Les journalistes étant empêchés d'informer, photos et vidéos sortent du pays sans qu'il soit toujours possible de les contextualiser.
Après les menaces du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, vendredi, la journée de samedi s'annonçait tendue. Les leaders de l'opposition de facto, à commencer par le principal candidat débouté par les résultats officiels du vote présidentiel, Mir Hossein Moussavi, ont annulé leurs appels à manifester, mais cela n'a pas empêché des milliers de personnes de descendre dans la rue à Téhéran et dans d'autres villes, et de s'affronter parfois durement avec les forces de sécurité. (Voir les vidéos) Selon CNN, citant des sources hospitalières, 19 personnes auraient trouvé la mort, 150 selon des sources non confirmées.
Cette seconde vidéo a fait le tour du monde, d'abord sur Facebook, puis sur YouTube, filmée par deux personnes différentes, et qui montre la mort d'une jeune femme prénommée Neda, qui était au bord de la route, Karekar Ave., au coin des rues Khosravi et Salehi, et qui a été mortellement blessée par une balle tirée par un milicien Bassadj.
Dans ce contexte, dans lequel les journalistes ne peuvent pas faire normalement leur travail, l'information est de plus en plus difficile à recouper. La première video ci-dessus est présentée comme ayant été filmée ce samedi, et correspond aux informations envoyées par l'agence Reuters qui, citant des témoins, parle de l'attaque d'un bâtiment abritant des partisans du président Mahmoud Ahmadinejad, et d'un coup de feu blessant un étudiant. La deuxième est elle-aussi de la journée de samedi.
Cette difficulté à authentifier ces témoignages qui sortent d'Iran a poussé Jeff Jarvis, commentateur réputé sur les médias aux Etats-Unis (et contributeur de Rue89), à lancer un appel à YouTube pour que l'hébergeur de vidéos fasse lui-même le travail de vérification. Il écrit sur son blog :
« YouTube est seul à pouvoir déterminer si la vidéo vient bien d'Iran, si elle n'est pas la duplication d'une ancienne vidéo. YouTube a une responsabilité dans le nouvel écosystème. »
D'autres témoignages plus directs sont parvenus à Rue89. Les photos ci-dessous ont été prises dans la nuit de jeudi à vendredi, et montrent les confrontations violentes qui peuvent se produire dans les rues de Téhéran. Un interlocuteur dans la capitale iranienne nous a communiqué :
« La violence monte d'un cran la nuit. Des mini-batailles ont lieu dans les quartiers nord de Téhéran. Sur cette photo, des manifestants bloquent l'accès des voitures sur une grande voie de circulation, avec des incendies. » (voir ci-dessous)

Notre interlocuteur nous a adressé une autre photo, prise dans un autre cadre :
« Un policier anti-émeute frappe un jeune homme isolé, à moins de deux mètre d'une mère et de sa fille. Sur le mur est encore inscrit en graffiti vert, le nom de Mir Hossein Moussavi. » (voir ci-dessous)

Autre signe de résistance de la population : chaque soir, à partir de 22 heures, les cris d''Allah Akbar » se font entendre sur les toits de Téhéran. Notre interlocuteur raconte :
« C'était très impressionant jeudi soir, les uns répondant aux autres… Beaucoup d'éléments rappellent les débuts de la Révolution : les cris sur les toits, les manifestations en commémoration des morts… »
Sur Internet, une femme raconte avec émotion cette nuit, ces cris à la gloire d'Allah qui remontent… (Voir la vidéo)
Des témoignages plus anciens surgissent. Ainsi, ces photos prises en début de semaine à l'Université de Téhéran, et qui montrent la résistance des étudiants barricadés, l'assaut des miliciens Bassidj armés de bâtons et de pierres…



Sur cette autre photo (ci-dessous), également prise en début de semaine, un homme à moto, policier en civil ou bassidj, tabasse un jeune homme à terre. Une femme s'interpose, l'homme est sur le point de la gifler.

Enfin, dernière photo (ci-dessous) : les manifestants ont brûlé la moto d'un policier.

►Mise à jour le 21/6/09 à 00h50, avec la deuxième vidéo de violences à Téhéran.




















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De letuyauteur
prorusse | 19H08 | 20/06/2009 |
C'est tourne en studio a Hollywood , rediffuse dans les medias occidentaux ? Qu'est ce qu'on en sait ? Les journalistes ne sont pas une source sure ! internet n'est pas une source sure ! La technologie est maintenant trop evolue et rapide….
Allez , bon courage aux iraniens .
De EulChe
Humaniste hère | 19H14 | 20/06/2009 |
Il est certain qu'une grande partie de la population en a marre de ce régime. Mais je ne pense pas que cela aille jusqu'au bout.
A moins, comme je l'ai déjà dit, que les classes populaires rejoignent le mouvement (au travers de grèves par exemple ; aujourd'hui il semblerait les heurts et les mouvements les plus violents ont lieu le soir, quand la plupart des gens sont chez eux) ; et que les flics et militaires officiels posent les armes ou passent du côté des manifestants.
C'est d'autant plus vrai depuis que Khamenei a publiquement soutenu Ahmadinejad et donc que les bassijis ne risquent pas de tenter un coup.
A la rigueur, si de vrais mouvements régionaux (ceux qui sont supportés par les US depuis plusieurs années au travers d'une « proxy-war » comme ils disent, genre les Kurdes ou dans le sud) prenaient le pouvoir chez eux, cela pourrait affaiblir le régime et donner des idées aux autres.
Mais pour l'instant les gens sont trop habitués aux reprises en main sévères du régime et ne prendront pas de risques pour la plupart.
Et les plus opposés au régime ont même plutôt tendance à penser que les réformateurs, de par leur apparente « mollesse », prolonge le régime plus facilement que les durs qui, eux, le font aller dans le mur beaucoup plus vite.
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 19H36 | 20/06/2009 |
La vidéo, les cris sur tous les toits, c'est exactement comme pendant les manifestations contre le Shah. Ils iront jusqu'au bout - les iraniens sont des gens qui ne se laissent pas décourager. Le problème, c'est que sur ces photos-là du moins, il n'y a pas vraiment foule, et pour gagner, il faut vraiment qu'ils soient majoritaires, et que ça se voit. Là, on ne peut même pas être certains de savoir contre qui ils manifestent, il me semble.
De Mahnmut
vide.. | 21H52 | 20/06/2009 |
Je ne sais pas si on peut parler des « mollahs » dans un sens homogène. les plus importants sans doute, oui, restent dans le moule. mais j'ai entendu parler de religieux (mollahs ou pas ? ) qui manifestaient en civil pour protester. d'ailleurs, je trouve l'utilisation de la religion pour une fois (ah la foi…) porteuse d'espoir. voir des panneaux « this is not islam », ou encore entendre des manifestants qui protestent contre un dictature qui se radicalise crier « Allah akba » remet les valeurs de l'Islam dans un rail dont les médias occidentaux (et une certaine opinion occidentale) s'écartent bien trop souvent. c'est un régime islamiste et la population est dans son immense majorité croyante et pratiquante. la légitimité des dirigeants est à envisager aussi sous cet angle là et voir des musulmans démocrates (n'en déplaise à De villiers, c'est possible) s'appuier sur la religion pour se battre contre un régime musulman tyrannique, je crois que c'est peut-être la clé pour qu'un soutient populaire se crée.
le commentaire d'infiltré plus haut est surement une version light de ce qui est diffusé comme propagande dans les campagnes Iraniennes pro-Ahmadinedjad. les manifestants de Teheran doivent gagner la bataille de l'opinion, et ça là-bas ça passe aussi par les références religieuses et l'islam. (chez nous c'est la banlieue…et l'islam.. cherchez l'erreur.).
jpensais que Khamenei allait lacher Ahmadinedjad… mais il doit le tenir par quelque part et j'étais pas au courant… je suis déçu, et inquiet pour la suite de ceux qui manifestent si une partie de l'appareil officiel ne se range pas de leur coté…
De Hulk_
nc | 02H13 | 21/06/2009 |
La photo parle au coeur et aux tripes avant de parler à la raison. Elle alimente la fureur, sans qu'on sache si elle représente une réalité, ou si elle manipule.
Si le processus peut aller à terme, il est probablement bon que les photos aident à amplifier la mobilisation. En revanche, si l'issue est le bain de sang et la glaciation, les photos sont criminelles car elles n'auront comme seul effet que d'augmenter le nombre des victimes.
Je crains que si la rage contre la répression remplace la rage contre la fraude électorale, on n'ait comme issue que le bain de sang. Suivi d'une guerre contre un ennemi extérieur pour ressouder la population.
J'ai l'impression qu'on est sur le bord du précipice ce soir. Pour la première fois depuis une semaine, la situation devient angoissante au sens propre.
La question, c'est : que vont faire les pasdaran ? Eux qui ont fait la révolution, puis la guerre patriotique contre l'Irak, accepteront-ils de tirer contre le peuple ?
Si la réponse est oui, c'est le bain de sang, et l'ordre régnera à Téhéran dans quelques jours.
Si la réponse est non, je crois que les Bahjiis ne sufiront pas à protéger Ahmadinejad… voire le Guide.
Ce qui me frappe dans les vidéos qui circulent, ce sont les Allah Akhbar que scandent les manifestants, même sous la mitraille. Un peu comme s'ils déniaient la qualité de bons musulmans à ceux qui les oppriment… c'est à dire au Guide, depuis ses propos de vendredi…
La Perse ne mérite pas cela…
De Hulk_
nc | 02H27 | 21/06/2009 |
J'essaie quelques hypothèses simples, pour alimenter le débat, et sans prétendre qu'elles soient les bonnes
Qu'est-ce qui se joue derrière ce mouvement de contestation iranien qui semble de grande ampleur et violent ?
Au delà de jeux de pouvoirs classiques entre clans, il se joue la sortie de l'étouffoir qu'impose la révolution islamique à une société civile dynamique, à quoi s'ajoutent quatre ans de pouvoir populiste et fasciste d'Ahamadinejab.
Quels sont les réels ressorts motivationnels des contestataires ?
C'est tout bête : la liberté, l'ouverture au monde, et l'espoir.
D'où vient ce désir de changement : pauvreté ? répression ? injustice sociale ?
Un peu de tout cela, mais aussi, un désir de liberté (vous savez, la liberté, ce mot presque pornographique pour les gauchistes d'occident ; il semble avoir un certain attrait pour ceux qui en manquent)
Quel type de société veulent les contestataires ?
Une société perse moderne et libre.
De quels changements est porteur le candidat Moussavi ?
Pas grand chose. C'est un conservateur. On pourrait plutôt le voir comme une passerelle vers un futur différent.
Est-ce un élan révolutionnaire genre 1789 en France ?
Non. Plutôt 1848, s'il fallait absolument comparer…
Moussavi est-il l'équivalent version iranienne de Chavez au Vénézuéla ?
Certainement pas. Moussavi est un conservateur d'extrême droite.
Chavez est un populiste d'extrême gauche. Il ressemble plus à Ahmadinejad qu'à Moussavi.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 10H39 | 21/06/2009 |
Eh bien voilà ! Il me semble que (à sa manière) le Yéti ne disait pas grand chose de plus. Difficulté à contextualiser, très nombreuses réactions émanant d'exilés (exilés parfois depuis trente ans, c'est dire s'ils sont au fait du quotidien de l'Iran contemporain), voire qui sont nés en exil, impossibilité d'avoir une vue d'ensemble… D'où, peut-être, le besoin qu'il y aurait à faire preuve d'un peu de prudence au moment de reconstituer le puzzle. D'où, aussi, la nécessité pour nous (qui ne sommes pas directement partie prenante aux enjeux politiques iraniens) de marcher un peu sur des oeufs au lieu d'avaler tels quels les articles qui nous parviennent de Téhéran (et beaucoup moins des autres villes iraniennes, sans parler des campagnes) à l'aune de nos [plus ou moins] légitimes aspirations.
Certes, il semblerait que ces derniers temps, cette circonspection suffise à se faire enrôler dans les rangs chavisto-ahmadinejistes (voir Serraf).
Comme la plupart des commentateurs, je ne crois pas que les événements d'Iran soient le fait d'un complot de puissances diversement occultes. En revanche, comment ne pas voir que les réactions (celles des commentateurs de Rue89 ou celles de plusieurs journalistes) sont naturellement façonnées par nos préjugés sur la réalité d'un pays que la grande majorité d'entre nous ne connaît pas.
En ce moment même, j'écoute sur France Culture Jean-Louis Bourlanges (professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, tout de même ! ) : il nous explique que certes Bonaparte et le 18 brumaire, certes Poutine et les élections truquées… Mais que, contrairement à Ahmadinejad, Bonaparte et Poutine étaient désirés par leurs peuples. Bourlanges n'est pourtant pas un con, n'empêche qu'avec des analyses de ce tonneau-là, c'est sûr qu'on a vite fait de se retrouver en déguisement de pasdaran.