
Afrique
Les Africains furieusement idolâtres ? Un site burkinabè lance le débat
Notre partenaire burkinabè, L'Observateur Paalga, a déclenché la colère de ses lecteurs en écornant dans sa rubrique « Projecteurs » l'image du boxeur Mohamed Ali, ce qui l'a conduit à se poser la question : « pourquoi notre grande propension à nous entourer de fausses idoles : héros historiques et hommes d'Etat providentiels ? » Réponse dans cet article.
(De Ouagadougou) Longtemps « Projecteurs » a bénéficié des faveurs de la bloggosphère et de quelque carré de lecteurs jusqu'à cet article sur le documentaire « When we were kings » où nous égratignions Mohamed Ali. Ce qui déchaîna la fureur des lecteurs.
Les uns jugèrent que nous écornions l'image d'Ali parce que nous ignorions que cet homme ne fut pas seulement un bon boxeur mais un grand militant des droits civiques aux USA. D'autres, plus indulgents, plaidèrent que cette ignorance était due à notre jeunesse- comme si un article était un acte de naissance - et nous conseillaient de voir quelques œuvres pour combler ces lacunes. Tous étaient blessés par ce papier qui médisait d'un héros.
Comme si un héros n'était pas un sac de viande comme tout bipède pensant. Qu'est-ce qu'un héros sinon un heureux gagnant à la loterie de l'Histoire ? Un heureux hasard immobilise la boule de l'Histoire sur le numéro d'un homme et le voilà déifié. Comme au casino ! Pour un Mohamed Ali, célébré pour avoir rejoint les mouvements des droits civiques, combien de milliers sont morts inconnus en luttant contre l'iniquité ?
Pour une Rosa Park, icône du refus de la ségrégation dans les transports, combien d'anonymes furent lynchés pour s'être assis sur un siège pour Blanc ? Qui peut donner le nom du premier esclave marron qui osa répliquer à la gifle du maître blanc ? Personne ! A-t-il moins de mérite que ceux sur lesquels s'est arrêté le faisceau de l'Histoire ?
Ainsi qu'une seule hirondelle ne fait pas le printemps, un seul homme, fût-il un dieu réincarné, ne change rien à l'Histoire. Derrière chaque héros, des millions d'anonymes poussent la roue pour mouvoir le moteur de l'Histoire.
Voilà la vérité. Les hommes sont furieusement idolâtres et la moindre transgression énerve leur patience et transforme l'homme le plus raisonnable en un épileptique convulsif. Et nous, peuples d'Afrique, le sommes bien plus que les autres.
Pourtant on aurait pensé que les religions chrétienne et musulmane avaient déjà fait le vide dans notre panthéon en précipitant dans les flammes du bûcher nos idoles et en nous imposant un Dieu unique. Las ! Il eut fallu que ces religions nous coupassent les têtes comme le font les indiens Jivago de leurs captures car notre irréductible polythéisme semble une construction mentale logée au plus profond de notre boîte crânienne. Aussi passons-nous notre temps à chercher frénétiquement des divinités à tâtons, à saisir le premier homme à portée de nos mains pour le convertir en dieu : lustré, verni, il est installé sur l'autel pour notre dévotion.
Ce besoin compulsif de s'entourer de héros, de dieux ou de prophètes de pacotille prêterait à sourire s'il n'avait pas de fâcheuses conséquences sur notre esprit. Il est avéré que plus un peuple s'encombre de dieux, plus il s'aliène sa liberté d'action et son libre arbitre car il les dépose aux pieds des dieux comme des offrandes votives. Et ce peuple attend d'eux le miracle au lieu de se ceindre la taille et de se jeter dans la mêlée.
Combien de luttes syndicales ou politiques avortent parce que le leader que les militants avaient déifié n'a pas réussi à cacher qu'il était un homme avec des faiblesses d'homme : corruptible ou « retournable » ? Après avoir découvert sa forfaiture, les fidèles militants déçus quittent le parti ou le syndicat au lieu de l'en exclure tout simplement parce que lorsque qu'un Dieu déçoit, on ne l'expulse pas du ciel, on change de religion.
Et les hommes politiques ont tellement compris l'avantage qu'ils pouvaient tirer de notre naturelle inclination à l'idolâtrie qu'ils font appel aux griots modernes - nos pseudo- intellectuels - pour les relooker en hommes providentiels. Ainsi des historiens, des sociologues et des philosophes traficotent les faits et les chiffres pour nous convaincre de la noblesse à être dirigés par un président à vie. Ou de la nécessité de refuser l'alternance démocratique parce qu'après lui ce sera le déluge.
Aujourd'hui le Gabon offre un bel exemple de fabrication d'un dieu. Qu'un Satrape meure après avoir mis pendant quarante ans son pays et ses immenses ressources au service de sa famille et de la France et voilà que tout le monde en fait un modèle d'homme politique avisé, humaniste jusqu'à dépouiller son pays pour ses amis français, faiseur de paix, préservateur de l'unité nationale, etc.
Et les Gabonais de verser des larmes de tristesse pour Papa Bongo… On les convaincra bientôt de ravaler leurs pleurs parce que le Fils Ali est le Père Omar et que le Saint Esprit du Père s'est réincarné dans le règne du Fils pour des siècles et des siècles… et la satrapie continuera à dépouiller impunément les Gabonais pour la Françafrique.
Il n'est de développement de l'esprit critique ni d'une nation sans un affranchissement des hommes de la tutelle des idoles. Autant l'enfant tue symboliquement le père pour se construire psychologiquement, autant un peuple doit désencombrer son imaginaire des hommes providentiels et des héros pour s'assumer.
C'est pourquoi le premier acte d'émancipation d'un peuple consiste à détruire les idoles : le veau d'or pour les nouveaux affranchis d'Egypte et l'exécution de Louis XVI pour la Révolution française qui fut plus un déicide qu'un régicide.
Assumer sa responsabilité dans la construction de soi ou de sa nation passe par la désacralisation des hommes. Un homme n'est pas un dieu et c'est tant mieux. Il est nécessaire de se souvenir de l'homme tel que se définissait Sartre :
« Un homme qui vaut tous les hommes et qui vaut n'importe qui ».
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De Orageon
Rejeton cyclonique | 08H59 | 18/06/2009 |
« Les hommes sont furieusement idolâtres et la moindre transgression énerve leur patience et transforme l'homme le plus raisonnable en un épileptique convulsif ».
Africains ou pas, tous les hommes (et femmes bien sûr) cherchent des modèles et des idoles. Et j'imagine que ceux qui souffrent en ont d'autant plus besoin. Mais les africains ne sont pas les seuls à faire cela. Il n'y a qu'à voir le statut de certains artistes occidentaux, pratiquement déifiés par leurs fans.
Et puis c'est toujours le même syndrome : Chirac faisait grincer des dents et a trempé dans des affaires louches, Mitterand aussi, et pourtant ils restent idolâtrés par certains, pour ne citer que ces deux là.
C'est juste humain, finalement, non . ?
à Orageon
De PauLo anarcho-patriote
14H57 | 19/06/2009 |
Z'avez raison.. Depuis 1958, que de fausses idoles ici chez nous ! .. À commencer par les compères fondateurs du socialogaullisme DeGaulle et GuyMollet.. et leur commune devise : Menterie & Vanterie.. « mensonge et vantardise » !
Depuis déjà 50 ans, ce régime n'est que mensonge et vantardise.. Il a non seulement pourri notre pays et ruiné ses habitants travailleurs pour bâtir son.. Royaume de Fonctionnaires.. mais dévasté la francophonie.. à commencer par l'Afrique qu'il a délabrée et livrée aux potentats de ses amis du Tout-Fric !
De Batouri
ADS | 09H11 | 18/06/2009 |
Voilà le doigt mis sur le véritable ressort psychologique qui est la source même de l'aliénation intellectuelle comme phénomène social. Si je partage beaucoup de point de vue ici, je dois cependant mentionner que cette inclinaison à la méprise de soi est un fait culturel qu'on en commun tous les hommes. Il n'est pas une spécificité africaine. On peut situer l'origine de cette faiblesse ontologique à la mort du premier humain. N'ayant peut-être pas compris ce qui arriva au premier mort d'entre eux, les Anciens s'imaginèrent peut-être que si ceci était arrivé, cela devait être le fait de « quelqu'un » plus puissant qu'il fallait adorer si on ne voulait pas terminer comme celui d'entre nous qui était mort.
Une deuxième explication politique peut être donnée à ce psychologisme. Les humains, quoi qu'ils en disent, sont le fruit de la construction de la perception. La propagande y est pour beaucoup.
Revenons par exemple sur le cas de Bongo évoqué ici. Pourquoi a-t-on hué Sarkozy ? Les personnes qui ont hué cet illuminé l'ont-ils fait pour protester contre l'africanégrophobie de ce dernier ou tout simplement parce que, contre sa propre volonté, des militants des droits de tous les hommes, présents sur le territoire français, ont déshabillé Bongo et le présenter tel qu'il était vraiment ? C'est-à-dire comme anti-gabonais et anti-africain au compte de la France, de sa famille et du sien ?
L'idolâtrie est le fruit de la propagande, de la manipulation, de la désinformation, du travestissement de la vérité et de l'intox dont le principal vecteur sont les médias. Par médias, j'entends presses écrite, orale et télévisuelle.
Pour conclure, il est souhaitable qu'au lieu de stigmatiser son public, que les médias fassent d'abord leur travail. Muhammed Ali est le produit d'une certaine fabrication. Nous remarquons une certaine malhonnêteté intellectuelle de la part de l'auteur de l'article. Pour dédouaner les médias de leurs responsabilités dans le fait dénoncé ici, il utilise le mot histoire pour propagande. S'il avait utilisé le bon terme, son article perdait de son acuité. Encore une fois, la perception est une construction, une fabrique. Or, dès leurs débuts, les médias ont dévoyé leur rôle social et politique pour devenir des instruments de domination.
à Batouri
De dinlay
(Mai 68 pas mort) | 10H52 | 18/06/2009 |
BRAVO ! !
Un seul tout petit bémol dans :
« Pour conclure, il est souhaitable qu'au lieu de stigmatiser son public, que les médias fassent d'abord leur travail. »
Comment demander aux médias de « faire leur travail » ? !
Les médias, tous les médias, sont EUX-MÊMES totalement aliénés, totalement gangrénés par la propagande. C'est quelquefois inconscient mais le plus souvent conscient avec une volonté purement cynique d'abrutissement des masses au service des puissants.
Il n'est que voir l'encensoir de tous les médias occidentaux vis à vis de ce beau salopard de Dalaï Lama !
à dinlay
De PauLo anarcho-patriote
15H21 | 19/06/2009 |
Idolâtrie des merdias du régime ici et depuis 50ans.. Propagande de la diarchie totalitaire Ump + Ps… C'est une « démocrature » notre soi-disant Vème république.. le régime du népotisme et de la cooptation.. des copines et copains.. de la Triche.. le R.F. Royaume des Fonctionnaires.. des feignants et fainéants..qui pompent et sucent l'énergie et la sueur du peuple.. des travailleurs !
Bientôt la DÉLIVRANCE.. du socialogaullisme !
De pablico
10H23 | 18/06/2009 |
la presse people n'est-elle pas une forme d'idolâtrie ?
n'est-elle pas une grande église idolâtre ?
quand on défini de culte (mot religieux) les photos, les films, les phrases etc n'est-ce pas une forme d'idolâtrie cachée ?
certaines « nostalgies » tournent aussi à une forme d'idolâtrie aussi peut-être.
à pablico
De PauLo anarcho-patriote
15H35 | 19/06/2009 |
Pour nous, au Collège Anarcho-Patriote, la nostalgie de la République, de la Liberté, de l'Égalité, de la Fraternité, de la laïcité.. et de la francophonie hardie et prospère.. n'est pas de la nostalgie mais un combat pour l'espoir et le renouveau ! ! !
Très bientôt la DÉLIVRANCE.. de l'infect socialogaullisme !
De Alfary
Ronchon | 10H29 | 18/06/2009 |
On regrettera l'absence de la notion de « Sacré » et sa dynamique récurrente de « Déplacement », inauguralement mis en évidence dans les travaux sur le bolchévisme, en particulier le fonctionnement du PCUS.
Une référence explicite à ces concepts (r)apporte bien plus de profondeur que l'évocation de simples conditions particularistes, assez provincialistes, en fait.
Mais bon. Cela reste reste un billet d'humeur… intéressant. Disons.
De Venezuela
vit aux Pays-Bas | 10H57 | 18/06/2009 |
Merci pour tous ces commentaires qui disent que ceci » n'est pas une spécificité africaine ».
Cet article montre ce qui a mon sens ne va pas en Afrique : les Africains ne s'aiment pas (je ne parle pas de fraternite, ceci est une autre discussion) mais ne s'aiment pas individuellement. Comment s'en sortir si on se trouve nul ?
Cet article aurait tres bien pu etre ecrit par un « colon ».
Les Africains ne sont ni pires ni meilleurs que les autres humains qui peuplent la planete.
De Tita
oiseau | 14H27 | 18/06/2009 |
Rien d'africain à l'idolâtrie.
Un Autrichien sur cinq préfère un leader « fort » à la démocratie
(http://www.rue89.com/2009/06/16/un-autrichien-sur-cinq-prefere-un-leader…)
L'idolâtrie, c'est même la signature des trolls qui déifient « leur camp » (uniquement parce que c'est leur camp) et qui rejettent les autres (parce qu'ils ne sont pas du même bord).
Quant à la religion, rappelons le fameux mot de Christophe Sauvageon, le prieur de Sennely en Sologne, qui parle « d'idolâtres baptisés » à propos de ses fidèles. Les laïques ne seraient rien d'autres que des adorateurs d'icônes pieuses par mysticisme magique plus que par foi chrétienne.
Par contre, il est possible que dans la comparaison avec les autres nations, l'africain se sente infériorisé. La présence de héros est alors un apport de prestige important et rassure puisqu'ils sont les contre-exemples de cette infériorisation. Dans un tel contexte, il est possible que la tendance humaine à idolâtrer en soit renforcée.
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 14H52 | 18/06/2009 |
on peut appliquer se raisonement à toutes les personalités qui ponctuent l'Histoire qui s'écrit et ce décrit à travers ces symboles humains, ces porteurs de matières scientifiques, artistiques ou même philosophiques ou politiques, militaires ou théologiques qui font les mondes dans lesquels nous vivont, et y'aurait il une Histoire sans ces Noms pour la commenter et nous aider à la décrypter ?
De nemo3637
Déchoukeur | 15H59 | 18/06/2009 |
Remarquable article par son analyse de L'Afrique, des combats des Noirs. Vive l'anarchisme africain.
De franc parleur
anarchieevangelique.wordpress.com | 16H39 | 18/06/2009 |
Bel et rare article, merci !
Toutes les idoles - dont les idoles de l'esprit - sont des petits dieux mauvais, et c'est nous, pauvres hommes, qui nous prosternons de toutes nos existences devant nos créations illusoires.
Vieille histoire en effet, sachant que « le premier acte d'émancipation d'un peuple consiste à détruire les idoles : le veau d'or pour les nouveaux affranchis d'Egypte et l'exécution de Louis XVI pour la Révolution française… »
Or, enseigne centralement le Coran (je ne suis pas musulman) face aux idoles et aux dieux en tous genres :
« il n'y a de Dieu que Dieu ».
Le Libre.
Et nous sommes à sa ressemblance !
Servir Dieu ne veut pas dire disséminer la haine, la peur, la violence. La nature possède ses propres moyens de violence, le rôle de l'homme est de la contrôler à tous les niveaux. Ce n'est donc pas en laissant libre cours à sa sauvagerie naturelle que l'homme « sert » Dieu , mais en maîtrisant ses propres « démons », en améliorant ce qu'il a de plus noble en lui : sa capacité à aimer.
Ainsi les religions qui, par leurs dogmes, leurs rites, par le comportement qu'elles imposent à leurs fidèles créent des causes de frictions, des risques d'exclusion, des ferments d'animosité, trahissent le Courant d'où elles puisent l'inspiration d'origine.
La religion mal comprise, la croyance bornée sont les sources majeures des difficultés de l' »espèce.
Le jour viendra où les hindous, les musulmans, les juifs, les chrétiens, les bouddhistes, les animistes comme les athées trouveront dans leurs frères humains la même étincelle qu'en eux-mêmes, celle de la vie, celle qui rapproche au-delà des langues, des races, des traditions, des coutumes.
------------------
« Servir Dieu » ?
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/06/18/servir-dieu/
à franc parleur
De nemo3637
Déchoukeur | 11H26 | 19/06/2009 |
… Et à bas les récupérateurs théocratiques !
De alberte
Sage-femme retraitée | 17H23 | 18/06/2009 |
Je suis béate d » admiration devant tant de lucidité et de justesse. Non tout le monde n » a paas besoin d » idoles pour vivre et avoir une vie spirituelle. Il y a
De Liger
liger.amsud.net | 10H47 | 19/06/2009 |
Merci pour ce beau texte, plein de clairvoyance.
Je voudrais apporter deux clés pour la compréhension de ce phénomène.
La première concerne l'aspect irréversible d'un mensonge :
On conteste difficilement ce qui apparaît soudain comme une erreur évidente de jugement, lorsqu'on a contribué depuis trop longtemps à conforter cette erreur. Et lorsque se fait la prise de conscience, elle est si tardive et d'une telle violence que plutôt que de rejeter la thèse du mensonge, on rejette la notion de vérité toute entière.
La deuxième concerne le concept même de « héros ». Il implique une image de soi-même dévalorisante, et il entraîne par les effets de cette honte implicite un comportement extrémiste et idéolâtre. En France, on pourrait évoquer la tonte des femmes à la libération, par les résistants de la dernière heure.
Or, relativiser la notion de héros nécessite de passer par « l'éloge de la lâcheté », ce qui mettrait son auteur dans une position indéfendable socialement, mais paradoxalement très courageuse.