussi sa transcendance.

                Vaclav Havel a fait un bien fou a ce pays. Si vous pouvez vous le procurer en France, louez « Hobcan Havel » (citoyen Havel). Ce docu de l’année dernière est génial et montre un vrai président au travail. Imaginez une caméra qui suit Sarko jusque dans ses réunions avec ses plus proches collaborateurs... J’ai bien dit « Imaginez »... bah avec Havel, ce fut possible, et c’était même un élément incontournable de sa politique : ’savez, la « transparence » (je ris jaune)

                Bonne lecture

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