décryptage 18/06/2009 à 12h03

Le projet industriel le plus ambitieux de l'Inde mal barré

John Hug | Aujourd'hui l'Inde.com


Sur un chantier de Bombay en avril 2009 (Arko Datta/Reuters).


(De Delhi) Le gouvernement indien ambitionne de relancer son économie en construisant un gigantesque corridor industriel entre New Delhi et Bombay. Destinée à transformer la côte ouest en un pôle de croissance industrielle et commerciale internationale, sa mise en place dépendra toutefois de la disponibilité des infrastructures, des terres et des investissements étrangers.

Signé en 2008 par les ministres du Commerce indien et japonais, le projet voudrait développer un corridor industriel sur près de 1 500 kilomètres entre New Delhi et Bombay, similaire à celui entre Tokyo et Osaka. 100 milliards de dollars d’investissement sur quatre ans seraient nécessaires à sa complétion.

Booster les technologies de l’information, les biotechnologies et l’agriculture industrielle

Les différentes villes et zones industrielles des sept états concernés seraient desservies par un train rapide qui servirait au transport de marchandise. V. Deshpande du Conseil pour le Développement économique du Maharashtra, explique :

« Il s’agit d’un projet extrêmement ambitieux, qui vise à moderniser les industries existantes grâce à des partenariats étrangers dans des domaines prometteurs tels que les technologies de l’information, les biotechnologies et l’agriculture industrielle. »

Les investissements japonais promis pour le développement du corridor industriel risquent cependant d’être compromis, a rapporté récemment Projects Today. Ajay Dua, ancien secrétaire du Département de la promotion industrielle, confie :

« Sous le régime du partenariat public privé, les investisseurs doivent pouvoir recourir à un organisme régulateur indépendant qui s’assure de l’équité du processus d’offres, de tarifs, et de régulations. Mais tous les Etats n’ont pas de politique commune, ni aucun procédé uniforme de résolution de conflits et d’application des lois dans les domaines des transports, de l’énergie, de l’eau et des communications. »

Ensuite, un rapport émis par Jica, l’agence de coopération japonaise a identifié des nombreuses faiblesses le long du corridor, notamment en infrastructure et en eau. Autre souci souligné : la difficulté à acquérir les terrains pour l’élargissement des voies de chemin de fer. Parallèlement, le onzième plan quinquennal (2007-2012) publié par le gouvernement indien a aussi exprimé que les ressources naturelles étaient insuffisantes, les technologies de production dépassées, et que les capacités des petites et moyennes industries n’étaient pas conformes aux normes environnementales.

Finalement, il notait aussi que la main-d’œuvre n’était pas suffisamment formée pour satisfaire une production répondant aux normes internationales.

Autre obstacle de taille : l’acquisition des terres. « Plus de 14 000 déplacements sont prévus le long du corridor », estime Ajeet Tiwari, journaliste au journal Sansar. Depuis un an, un comité d’agriculteurs de 31 villages aux alentours de Vadadora (Gujarat) proteste auprès des autoritaires locales du ministère des Chemins de fer. Pour Hasmukh Bhatt, responsable du comité :

« Nous avons déjà soulevé le problème des acquisitions en novembre dernier. Maintenant, les autorités ferroviaires veulent acquérir des terres qui ont été réservé par le gouvernement central pour un projet d’autoroute. »

Une terre réservée pour une cause publique telle qu’une autoroute est généralement rétribuée à un tarif beaucoup plus inférieur que celui du marché.

Des conséquences écologiques non prises en compte

Les environnementalistes s’inquiètent aussi. Un membre du comité pour la protection de la nature à Vadadora, explique :

« Les nouvelles politiques industrielles visent à attirer les investissements à tous prix, alors que la gestion des déchets dangereux et de l’eau, la déforestation, et les risques industriels ne sont pas encore contrôles par les autorités. »

En réalité, les Etats indiens essaient de promulguer des politiques attractives en créant plus de zones économiques spéciales et en offrant des incitations aux investisseurs dans des domaines potentiellement polluants tels que la petro chimie, les textiles, l’ingénierie. Le ministère du Commerce et de l’Industrie a même déclaré dans le rapport soumis à l’agence ILFS chargée de l’exécution du projet :

« Les autorisations devraient être examinées de façon expéditive alors que la conservation de l’environnement ne devrait en aucun cas empêcher les impératifs de développement. »

Le projet promettait de tripler la production industrielle et de quadrupler les exportations indiennes en cinq ans. Mais après ces revers avec le gouvernement japonais, New Delhi devra chercher d’autres investisseurs potentiels à Singapour, Taiwan, en Malaisie et en Corée du Sud.

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Photo : sur un chantier de Bombay en avril 2009 (Arko Datta/Reuters).

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  • Itaki
    Itaki
    OnTheAirTonignt
    • Posté à 21h54 le 18/06/2009
    • Internaute 63001
      OnTheAirTonignt

    Ouais mais les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) viennent de signer des accords pour remplacer le dollar par une unité d’échange : les chinois qui commencent à se désengager du dollar (baisse de 4 milliards des bons US détenus par les chinois. Les capitaux vont partir des US et aller sur des pays à fort potentiel de croissance même au risque de la cata écolo. Comme le prévoyait le LEAP, le gouffre s’ouvre devant le $ qui va y entrainer les US. Les tensions sociales et internationales vont monter...
    PS : je précise que cela n’est pas un souhait (la crise à venir, la vraie, me fait peur pour ma fille et ceux que j’aime) mais à mon humble avis, la probabilité d’occurence est forte et grandit de jour en jour.

  • barbouille
    barbouille
    surfeuse
    • Posté à 09h42 le 19/06/2009
    • Internaute 62861
      surfeuse

    merci pour les liens !

  • dmz
    dmz
    expat
    • Posté à 01h22 le 19/06/2009
    • Internaute 59103
      expat

    « le projet voudrait développer un corridor industriel sur près de 1 500 kilomètres entre New Delhi et Bombay, similaire à celui entre Tokyo et Osaka »

    Distance Tokyo-Osaka : 400km a vol d’oiseau, 515km par voie ferree. Le shinkansen (TGV japonais) fait le voyage en environ 2h30, et, sur la ligne, se trouvent egalement Yokohama, Nagoya et Kyoto.

    Je ne suis pas un specialiste de l’Inde, quelqu’un saurait-il commencer a m’expliquer la similiture ?

  • compte supprimé 23
    • Posté à 01h45 le 19/06/2009
    • Internaute 59139
      ...

    ... et tout le monde s’en fout eperdument ...

    Dégoûtée ...

  • Kereven
    • Posté à 11h19 le 19/06/2009
    • Internaute 29900

    Ce qui est bien, c’est que plus on découvre que le processus de pollution humaine est irréversible et surtout déjà grandement entamé, plus on fonce tête baissée dans de nouveaux projets, pour la simple rentabilité immédiate de quelques fonds spéculatifs. On va donc détruire la biodiversité sur une bande de 1500km, dans un pays où aucune norme environnemental ne protège quoi que ce soit à part les vaches. Et puis, les biotechnologies, l’agriculture industrielle, que de beaux projets écolos qui montrent que le gouvernement indien se préoccupe avant tout de l’intérêt général de son pays et de sa population. Vu la rapidité à laquelle le projet doit être mené, on imagine aisement qu’il respectera toutes les normes internationnales et ne sera pas voué, dans un proche avenir, à un formidable echec écologique, humain, et finalement financier (pour la génération suivante).