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Un véto rural aux médecins : « Ne vous plaignez pas ! »

Un veau et une vache en Toscane (Monica Arellano-Ongpin/Flickr).

Ce vétérinaire de campagne a vivement réagi au témoignage de Guillemette Reveyron, médecin généraliste qui a décidé de déménager pour fuir les gardes forcées. Il estime que les gardes, inscrites dans le code de déontologie des vétérinaires font partie de ces obligations désagréables qui incombent à toute profession.

Dans l'ouest du département voisin de celui de Guillemette, la Saône-et-Loire, j'exerce le métier de vétérinaire rural (le « rural » a aussi son importance).
Moi non plus je ne suis plus tout jeune (56 ans) mais j'ai choisi ce métier en classe de sixième, par totale vocation.

Passons sur les difficultés à réussir le concours d'entrée aux Ecoles nationales vétérinaires (à l'époque, 325 places offertes pour 2000 prétendants au concours, France entière). Je pense avoir un niveau d'éducation et de formation au moins équivalent au généraliste moyen. D'ailleurs, nombre de mes camarades de classe préparatoire ayant échoué au concours se sont reclassés comme… médecins !

150 nuits par an et par tête de pipe

J'exerce de la façon suivante : en association de six vétérinaires plus deux collaborateurs libéraux en pleine saison, sur deux sites éloignés de 15 kilomètres environ. Ce qui nous permet d'organiser nuits de gardes, dimanches, fériés travaillés et congés (quand même) de façon rationnelle.

Mais, même de cette fraçon, il nous faut assurer de deux à quatre nuits de garde par semaine selon la saison, soit 150 nuits par an et par tête de pipe, et entre un week-end sur deux et un sur trois. Assez loin des « une nuit sur huit » dont parle Guillemette Reveyron.

Et je peux vous garantir que le travail est loin d'être une sinécure. Principalement de l'obstétrique, se soldant quasi systématiquement par une césarienne sur une patiente de 700 à 800 kilos, de laquelle il faut extraire un veau de 50 à parfois 80 kilos…

« Continuité des soins aux animaux qui lui sont confiés »

Ne pensez pas que je cherche à me faire plaindre ou à susciter quelque compassion ; j'explique, c'est tout.
Chez nous, la réalisation des gardes de nuit et jours fériés ne souffre même pas la question : elle est inscrite dans nos gènes, ou plus précisément dans le code de déontologie de l'Ordre des vétérinaires :

« Le vétérinaire assure lui-même ou par l'intermédiaire d'un de ses confrères la continuité des soins aux animaux qui lui sont confiés. »

A ce propos, je signale que, de plus en plus, lorsque je reçois un animal de compagnie à des heures « indues », le propriétaire très souvent commence par me remercier d'avoir bien voulu lui ouvrir la porte de mon cabinet, ce qui n'était quasiment pas le cas quelques années auparavant.

« Une sorte de dinosaure »

Au début, j'avoue, avec un soupçon de vanité, avoir été flatté d'une telle entrée en matière. Maintenant, j'y vois surtout la carence totale des services à la personne dans notre société, et ça ne m'amuse plus du tout.

J'ai vraiment la sensation d'être une sorte de dinosaure pour travailler encore de cette façon. Point n'est besoin de titiller le client pour qu'il fasse état de tel ou tel cas dans sa famille ou ses amis de personnes en détresse ayant dû attendre des secours de une à plusieurs heures à défaut de pouvoir se rendre au centre hospitalier le plus proche, aucun médecin local n'étant évidemment joignable.

Pour les urgences, faites le 15

C'est bien là où le bât blesse : dans mon secteur, il reste quatre médecins libéraux installés, trois sont plus âgés que moi. J'ai le douteux privilège de vivre dans une de ces célèbres zones en voie de désertification médicale. Pas assez de médecins, trop vieux : faites le 15 ! Et là, bonjour le parcours du combattant. Vous êtes dirigé vers un « médecin régulateur » assis derrière son pupitre à Mâcon (70 km) dont vous avez la désagréable sensation que son rôle est de vous botter en touche jusqu'au lendemain ou au lundi suivant. D'où certains couacs mortels de temps à autre

En trente ans de pratique, j'en ai vu défiler quelques-uns de ces jeunes toubibs, tout feu tout flamme, prêts à vous expliquer comment il fallait travailler au service de la société. Ils se sont tous barrés comme des rats, qui dans un service de médecine légale, qui dans un centre de gériatrie pépère, etc…

« Moi, j'assume de A à Z, du bobo à l'urgence chirurgicale »

La préfecture a fait le choix de déléguer les urgences au « 15 » : très bien : c'est là que se retrouvent tous les inquiets du samedi soir, les bobos de l'âme et les vieux ou les clodos dont personne ne sait que faire. Et cela au détriment des vraies urgences vitales.

Amis médecins qui me lisez : ne vous plaignez pas. Si un cas vous dépasse ou vous inquiète vraiment, vous avez l'hôpital à disposition alors que moi, j'assume de A à Z du bobo jusqu'à l'urgence chirurgicale (et sans personnel la plupart du temps).

Vous m'en voudrez sûrement, mais j'estime être un des rares à pouvoir vous faire ce genre de remarques.

Quand au chapitre rémunération, j'aurai de quoi remplir une nouvelle page, avec quelques mises au point…

Photo : un veau et une vache en Toscane (Monica Arellano-Ongpin/Flickr).

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de julian ross

De julian ross

Globe-trotteur | 11H44 | 17/06/2009 | Permalien

Bien que je suis d'accord a 100% avec les dires du vétérinaire si dessus (Je connais un ex-vétérinaire à la campagne et c'était exactement les même choses) et que je trouve que l'article est un bon témoignage, je ne peux pas être d'accord avec son but qui est de dire « chez moi c'est pire, alors faut pas se plaindre chez vous ».

C'est comme si moi, travailleurs français je ne devait pas me plaindre de mes conditions parce que en Chine ou même (en exagérant), dans l'entreprise en face de moi, les conditions sont pires … cela n'a aucun sens en soit si ce n'est attiser la discorde entre deux professions qui cohabitent (d'autant plus en milieux rural) …

Portrait de kilimandja

De kilimandja

working girl | 12H18 | 17/06/2009 | Permalien

Je crois que ce que le vétérinaire veut dire, c'est qu'être soignant à la campagne, avec les humains comme avec les animaux, c'est un sacerdoce. Pour un vétérinaire, travailler dans le monde rural implique souvent une sujétion aux rythmes de la nature, à ses saisons, qui ne permet pas de répartir les heures de travail de manière équilibrée. On peut le comparer à un éleveur par exemple : les bêtes ne vont pas arrêter de donner du lait ou de vêler le dimanche. En cas de besoin, c'est 24h/24 et 7 jours sur 7.

Ce vétérinaire a peut-être trouvé que le témoignage de la doctoresse était déplacé. Quand on s'installe en campagne, on sait que les horaires seront rock'n'roll. Dans ce cadre, travailler en milieu rural c'est un emploi qui permet de gagner sa vie mais aussi et surtout se rendre utile à la communauté là où elle en a le plus besoin. Ne pas abandonner ses patients isolés, même si le rythme est difficile à tenir, c'est pour certains un devoir, une exigence morale.

Je le rejoindrais sur un point : on peut tout à fait comprendre que la quantité de travail à fournir, le nombre important de gardes amènent quelqu'un à quitter la campagne, mais le témoignage de la doctoresse parlait en fait surtout d'argent. Il m'a plus laissé l'impression de dire « je suis trop mal payée pour faire tout ça donc j'arrête ». C'est humain, mais il n'est alors pas justifié de jouer sur les bons sentiments et la compassion des gens dans ce cas.

De plus, il va bien falloir que les médecins sortent un jour de leurs contradictions : il est vrai que c'est loin d'être évident de tenir les rythmes de la médecine rurale toute une vie, mais ils rejettent l'idée de demander à certains « jeunes » de faire quelques années en campagne au début de leur vie professionnelle. Ils se plaignent du manque de médecins, mais qui a demandé le numérus clausus à l'origine ? On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

Portrait de jvial91

De jvial91

Ex rural | 13H47 | 17/06/2009 | Permalien

Quelle place doit avoir le médecin dans systèmes médical français ?
Les urgences doivent elles assumer la totalité des gardes de nuit ?
Le médecin généraliste doit il être un répartiteur des malades vers des spécialistes ?
Le médecin généraliste doit il avoir une vocation sociale ?
Il me semble que la réponse à ces questions doit permettre de redéfinir le rôle du médecin et donc les avantages et les contraintes liés à sa fonction.
Malheureusement, la composition de l'assemblée nationale ne permet pas de mettre en évidence l'intérêt général. Il me semble qu'un fossé se creuse entre les attentes des malades et les aspirations des médecins. Cela ne pourra pas durer éternellement…

Portrait de jeebee

De jeebee

medecin | 14H24 | 17/06/2009 | Permalien

Ah les vétos !

Sans vouloir vous offensez, cher Monsieur, mais votre « parallèle » avec la médecine humaine me semble un peu tendancieux…

Certes des études longues et difficiles. Je vous rappelle qu'un médecin généraliste est actuellement diplômé bac+8, un spécialiste minimum bac+10 (le plus souvent +11). Ajoutez à cela un post internat obligatoire pour de nombreuses spécialités, des diplômes complémentaires (Master, thèses de science) plus ou moins obligatoires, et on est assez rapidement à bac +12,13… ceci pour en terminer avec la durée des études.

Mais pour rappeler des évidences : le médecins soignent une espèce animale ,reconnaissez le, un petit peu différente (j'oserais plus « importante » ? ).
C'est marrant mais après avoir fait vêler un ruminant, j'aurais le sentiment d'être plus serein qu'après une césarienne difficile chez une jeune humaine…mais c'est surement très personnel.

Portrait de guillemette reveyron

De guillemette reveyron

medecin en exode | 15H45 | 17/06/2009 | Permalien

En tant que médecin, si vous étiez mon patient,je vous engagerais à suivre les recommandation de la CEE en matière de durée du temps de travail : 48 heures par semaine. C'est un repère consensuel et sans doute réfléchi qui peut aussi servir aux juges en cas de procédure pour mise en danger de la vie d'autrui par exemple.

Le jour où, en vous endormant au volant vous risquerez l'accident grave pour vous ou les pauvres malheureux en face, on dira que vous en faisiez trop et que ça devait arriver.

Il ne faut pas confondre l'exploit de certains qui peuvent veiller plusieurs nuits par semaine et la résistance du commun des mortels à l'insomnie.

Pourquoi mettez-vous systématiquement en cause les médecins,
Se perdre dans le travail n'est pas,loin s'en faut, synonyme de bonne santé.Respecter des équilibres dans sa vie pour continuer à exercer dans la durée tout en ayant une vie familiale accomplie n'est pas synonyme de trahison au serment d'Hippocrate.

C'est avec ce genre de discours prônant l'abnégation jusqu'à l'épuisement que l'on fait fuir les futurs docteurs qui ont bien raison de trouver le salariat plus confortable.Et c'est avec ce genre de propos que notre président se sent en droit d'exiger sur tout le territoire et à toute heure du jour et de la nuit,des médecins au garde à vous. La profession médicale se meurt de cette image d'Épinal.

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