Dans « Sauvons les OGM », le journaliste Jean-Claude Jaillette accusait les anti-OGM de n'être « pas accessibles à des arguments rationnels ». Les riverains de Rue89 ont vivement réagi à ce propos délibérément provocateur. L'un deux, Trond, doctorant en économie à l'UCL (Louvain-la-Neuve, Belgique) démonte point par point l'argumentation économique de l'auteur.
Augmenter la production alimentaire peut augmenter la faim
Selon le livre, il est irresponsable de s'opposer aux OGM, car il s'agit d'une avancée technique susceptible d'augmenter la production et ainsi réduire la faim dans le monde.
Pourtant, le lien entre production et malnutrition est loin d'être automatique. Il est possible que l'augmentation de la production réduise l'accès à l'alimentation pour certaines personnes.
En effet, une hausse de la production diminue a priori les prix de l'alimentation. Cela est favorable à tous ceux qui doivent acheter de la nourriture. Parmi ces personnes, il y a naturellement aussi les agriculteurs. Cet effet est positif pour leur pouvoir d'achat.
Toutefois, dans le même temps, la diminution des prix a un impact négatif sur le revenu des cultivateurs, vu qu'ils sont aussi vendeurs. Cette fois-ci, l'impact sur leur pouvoir d'achat est négatif.
Finalement, si le revenu se réduit trop, les agriculteurs peuvent avoir plus de mal à se nourrir. L'impact négatif peut par ailleurs être renforcé quand produire plus est plus coûteux.
Ce raisonnement ne serait-il qu'un raisonnement abstrait ? Malheureusement non. Sur les 975 millions d'humains touchés par la faim, 50% sont des agriculteurs propriétaires de petites parcelles de terre.
Des choix collectivement non-souhaitables
L'auteur pense que l'adoption des OGM par les agriculteurs prouve forcément que ceux-ci ont intérêt au développement des OGM. C'est de nouveau loin d'être évident. Nous venons de voir qu'une augmentation générale de la production pouvait entraîner des conséquences néfastes pour les fermiers.
Qu'en est-il au niveau des intérêts individuels ? La variation de la production d'un seul fermier possède un impact négligeable sur les prix. Ainsi, en cas de nouvelle technologie et quoi que fassent les autres, un agriculteur soucieux de la prospérité de son exploitation a intérêt à augmenter sa production pour accroître son revenu.
Comme tous les cultivateurs effectuent le même raisonnement, ils augmentent tous leur production individuelle.
C'est un nouvel exemple du très classique dilemme du prisonnier. Individuellement, les cultivateurs sont poussés à poser des choix qui collectivement ne sont pas optimaux.
Les droits de propriété intellectuelle…
Enfin, le livre n'accorde que peu de place à la question des droits de propriétés intellectuelles. Pourtant, il s'agit d'un point central dans la problématique des OGM.
Des droits existent déjà concernant les semences classiques. La définition de ces droits n'est ni naturelle ni indiscutable. L'association Kokopelli, par exemple, milite pour une modification de ces droits.
D'un point de vue de la société, il s'agit de trouver un compromis entre différentes considérations telles que l'incitation à la recherche, l'intérêt des agriculteurs ou encore la protection de la biodiversité.
La législation protégeant les OGM se différencie principalement sur deux points par rapport à celle liées aux semences classiques.
- Pour créer une nouvelle variété de semence à partir d'une semence OGM existante, il faut l'accord du créateur de la première semence. Accord qui s'accompagnera sans doute d'un paiement. Cela diminue la possibilité de concurrence et favorise la concentration des firmes productrices de semences.
- Avec les semences classiques, un agriculteur ou un chercheur peut planter librement des semences provenant de sa propre culture. Avec les semences OGM, ce n'est plus le cas.
… défavorables pour les agriculteurs et la recherche
En ce qui concerne les agriculteurs, la concentration des semenciers et l'interdiction de replanter les semences librement diminuent leur capacité à négocier, vu qu'ils possèdent moins d'options. Les prix leur seront dès lors moins favorables, leur revenus plus faibles et in fine, les cultivateurs seront plus à la merci de la faim.
Affaiblir les droits de propriétés sur les OGM devrait favoriser la recherche publique par rapport à celle menée par les firmes. Dans le cas d'un sujet si sensible, cela ne serait-il pas souhaitable ?
Mais ne nous limitons pas à la technique
Les raisonnements économiques proposés ci-dessus ne prouvent pas qu'il faille rejeter les OGM. Ils montrent que pour lutter contre la faim, augmenter simplement la production peut être contre-productif. Il y a peut-être des choses plus importantes à faire que prendre la défense des OGM si l'on est préoccupé par la faim dans le monde.
Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, l'a très bien compris. Lorsque l'on observe ses axes de travail, peu de place est donnée à la technique pure ; en revanche, les règles du commerce international et les droits de propriétés intellectuelles font partie de ses préoccupations.




















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De Anonyme ou presque
11H33 | 17/06/2009 |
Deja dit autre part mais bon (je sens le nazage approcher) : dire « je suis contre les OGM » c'est un peu comme de dire « je suis contre le CO2 ». Ça n'a aucun sens. Être contre l'augmentation du CO2 due a a la pollution humaine soit, on peut argumenter, être contre les OGM a but uniquement lucratif soit, on peut argumenter, mais effectivement, tant que les anti-OGM seront « contre les OGM », ils ne seront pas accessibles a des arguments rationnels.
Et pas de méprise je suis contre les OGM a buts purement lucratifs, mais il est effectivement irrationnel de jeter le bébé avec l'eau du bain, le canard et la baignoire.
De Trond (auteur)
Chercheur | 13H17 | 17/06/2009 |
Premièrement, je ne pense pas m'adresser aux paysans. Mon propos viserait plutôt un occidental altruiste qui désire sincèrement réduire la faim dans le monde. Les questions qui se posent à cette personne sont 1) dois-je encourager la recherche sur les OGM ? 2) dois-je accepter les OGM dans ma nourriture ? Cette deuxième question est évidemment liée à des questions de santé publique mais peut aussi être considéré selon l'impact que cela aura sur la population touchée par la malnutrition.
Mon propos pourrait être reformulé comme : il existe des effets économiques susceptibles d'aggraver la famine malgré l'éventuel progrès technique.
Dès lors, il est loin d'être évident que les OGM sont nécessaires pour combattre la famine. Il pourrait même l'aggraver.
Jean-Claude Jaillette affirme que les OGM sont nécessaires ou sont un outil pour combattre la malnutrition ; s'il désire se placer dans un cadre de discussion raisonné il doit argumenter ce point de vue qui contrairement aux apparences ne va pas de soi.
Effectivement, mon propos concerne l'effet négatif sur les agriculteurs. Augmenter la production devrait effectivement être positif pour les non-cultivateurs (même si les imperfections du marché pourraient réduire cet effet).
On peut choisir de favoriser certains au détriment des autres. C'est un choix de valeur qui ne se discute pas avec des arguments. Néanmoins, il doit être explicite et l'on doit reconnaître qu'un autre choix est possible. D'un point de vue personnel, je serais plutôt en faveur d'une approche du type maxi-min.
Pour le dilemme du prisonnier, je ne comprends pas très bien votre point. En tout cas, vos affirmations 1) et 2) sont fausses. Il est possible qu'une augmentation de la production soit négative pour tous les agriculteurs.
De expat
13H45 | 17/06/2009 |
Le probleme principal des ogm est qu'on ne fait pas les OGm qu'on veut, mais ceux qu'on peut.
Ensuite, la raison d'etre des OGM actuellement est commerciale (et de donner un avantage commercial a certaine firme). On peut rapidement conclure qu'une reflexion approfondie sur les benefices de tel ogm par raport aux varietes non ogm sera profondement influence par l'aspect commercial.
L'article ne parle pas du principal probleme pose par les ogm actuels, qui est souvent une demande accrure en eau qui peut poser de graves problemes aux agriculteurs et qui est une des raisons des echecs du coton ogm en Inde, un probleme general de l'augmentation du rendement des cultures.
Un autre probleme est que la culture OGM ne devrait avoir lieu qu'en presence d'un probleme precis que l'ogm resoud et la culture de l'ogm devrait etre alternee dans le temps pour eviter les problemes de resistances aux pesticides (des mauvaises herbes et des insectes).
Finalement les OGM commerciaux sont souvent le minimum fait pour le maximum de rendement au niveau prix, simplifie ils ne prennent en compte que les interets commerciaux a court terme et aucun autre interet a long terme.
Par exemple dans les ogm exprimant des toxines de bacilus thurigensis pourquoi les exprimer dans les parties commestibles de la plante ? Je me souviens d'avoir lu dans Sciencees et avenir un article sur une plante ogm qui n'exprimait l'insecticide que dans les feuilles et seulement en cas de piqure, ce qui me semble une approche bien plus rationelle.