polemique 18/06/2009 à 19h36

Burqa : un vieux débat relancé, mais Sarkozy a changé de camp


On a appris ce mercredi soir que cinquante-huit députés de toutes tendances avaient signé un texte pour interdire le port de la burqa en France. Leur initiative date d'il y a dix jours, le 8 juin.

Ils réclament la création d'une commission d'enquête parlementaire pour, d'ici novembre, « définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ».

En ligne de mire : la prohibition de ce que Gérin décrit comme une « tenue vestimentaire dégradante ». Extrait de la proposition de résolution rédigée par le député PCF :

« Nous sommes aujourd'hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître que les yeux. »

Parmi la soixantaine de signataires, on compte trois communistes qui se sont rangés vers l'initiateur du texte, le député-maire de Vénissieux (Rhône), André Guérin. Mais aussi sept socialistes... et quarante-trois élus UMP.

Obama : « ne pas dire aux citoyens ce qu'ils peuvent porter »

Ce qui ressemble bien à une relance de « la guerre du voile » intervient quelques jours à peine après un revirement spectaculaire de Nicolas Sarkozy sur le dossier.

Durant la visite d'Obama en France, début juin, Nicolas Sarkozy a en effet salué le discours du président américain sur le libre port du voile, y compris en Occident. Lors de leur conférence de presse près des plages du débarquement, Obama glisse un tacle :

« J'estime que la liberté d'expression religieuse revêt une importance critique qui fait partie de notre traditionlibérale, en France aussi bien qu'aux États-Unis. (...) Nous, aux Etats-Unis, notre attitude est de ne pas dire aux citoyens ce qu'ils peuvent porter (...)

La façon la plus efficace d'intégrer toutes les personnes, toutes confessions confondues, ce n'est pas de les empêcher de porterleurs vêtements traditionnels ou autres. »

Dans la foulée, Sarkozy s'empresse de répliquer :

« En France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. »

Avant de citer deux « exceptions » : « le guichet des administrations » et le cas de jeunes filles forcées de porter le voile par leur famille ou leur entourage. Pas un mot sur l'école.

Autre son de cloche chez Sarkozy en 2004

Une tiédeur qui a de quoi surprendre. En France, Sarkozy est justement l'une des personnalités politiques à être montées au front contre le voile. En avril 2003, lui qui était alors ministre de l'Intérieur et donc ministre des cultes s'était invité au congrès de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France, réputée fondamentaliste).

Quinze ans après les premières premières revendications en milieu scolaire, Nicolas Sarkozy avait concocté pour l'occasion un discours musclé qui avait eu pour effet de relancer le débat sur le voile. Lequel avait débouché, onze mois de polémique plus tard, sur le vote de la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes religieux à l'école.

Dans ce discours volontiers provocateur prononcé devant l'UOIF, le locataire de la place Beauvau avait déclaré sous les sifflets qu'il n'était pas question que les femmes musulmanes revendiquent une loi différente afin de se faire photographier voilée sur une pièce d'identité. (Voir la vidéo)

Quinze ans et une élection présidentielle plus tard, le changement de ton de Nicolas Sarkozy au passage de Barack Obama est donc flagrant. Voilà qui contribue d'ailleurs à stimuler les parlementaires qui réclament une réponse vigoureuse à la burqa. Même si aucune statistique n'est là pour indiquer que le nombre de burqa a factuellement augmenté en France.

Rue89 a proposé à André Gérin d'expliciter ce qu'il présente comme un phénomène en inflation. Cet article sera mis à jour après la réponse du député.

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  • said sellali
    • Posté à 21h45 le 18/06/2009

    Notre pays ne se porte pas si mal que ça apparemment. En effet, pour que 60 députés lancent l'idée d'une commission d'enquête -du lourd en somme-sur un sujet aussi marginal et qui touche aussi peu de femmes que la Burka,il ne doit pas y » avoir de crise dans le pays..Non, nous ne traversons pas une crise économique et sociale majeure et jamais vue depuis 50 ans, j'ai dû rêver. Cela en serait comique si ce n'était pathétique.
    Pour dire le fond de ma pensée, je reste sans voix devant cette proposition de Gérin qui semble avoir trouvé un moyen de se faire mousser à bon compte. De même pour Amara, qui ferait bien plutôt de s'occuper de la non application de son plan banlieu et se poser la question de son utilité au gouvernement.
    En outre, vivement les études dépassionnées sur le port de la Burka en France pour que tout le monde constate que cela ne concerne que quelques dizaines de femmes dans le pays et que cela ne mérite pas tout ce pataquès médiatique.
    Moi-même je n'en ai connu qu'une qui portait la Burka dans ma vie, c'était une française convertie qui avant de rencontrer son barbu était la caricature de la fille facile. C'est ce qui me fait dire que bien plus q'une interdiction, les femmes portant ces tenues anté-islamiques archaiques et pachtouno-afghanes doivent être soutenues pyschologiquement car ce sont souvent des femmes en grande difficulté sur ce point.
    Je dis cela sans même parler de la conséquence de la possible interdiction de porter une tenue, aussi archaique soit-elle. En effet,en France, on a quand même le droit hors école pour les enfants et emplois administratifs de s'habiller comme on le souhaite dans la rue.
    Si on commence avec la Burka, où va t-on s'arrêter ? Va t-il falloir interdire dans un autre registre aux fillettes de 10-11 ans de s'habiller comme des lolitas ou des bimbos de 25 avec mini-jupes et soutien- gorges rembourrés ? Où mettra-on le curseur ? Ce sera un engrenage dangereux et inopportun à mes yeux.
    Enfin, malgré le risque d'être redondant, en période de crise, il me semble que nos députés ont d'autres sujets à examiner en priorité avant l'épiphénomène anecdotique Burka.

  • 101.7
    101.7 répond à said sellali
    Promeneur
    • Posté à 22h42 le 18/06/2009
    • Internaute
      Promeneur

    « En effet,en France, on a quand même le droit hors école pour les enfants et emplois administratifs de s'habiller comme on le souhaite dans la rue. »

    Je suppose que vous êtes un homme ?

    Je vous mets au défi de mettre ce genre de costume avec juste le petit grillage pour les yeux et de vous promener dans la rue, d'aller au cinéma, dans un jardin public.
    Vous nous direz après combien de temps aura duré cette expérience.
    Selon ce que vous dites, je cite « on a quand même le droit hors école pour les enfants et emplois administratifs de s'habiller comme on le souhaite dans la rue », vous en avez donc le droit.

    Si les hommes s'habillaient comme ça... que penseriez-vous ?

    « en période de crise, il me semble que nos députés ont d'autres sujets à examiner en priorité avant l'épiphénomène anecdotique Burka. »

    En période de crise tous les rétrogrades et obscurantistes profitent pour faire reculer toute liberté et surtout pour les femmes.
    Il y a donc urgence à rester éveillé, surtout en période de crise.

  • ThePhysicist
    • Posté à 23h11 le 18/06/2009

    De toutes façon selon les lois en vigueur en France aujourd'hui les femmes n'ont pas le droit de sortir en pantalon, sauf avis médical.

    La loi du 26 Brumaire an IX de la République dispose :

    « Toute femme désirant s'habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l'autorisation... ». « ...Cette autorisation ne peut être donnée qu'au vu d'un certificat d'un officier de santé... ».

    Jamais abrogée : D

    Note :
    Deux circulaires de 1892 et 1909 autorisent le port féminin du pantalon... si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou les rênes d'un cheval.

    Lien

  • Eu-re-ka
    Eu-re-ka
    amoureux des bons journalistes
    • Posté à 23h23 le 18/06/2009
    • Journaliste
      amoureux des bons journalistes

    Je pense pour ma part ceci :

    1) il est évidemment désolant et choquant de croiser des femmes en burqa, même si heureusement c'est encore très marginal il me semble ; idem pour le voile intégral ; idem pour le voile même ; idem pour les accoutrements ridicules des juifs extrémistes par exemple (regardez les enfants de hassidim, et dites-moi s'ils ne vous font pas de peine, dans leurs vêtements ghettoïsants) ; c'est valable pour tous, je ne fais pas de différence entre religions, tous les extrêmes sont regrettables.

    2) malgré tout, ces « propositions » pour lutter contre ce phénomène ne prendront pas j'espère la forme d'une interdiction dans l'espace public.

    Pourquoi ? Car je crois vraiment que ce serait desservir la laïcité en donnant des arguments à ceux qui veulent tant y accoler des adjectifs, comme le malhonnête « laïcité ouverte ».
    La laïcité doit mettre sur un pied d'égalité tous les croyants et non-croyants en rejetant toute croyance dans l'espace privé (en tout cas dans les choix propres à chacun).
    Honnêtement, sur quel argument interdire la burqa mais pas la bure d'un prêtre, la tenue d'une bonne soeur, les vêtements tout aussi ridicules et excluants des extrémistes juifs, etc. ?

    On peut être athée, voire athée militant, et laïc : ce qui est mon cas.
    Il faut cependant laisser la possibilité aux croyants d'être croyants et laïcs, sinon on confond laïcité et athéisme, et c'est la fin de laïcité, fragile équilibre pour lequel il faut se battre.

    Alors pour tous ces comportements extrêmes, c'est autrement qu'il faut faire, et bien sûr d'abord par l'éducation et l'intégration. Et par le respect de la magnifique loi sur les signes religieux à l'école et dans les administrations, bel exemple de juste milieu qui n'aura pas été facile à trouver, mais qui met pour le coup tout le monde sur le même plan.

  • said sellali
    said sellali répond à 101.7
    • Posté à 00h23 le 19/06/2009

    Bonsoir l'ami :
    Si c'étaient des hommes qui portaient la Burka, j'aurais la même attitude : à savoir considérer cette tenue archaique, anté-islamique et pachtouno-afghane mais je refuserais de leur interdire de porter cette accoutrement si c'est leur volonté.
    Par contre, si j'étais aux affaires, J'essayerais de connaitre les raisons qui poussent ces personnes à porter ces habits et je discuterais sereienement et tranquillement avec eux-elles- avec l'aide si nécessaire de psychologues et d'un Iman pour les faire changer d'avis. Je n'aurais en tout les cas pas chercher à me faire mousser comme Gérin en invoquant une commission d'enquête , procédure bien trop lourde pour les quelques dizaines-à tout casser- de femmes portant la Burka.
    En somme, dans un pays de liberté comme le notre, je donnerais la priorité au dialogue.
    Ensuite, où vivez-vous l'ami, car moi, des nanas en Burka, je n'en ai plus vu depuis 6 ans , ce qui prouve la marginalité extrême de cette pratique qui ne mérite pas une loi-générale et impersonnelle par définition, surtout en période crise économique, sujet bien plus important et concernant beaucoup beaucoup plus de personnes.
    D'ailleurs, fort heureusement, nos compatriotes féminines sont bien plus souvent habillées de façon à attirer notre regard sur leur agréable physique qui m'a incité-et vous aussi j'en suis sûr-à leur faire assidûment la cour.
    Enfin, sur le sujet de la Burka, je terminerais par un dicton : » ne faisons pas d'un oeuf, un boeuf. »
    P.S : question subsidiaire : que pensez-vous des fillettes habillées en bimbo ? faut-t-il interdire leur accoutrement-personnellement, je pense que c'est inopportun et que la pédagogie doit aussi être favorisé dans ce cas. Donnez-moi votre avis, ça m'intéresse.