Burqa : un vieux débat relancé, mais Sarkozy a changé de camp
On a appris ce mercredi soir que cinquante-huit députés de toutes tendances avaient signé un texte pour interdire le port de la burqa en France. Leur initiative date d'il y a dix jours, le 8 juin.
Ils réclament la création d'une commission d'enquête parlementaire pour, d'ici novembre, « définir des propositions afin de lutter contre ces méthodes qui constituent une atteinte aux libertés individuelles sur le territoire national ».
En ligne de mire : la prohibition de ce que Gérin décrit comme une « tenue vestimentaire dégradante ». Extrait de la proposition de résolution rédigée par le député PCF :
« Nous sommes aujourd'hui confrontés, dans les quartiers de nos villes, au port par certaines femmes musulmanes de la burqa, voilant et enfermant intégralement le corps et la tête dans de véritables prisons ambulantes ou du niqab qui ne laisse apparaître que les yeux. »
Parmi la soixantaine de signataires, on compte trois communistes qui se sont rangés vers l'initiateur du texte, le député-maire de Vénissieux (Rhône), André Guérin. Mais aussi sept socialistes... et quarante-trois élus UMP.
Obama : « ne pas dire aux citoyens ce qu'ils peuvent porter »
Ce qui ressemble bien à une relance de « la guerre du voile » intervient quelques jours à peine après un revirement spectaculaire de Nicolas Sarkozy sur le dossier.
Durant la visite d'Obama en France, début juin, Nicolas Sarkozy a en effet salué le discours du président américain sur le libre port du voile, y compris en Occident. Lors de leur conférence de presse près des plages du débarquement, Obama glisse un tacle :
« J'estime que la liberté d'expression religieuse revêt une importance critique qui fait partie de notre traditionlibérale, en France aussi bien qu'aux États-Unis. (...) Nous, aux Etats-Unis, notre attitude est de ne pas dire aux citoyens ce qu'ils peuvent porter (...)
La façon la plus efficace d'intégrer toutes les personnes, toutes confessions confondues, ce n'est pas de les empêcher de porterleurs vêtements traditionnels ou autres. »
Dans la foulée, Sarkozy s'empresse de répliquer :
« En France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. »
Avant de citer deux « exceptions » : « le guichet des administrations » et le cas de jeunes filles forcées de porter le voile par leur famille ou leur entourage. Pas un mot sur l'école.
Autre son de cloche chez Sarkozy en 2004
Une tiédeur qui a de quoi surprendre. En France, Sarkozy est justement l'une des personnalités politiques à être montées au front contre le voile. En avril 2003, lui qui était alors ministre de l'Intérieur et donc ministre des cultes s'était invité au congrès de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France, réputée fondamentaliste).
Quinze ans après les premières premières revendications en milieu scolaire, Nicolas Sarkozy avait concocté pour l'occasion un discours musclé qui avait eu pour effet de relancer le débat sur le voile. Lequel avait débouché, onze mois de polémique plus tard, sur le vote de la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes religieux à l'école.
Dans ce discours volontiers provocateur prononcé devant l'UOIF, le locataire de la place Beauvau avait déclaré sous les sifflets qu'il n'était pas question que les femmes musulmanes revendiquent une loi différente afin de se faire photographier voilée sur une pièce d'identité. (Voir la vidéo)
Quinze ans et une élection présidentielle plus tard, le changement de ton de Nicolas Sarkozy au passage de Barack Obama est donc flagrant. Voilà qui contribue d'ailleurs à stimuler les parlementaires qui réclament une réponse vigoureuse à la burqa. Même si aucune statistique n'est là pour indiquer que le nombre de burqa a factuellement augmenté en France.
Rue89 a proposé à André Gérin d'expliciter ce qu'il présente comme un phénomène en inflation. Cet article sera mis à jour après la réponse du député.
- Sur Rue89Une doctorante licenciée pour port du voile islamique
- Sur Rue89Alaa El Aswany : « Obama incarne tout ce qu'on n'a pas en Egypte »
- Sur assemblee-nationale.frEn savoir plus sur la loi du 15 mars 2004 sur le port du voile à l'école
- Sur rue89.comTous les articles de Rue89 sur l'UOIF
- Sur rue89.com"Une burqa ? Non, je ne sais pas où trouver ça"
- Sur rue89.comBarack Obama dit « Salam alikoum » au monde musulman
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Notre pays ne se porte pas si mal que ça apparemment. En effet, pour que 60 députés lancent l'idée d'une commission d'enquête -du lourd en somme-sur un sujet aussi marginal et qui touche aussi peu de femmes que la Burka,il ne doit pas y » avoir de crise dans le pays..Non, nous ne traversons pas une crise économique et sociale majeure et jamais vue depuis 50 ans, j'ai dû rêver. Cela en serait comique si ce n'était pathétique.
Pour dire le fond de ma pensée, je reste sans voix devant cette proposition de Gérin qui semble avoir trouvé un moyen de se faire mousser à bon compte. De même pour Amara, qui ferait bien plutôt de s'occuper de la non application de son plan banlieu et se poser la question de son utilité au gouvernement.
En outre, vivement les études dépassionnées sur le port de la Burka en France pour que tout le monde constate que cela ne concerne que quelques dizaines de femmes dans le pays et que cela ne mérite pas tout ce pataquès médiatique.
Moi-même je n'en ai connu qu'une qui portait la Burka dans ma vie, c'était une française convertie qui avant de rencontrer son barbu était la caricature de la fille facile. C'est ce qui me fait dire que bien plus q'une interdiction, les femmes portant ces tenues anté-islamiques archaiques et pachtouno-afghanes doivent être soutenues pyschologiquement car ce sont souvent des femmes en grande difficulté sur ce point.
Je dis cela sans même parler de la conséquence de la possible interdiction de porter une tenue, aussi archaique soit-elle. En effet,en France, on a quand même le droit hors école pour les enfants et emplois administratifs de s'habiller comme on le souhaite dans la rue.
Si on commence avec la Burka, où va t-on s'arrêter ? Va t-il falloir interdire dans un autre registre aux fillettes de 10-11 ans de s'habiller comme des lolitas ou des bimbos de 25 avec mini-jupes et soutien- gorges rembourrés ? Où mettra-on le curseur ? Ce sera un engrenage dangereux et inopportun à mes yeux.
Enfin, malgré le risque d'être redondant, en période de crise, il me semble que nos députés ont d'autres sujets à examiner en priorité avant l'épiphénomène anecdotique Burka.




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