Pour savoir combien ils produisent de gaz à effet de serre, une journaliste et deux riverains ont fait leur bilan carbone. A vous !

Le verdict est tombé : l'équivalent de 26 279 km parcourus par une voiture de faible puissance. Ou encore 1,445 kilogrammes équivalent carbone. Voilà la quantité annuelle totale de gaz à effets de serre que j'émets (ou plutôt que ma vie génère), selon le site bilancarbonepersonnel.org. Avec une incertitude de 37% !
A l'heure où l'on reparle d'une taxe carbone à l'horizon 2011, Rue89 a testé (et fait tester) le bilan carbone personnel conçu par Jean-Marc Jancovici, promoteur de cette fiscalité écologique et inventeur du bilan carbone pour les entreprises. Une méthode de calcul qu'il a ensuite transposée aux particuliers.
Elle a la particularité de prendre en compte l'ensemble des gaz à effet de serre et pas seulement le CO2. Par convention et pour simplifier, l'unité utilisée ici est le kilo équivalent Carbone (ou kgeqC), qui représente le pouvoir de réchauffement, mesuré sur cent ans.
Attention, effort nécessaire
Bilancarbonepersonnel.org est né il y a deux ans et point de vue design, il faut avouer que l'on se sent un peu en Allemagne de l'Est : couleurs tristounettes, navigation tout sauf intuitive, technicité simplifiée mais encore lourde… bref, il faut être un peu motivé.
Jean-Marc Jancovici s'en explique :
« Le site n'est pas très convivial car il n'est pas destiné aux gens qui découvrent complètement le sujet. Et puis, on manque de temps et d'argent pour l'améliorer. »
Contrairement aux calculateurs simples qui se limitent à prendre en compte les émissions générées par le chauffage et les déplacements, celui-ci a l'avantage d'intégrer les achats et la nourriture (rappelons au passage que l'agriculture compte pour le tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre).
Jean-Marc Jancovici conseille aux pratiquants de « passer un temps minimum à aller chercher des infos », ses factures et sa consommation réelle, afin de diminuer le pourcentage d'incertitude. Il reconnait plusieurs lacunes majeures à son outil : la consommation individuelle de services publics n'est pas prise en compte en l'état actuel ; les importations et la restauration hors domicile, que partiellement.
Une moyenne ne veut rien dire
Lorsque je me félicitais auprès de Jean-Marc Jancovici de mon résultat (1445 kgeqC) bien en dessous de la moyenne nationale (2800 kgeqC), il m'a douchée. Se comparer ce chiffre n'est pas pertinent :
« La moyenne nationale est calculée avec services publics et importations. Certaines catégories de population plombent la moyenne nationale, comme ces retraités qui occupent à deux un pavillon construit il y a trente ans pour toute une famille et très consommateurs d'énergie. »
Il faut aussi reconnaître un autre biais : ceux qui se soumettent à ce test ne sont pas représentatifs de la population, d'ailleurs nos deux testeurs, Caro, riveraine, et Lionel, militant écolo, en sont les preuves vivantes.
L'intérêt, pour l'auteur du bilan, est de « le faire suffisamment souvent pour constater le résultat d'une action entreprise ». D'ailleurs, en se connectant sur le site, on peut sauvegarder toutes ses données et les résultats complets pour la prochaine fois.
Sophie Verney : un cas grave mais pas desespéré
Mon bilan carbone, représenté dans le graphique ici me donne un total 1445 kgeqC. L'équivalent des gaz à effet de serre émis par une voiture de faible puissance sur 26 279 kilomètres. Ce qui semble encourageant a priori, mais désespérant si je regarde la barre rouge posée sur l'histogramme : il ne faudrait pas que je la dépasse pour que mon mode de vie soit qualifié de « soutenable ».
Mais alors qu'ai-je fait de mal ? Partager mon foyer, ne pas avoir pris l'avion au cours de la dernière année, ne pas manger de fruits exotiques, je pensais que cela suffirait. Et non. Voici pourquoi :
- volet logement : un immeuble ancien et chauffé collectivement, voire surchauffé.
- volet transports : là, comme Parisienne me déplaçant essentiellement en transports en commun, sauf pour les vacances, mon résultat est excellent. Contrairement à ce que l'on peut ressentir, en vivant en ville, on a un mode de vie durable sur ce plan-là.
- volet alimentation : c'est la grande surprise et la grande leçon, si j'évite sciemment les fruits et légumes hors saison, je mange trop de viande et de poisson. A eux tout seuls, leur total me fait dépasser la barre du « durable ». Je constate aussi que je bois trop d'alcool même si je ne bois que de l'eau du robinet, malheureusement, le site ne m'explique pas pourquoi boire trop d'alcool, en plus de tous les effets que l'on sait, émet des gaz à effet de serre.
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volet consommation : bon, ce n'est pas le budget vêtements qui fait peur, ni les animaux domestiques (et pour cause, je suis allergique) mais plutôt les dépenses de vie quotidienne, entre la mutuelle (pourquoi est-elle prise en compte ? ), les petits consommables et le téléphone mobile.
Caro : plombée par son appartement et l'avion
Caro, commentatrice assidue de Rue89, s'est immédiatement prêtée au jeu. Retraitée installée dans le centre ville de Grenoble, elle arrive à 1491 kgeqC, répartis dans le graphique ci-joint.
Elle rencontre un peu le même problème que moi : son bilan carbone est plombé par un immeuble ancien énergivore. A quoi il faut ajouter un enménagement récent, des travaux et achats de meubles. Elle estime que pour faire une moyenne honnête,
« il faudrait être installé quelque part depuis au moins cinq ans, notamment en ce qui concerne l'appartement ».
Les seuls autres nuages dans un bilan globalement bon (notamment au plan alimentaire sur lesquels il est facile d'agir) sont deux voyages en avion presque aussi émetteurs de gaz à effet de serre que l'usage annuel de la voiture. Caro confesse aussi avoir été surprise par le poids des consommables informatiques et autres. « On ne se rend pas compte à quel point ça va vite et accentue les émissions. »
Lionel, le vélo ça paie, le bio moins
Pour vérifier si le test avait une valeur scientifique, nous l'avons aussi soumis à Lionel, militant écologiste, dont le bilan complet est visible ici. Quelle fierté quand il a vu s'afficher les résultats : 856 kilogrammes équivalent carbone.
Il décrypte pourquoi :
« Certes, dans mon cas, il est facile de ne pas être un gros émetteur de CO2. Je vis à Paris. Je travaille à dix minutes de mon travail à vélo. Je suis trop fauché pour habiter un appartement digne de ce nom, m'acheter des habits ou faire mes courses au Monop » du coin. »
Il reste assez étonné que son poste le plus élevé soit celui de la nourriture, alors qu'il est abonné à un panier bio, pas une AMAP mais des légumes venant de toute l'Europe, sans doute en camion. « Je préfère ne pas trop y penser. Mea culpa. »
Fervent partisan des villes sans voitures, Lionel aimerait que le site soit plus ludique, « plus Cosmo que TP de sciences physiques » et aussi qu'il comporte « une petite liste de recommandations pour accompagner les petits graphiques ».
Si l'on a trop mauvaise conscience, on peut toujours pratiquer la »compensation carbone » sur des sites comme Actioncarbone.org. C'est très à la mode. Mais ne vaut-il mieux pas prévenir que guérir ?
Photo : à la techno parade à Paris en 2007 (Fral-torqui/Flickr).


























8
De caro
délinquante avérée | 00H38 | 18/06/2009 |
j'ai trouvé le test intéressant et vous recommande de l'effectuer. Auparavant, il faut se munir de toutes ses factures de l'année. Comme le dit Sophie Verney-Caillat, il concerne aussi des domaines que l'on ne s'attendrait pas à trouver dans ce genre de bilan, comme la nourriture, les vêtements, les travaux, l'utilisation de l'informatique, du téléphone etc. et pourtant … ils participent bien à nos émissions de carbone.
Je vais le refaire l'année prochaine, pour voir si les travaux effectués lors de l'aménagement dans un nouvel appartement ont porté leurs fruits. Si non, gare aux publicités mensongères du plombier-chauffagiste ; -))
Bon, OK, un autre voyage en avion prévu qui ne sera pas compensé par l'utilisation de mes pieds ou des transports en commun en ville, mais en grappillant sur d'autres postes …
De Pseudo
Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 08H37 | 18/06/2009 |
Bon, je dépasse allégrement. Déjà, pour le logement 130 m2 à 2, même au gaz, c'est sans doute trop. Même chauffé au gaz. Heureusement, on a prévu des travaux pour arranger tout ça. : p
Mais pour l'alimentation, il y a quand même un problème : on nous demande qu'elle quantité on consomme par semaine, sans qu'il y ait de distinction sur ce que l'on consomme (à part les légumes exotiques). Et moi en ce moment, je mange des fraises, des cerises, des groseilles, des framboises, des cassis du jardin, tout ça bio, élevés par mes petites mains.
Il y a quand même une différence entre acheter des légumes ou de la volaille qui ont fait 600 km en camion, les acheter sur un marché chez le producteur du coin ou manger ceux de son jardin. Non ?
De watashi_baka
... | 09H14 | 18/06/2009 |
Je sais pas comment vous faites pour être aussi bas !
Je chauffe peu mon appartement, je prend bien soin de couper l'électricité des que je suis absent plus de 3 jours
Je mange peu de viande, souvent Bio (bon OK) Bio du supermarché.
Et pourtant j'affiche (Bilan a l'arrache) fierement 4000 Kg de CO2
Bon OK j'ai une voiture
Bon OK je prend trop souvent l'avion,
C'est pas ma faute il y a pas de ligne de train entre l'Europe et l'amérique ; ) Et pour l'Europe c'est vrai que 6h de trains c'est plus cher qu'une heure d'avion sur certaines lignes dans ces conditions j'ai tendance à prendre aussi l'avion (Et puis entre les compensation pour overbooking et les avantages des cartes frequent flyers on se retrouve vite avec des billets gratuits donc…)
De lee faust
futur éleveur de champions | 10H08 | 18/06/2009 |
oh p*tain j'suis vert, je plafonne à 969 (17 613 Km), alors que je n'ai pas de voiture, ne prends jamais l'avion, ne mange pas de viande et achète mes fringues chez Emmaüs… : /
tout ça parce que travaillant à domicile j'ai du investir cette année dans un nouvel ordinateur, je paie une mutuelle et une assurance de malade et que je picole devant mon écran (rassurez vous, pas maintenant, pas tout le temps…) et que j'habite en centre ville dans un vieil appartement au loyer plus que modéré… du coup je dépasse allègrement la « barre rouge »… alors que je fais tout (du moins je le croyais jusqu'à présent ! ) pour être le moins polluant/polluer possible… il ne me reste que le suicide, et pas par gaz, ça pollue encore trop…
De pinokio
Etudiant.Enchainé | 10H34 | 18/06/2009 |
Ya d'autre test tres bien comme ceux de la wwf, le mieu étant celui de la suisse qui est tres complet et calcule votre emission en planete
http://www.footprint.ch/
c'est l'empreinte écolo mais c'est a peu pres la meme chose
Et ces deux autres test qui esplique vrmt comment changer les choses
http://www.wwf.ch/fr/cequevouspouvezfaire/gestes_ecologiques/footprint/
De solstice
pigiste | 10H46 | 18/06/2009 |
490 : je pourrais encore faire un effort en consommation, mon point noir (276). Comme je suis loin de tout et que je limite mes déplacements, je craque sur le matos hi-tech qui me plombe la ligne…
Pour le reste, chauffage bois, potager et nourriture peu carnée et de saison, j'arrive à bien contenir mon bilan carbone. Je suis une décroissante « moyenne », il y a des choses dont je n'arrive pas à me passer !
Je note que, dans mon environnement immédiat (mon bureau), j'ai à portée de main un téléphone + 1 mobile, un ordinateur fixe et un portable (fermé, je vous rassure), une imprimante et un scanner (éteints), deux appareils photos, une calculatrice, deux verres et une tasse à café (vides)… Mouais, pour une « décroissante », je suis vraiment excessive côté hi-tech.
De Eu-re-ka
amoureux des bons journalistes | 10H57 | 18/06/2009 |
Quelque chose me gêne, avec toutes ces histoires de bilans carbone personnalisés, mais je ne sais pas très bien exprimer quoi.
Peut-être l'impression d'une trop grande individualisation des problèmes, là où seul le collectif permettrait de les traiter correctement.
Le sentiment que quels que puissent être les efforts de tel ou tel, ce ne seront jamais que des gouttes d'eau par rapport :
- au système dans sa globalité (la consommation, la mondialisation, le capitalisme finalement… quoique je ne suis pas certain que le communisme soit très écologique non plus)
- au gros des gens, indifférents, ou pas prêts à modifier leur vie pour améliorer leur bilan carbone
- aux pays qui ne sont pas encore à ce stade de post-modernisme post-idéologies post-tout
J'ai comme l'impression qu'on nous occupe avec ces sujets individuels, alors que la moindre loi qui permettrait au hasard de réduire les emballages des produits de masse aurait 1 million de fois plus d'impact.
Ca me fait penser au développement durable, à la bonne conscience des grandes sociétés qui commencent à surfer sur cette vague (d'ailleurs c'est souvent le service marketing qui s'en occupe, càd la com'), avec des aberrations flagrantes.
J'ai l'impression que l'écologie individuelle, le développement durable, tout ça, sont quelque part des hochets pour des gens un peu trop dépolitisés. Ca m'évoque ce qu'est la social-démocratie au socialisme quoi…
Mais bien sûr je peux me tromper.
De LaptiteBlan
dilettante | 14H31 | 18/06/2009 |
Y'en a un qui pollue beaucoup en ce moment… Et qui voudrait nous faire croire que l'écologie ça l'intéresse !
