decryptage 17/06/2009 à 20h48

La bataille de la quatrième licence 3G ne fait que débuter

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Le futur allocataire de la quatrième licence 3G, « l'Arlésienne des télécoms », devra débourser 34 millions d'euros de plus qu'annoncé en février, avec un ticket à 240 millions, a annoncé Bercy mardi. Effet du lobbying des trois opérateurs actuels de téléphone mobile ? Très certainement. La bataille va aller crescendo jusqu'en juin 2010.

En début d'année, comme le rappellent Les Echos, le secrétaire d'Etat à l'Industrie et à la Consommation, Luc Chatel, avait pourtant déclaré que le prix de 206 millions d'euros était « la solution qui apparaît, de l'avis de nombreux experts, comme la plus juste et la plus sûre juridiquement ».

Selon la décision de la Commission des participations et des transferts (CPT), qui dépend de Bercy, ce tarif n'était finalement ni « juste », ni « sûr juridiquement ». Il correspondait au tiers du prix payé par chacun des trois opérateurs actuels (619 millions d'euros), puisque la nouvelle licence comprendra trois fois moins de fréquences que les leurs.

7% de baisse des prix attendus

Que s'est-il passé entre-temps ? En coulisses, Orange, SFR et Bouygues Telecom ont montré les dents, et effectué un « excellent travail de sape », que loue ironiquement un chroniqueur de France Inter en rappelant qu'une tentative d'attribution avait déjà échoué en 2007 (Free ayant renoncé).

Les trois gros opérateurs, condamnés en 2005 à 534 millions d'euros dans l'affaire du « Yalta des mobiles », veulent que leur futur concurrent paie plus.

En avril, le gouvernement a donc commandé une étude à la CPT, pour être « inattaquable ». Avec le résultat annoncé hier.

Antoine Levêque, directeur général de l'agence de marketing mobile Marvellous, s'attendait à un prix supérieur, et se dit « assez surpris » par la décision de la CPT, qui est « positive pour le marché ».

L'opérateur Free, déclaré de longue date et jugé favori pour cette quatrième licence (Virgin Mobile et Numéricable sont en embuscade), assure pouvoir « diviser par deux » la facture d'un foyer dépensant 2000 euros par an. Le gouvernement, lui, estime dans un rapport que l'arrivée d'un nouvel opérateur ferait baisser les prix de 7%.

Free n'a pas réagi à l'annonce de la CPT. Mais tous les observateurs jugent qu'ils ne renoncera pas, et Virgin Mobile a déclaré que « ça ne changeait pas grand chose ». Avec son portefeuille d'abonnés Internet et son image de casseur de coûts, Free (inventeur des offres « triple play » à moins de 30 euros mensuels), pourra proposer une offre « quadriple play » à prix réduit.

L'oligopole arrivera-t-il à repousser l'échéance ?

Dans le camp d'en face, seul Orange a riposté, dans un joli pied de nez à un gouvernement soucieux d'être inattaquable... en menaçant d'attaquer la décision devant les instances européennes si le prix n'est pas relevé. Le leader du marché valorise la licence à 1,2 milliard d'euros, pas moins ! Ses deux poursuivants l'évaluent entre 400 et 500 millions d'euros.

Selon Antoine Lévêque, à 400 millions d'euros, le nouvel entrant aurait déjà du mal à pénétrer le marché, sachant que les investissements technologiques sont estimés à un milliard d'euros supplémentaire. Pour l'expert, « agréablement surpris » par la stratégie du gouvernement, celui-ci « commence très bas » afin de conserver une marge de manoeuvre :

« Et ensuite, il dit aux trois autres “parce que vous ralez, on monte un peu”. Mais au final, le prix restera bien en dessous des 619 millions. »

Reste une porte de sortie aux trois opérateurs de l'actuel oligopole : si la licence n'est pas attribuée le 30 juin 2010, ils ne seront pas obligés de donner au nouvel entrant une partie des fréquences qu'ils détiennent.

Arriveront-ils à retarder cette échéance ? Cela semble assez peu probable, puisque ça décalerait l'arrivée du quatrième opérateur de deux bonnes années... Selon LeJournalduNet, le nom du quatrième opérateur devrait être connu au première trimestre 2010.

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 22h08 le 17/06/2009
    • Internaute
      non connue

    Cette information est loin d'être insignifiante.
    Il s'agit, ni plus ni moins, de l'environnement économique que nous promet le saint dogme « concurrence libre et non faussée » sur lequel s'est bâtie l'Europe de Nice et des traités suivants.
    On aboutit inévitablement à un oligopole (qui est un monopole avec la pub en plus), dont les puissants acteurs entretiennent des relations privilégiées avec le pouvoir.
    Si l'on ajoute à ça la volonté farouche de l'état de récupérer de l'argent sur les droits à émettre (la licence), et donc une façon très discrète de surtaxer les besoins de chacun (les bornes d'autoroute et la cabines téléphoniques vont disparaître), on arrive à ce système assimilable à du racket organisé.

  • Gringo
    • Posté à 23h16 le 17/06/2009

    De toute façon, si quelqu'un croit encore que les tarifs, en particulier dans la téléphonie mobile, ne sont pas maqués jusqu'à l'os... c'est vraiment qu'il ne lit pas a presse (et ses pubs).

    La DGCCRF a à peu près autant de pouvoir que la CNIL, chacune dans leur domaine. On est protégés, tout va bien ; enfin y'a rien qui va mal.